Les débuts de la Guerre froide 1947 – 1962

Au lendemain de la guerre, le monde est bipolaire :

• EUA et URSS sont les seuls grands vainqueurs, et tous les autres pays sont affaiblis et ruinés, dépendants le plus souvent, déchirés parfois.

• Les deux grands, que tout oppose maintenant, se retrouvent face à face, inquiets chacun de la montée en puissance de l’autre. De 1945 à 1946, les divergences d’intérêt, les malentendus et les méfiances, accroissent la tension entre les deux supergrands, et conduisent à la rupture de 1947

• La guerre froide est donc un profond antagonisme E-W qui dure de 1947 à 1991et prend la  forme  d’un conflit permanent et systématique, sur le plan idéologique, politique, économique, culturel, militaire et spatial, mais qui  ne conduit pas pour autant à un affrontement armé direct et généralisé des deux blocs.

• Les deux adversaires vont recourir à  tous les moyens de l’intimidation, de la propagande, de la subversion, voire de la guerre locale tout en s’abstenant d’en venir aux armes l’un contre l’autre ; la menace sur la paix est tout de même désormais permanente.

• La Guerre froide comporte plusieurs étapes : elle débute en 1947, année charnière, et culmine dans les années 48-53. Elle se poursuit par une période d’amélioration, avec la coexistence pacifique de 1953 à 1962 et la Détente entre 1962 et 1975. On assiste alors à un regain de tension de 1976 à 1985 surtout après l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS fin 1979 (la Paix Froide de 1980 à 1985) Enfin, elle se termine par une véritable amélioration consécutive à l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985 ce qui conduit à la disparition de l’URSS en 1991, et par voie de conséquence à la fin de la guerre froide.

I. 1947 : LA NAISSANCE DE LA GUERRE FROIDE AVEC LA  CONSTITUTION DE DEUX BLOCS ANTAGONISTES.

A. LES MANŒUVRES SOVIETIQUES ET L’EXPANSION DU COMMUNISME

Trois grandes lignes dans la politique de Staline :

1. faire oublier son alliance avec Hitler de 1939 à 1941

2. lancer un programme nucléaire pour tenter de parvenir d’urgence à la parité avec les EUAen brisant leur monopole (bombe A en 1949 et bombe H en 54)

3. se ménager un glacis protecteur en Europe et en Asie pour mieux assurer la sécurité de l’URSS

En fait, c’est la raison d’état, c’est à dire la sécurité soviétique qui pour Staline l’emporte largement sur les raisons idéologiques, c’est à dire la propagation du communisme et la révolution mondiale. A preuve, il incite à la modération des partis frères là où la sécurité soviétique n’est pas concernée ( Fr, It …) mais incite les communistes des pays voisins de l’URSS à s’emparer des postes-clés du pouvoir malgré la faiblesse de leur implantation.

1°) L’engrenage de la méfiance commence dès 1945 – 1946.

a) Les prétentions soviétiques et la menace communiste

  • En Europe de l’Est, maintien de l’armée rouge
  • En Turquie, en Grèce, en Iran, pressions soviétiques
  • En Chine, reprise de la guerre civile

b) Les réactions occidentales

• Churchill parle publiquement d’un « Rideau de fer » qui s’est abattu sur l’Europe de Stettin à Trieste ( discours de Fulton)

• La fermeté américaine

  • Arrêt dès 1945 de la loi de prêt-bail
  • Mauvaise volonté occidentale pour les démontages d’usines allemandes
  • Mobilisation de la flotte US en Méditerranée et pressions diplomatiques

2°) Le processus de conquête

Il mérite d’être souligné et sera le même dans tous les pays d’Europe de l’Est, à quelques nuances près, prenant l’apparence de la légalité, se développant en fait sous la pression.

• Occupation par l’armée Rouge

• Dénazification et épuration menées avec le concours de l’armée rouge, et démantèlement des structures et cadres politiques de l’ancien régime.

• Regroupement dans un « Front National » contrôlé par les communistes, des forces issues de la résistance Constitution d’un gouvernement de coalition ou d’Union Nationale dans lequel les communistes contrôlent les postes-clés ( Intérieur, Justice, Armée, Economie )

• Noyautage de l’état, de l’administration, de la société tout entière ( associations, quartiers, usines …)

• Elimination de l’opposition

• Elections truquées en terrain préparé garantissant la victoire des communistes et des socialistes ralliés

• Signature d’un traité d’alliance avec l’URSS, l’alliance étant scellée au profit du plus fort

• Interdiction de l’opposition qui est pourchassée, ses chefs étant en fuite, en prison ou exécutés avec instauration du totalitarisme importé d’URSS : parti unique, police politique, milice, et  règne de la terreur et de la peur

3°) La multiplication des « démocraties populaires » en Europe de l’Est

a) Moscou impose le système soviétique là où l’armée rouge est présente

= mise sous tutelle rapide pour les ex-alliés du nazisme :

Bulgarie,

  • leader communiste = Dimitrov
  • après le traité de paix de 1947, il instaure une démocratie populaire et le chef de l’opposition est exécuté en septembre

Roumanie,

  • interdiction des partis « bourgeois » puis abdication forcée du roi Michel en novembre 1946
  • proclamation de la république populaire en avril 1948

Hongrie,

  • « Tactique du salami » : élimination de l’opposition tranche par tranche
  • aux élections de 1947 les communistes ne font que 22 % mais l’opposition est extrêmement divisée ce qui va faciliter son élimination par tranches successives
  • le communiste Rajk, chef de la police, aidé par les services  soviétiques multiplie les arrestations et les communistes s’emparent des rouages du pouvoir les uns après les autres ; en 1948 la Hongrie  est sous contrôle communiste.

b) deux cas particuliers : Yougoslavie et Albanie

• la Yougoslavie de Tito et l’Albanie de E. Hodja deviennent des régimes communistes par eux-mêmes, sans intervention soviétique

• libération de ces territoires de l’occupation allemande sans l’intervention directe de l’armée rouge de telle sorte que ces pays évitent la tutelle soviétique ; pour le reste le processus est largement semblable …

c) Le sort de la Pologne

1. Le Contexte initial :

1.1. Un fond de misère et de souffrance issu de la guerre

• 1/5ème de la population polonaise massacrée et génocide de la communauté juive

• d’importants déplacements de personnes du fait des modifications frontalières de 1945

1.2. Des promesses faites à Yalta

• droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

• organisation d’élections libres

1.3. Un gouvernement d’Union Nationale

• formé le 25 Juin1945

• ossature communiste, issue du comité de Lublin

• participation de libéraux

2. la mainmise communiste sur le pays

2.1. noyautage et contrôle de l’administration du pays

• vigoureuse protestation des polonais de Londres

• vive émotion en occident d’autant que les Soviétiques déportent en URSS des résistants polonais démocrates, taxés de … fascistes !…et que l’on n’a pas oublié la  découverte du charnier de KATYN  (les Allemands avaient découvert en 1943 les corps de plus de 5000 officiers polonais abattus vraisemblablement par l’Armée rouge en 1939)

• mais l’occident assiste impuissant à l’épuration et à l’éviction des libéraux

2.2. 1946 :

• toujours pas d’élections libres prévues à Yalta

• signature d’un traité d’assistance mutuelle avec l’URSS

• en conséquence les EUAsuspendent leur aide à la Pologne.

2.3. Les élections truquées de janvier 1947

• succès préparé des candidats pro-soviétiques

• défaite définitive des anciens partisans du gouvernement de Londres

2.4. La Pologne bascule alors à l’Est

• les anciennes institutions sont abolies,

• l’armée et la milice contrôlées par les communistes encadrent la population

• en décembre 1948, le parti communiste absorbe les socialistes dans un parti unique : le POUP ( Parti Ouvrier Unifié Polonais )

La Pologne est satellisée dans l’orbite soviétique au mépris des accords de Yalta et cela engendre un durcissement des Etats-Unis : on peut donc considérer que la Guerre froide débute à ce moment là.

B. LA RUPTURE ET LA MISE EN PLACE DES BLOCS

1°) L’Endiguement : Doctrine Truman et Plan Marshall

Le raidissement américain s’amorce dès janvier 1947 avec la nomination d’un militaire célèbre au poste de Secrétaire d’Etat, c’est à dire à la tête de la diplomatie américaine : le général Marshall. Les EUAsont désormais convaincus de la nécessité d’une politique de fermeté à l’égard de l’URSS ; il faut arrêter l’expansion du communisme, le contenir dans les limites qu’il a atteintes : c’est l’endiguement.

Pour ce faire, les EUAdisposent de plusieurs atouts :

  • le monopole nucléaire
  • la puissance financière et économique
  • la CIA, qui vient juste d’être créée

a) la Doctrine Truman

Discours du 11 mars 1947 devant le Congrès est une réponse à la demande formulée par la GB déficiente aux EUA pour qu’ils prennent le relais en Grèce et en Turquie. En fait la Doctrine Truman dépasse largement le cadre de ces deux seuls pays.

Contenu de la doctrine

• le monde est partagé en deux systèmes radicalement opposés et engendrant des modes de vie tout à fait différents

  •  le monde libre à l’Ouest
  •  le totalitarisme à l’Est

• La sécurité des EUAest mise en cause et nécessite une intervention américaine partout où une agression communiste directe ou indirecte menace la paix : en fait la zone de sécurité des Etats-Unis s’étend désormais à l’ensemble du monde libre.

b) Le Plan Marshall

1. Objectifs

• Relancer l’économie européenne, pour y élever le niveau de vie et diminuer le risque de contagion révolutionnaire, sachant que la misère fait le lit du communisme

• Amorcer un processus d’unification européenne qui accroisse ainsi régionalement la résistance au communisme

• Favoriser le plein emploi aux Etats-Unis et écarter ainsi le spectre d’une nouvelle crise économique comme celle des années 30. Les économies européennes redressées pourront absorber des exportations américaines, et la demande extérieure viendra donc compléter un marché intérieur développé mais insuffisant compte–tenu des capacités de production américaines accrues pendant la guerre.

2. Les moyens

• Les EUA proposent une aide économique à tous les pays qui la souhaitent

• Elle va s’élever à 13.5 milliards de $ sur quatre ans ( en dons ! …)

• En juillet 1947 est crée l’OECE ( Organisation Européenne de Coopération Economique) qui a pour mission de distribuer aux différents états, l’aide US : les Européens se trouvent donc amenés à travailler ensemble

• En juillet 48, est institué « l’European Recovery Program »

  • aide assurée à 90 % par des dons en nature livrés aux gouvernements qui les vendent aux industriels à crédit.
  • L’activité industrielle peut donc  redémarrer, et cette contrepartie  permet aux états de consentir des prêts publics ou de financer des travaux d’infrastructure
  • reconstruction rapide, pratiquement achevée en 1950
  • belle réussite de l’aide en complément des efforts fournis par les pays eux-mêmes
  • relations plus étroites avec les USA
  • peur de la dépendance : selon l’URSS le plan Marshall est une manœuvre impérialiste américaine pour dominer et contrôler les pays qu’ils aident.
  • c’est aussi selon eux le prélude à une guerre de conquête contre l’URSS
  • les partis communistes du monde entier partent donc en guerre contre le plan Marshall
  • au plan politique
  • au plan économique (collectivisation, planification)

3. Conséquence : le monde et l’Europe coupés en deux

3.1. les pays occidentaux acceptent l’aide

3.2. les pays sous influence communiste refusent

2°) La riposte soviétique

a) accélération de la satellisation des pays occupés par l’armée rouge

b) la doctrine Jdanov : Septembre 1947

doctrine officielle formulée par Jdanov, idéologue du Kremlin et proche collaborateur de Staline

résumé :

• le monde est désormais divisé en deux camps irréconciliables :

  • le camp impérialiste, antidémocratique et belliciste, conduit par les USA
  • le camp anti-impérialiste, démocratique et pacifiste, conduit par l’URSS

• Partout où ils le peuvent, les partis communistes doivent désormais prendre le pouvoir

c) création du Kominform en octobre 1947

• officiellement un bureau d’information communiste qui assure la liaison entre les différents partis communistes

• en réalité l’instrument de la tutelle du PCUS sur tous les autres partis communistes afin d’en contrôler étroitement et la ligne politique et les hommes : le monde communiste ne peut être que monolithique, derrière l’URSS, patrie des prolétaires.

Conclusion partielle :

Les deux blocs opposés s’affrontent désormais dans la guerre froide et l’on vit désormais dans la crainte d’un nouveau conflit mondial.

Chaque état, chaque courant de pensée, parti, association doit choisir son camp. Toute collaboration est devenue impossible et les communistes quittent les gouvernements de coalition auxquels ils participaient ( avril 47 en France et mai 47 en Italie ) pour prendre la tête d’un grand mouvement social qui va d’ailleurs contribuer à les isoler un peu plus encore dans un véritable ghetto politique.

II. L’EXASPERATION DES ANTAGONISMES : 1948 – 1953

A. LA GUERRE FROIDE COMMENCE EN EUROPE : 1948-49

1°) « Le coup de Prague » : Février 1948

a) le contexte original de la Tchécoslovaquie

1. considérable prestige de Staline en Tchécoslovaquie

  • il a condamné les accords de Munich en septembre 1938
  • il a libéré le pays sans détruire Prague, véritable joyau d’architecture
  • il a fait se retirer l’armée rouge du pays après l’avoir libéré, fait assez extraordinaire …
  • coalition socialo-communiste vainqueur aux législatives, et les communistes obtiennent 35 % des voix
  • le Président Bénès appelle donc  le communiste Gottwald  ( chef du parti majoritaire de la coalition majoritaire ) pour diriger un gouvernement de coalition ( dans la tradition et le respect du régime parlementaire en vigueur dans le pays)
  •  Influence croissante dans les quartiers, les villes, les usines, l’administration, les associations  etc. …
  •  Les ministres modérés estimant que Gottwald prépare l’installation d’une dictature communiste, démissionnent pour provoquer des élections anticipées et un remaniement en leur faveur ( sauf Ian Mazaryck, libéral, ministre des affaires étrangères )
  •  Les événements se précipitent alors.
  •  Le PC organise d’imposantes manifestations des ouvriers et milices populaires = véritable démonstration de force
  • Le Président Bénès, très impressionné, cède à la pression pour éviter la violence d’une guerre civile et accepte un ministère communiste  homogène préparé par Gottwald ( =  victoire des communistes, avec accord et intervention discrète de I’URSS )
  • Mazaryck tombe d’une fenêtre du Palais…. suicide selon la version officielle,  liquidation pure et simple en réalité : Mazaryck a été suicidé…
  • Epuration de l’administration
  • Démission du Président Bénès
  • Election de Gottwald à la présidence de la République en juin 1948 .
  • Le PC absorbe ensuite ses alliés et quadrille le pays avec la milice

2. Les élections de mai 1946

3. l’étau communiste se resserre ensuite

b) les événements du « coup de Prague »

c) L’installation du totalitarisme est dès lors rapide

Conclusion partielle

La Tchécoslovaquie a désormais glissé dans le totalitarisme et la soumission aux consignes centralisatrices de Moscou.

A l’Ouest on assiste ému et impuissant au basculement de la Tchécoslovaquie à l’Ouest : le choc est considérable

2°) Le problème allemand et  la première crise de Berlin : 1948-1949

a) la conférence de Londres : avril –juin 1948

Impressionnés et traumatisés par le coup de Prague, les occidentaux décident donc d’accélérer dans leur zone la reconstitution d’un état allemand économiquement et politiquement fort, susceptible de faire barrage au communisme.

Les négociations à quatre sur le statut à donner à l’Allemagne étant dans l’impasse une fois de plus, les trois occidentaux se réunissent à Londres et prennent les décisions suivantes, qui préparent la naissance d’un nouvel état allemand à partir de leurs zones d’occupation

Trois décisions importantes sont prises

  • Création de la « trizone » par unification des trois zones occidentales d’occupation
  • Election d’une assemblée constituante annoncée le 7 juin 1948
  • Création d’une nouvelle monnaie annoncée le 20 juin 1948 ( le Deutsche mark, valant un dixième de l’ancien Reichmark )

b) la réplique soviétique est immédiate : Le Blocus de Berlin-Ouest

1. Le Blocus de Berlin-Ouest : 24 Juin 1948

• Comme le reste de l’Allemagne, Berlin est coupée en quatre zones d’occupation mais en fait en deux :

  • une zone orientale sous contrôle soviétique
  • une zone occidentale sous contrôle des USA, de la GB et de la Fr, véritable îlot occidental  de deux millions d’habitants en pleine zone soviétique

• Berlin Ouest est relié à  la trizone occidentale par trois couloirs de circulation, terrestres et aériens

• Le blocus de Staline, qui commence le 24 juin 1948 consiste à bloquer tous les accès routiers et ferroviaires de Berlin-Ouest afin d’asphyxier la ville pour tenter d’en chasser les occidentaux  et de se l’accaparer.

2. la Riposte américaine

• Elle est immédiate, très improvisée mais aussi très efficace : « ni abandon, ni 3ème guerre mondiale » ( Truman)

• Mise en place d’un gigantesque « pont aérien » pendant 11 mois : un avion cargo toutes les trois minutes sur les trois aéroports disponibles et des milliers d’avions au total qui vont transporter près de 2.5 millions de tonnes de ravitaillement en un an ! ! !

• Parallèlement, les EUAfont savoir à Staline qu’ils utiliseront la force pour maintenir libres les couloirs aériens ;  la tension est évidemment très forte.

• En juin 1949, Staline, impuissant à faire céder Berlin-W, estime plus prudent de ne pas insister et lève le blocus, reconnaissant ainsi implicitement sa première défaite dans la guerre froide.

c) la division de l’Allemagne est dès lors consommée

1. à l’ouest, la R.F.A., République Fédérale Allemande

• Le projet de constitution est adopté en mai l949 et la création officielle de la RFA date de septembre 1949

• Le nouvel état allemand présente les caractéristiques suivantes :

  • Une structure  fédérale ( 11 länder )
  • Un régime parlementaire, le véritable chef de l’exécutif étant le chancelier, chef du gouvernement ( le premier est Adenauer)
  • Une république qui reprend le drapeau noir, or et rouge de 1848

• La capitale du nouvel état ne pouvant pas être Berlin est fixée à Bonn, petite ville rhénane

• Berlin-Ouest

  • Application des lois de la RFA
  • Municipalité dirigée par un bourgmestre (mais avec contrôle interallié)
  • Emancipation progressive de la tutelle occidentale
  • Vitrine du redressement de l’occident : une ville lumière

2. à l’est, la R.D.A., République Démocratique Allemande

• Erigée en république par l’URSS en octobre 1949

• Démocratie populaire : régime de type soviétique centralisé avec parti unique soumis à Moscou

• Intégration rapide à toutes les structures du bloc de l’est

• Capitale : Berlin (est)

• Une reconstruction particulièrement difficile

L’affaire de Berlin n’est pas terminée pour autant et elle rebondira lors d’une deuxième crise, entre 1958 et 1961, date à laquelle sera édifié le mur de Berlin

3°) La consolidation des blocs

a) La consolidation du bloc occidental

1. Sur le continent américain

  • 1947 = traité de Rio avec 20 états américains
  • 1948 = O.E.A. ( Organisation des Etats Américains)
  •  Alliance défensive signée entre la France la GB, le Bénélux en mars 1948
  • Insuffisant pour assurer la sécurité européenne face à l’URSS
  • Les Européens demandent donc l’appui américain pour assurer la sécurité européenne (« parapluie américain »)
  • Traité d’alliance défensive entre les pays des deux rives de l’Atlantique Nord : tout pays agressé recevra donc le soutien des autres
  • Il rassemble

2. L’Alliance Atlantique

2.1. Le traité de Bruxelles

2.2. Signature du traité de l’Atlantique Nord  (4 avril 1949)

± Les USA, le Canada et l’Islande

± La Norvège, le Danemark, la GB, le Bénélux, la France, l’Italie, le Portugal

± La Grèce et la Turquie depuis 1952

2.3. l’O.T.A.N. : 1950

  • Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
  • Organisation stratégique intégrant les forces militaires des états membres de l’alliance atlantique sous un commandement unique
  • Mise au point de divers scénarios stratégiques, des missions spécifiques étant attribuées aux armées des états membres en cas d’agression soviétique
  • Le premier Commandant suprême des forces intégrées  en Europe fut le Gl Eisenhower. En fait, l’OTAN est largement sous le contrôle américain

3. Les débuts de l’unité européenne

• Les débuts de l’unité européenne sont liés à une triple crainte :

la menace de l’expansionnisme communiste

le risque d’une hégémonie américaine

la peur d’une résurrection du militarisme allemand

• Diverses étapes marquent cette construction progressive

3.1. Création de l’OECE en juillet 1947

3.2. Création du Conseil de l’Europe

  • traité de Londres en mai 1949
  • siège à Strasbourg, prévoit une coopération entre états, prône la défense des Droits de l’Homme, n’a guère qu’un rôle consultatif sur les plans culturel et politique.
  • Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier : Traité de Paris, avril 1951
  • Première communauté  de l’Europe des 6, rassemblant les 3 pays du Bénélux, l’Italie, l’Allemagne et la France
  • Objectif : coordonner les productions de fer, charbon et acier et créer ainsi des solidarités de fait entre les pays
  • Signature du traité de Paris en mai 1952 par les Six afin de créer une armée commune sous l’autorité d’institutions communautaires
  • Le projet avorte finalement car si cinq pays le ratifient, la France s’y refuse en 1954 après deux ans de tergiversations, sous la triple opposition des gaullistes, hostiles à tout abandon de souveraineté nationale, des communistes (du fait de l’hostilité de Moscou qui y voit une menace contre l’URSS), et des députés qui refusent tout réarmement de l’Allemagne.
  • L’Allemagne sera malgré tout réarmée, les EUAimposant l’intégration de la RFA dans l’OTAN dès octobre 54, du fait de l’échec de la CED …
  • Union de l’Europe Occidentale (Traité de paris en octobre 1954)
  • Le Pacte militaire signé à Bruxelles par la GB, la Fr et le Bénélux est élargi à l’Allemagne et à l’Italie
  • l’UEO reste aujourd’hui encore la seule organisation d’Europe occidentale compétente en matière de défense. ( En 1988, l’Espagne et le Portugal adhérent aussi  à l’Union.)
  • Les six signent le traité de Rome en mars 1957, qui institue la Communauté Economique Européenne et Euratom ( Commissariat européen à l’Energie  Atomique ), étapes décisives de la construction européenne.
  • Entrée en application dès le 01.01.1958, avec comme perspective à court terme la construction d’un marché commun, et comme perspective à plus long terme, l’union économique

3.3. Création de la CECA

3.4. Echec de la CED

3.5. Création de l’UEO

3.6. La Création de la C.E.E  en mars 1957

b) La consolidation du Bloc de l’Est

1. L’intégration idéologique

1.1. A l’Ouest, Grande campagne idéologique sur la paix

• Création du « Mouvement de la paix » en août 1948  et « Appel de Stockholm » en 1950 pour l’interdiction de l’arme atomique

• Dans un cas comme dans l’autre ce sont les communistes qui en ont le contrôle. D’ailleurs les Yougoslaves sont exclus du mouvement de la paix dès le premier congrès qui se tient à Rome … C’est dire !

• Il s’agit pour les communistes d’apparaître comme les seules grandes forces de paix face au bellicisme américain

1.2. A l’Est l’URSS impose son modèle idéologique et culturel

• Lutte contre les Eglises catholique et orthodoxe

• Encadrement de la vie intellectuelle et artistique

• Enseignement obligatoire de la langue russe, véhicule de la nouvelle idéologie

2. L’intégration économique : le CAEM

• Le CAEM ( Conseil d’Assistance Economique Mutuel ) ou COMECON  est institué en 1949

• Sa fonction est triple :

  • favoriser la propagation du modèle soviétique ( collectivisation des terres, priorité à l’industrie lourde … etc. )
  • favoriser et de planifier les échanges commerciaux entre les pays du bloc de l’Est
  • organiser la division internationale du travail

• En fait, le CAEM assure la tutelle de fait de Moscou sur les autres économies de l’Est qui deviennent vite dépendantes de l’URSS, principal marché pour leurs produits et principal fournisseur d’énergie

3. La stalinisation accentue la satellisation

• Les communistes nationaux sont éliminés et remplacés par des communistes staliniens fidèles et totalement dévoués  à Staline

• Moyen utilisé : de grandes purges avec des procès truqués, des actes d’accusation extravagants (« titisme », « trotskisme », « sionisme »…), des autocritiques insensées des accusés

• Exemples : Gomulka (Pologne) est écarté, Rajk est condamné à mort et exécuté (Hongrie, 1949) et Slansky connaît le même sort (Tchécoslovaquie 1952)

4. L’intégration militaire

• Elle est pratiquement en place dès les lendemains de la guerre mais il faut attendre les successeurs de Staline pour l’officialiser

• Le Pacte de Varsovie est ainsi créé en 1955 avec intégration des forces militaires du bloc de l’Est et commandement soviétique. (la Yougoslavie n’en est pas)

• Double fonction

  • assurer la défense du bloc face à l’impérialisme occidental
  • maintenir ses propres membres dans le bloc de l’Est en cas de défaillance ou de trahison de l’un d’eux

Conclusion partielle :

En 1949, l’Europe ne compte pratique plus une « case vide » échappant au contrôle de l’un des super grands. Ce partage de l’Europe n’est donc pas le fruit de Yalta, mais de quatre années de méfiance réciproque et de ruptures… La guerre froide va donc désormais se déplacer sur un autre continent, en Asie.

B. L’ASIE ENTRE EN SCENE :1949-1953

1°) La victoire communiste en Chine en octobre 1949

a) Une longue guerre civile.

1. De 1927 à 1937 la Guerre civile sévit en Chine qui oppose

  • les communistes de Mao Zedong ( Mao Tsé Toung )
  • les nationalistes du Guomintang de Jiang Jieshi ( Tchang Kai Tchek )
  • il existe un « Front uni » contre le japon qui contrôle la Chine utile du nord et de l’est
  • en fait les nationalistes sont regroupés au sud autour du bassin du Sichuan et les communistes contrôlent des bases rouges dans le nord ( dans le Shanxi )
  • Après une trêve fort brève la guerre civile reprend en juillet 1946, d’abord à l’avantage des armées nationalistes, les communistes reprenant l’initiative à partir de  juillet 1947
  • Les communistes pratiquent la stratégie de l’encerclement des villes par les campagnes et viennent progressivement à bout d’un régime à bout de souffle, corrompu et incapable tant sur le plan économique (hyperinflation) que sur le plan militaire

2. De 1937 à 1945, arrêt de la guerre civile avec la guerre contre le Japon :

3. La reprise de la guerre civile 1946-49

± Pékin tombe en janvier 1949

± Shanghai en mai 49

± Canton  en octobre 1949

4. La victoire communiste

  • Le 01.10.49 Mao proclame la république Populaire de Chine et la nouvelle Assemblée nationale élit bientôt Mao à la présidence de la république
  • Jiang Jieshi se réfugie à Taïwan (Formose) sous la protection de la VIIème flotte américaine … (et avec toute l’encaisse-or de la Chine)

b) Le rapprochement Chine-URSS

Il existe de sérieuses divergences idéologiques entre Staline et Mao et Staline a fort peu encouragé les communistes chinois dans la lutte qu’ils ont menée.

Toutefois, une fois la victoire acquise par Mao …

• L’URSS signe un « traité d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle »avec la Chine Populaire en février 1950

• L’URSS apporte en outre une assistance technique et financière à la Chine

• Elle demande le retrait de la Chine nationaliste de l’ONU et devant le refus des USA, boycotte l’ONU et ses organismes

c) L’édification du socialisme : l’imitation du modèle soviétique (1953-57)

Après une brève période de transition (1949-52) et de reconstruction la Chine entame ensuite une phase de développement sur le modèle soviétique.

• Planification quinquennale ( Premier Plan : 1953-57)

• Collectivisation des terres (avec vaste mouvement coopératif) comme des activités industrielles

• Priorité absolue à l’industrie lourde

• Gigantisme des réalisations

• Même système politique avec une constitution adoptée en 1954 et totalement inspirée de celle de l’URSS de 1936

La Chine communiste va désormais jouer un rôle actif en Extrême-Orient et contribuer à l’extension de la guerre froide en Asie.

2°) La Guerre d’Indochine (1946-54) s’inscrit bientôt dans la guerre froide

a) évolution de la nature de la guerre

La guerre d’Indochine est une guerre qui s’inscrit dans un premier temps dans le cadre de la décolonisation ; d’ailleurs les EUAcondamnent la France qui mène selon eux un combat d’arrière-garde.

Mais le Viêt-minh ( Front de l’Indépendance du Vietnam) est en fait contrôlé par Ho Chi Minh et les communistes vietnamiens, et lorsque la Chine devient communiste, elle aide le Viêt-minh dans son combat contre la France ( tout comme elle assiste par ailleurs les Coréens du Nord).

A partir de 1950, les EUAapportent donc leur soutien à la France, notamment sous une forme financière (contribution pour 1/3 aux dépenses militaires françaises) mais cela ne suffit pas à vaincre le Viêt-minh qui finit par l’emporter sur le terrain à la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954

b) Les accords de Genève (juillet 1954) mettent fin à cette guerre

indépendance du Laos du Cambodge et du Vietnam,

partition du Vietnam de part et d’autre du 17ème parallèle, en attendant des élections libres qui n’auront jamais lieu :

  • au nord, un Vietnam communiste dirigé par Ho Chi Minh   (capitale : Hanoi)
  • au sud, un Vietnam non-communiste, soutenu par les occidentaux, et surtout les Américains ( capitale : Saigon)

3°) La guerre de Corée : 1950-53

a) la partition de La Corée

• Ancienne colonie japonaise depuis 1910

• Depuis août 45, occupation conjointe par l’URSS au nord du 38ème // et par les EUAau sud du 38ème  parallèle conformément à Potsdam

• En 1948, les deux zones d’occupation s’érigent en états :

± Au sud : élections Libres  Corée du S dirigée par Syngman Rhee et reconnue par ONU
± Au nord, en septembre, création de la République Populaire de Corée, dirigée par Kim Il Sung

• Evacuation des ex-alliés

± URSS quitte la Corée du Nord en décembre 48
± EUAquittent la Corée du sud en juin 49

b) les différentes phases d’une guerre chaude

1. L’agression nord coréenne : juin – août 1950

• Invasion de la Corée du Sud par le Nord  (après de multiples incidents de frontière) avec prise de Séoul en trois jours ; la Corée du sud est bientôt presque intégralement conquise à l’exception d’une poche au SE du pays

• En l’absence de l’URSS, qui boycotte l’ONU, les EUAobtiennent de l’organisation la condamnation de l’agression Nord coréenne et l’envoi d’un corps expéditionnaire (international puis que constitué par 16 pays, mais essentiellement américain) dirigé par le général Mac Arthur

2. La contre-offensive US : septembre – octobre 1950

• Les troupes américaines reconquièrent le sud, franchissent le 38ème // et s’enfoncent en Corée du Nord, étant bientôt en mesure de réunifier la Corée sous l’égide de S. Rhee.

• Cependant les troupes s’approchent dangereusement de la frontière chinoise, ce pays, qui sert de base arrière aux communistes coréens, se sentant menacé.

3. Intervention et contre-offensive chinoise

• Les « volontaires » chinois mettent en déroute les troupes de l’ONU qui doivent même reculer jusqu’au sud du 38ème // ; Séoul doit même être évacuée en janvier 1951

• Mac Arthur parvient cependant à reprendre position sur le 38ème //

4. Stabilisation du front 1951-53

• Véritable guerre de positions, les deux armées s’enterrant dans des positions fortifiées, des vagues successives de chinois et coréens du nord venant mourir au pied des positions américaines

• Mac Arthur envisage de s’attaquer à la Chine et demande l’utilisation contre elle de l’arme atomique, trouvant dans l’opinion américaine, largement séduite par le Maccarthysme, un écho favorable. Mais ce serait alors provoquer l’entrée en guerre de l’URSS et la mondialisation du conflit. Truman s’y oppose et démet Mac Arthur de ses fonctions. Il est remplacé par le Gl Ridgway.

• Des négociations s’ouvrent à Pan Mun Jon sur la ligne de front, en 1951, qui aboutissent à un armistice et à une paix blanche en Juillet 1953, après la mort de Staline ;  la nouvelle ligne de démarcation serpente autour du 38ème parallèle.

c) bilan de la guerre

Environ 5 millions de morts dont pratiquement les 2/3 de civils …et un pays complètement dévasté

A la fois un prototype et un paroxysme de la guerre froide

Le conflit reste localisé mais avec une sérieuse menace d’extension au monde Il engendre une montée d’anti-américanisme chez les communistes et une profonde vague d’anticommunisme dans l’autre camp ( notamment avec le Maccarthysme aux USA)

L’impact international

L’URSS et la Chine sortent grandies du conflit pour avoir mis en échec les EUA Mais ils ont manifesté clairement à la face du monde que l’endiguement n’est pas un vain mot et prouvé leur volonté et leur capacité de riposte.

4°) L’Asie vers 1954-55

a) le communisme a sérieusement progressé :

Chine, Corée du Nord, Vietnam du Nord.

b) les EUAorganisent l’endiguement en Asie

1. Les accords bilatéraux

1.1. Engagement à défendre Taïwan contre toute agression chinoise

1.2. Traité de paix de San Francisco avec le japon en juillet 1951

• Face à la montée du communisme, le Japon doit devenir un pôle solide du monde libre en Asie, une sorte de base US à protéger et à consolider

• Le Japon retrouve donc sa souveraineté, renonce solennellement à la guerre, assure sa sécurité par la protection américaine

• Arrêt de la décartellisation et du démantèlement de l’industrie japonaise, puis aide financière à la reconstruction japonaise

2. Les nouveaux pactes

2.1. L’ANZUS : Septembre 1951

• 3 états blancs du Pacifique : l’Australie, la Nouvelle Zélande et les USA

• Organisation moins rigoureuse que l’OTAN.

2.2. L’OTASE : Conférence de Manille en 1954

• Organisation des Territoires de L’Asie du Sud-Est

• Australie, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Thaïlande, Philippines, France, GB, USA

• Pas de forces permanentes

• Dissolution en 1977

2.3. Le Pacte de Bagdad

• Il achève l’encerclement de l’URSS et du monde communiste au sud

• Il est signé en 1955 et regroupe la Turquie, l’Irak, l’Iran, le Pakistan, la GB

Remarques :

Certains pays refusent la logique de la guerre froide, notamment l’Inde, et la conférence afro-asiatique de BANDOUNG en 1955 peut être déjà considérée comme l’expression de ce non-alignement.

Par ailleurs, chacun des deux blocs est affecté par des conflits internes (schisme yougoslave à l’Est, conflit israélo-palestinien à l’Ouest)

III. 1953-1962 : LE DEGEL ET L’EQUILIBRE DE LA TERREUR

• 1953 est une année tournant avec

• la mort de Staline,
• l’armistice en Corée
• la première bombe H soviétique
• Evolution des relations E-W

• Les deux grands entrent désormais dans une phase dite de « coexistence pacifique », ce qui entraîne un certain dégel des relations E-W sans pour autant que les tensions sporadiques disparaissent

• Les deux grands règlent désormais leurs rapports sur deux principes implicites

  • Ne pas intervenir dans la zone d’influence directe de l’autre
  • Eviter la guerre nucléaire

A.  LA COEXISTENCE PACIFIQUE : UNE COEXISTENCE FORCEE

1°) Changement de politique extérieure au Kremlin

Après la mort de Staline et avec l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe dirigeante bientôt dominée par  Khrouchtchev, une nouvelle ligne de politique extérieure est mise en œuvre, plus souple avec l’occident.

a) La « coexistence pacifique »

1. la théorie

• formulée en 1956 au XXème congrès du PCUS, mais en fait déjà en application depuis 1953

• La guerre avec les puissances impérialistes n’est plus inévitable : les deux systèmes peuvent donc exister côte à côte dans la paix.

• L’objectif à long terme comme le sens de l’histoire restent bien sûr la victoire du socialisme, mais la compétition avec le camp adverse se limitera au terrain politique, idéologique et économique, et l’inéluctable victoire du socialisme se  fera sans la guerre.

2. Les références idéologiques et historiques

• Lénine et la théorie du « répit » formulée  au moment de l’armistice de Brest-Litovsk

• Staline et la théorie de la « construction du socialisme dans un seul pays »

b) les causes de ce revirement

1. l’équilibre de la Terreur

• Prise de conscience des risques d’une guerre nucléaire, chacun pouvant maintenant intégralement détruire son adversaire, mais pouvant aussi être largement détruit en seconde frappe : mieux vaut éviter l’affrontement direct pouvant conduire à une guerre mondiale nucléaire qui pourrait anéantir une bonne partie de l’humanité !

• L’arme nucléaire s’intègre donc dans une stratégie de dissuasion.

2. la fin du complexe de citadelle assiégée pour l’URSS

• La possession de l’arme nucléaire confère un sentiment de sécurité à l’URSS : à l’ère des bombes thermonucléaires et des fusées porteuses, il est possible de frapper n’importe quel point de la planète en un temps extrêmement réduit.

3. Les grands projets économiques et sociaux

• Khrouchtchev projette de dépasser la puissance économique et le niveau de vie des américains vers les années 80.

• Une longue période de paix est donc nécessaire pour cela ; la coexistence pacifique permettrait de freiner la course aux armements et de dégager les capitaux nécessaires pour les investissements importants à réaliser

c) conséquences directes sur la politique extérieure de l’URSS

1. L’URSS redéploie sa diplomatie en direction du Tiers-Monde

• L’URSS sort de son réduit continental et se met en situation d’exploiter tous les conflits liés à la décolonisation : les puissances coloniales étant toutes capitalistes, la décolonisation s’accompagne généralement d’une vague d’anti-impérialisme et le socialisme peut donc apparaître séduisant aux nouvelles élites.

• La victoire sur le capitalisme sera donc obtenue par la périphérie et non par le centre, dans le Tiers-Monde et non par une stratégie frontale trop dangereuse.

2. Une attitude plutôt offensive face au bloc occidental

• L’URSS se met en position de profiter de toutes les fissures du bloc occidental, que le dégel des relations devrait d’ailleurs révéler.

  • La guerre froide a renforcé la cohésion du bloc occidental, la coexistence pacifique devrait détendre les liens, faire apparaître des divergences : à l’URSS d’entrer dans les brèches pour travailler à son effritement
  • Cf. crise de Suez

• Des difficultés semblables ne risquent-elles pas d’affecter le bloc socialiste et de le menacer aussi d’éclatement ? Si la cohésion ne doit plus être vitale et totale à l’Ouest, pourquoi le serait-elle à l’Est ?

2°) Côté américain, pas de véritable rupture en politique extérieure

a) Un langage apparemment plus offensif

• Pendant la campagne électorale de 1952, le futur président Eisenhower critique l’endiguement de Truman.

• Son secrétaire d’état, Foster Dulles, est quant à lui favorable au « roll back », c’est à dire au refoulement des soviétiques sur leurs positions d’origine.

• Nouvelle doctrine militaire aussi

  • Doctrine des représailles massives ( toute attaque de l’URSS, de quelque nature qu’elle soit engendrera  une riposte américaine immédiate et générale en n’importe quel point du bloc socialiste
  • Stratégie anti-cités ( l’arme nucléaire  est pointée sur les villes du bloc de l’Est et non pas seulement sur les objectifs militaires

En fait si la Maison Blanche durcit le ton, c’est davantage à usage intérieur pour satisfaire une opinion largement maccarthyste, qu’à usage extérieur

b) En réalité la politique extérieure US est plus pragmatique

En réalité les EUApratiquent une sorte d’endiguement renforcé et s’appuient pour ce faire sur toute la gamme des moyens dont ils disposent et pas exclusivement sur leur arsenal nucléaire.

• les réseaux d’alliance (nombreux pactes signés avec Foster Dulles)
• les bases militaires nombreuses dans le monde
• la diplomatie du $ et les investissements extérieurs
• la puissance de la CIA

3°/ De 1953 à 55, le dégel des relatons internationales

a) les améliorations du climat international

Janvier 54 : conférence à 4 sur l’Allemagne :

  • illustration de la reprise du dialogue
  • échec, mais accord pour une conférence internationale pour régler les problèmes en Asie

1954 la conférence de Genève met fin à la guerre d’Indochine ;

  • première présence officielle remarquée de la Chine populaire dans une conférence internationale (ministre des affaires étrangères Zhou En Laï)

1955 : réconciliation spectaculaire de L’URSS avec la Yougoslavie de Tito avec le voyage de Khrouchtchev à Belgrade où il reconnaît les erreurs passées de L’URSS

  • reconnaissance des formes différentes, nationales, de construction  du socialisme
  • un atout aussi dans la mesure ou Tito est très écouté dans le Tiers Monde et où cela peut donc faciliter l’offensive diplomatique de l’URSS dans cette nouvelle direction

1955 :  conférence de Vienne entre les 4 grands

  • souveraineté restituée à l’Autriche
  • premier accord européen négocié en Europe depuis la fin de la guerre

Janvier 1956 : visite de Boulganine et Khrouchtchev en GB : offensive du sourire

b) la non-intervention dans la zone d’influence de l’autre

Les EUAet le bloc de l’Ouest ne font que condamner verbalement les agressions menées par l’URSS à l’intérieur de son bloc, mais n’interviennent pas :

  • Ni en 1953 lorsque les chars soviétiques écrasent une révolte ouvrière à Berlin Est
  • Ni en 1956 lorsque les chars soviétiques écrasent l’insurrection populaire de Budapest en Hongrie

c) mais la méfiance persiste toujours

1955 = entrée de la RFA dans le Pacte Atlantique et l’OTAN ( avec réarmement de l’Allemagne )

1955 = naissance du Pacte de Varsovie en mai 55 (en fait institutionnalisation de relations déjà en vigueur auparavant)

  • faire face à l’OTAN
  • préserver le socialisme dans le bloc en y intervenant au cas où un des membres le remettrait en cause

La Détente  survécut aux deux crises de Hongrie et de Suez en 56, mais en 1957, le lancement du Spoutnik provoqua un électrochoc aux USA, choqués de n’être pas les premiers dans la course à l’espace qui s’engageait désormais et qui devint une autre expression de la guerre froide, inquiets aussi puisque se sentant désormais menacés sur leur propre territoire

B. LE CHAUD ET LE FROID : LES CRISES DE 1956 à 1962 ILLUSTRENT LES ASPECTS ET LES LIMITES DE LA COEXISTENCE PACIFIQUE

1°) L’URSS dans la crise de Suez : 1956

Crise engendrée par la nationalisation de la Compagnie Internationale du Canal de Suez, société surtout dominée par des intérêts anglais et français.

  • Intervention militaire israélo-anglo-française et déroute de l’armée égyptienne.
  • Mais échec politique cuisant des occidentaux du fait

Les EUA, mécontents d’une opération menée sans eux et à leur insu ne soutiennent pas les franco-anglais dans leur entreprise ; au contraire, ils utilisent l’arme pétrolière contre la GB et spéculent contre la livre anglaise

L’URSS se présente en défenseur efficace des jeunes états du Tiers Monde menacés par un retour offensif des anciennes puissances coloniales, défend l’Egypte et s’agite violemment, lançant un ultimatum à la France et à la GB pour les enjoindre à cesser immédiatement leur agression, menaçant Paris et Londres du feu nucléaire ! Détermination réelle ? Bluff ?

La GB cède immédiatement, et la France, isolée ne peut que suivre …

Des Casques Bleus de l’ONU vont relayer sur place les soldats français, anglais et israéliens qui quittent bientôt l’Egypte. …

2°) La seconde crise de Berlin : 1958-1961

= Conflit en plusieurs temps, rouvert  par Khrouchtchev

a) les origines

1. les motivations de « K »

• Il veut pousser plus loin l’avantage que lui confère le lancement du Spoutnik en 1957 (URSS première dans la course à l’espace d’où un véritable traumatisme dans l’opinion américaine)

• Il hésite entre détente et tension mais tient à donner des gages aux partisans d’une politique plus dure à l’égard de l’occident du fait des critiques conjuguées des chinois et des adversaires de sa politique en URSS même.

2. l’offensive soviétique de novembre 1958

• « K » relance une nouvelle crise en exigeant la transformation de Berlin en une ville libre neutralisée (A défaut l’URSS signerait avec la RDA un traité de paix séparé lui donnant le contrôle des accès de Berlin pour s’opposer aux mouvements de troupe entre la RFA et Berlin)

• En fait il s’agit évidemment d’une étape pour chasser les occidentaux de Berlin W

• Les Soviétiques multiplient contrôles et entraves à la circulation autour de la ville, mais les occidentaux refusent la moindre concession

b) un relatif dégel à l’automne

• voyage de « K » aux EUAet rencontre à Camp-David avec Eisenhower

• aucun accord concret ne sort de ‘entrevue mais ce voyage illustre tout de même une certaine détente entre les deux supergrands

c) regain de tension au printemps 1960

1. l’affaire de l’avion U2

  • Un avion espion américain U2 est abattu au-dessus du territoire soviétique et son pilote fait prisonnier
  • C’est évidemment là une excellente occasion pour « K »de dénoncer l’attitude américaine et de relancer la crise
  • En mai 1960, la conférence de Paris qui tentait de trouver une solution définitive au problème allemand échoue donc totalement
  • Khrouchtchev estime que Kennedy est moins déterminé et moins ferme que son prédécesseur
  • la question de Berlin cristallise la mésentente et Khrouchtchev agite la menace nucléaire
  • réaction de Kennedy : il augmente les effectifs US en Allemagne !
  • fermeture des frontières de Berlin-Est et arrêt du métro
  • pose de barbelés, puis édification d’un mur de 46 kms de long, de deux mètres d’épaisseur, de 3 à 6 mètres de haut, avec un no man’s land de 200 à 400 mètres avec miradors et barbelés ; les points de passage sont réduits à un tout petit nombre et sévèrement contrôlés
  • De 1950 à 1960 ce sont plus de deux millions d’Allemands de l’est qui sont passés à l’ouest, en RFA, via Berlin-Est puis Berlin-Ouest, les associations de réfugiés.
  • A défaut de voter avec un bulletin de vote, « ils votaient avec leurs jambes » et cela constituait un désaveu du régime communiste inacceptable pour la RDA et l’URSS
  • C’étaient en outre les forces vives du pays qui le quittaient, une population d’adultes jeunes et le plus souvent qualifiés (cadres et techniciens), d’où une entrave de plus au développement de la RDA
  • C’en est désormais fini …

2. La conférence de Vienne  en juin 1961 : la rencontre des 2 « K »

3. « Le Mur de Berlin » : 13 Août 1961

3.1. l’édification du mur de la Honte

 3.2. Le passage d’est en ouest est désormais impossible

Conclusion partielle

Les occidentaux renoncent à réagir dans la mesure ou les intérêts vitaux des EUAet de la RFA ne sont pas en cause ; En Juin1963, lors d’une tournée en Europe, Kennedy apportera son soutien aux berlinois en se rendant à Berlin-Ouest et en y proclamant « Ich bin ein Berliner »

Les Soviétiques renoncent à fixer un délai pour la neutralisation de la ville, abandonnant ainsi implicitement leur revendication sur Berlin.

C’est dans ce contexte déjà extrêmement tendu qu’éclate la crise la plus grave de l’après-guerre : l’affaire des fusées.

3°) La crise de Cuba : Octobre 1962

a) La situation politique de Cuba à la veille de la crise

1. relations tendues avec les EUAet rapprochement avec l’URSS

• En janvier 59, la révolution castriste des « barbudos » triomphe du régime dictatorial de Batista, et Fidel Castro devient Premier ministre en février

• La réforme agraire est décrétée en 1959

• En février 1960, l’U.R.S.S. passe un premier accord sur le sucre

• En août 1960 embargo américain sur le commerce avec Cuba

• En octobre 1960 nationalisation d’intérêts américains à Cuba

• En janvier 1961, c’est la rupture diplomatique entre Washington et La Havane

2. 1961 : échec du débarquement de la baie des cochons

• En avril 1961 la tentative de débarquement d’exilés cubains anti-castristes dans la baie des cochons échoue lamentablement

• Elle avait le soutien de la CIA et une logistique américaine ; c’est donc aussi un échec pour Kennedy (manque d’expérience ? manipulation par la CIA ?)

• Conséquences :

  • Vive condamnation latino-américaine
  • Castro proclame Cuba « république socialiste ».
  • Cuba se tourne davantage vers l’URSS et demande des armes et des fusées pour assurer sa défense face aux USA

b) La crise des fusées.

14 octobre 1962

• Un avion U2  américain repère des rampes de lancement de missiles à Cuba ; une nouvelle mission est organisée avec prise de photos qui apportent la preuve de la présence

de bases de lancement de fusées

de conseillers soviétiques

de bombardiers Ilyouchine

d’une quarantaine de fusées de 1500 à 3000 kms de portée

• En mer, 26 navires soviétiques font route vers Cuba avec probablement les ogives nucléaires, qui pourraient être installées et opérationnelles en une dizaine de jours

22 Octobre 1962

  •  Discours très ferme de Kennedy à la télévision, photos à l’appui
  •  Mise en quarantaine de Cuba avec blocus de l’île par la flotte américaine
  •  Les EUAs’arrogent un droit de contrôle en pleine mer des navires soviétiques pour interdire l’importation à Cuba des ogives nucléaires
  • Mise en état d’alerte générale des forces américaines
  • En outre les EUApréparent une attaque aérienne sur Cuba pour y détruire les installations militaires soviétiques ( mais Kennedy ne veut pas commencer par cette solution qui serait une agression caractérisée.)
  • Le monde suit désormais avec anxiété l’avance des cargos soviétiques qui s’approchent des bâtiments de l’US Navy, tout incident naval pouvant entraîner la IIIème guerre mondiale, nucléaire cette fois-ci : le monde est au bord du gouffre…

26 octobre 1962

Lettre de Khrouchtchev à Kennedy laissant entendre qu’il est prêt à négocier

29 octobre 1962

  • La crise se dénoue après une semaine terrifiante et le monde respire mieux …
  • L’URSS recule et fait faire demi-tour à ses navires, promet en outre de retirer missiles, fusées et autres bombardiers de Cuba
  • Les EUA s’engagent en contrepartie à ne pas attaquer Cuba et à démonter leurs fusées, au reste démodées, de Turquie

c) Bilan de la crise

1. Un gros succès personnel pour Kennedy

• Il est devenu en quelques jours le héros de l’ère nucléaire, sachant rester modéré et sobre dans la victoire
• Ce succès contribuera largement à développement du « mythe Kennedy »

2. Un sérieux échec pour Khrouchtchev

• Il perd beaucoup de son crédit dans le Tiers-Monde
• Il est accusé par les Chinois d’aventurisme et de capitularisme
• Il  suscite un mécontentement important dans les milieux dirigeants soviétiques qui n’apprécient guère ce coup de poker qui a échoué et il est vraisemblable que cela joue un rôle dans son élimination du pouvoir en octobre 1964

3. Point culminant de la guerre froide et début d’un réel processus de détente

  • Dès juin 1963 installation du « téléphone rouge », ligne directe de télex entre le Kremlin et la Maison Blanche pour un recours au dialogue direct en cas de nouvelle crise
  • En août 1963, signature du traité de Moscou par lequel les signataires s’interdisent les essais nucléaires atmosphériques ( la France et la Chine ne le signeront d’ailleurs pas )