Le monde en 1945

La Seconde guerre mondiale dépasse encore en horreur la première guerre mondiale, en raison du caractère planétaire du conflit et de l’ampleur sans précédent des combats

Immensité de l’hécatombe humaine
Importance des destructions matérielles
Profondeur des cicatrices morales

La Guerre laisse en héritage un monde bouleversé. L’Europe, saignée à blanc et ruinée, effondrée, est désormais reléguée au second plan, la prédominance des deux « supergrands », USA et URSS, est absolue et les bouleversements territoriaux sont considérables.

Au sortir du cauchemar, un monde nouveau s’ébauche dans l’espérance de la paix et de nouvelles institutions internationales se mettent en place, mais bientôt c’est la peur qui s’installe à nouveau car la paix est ratée

La Grande Alliance se disloque alors et les alliés d’hier s’accusent et se menacent, et l’incompréhension et les incompatibilités d’intérêts conduisent les USA et l’URSS à l’affrontement dans ce que l’on appellera la guerre froide

I. LES COUTS DE LA GUERRE ET L’AMPLEUR DU DESASTRE

A. UN LOURD MAIS INEGAL BILAN DEMOGRAPHIQUE : L’HUMANITE BLESSEE

1°) Une hécatombe sans précédent

a) La guerre la plus meurtrière de tous les temps

  • Plus de 60 millions de morts et de disparus, dont 35 millions en Europe
  • Plus de 35 millions de blessés
  • La Pologne a perdu 14 % de sa population, l’URSS 18 % et l’Allemagne 7%

 

PAYS MILITAIRES CIVILS % population 1939
URSS 11 900 000 17 400 000 18 %
Pologne 320 000 5 500 000 14 %
Yougoslavie 410 000 1 400 000 10%
Allemagne 3 900 000 3 800 000 7 %
Japon 1 500 000 700 000 3 %
Pays-Bas 10 000 200 000 2.5 %
Grèce 74 000 500 000 2.4 %
Chine 3 500 000 10 000 000 2.2 %
France 210 000 330 000 1.5 %
Royaume Uni 245 000 150 000 1 %
Italie 230 000 150 000 1 %
Canada 42 000 0.4 %
Etats-Unis 298 000 0.2 %

b) Causes de l’ampleur du désastre

Guerre totale et progression des engins de mort

Caractère systématique des déportations nazies et de l’extermination des races dites inférieures (10 millions de morts)

Guerre civile entre factions rivales d’une même population

Sous-alimentation chronique et rationnements

c) Les civils particulièrement touchés

Davantage même que les militaires

Exception : USA et dominions qui n’ont jamais subi d’opérations militaires sur leur territoire

Causes

  • Intensité grandissante des bombardements aériens, les villes devenant des cibles privilégiées

Blitz : cf. Londres pendant la bataille d’Angleterre

Raids des B-17 : cf. bombardement de Dresde (35 000 morts) ou de Tokyo

Bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki

  • Les déportations nazies
  • Les victimes des famines et épidémies déclenchées par la guerre et les déplacements forcés de population

2°) De gigantesques transferts de population

• Plus de 30 millions de personnes déplacées se croisent sur les routes d’Europe

a) Pendant la guerre :

Exode de civils devant l’avance ennemie, expulsion de populations entières, déportations massives (en Allemagne, mais aussi en URSS où Staline déporte massivement les tchétchènes par exemple)

b) Après la guerre

Les travailleurs étrangers, volontaires ou requis, les prisonniers de guerre, les survivants des camps de concentration quittent l’Allemagne pour leur pays d’origine.

Les nouvelles frontières de 1945 engendrent d’immenses mouvements.

  • Allemands expulsés et refoulés des territoires non allemands (Europe centrale, Pologne)
  • Polonais réfugiés qui refusent de vivre dans l’URSS qui s’est étendue aux dépens de la Pologne
  • En Asie, retour de 7 millions de Japonais sur l’archipel, particulièrement indésirables sur les terres qu’ils avaient conquises

3°) La structure de la population durablement affectée

a) Déséquilibre des sexes

Surmortalité masculine du fait de la guerre

Les femmes plus nombreuses que les hommes

Exemple : l’URSS de 1959

  • 115 millions de femmes pour 94 millions d’hommes
  • un facteur de diminution de la croissance démographique et un baby-boom impossible, une féminisation spectaculaire de l’emploi, y compris pour les travaux pénibles, qui réduisent évidemment la fécondité.
  • Inscription en creux dans les pyramides des âges des pays concernés, comme une profonde cicatrice
  • Phénomène lié à la mobilisation des hommes, à la séparation des familles, aux difficultés quotidiennes et à la peur de l’avenir.
  • Une répercussion de génération en génération

b) Les classes creuses

1. Net déficit des naissances

2. Un cas particulier : le léger redressement de la natalité en France en 1942

Causes

  • ajournement des mariages et des naissances pendant les années de crise qui précèdent la guerre
  • Avantages octroyés pour les nouveau-nés (coupons alimentaires)
  • Accoutumance à l’occupation
  • Redécouverte des valeurs familiales
  • Mesures natalistes du code de la famille de 1939 puis du régime pétainiste

c) Le baby-boom

Phénomène de récupération des naissances ayant lieu une fois la paix revenue

  • Augmentation brutale de la fécondité et de la natalité
  • Rajeunissement de la population

Une exception de taille : l’URSS, qui ne connaît pas de baby-boom car la population adulte jeune a été décimée par la collectivisation des campagnes puis par la guerre, la situation intérieure du pays étant en outre catastrophique au lendemain de la guerre

B. L’IMPACT MATERIEL ET ECONOMIQUE DE LA GUERRE

1°) Des destructions matérielles impressionnantes

a) Des amas de ruines

1. Ampleur des destructions

  • Villes détruites
  • Axes de communication et ouvrages d’art
  • Installations portuaires
  • Exploitations agricoles détruites et cheptel décimé
  • Ampleur des bombardements aériens (Dresde)
  • Acharnement des combats (Stalingrad)
  • Pratique de la terre brûlée

2. Causes :

Par les soviétiques en URSS lors de l’avance allemande

Par les allemands lors de leur retraite ( URSS, Pologne, Yougoslavie…)

b) Les pays sont inégalement touchés par les dévastations

1. Les pays ravagés

  • La partie européenne de l’URSS est dévastée notamment le nord Caucase et l’Ukraine

70 000 villages et 1700 villes ont été totalement ou partiellement détruits

  • La Pologne et la Yougoslavie
  • L’Allemagne : des villes pratiquement rasées mais une capacité de production modérément touchée (- 20 à 30 %)
  • Le Japon
  • Les pays sous tutelle japonaise
  • Les pays d’Europe occidentale, avec d’énormes dégâts pour les particuliers (France, beaucoup plus touchée qu’en 1914, GB)
  • Les USA et les dominions du Commonwealth épargnés par les combats (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande …)
  • Les pays neutres tels que la Suède ou la Suisse, dont les banques se sont au contraire très enrichi

2. Les pays très touchés

3. Les pays épargnés

2°) Le prix de la guerre et le désordre financier

Coût total des dépenses militaires : 1000 milliards de $

Coût des dommages provoqués : 2000 milliards de $

a) L’ampleur des déséquilibres financiers

1. l’Europe et l’Extrême-Orient ruinés

1.1. Financement de la guerre et des frais d’occupation par des expédients

Par l’augmentation des impôts,

Par l’emprunt et l’augmentation de la dette publique  ( de 1939 à 45 elle triple en GB, quadruple en France et décuple en Allemagne

Par l’inflation

• déséquilibre entre la diminution des réserves en or et l’augmentation de la circulation fiduciaire

• dépréciation monétaire et hausse des prix, accentuée par la pénurie

1.2. désintégration du système monétaire international, déjà très ébranlé par la crise des années 30

Le « Gold Exchange standard » adopté à la conférence de Gênes en 1922 fondé sur l’étalon or, la libre convertibilité en or et les parités fixe vole en éclats avec la crise des années 30 (dévaluations en cascades, pratiques autarciques…)

La Seconde guerre mondiale l’achève : on est donc en plein désordre monétaire international à l’approche de la fin de la guerre)

2. L’absence de moyens financiers de reconstruction : le « dollar gap[1] »

Des besoins énormes en matières premières, sources d’énergie, machines et biens d’équipement, vue l’ampleur des destructions, et même en produits alimentaires du fait de la désorganisation des campagnes et des circuits de commercialisation

Incapacité à produire sur place

Incapacité à importer

• Faute d’infrastructures portuaires en état de fonctionnement

• Faute d’or et de $ : réserves épuisées ou très réduites, aucune capacité d’exportation pour en acquérir

• C’est l’impasse ! ( = phénomène de « $ gap » ou pénurie de $)

b) La guerre n’a pas été désastreuse pour tout le monde

1. Certains groupes ont pu s’enrichir avec le marché noir et les trafics

  • Paysans et « B.O.F[2]. »
  • Trafiquants
  • Industriels collaborateurs épargnés par l’épuration à la libération
  • Cas des pays neufs éloignés des zones de combat

2. L’économie de certains pays neufs a été stimulée

Dominions du Commonwealth : Australie et Nouvelle-Zélande, Union sud-africaine, Canada surtout

Argentine et Brésil en Amérique latine

  • Diversification et développement des activités

Augmentation des exportations agro-alimentaires

Amorce de développement industriel

3. Les USA, grands bénéficiaires de la guerre

  • Doublement de la production industrielle et du revenu national de 1939 à 1945
  • Accumulation d’or grâce au commerce de telle sorte qu’en 1945 les USA disposent des ¾ du stock d’or mondial
  • Le $ est la seule monnaie convertible au monde et la Conférence de Bretton Woods de Juillet 1944 confirme la suprématie financière et monétaire des USA :
  • Après les restrictions de la guerre viennent celles de l’après-guerre
  • Rationnement, disette et marché noir continuent
  • Un énorme problème de logement et des millions de sans-abris vivent au milieu des ruines
  • Ou bien les gouvernements laissent filer l’inflation, avec en conséquence des inégalités sociales accrues la hausse des prix qui détériore le pouvoir d’achat des ménages Þ mécontentement social
  • Ou bien politique de lutte contre l’inflation, donc austérité qui pénalise la consommation et accentue les restrictions …Þ mécontentement social

c) Une situation sociale critique pour les populations

1. De difficiles conditions de vie :

2. Un inévitable mécontentement social

Conclusion partielle

Un monde renouvelé, des pôles de croissance déplacés, une remise en route difficile de l’économie, qui est en outre à reconvertir, et une priorité absolue pour les pays délabrés : reconstruire !

3°) Le progrès scientifique

a) La guerre a accéléré la recherche

Intervention de l’état dans le financement, l’organisation et le contrôle du travail scientifique

Priorité à la recherche militaire mais retombées civiles

Des découvertes importantes et des progrès techniques spectaculaires

b) L’amorce d’une nouvelle révolution scientifique et technique

Apparition de nouvelles techniques promises à un brillant avenir

  • Electronique : le radar
  • Informatique : les premiers calculateurs électroniques ( en vue de la fabrication de la bombe atomique)
  • Chimie : DDT, fibres synthétiques (nylon), caoutchouc et essence synthétiques
  • Biologie et Médecine : antibiotiques et cortisone
  • Maîtrise de la fission nucléaire
  • Aéronautique : moteurs à réaction
  • Espace : premières fusées et missiles téléguidés

La technologie moderne est née en grande partie de la guerre ; elle restera ultérieurement au service des armées, mais se mettra aussi au service de la reconstruction, du développement économique et du bien-être social de certains pays

C. LE TRAUMATISME MORAL

1°) Le traumatisme est lié à la prise de conscience de la barbarie

      En 1945, la révélation soudaine des holocaustes, des tortures et des massacres  bouleverse la conscience universelle.

      La seconde guerre mondiale a gravement porté atteinte à l’idée de dignité humaine et elle a renversé les quelques certitudes morales qui avaient survécu à la première guerre mondiale.

a) Des méthodes de guerre abjectes : l’homme s’est fait diable.

Le droit de la guerre et les conventions internationales concernant les prisonniers de guerre n’ont pas été respectées, parfois pas appliquées du tout, comme ce fut le cas des allemands en URSS ou des japonais en Extrême-Orient

  • Exécutions sommaires de civils
  • Massacre de prisonniers sur les champs de bataille
  • Lente agonie dans des camps à ciel ouvert  comme en Russie
  • Expériences prétendument médicales sur des prisonniers par les SS ou par les japonais en Mandchourie

Utilisation systématique de la torture contre les ennemis réels ou supposés

b) La science et de la technique au service de la mort et de la barbarie

Gros progrès dans les capacités de destruction avec des armes de plus en plus performantes

Emploi de l’arme atomique :

  • l’homme a désormais la capacité de détruire l’humanité
  • c’est le début de l’angoisse atomique
  • Persécution systématique
  • Le symbole même de l’idéologie et du système nazi
  • Auschwitz : symbole de la barbarie de notre siècle

c) Un sommet de l’horreur : le système concentrationnaire.

2°) Comment juger ?

a) Qui juger ?

Impossible de juger tout un peuple, largement soumis dans sa grande majorité

Critère largement retenu : l’appartenance au parti nazi

b) Le Procès de Nuremberg (Mai 46 à Novembre 1948)

1. Mise en jugement des criminels de guerre

  • Goebbels  et Bormann sont déjà morts
  • 21 accusés, 12 condamnés à mort parmi lesquels Goering, Ribbentrop, Keitel dont 11 sont pendus.
  • Avoir dressé un bilan précis et irréfutable de l’horreur
  • Avoir défini la notion de « crime contre l’humanité »( génocide), imprescriptible, au-delà du crime contre la paix ( rôle décisif dans la préparation, le déclenchement et la poursuite de la guerre) ou du crime de guerre (violation des règles et conventions établies de la guerre)
  • De nombreux nazis échappent aux recherches
  • Les tensions E-W ne tardent pas à remettre en cause l’épuration et la dénazification (surtout à l’Ouest. car les nazis et autres collaborateurs sont ceux qui ont les meilleurs fichiers anticommunistes … certains éviteront la mort en acceptant de travailler pour les américains par exemple)

2. Principal mérite de ce procès

3. Problèmes

3°) Aspects du traumatisme

a) Dans l’immédiat, désarroi moral et recherche de nouvelles certitudes

1. L’ébranlement des valeurs et références morales

1.1.Tout est ébranlé

La foi dans l’homme qui s’est fait diable

La foi dans le progrès, la science, la technique mis au service de la mort et de la barbarie

La confiance dans l’avenir

La notion même de civilisation et la supériorité de l’homme blanc

2.2. L’incertitude est accentuée par :

Les aléas et les injustices d’une épuration imparfaite

Le déclin du sens du devoir

Les inégalités accrues, les profiteurs de guerre affichant une insolente richesse

L’entrée dans l’ère atomique, l’homme étant devenu capable de détruire l’humanité

2.3. Un pessimisme grandissant

Angoisse et peur face à un monde absurde et sans espoir

2. La pensée et l’art sont le reflet de cette angoisse existentielle

  • Existentialisme de Jean-Paul Sartre
  • Interrogation des intellectuels sur la solitude de l’homme, la liberté, le sens de l’action, l’absurde (Albert Camus)
  • Néoréalisme du cinéma italien (cf. Le voleur de bicyclette)
  • Baby-boom avec  croissance explosive de la fécondité et de la natalité  (pourtant, les temps sont difficiles et l’avenir incertains…)
  • Défoulement après l’austérité de la guerre

3. Le retour à la vie et la recherche de nouvelles certitudes

3.1. Le retour à la vie

• Renouveau de la mode (y compris excentrique : les « zazous »)

• Jazz venu d’Amérique

• Caves de Saint-Germain des Prés

3.2. De nouvelles espérances

Volonté de bâtir une Société nouvelle et la démocratie politique

Deux modèles opposés cependant, occidental et communiste. L’affrontement idéologique qui en résulte va disloquer un peu plus la vieille Europe …

b) Dans le temps : la mémoire meurtrie.

1. Le refus de l’oubli pour ceux qui ont le plus souffert

  • Juifs, polonais, russes, déportés
  • Volonté de perpétuer le souvenir pour éviter que semblables monstruosités ne se reproduisent
  • l’Allemagne est abasourdie au sortir de la guerre : sentiment de culpabilité
  • Refoulement (en zone soviétique) ou acceptation de la réalité et de la responsabilité (à l’ouest, avec un travail très important des américains en ce sens)
  • L’Allemagne va passer du militarisme traditionnel au pacifisme le plus ardent d’Europe dans les années 80 !…
  • Les lauriers de la gloire certes, mais aussi le crêpe noir du deuil : chaque famille a été touchée dans sa chair, et le souvenir est très entretenu
  • Un énorme besoin de sécurité à l’extérieur, d’où le militarisme des dirigeants et certaines orientations de la politique extérieure soviétique
  • Fierté d’avoir résisté tout au long de la guerre, notamment dans la période qui a précédé l’entrée en guerre des deux grands
  • La honte et l’humiliation de 1940, de Vichy et de la collaboration
  • L’honneur sauvé par De Gaulle, la résistance et la participation à la victoire de 45
  • Les Français entretiennent encore des rapports troubles et troublés avec la seconde guerre mondiale.

2. La question de conscience en Allemagne

3. En URSS

4. En GB

5. En France, une situation trouble


II. LES BOULEVERSEMENTS POLITIQUES ET LES NOUVEAUX RAPPORTS DE FORCE INTERNATIONAUX.

A. LE MONDE ENTRE DANS L’ERE DES GEANTS.

1°) L’effondrement de l’Europe

a) La puissance perdue et une faiblesse considérable

Situation économique catastrophique

Misère sociale et morale

Eclatement idéologique

Faiblesse militaire tragique

Faiblesse politique et diplomatique : aucun pays n’a plus les moyens de faire entendre sa voix

  • Prestige de la France très entamé pour ne pas dire effondré
  • La GB, ruinée, est le pays le plus endetté au monde et n’a plus les moyens financiers de la puissance
  • L’Allemagne écrasée a disparu en tant qu’état
  • L’Italie, dévastée, ne peut guère tirer profit de son changement de camp

b) Les débuts de la dépendance

Division et écartèlement entre le système libéral pour les uns et socialiste pour les autres

A l’ouest on a besoin des $ et des produits américains, de la protection américaine aussi

A l’est, dans les pays occupés par l’Armée Rouge, les communistes prennent un poids considérable dans les gouvernements de coalition, et s’alignent sans états d’âme sur les positions de Moscou

c) La puissance coloniale remise en cause

On assiste aux premiers craquements des empires coloniaux

Affaiblissement des métropoles qui favorise les mouvements nationalistes sur place

Empires de plus en plus menacés par des mouvements d’indépendance

2°) L’émergence de deux supergrands

a) La primauté américaine

Puissance économique et financière sans rivale : d’efficaces moyens de pression sur les pays appauvris

Suprématie scientifique et technologique

Puissance militaire considérable

  • Une grande puissance maritime : maîtrise des mers et bases US un peu partout dans le monde
  • Monopole nucléaire absolu

Un prestige considérable, notamment en Europe

b) L’URSS, 2ème grand

Très touchée par la guerre, se trouve confrontée à un considérable problème de reconstruction dans une situation démographique terrible

Mais un prestige considérable que la propagande communiste va s’efforcer de maintenir et d’amplifier

Une grande puissance continentale avec :

  • Un potentiel militaire conventionnel considérable (matériel et effectifs) avec en outre le bénéfice de la proximité des objectifs potentiels
  • Une influence prépondérante en Europe de l’est occupée par l’Armée Rouge
  • Un rôle croissant des partis frères partout en Europe ( malgré la dissolution du Komintern en 1943, Moscou reste la capitale du communisme international et l’unique centre de décision d’un mouvement sur lequel Staline a toute autorité

3°) Dans le reste du monde, aucune rivalité possible

a) L’Extrême-Orient est effondré

Le Japon, vaincu, ruiné, occupé pour la première fois de son histoire, a à sa tête un empereur qui doit renoncer à ses prétentions divines et qui n’est plus que le porte-parole des ordres américains, qui imposent une constitution démocratique

La Chine est ruinée, décomposée et écartelée entre nationalistes et communistes qui reprennent bientôt la guerre civile

b) Ailleurs, quelques changements d’ampleur encore limitée

Décollage économique et amorce d’industrialisation de quelques pays neufs  (Brésil, Canada, Australie et Afrique du Sud) dont le rôle politique reste cependant tout à fait secondaire

Emergence du nationalisme dans le monde arabe

  • Volonté d’affirmation de l’identité arabo-musulmane face aux tutelles étrangères occidentales et au sionisme juif
  • Création de la « Ligue Arabe » en Mars 1945 par quelques pays arabes indépendants

B. UNE PAIX INACHEVÉE

1°) Les conférences au sommet de la « Grande Alliance »

a) Téhéran : 28 Sept – 2 Déc. 1943

Staline, Roosevelt, Churchill

Les discussions portent sur :

  • L’ouverture d’un second front réclamé par l’URSS
  • L’évocation de la création des Nations Unies par les USA

Les décisions :

  • Démembrement de l’Allemagne
  • Création d’une Pologne décalée vers l’ouest, de la ligne Curzon à la ligne Oder-Neisse

b) Yalta, Février 1945

      La plus célèbre des conférences de la seconde guerre mondiale, qui réunit à nouveau Staline, Roosevelt, Churchill.

1. Un contexte favorable à l’URSS

  • Avantage soviétique pour la situation militaire sur le continent européen : l’Armée Rouge est à 70 kms de Berlin alors que les anglo-saxons n’ont pas encore franchi le Rhin à cette époque
  • Les anglo-saxons doivent répartir leurs efforts du fait de la guerre contre le Japon, alors que l’URSS n’a à se battre que sur un seul front : contre l’Allemagne.
  • Roosevelt est à l’époque très souffrant et affaibli, et ses capacités diplomatiques s’en trouvent sans doute réduites, quelle que puisse être l’influence de ses conseillers
  • D’ailleurs la conférence se déroule à Yalta, en Crimée, c’est à dire en URSS et chez Staline, qui trouve tous les prétextes pour refuser de quitter le territoire soviétique.
  • Le monde n’a pas  été partagé à Yalta, quoiqu’en aient dit De Gaulle (qui n’y avait pas été invité…) et les gaullistes qui ont largement contribué à répandre en France cette idée fausse
  • Il suffit d’analyse le contenu des accords pour s’en rendre compte :

2. Un climat de coopération mais pas de partage du monde

Des élections libres sont prévues dans toute l’Europe !

A la limite, on pourrait éventuelle avancer l’idée que l’Europe a été partagée à Yalta, mais en réalité, c’était déjà fait depuis la conférence de Moscou…. en Octobre 1944, entre Churchill et Staline, où les deux hommes se partagent les zones d’influence en Europe face à une carte et en griffonnant des chiffres sur un bout de papier :

• Grèce : influence GB à 90 %

• Roumanie et Bulgarie : prédominance soviétique

• Hongrie et Yougoslavie, 50%/50% entre l’Est et l’Ouest

• Désaccord sur la Pologne ( Churchill refuse de reconnaître le comité de Lublin)

  • C’est la guerre froide qui coupera l’Europe et le monde en deux, pas la conférence de Yalta

3. Les décisions

      Chacun des trois dirigeants peut repartir de Yalta satisfait, ayant obtenu assez largement ce qu’il souhaitait en y venant : l’esprit de compromis et d’arrangement l’a emporté pour aboutir à un bon compromis

3.1. Acquis de Roosevelt

Mise en place de l’ONU avec rôle déterminant des 5 grands ( USA, URSS, Chine, GB et France)

Engagement de l’URSS à entrer en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation allemande

Faire progresser la démocratie

• Mise en place de gouvernements provisoires représentatifs des forces démocratiques

• Elections libres pour que les gouvernements soient l’expression de la volonté des peuples

3.2. Acquis de Churchill

La France est associée aux décisions futures (ne serait-ce que pour ne pas que la GB soit seule à l’avenir face aux deux grands)

La GB conserve son rang de puissance coloniale qui n’est pas remise en question

3.3. Acquis de Staline

La moitié des réparations de guerre allemandes iront à l’URSS

Une extension territoriale en Europe (récupération des territoires perdus entre 1918 et 1921, Etats Baltes, abandonnés par les anglo-saxons, et Est de la Pologne notamment

3.4. Sort de l’Allemagne

Quatre zones d’occupation, y compris pour Berlin

Autorité suprême sur l’Allemagne exercée par les quatre grands (USA, URSS, GB, France)

3.5. Sort de la Pologne

Création d’un gouvernement d’unité nationale avec le comité de Lublin et des ministres du gouvernement de Londres

Organisation d’« élections libres »

Conclusion partielle

De sérieux malentendus subsistent cependant, comme par exemple sur la conception des élections libres et des gouvernements démocratique….

c) La conférence de Potsdam : 17 Juillet – 2 Août 1945

1.Un contexte nouveau

1.1. Depuis Yalta : fin de l’entente cordiale

Certes la conférence de San Francisco en Avril et Juin  1945 est toujours dans l’esprit de Yalta et organise la création de l’ONU

Mais la situation se dégrade entre les anglo-saxons et l’URSS

• La Roumanie et la Bulgarie sont mises en coupe réglée par l’URSS avec des gouvernements provisoires dominés par les communistes

• Roosevelt puis son successeur Truman protestent mais en vain

• De ce fait, au lendemain de la capitulation allemande, les USA interrompent brutalement leur aide à l’URSS ; Staline soupçonne alors les USA de vouloir étrangler l’URSS économiquement …

Le climat de la conférence de Potsdam est donc très lourd et la conférence a failli s’interrompre à plusieurs reprises

1.2. Des protagonistes nouveaux

Staline est toujours là

Attlee remplace Churchill en pleine conférence car ce dernier vient d’être battu aux élections par les travaillistes

Truman remplace Roosevelt, décédé le 12 Avril.

1.3. Un équilibre des forces différent

Truman est désormais en position de force car il apprend pendant la conférence que les USA maîtrisent désormais la bombe atomique, qui vient d’être testée avec succès ; le monopole nucléaire est évidemment un atout de taille pour les USA

Et Staline d’être encore plus méfiant !…

2. Peu de décisions sont prises

  • accord sur l’Allemagne

Découpage des zones d’occupation
Abolition du parti nazi, dénazification et mise en jugement des criminels de guerre
Démilitarisation
Décartellisation
Montant des réparations de guerre à payer par l’Allemagne : 20 milliards de $

  • A propos de la Pologne, accord sur la ligne Oder-Neisse C’est une reconnaissance tacite de l’influence majeure de l’URSS en Europe centrale et orientale)
  • Entrée en guerre de l’URSS contre le Japon prévue pour le 8 Août 1945
  • Plan de partage pour l’occupation de la Corée
  • Aucune entente pour la préparation des futurs traités
  • Une conception très différente des notions « d’élections libres » ou de « gouvernement démocratique »

3. De sérieuses divergences

2°) Les bouleversements territoriaux et la nouvelle carte du monde.

a) Cadre et contenu des négociations : une paix très partielle !

  • Conférence de Paris, d’Avril à Octobre 1946
  • Signature des traités de paix de Paris le 10 Février 1947 avec les anciens satellites de l’Allemagne (Italie, Finlande, Roumanie, Hongrie, Bulgarie)
  • Désaccord total sur l’Allemagne
  • Aucun traité, seulement une sorte de reconnaissance implicite des frontières de l’URSS, de l’Allemagne, de la Pologne et du Japon !…

b) Les nouvelles frontières européennes

  • L’URSS est la principale bénéficiaire de la guerre au plan territorial

• Elle retrouve les Pays Baltes, la Bessarabie et la Bukovine roumaines, et les régions acquises par la Pologne en 1921

• Elle annexe une partie de la Prusse orientale, la Carélie finlandaise et la Ruthénie tchécoslovaque.

  • La Pologne, amputée à l’est, s’étend à l’ouest jusqu’à la ligne Oder-Neisse avec un large accès à la mer Baltique.
  • L’Allemagne perd le quart de sa superficie de 1937
  • L’Italie cède le Dodécanèse à la Grèce, et l’Istrie sauf Trieste à la Yougoslavie
  • La Hongrie cède la Transylvanie à la Roumanie.

c) Dans le reste du monde :

1. En Afrique

      L’Italie perd toutes ses colonies :

  • l’Ethiopie retrouve son indépendance et obtient un accès à la mer rouge grâce à l’Erythrée
  • La Somalie et la Libye accèdent à l’indépendance.
  • Le Japon perd toutes ses dépendances
  • L’URSS reçoit le sud de l’île Sakhaline et les Kouriles, Dairen et Port Arthur en Chine
  • La Chine récupère la Mandchourie et Taïwan
  • La Corée, indépendante est occupée de part et d’autre du 38ème parallèle, par l’URSS au nord et par les USA au sud
  • Les USA conservent les anciens archipels japonais du Pacifique ( îles Mariannes, Carolines et Marshall) mais accordent rapidement l’indépendance aux Philippines.

2. En Asie

III. L’ESPERANCE D’UNE PAIX DURABLE ET LES PREMIERES DESILLUSIONS DE 1946.

A. LA NAISSANCE DE L’ONU ET L’ESPOIR DE LA PAIX.

Intro : prémices et empreinte de Roosevelt

  • La Charte de l’Atlantique en 1941
  • La déclaration des Nations Unies en 1942
  • USA, URSS, GB, Chine
  • Conférence préparatoire :
  • Elaboration des structures de la future organisation
  • Engagement des participants à créer l’ONU
  • France associée aux grands après de longues controverses
  • Signature de la Charte des Nations Unies par 51 pays ayant combattu les puissances de l’Axe
  • Les vaincus, comme en 1919 en sont exclus pour l’instant mais toute nation acceptant la Charte peut en faire partie, pour peu qu’elle soit démocratique et pacifique et que les membres l’admettent par un vote
  • Assurer la paix et la sécurité internationale par une action collective, préserver les générations futures du fléau de la guerre
  • Egalité souveraine de tous les états, grands ou petits,
  • Non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque état
  • Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
  • Règlement pacifique des litiges

1°) Les conférences constitutives

a) Dumbarton Oaks en Octobre 44

b) Yalta en Février 1945

c) San Francisco en Juin 1945

1. Membres

2. Objectif :

3. Les grands principes

2°) Structure et fonctionnement de l’ONU

• Une évidente filiation avec la SDN, malgré de nettes différences

Filiation du fait de l’institutionnalisation de la diplomatie internationale multilatérale

Trois nouveautés importantes :

  • Une organisation qui engendre davantage d’efficacité au niveau des décisions
  • Une force armée internationale permettant de faire respecter les décisions de l’A.G.
  • Principes et structures pour une véritable coopération internationale sur le plan économique, social et culturel

a) Les organes de direction ont leur siège à New York

1. L’Assemblée Générale

  • Ensemble des délégués de tous les états membres
  • Une réunion annuelle, mais possibilité de réunions extraordinaires
  • Adoption de « Résolutions »,

Les plus importantes d’entre elles à la majorité des 2/3

En fait de simples recommandations  relatives à une situation déterminée d’une sorte de conscience universelle, que les états membres restent libres de suivre ou non

2. Le Conseil de Sécurité

  • 11 membres à l’origine, 15 désormais
  • les 5 grands (USA, URSS, Chine, GB, France) disposent d’un siège permanent  et d’un droit de veto ( ce qui peut conduire dans certaines situations à une paralysie de l’institution, notamment pendant la guerre froide)
  • Elu pour 5 ans par l’A.G. sur proposition du Conseil de Sécurité
  • Assure l’administration permanente et représente l’ONU
  • Les premiers titulaires sont des personnalités originaires de petits pays européens ( en 1946 le premier secrétaire général est le norvégien Trygve Lie); ultérieurement ce seront des personnalités du tiers-monde lorsqu’il deviendra majoritaire à l’AG
  • Il veille à la coopération dans des domaines précis
  • Il coiffe des institutions spécialisées

3. Le Secrétaire Général

b) Les autres institutions de l’ONU

1. Le Conseil Economique et Social

OIT Genève Organisation Internationale du Travail
FAO Rome Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture
UNESCO Paris Organisation de NU pour l’Education, la Science et la Culture
FMI Washington Fonds Monétaire International
BIRD Washington Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement
OMS Genève Organisation Mondiale de la Santé
GATT Genève Accord Général sur les tarifs douaniers et le Commerce
UNICEF New-Yorkais Fonds des NU pour l’enfance

2. Le Conseil de Tutelle

  • administration des anciens territoires sous mandat SDN jusqu’à leur indépendance
  • contrôle de la gestion des états vainqueurs sur un certain nombre de territoires

3. La Cour internationale de La Haye

Fonction judiciaire internationale

Règlement de certains litiges relatifs au droit international

c) Les premières grandes décisions :

29 Novembre 1947 : Plan de partage de la Palestine

10 Décembre 1948 : Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Conclusion partielle

L’ONU suscite des sentiments contradictoires, scepticisme des uns ou enthousiasme des autres.

Progressivement elle deviendra plus une autorité morale et une tribune internationale qu’un pôle de décision

B. LES EFFORTS DE RECONSTRUCTION DE L’ECONOMIE MONDIALE.

1°) Les accords de Bretton Woods : 22 Juillet 1944

a) Le contexte de la conférence

1. L’analyse des experts et des responsables

  • La crise des années 30 a engendré l’explosion des solidarités économiques ( contrôle des changes ; taux de change flottants ; dévaluations ; protectionnisme, voire autarcie) et un véritable climat de guerre économique qui est l’une des causes de la guerre.
  • La seconde guerre mondiale a accentué le désordre
  • Il convient d’édifier un nouveau système monétaire international qui permette de faciliter les échanges et la coopération internationale, le redémarrage de l’économie mondiale sur des bases plus saines.
  • Ils disposent des ¾ du stock d’or mondial et d’énormes créances  sur le monde
  • Le $ est la seule monnaie convertible en or
  • Autant dire que le nouveau SMI[3] tiendra nécessairement compte de cette réalité et ne pourra que consacrer le rôle prépondérant du $
  • Keynes propose un SMI fondé sur une monnaie de compte inconvertible, le bancor, émise par un organisme international et son refus de l’étalon-or équivaut à une démonétisation de l’or
  • White propose une version améliorée du Gold Exchange Standard de 1922, avec un SMI fondé à la fois sur l’or et le $, et c’est cette conception là qui l’emporte
  • Chaque monnaie est définie par un poids d’or (étalon-or) équivalant à son pouvoir d’achat réel, mais la libre convertibilité en or n’est pas obligatoire
  • Chaque pays peut garantir la valeur de sa monnaie aussi bien par son stock d’or que par une monnaie de réserve convertible en or

2. La suprématie US

3. La conception de White l’emporte sur celle de Keynes

b) Le nouveau SMI

1. Deux piliers : l’or et le $

Le $ est la seule monnaie convertible à l’époque

L’once d’or fin vaut 35 $

  • Le nouveau système peut se résumer par la formule « $ as good as gold »
  • Chaque pays doit rétablir puis maintenir la convertibilité de sa monnaie dans les autres monnaies au taux fixe qui est le sien (ce qui suppose l’abolition de tout contrôle des changes)
  • Chaque pays doit maintenir le cours de sa monnaie dans la limite de + ou – 1% par rapport au cours pivot, et pour ce faire maintenir les grands équilibres économiques (balance des paiements)
  • En cas de déséquilibre durable, toute dévaluation ou réévaluation de plus de 10 % doit obtenir l’accord préalable du FMI
  • Constitué par les versements des états membres au prorata de leur puissance économique et commerciale
  • Les droits de tirage : crédits accordés pour résoudre les difficultés passagères en cas de déficit de la balance des paiements, sous réserve que le pays demandeur prenne des mesures d’austérité par lui-même pour s’efforcer de résoudre le problème.

2. Des parités fixes

3. Le FMI est l’organe de la coopération internationale.

Conclusion partielle

En fait Bretton Woods assure la suprématie des USA et du $ au-delà de l’apparence d’une construction équilibrée et solidaire.

2°) Le GATT et la libération des échanges

• General Agreement on Tariffs and Trade : accord signé à Genève en Octobre 1947 pour 23 pays assurant 80 % du commerce mondial.

• Ensemble de règles essentiellement négatives conformes au libéralisme économique prôné par les américains

  • Interdiction de toute pratique discriminatoire entre pays membres ( chacun bénéficie de la clause de la « nation la plus favorisée » et la « préférence impériale » est désormais exclue)
  • Interdiction du dumping
  • Interdiction des contingentements d’importation
  • Diminution des droits de douane

• Accord provisoire à l’origine, le GATT est devenu un instrument permanent et universel en vue de favoriser le libre-échange, contribuant ainsi à l’essor du commerce international, donc à la croissance et au plein emploi. (grandes négociations = « rounds » : « Kennedy round », « Uruguay round »)

C. 1945-1946 : LES ESPOIRS DÉÇUS DE L’APRES-GUERRE ET LE RENOUVEAU DES TENSIONS.

1°) Les initiatives soviétiques.

a) En Europe centrale et orientale

Report des élections libres prévues par peur qu’un régime anticommuniste ne s’installe à la frontière de l’URSS

Noyautage des administrations dans les zones occupées par l’Armée Rouge, et épuration aux dépens des non communistes

Churchill parle publiquement d’un « Rideau de fer » qui s’est abattu sur l’Europe de Stettin à Trieste ( discours de Fulton)

b) En Méditerranée

  • Moscou réclame une révision de la convention des Détroits à son avantage et la restitution de deux territoires détenus par les turcs ( Kars et Ardahan)
  • Guerre civile en 1946 qui oppose les communistes aux monarchistes et libéraux
  • Soutien modéré de l’URSS ( mais soutien assez actif de Tito)
  • Occupation depuis 1941 par les soviétiques au nord et par la GB au sud et accord pour une évacuation réciproque 6 mois après la capitulation du Japon
  • Or non seulement l’URSS maintient son armée, mais elle soutient des révoltes séparatistes kurdes et azéries
  • Reprise de la guerre civile en Chine, qui oppose les nationalistes de Jiang Jieshi et les communistes de Mao Zedong
  • Inquiétude accrue des USA

c) En Iran

d) En Chine

2°) Les répliques occidentales

a) en Allemagne

Les occidentaux sont impuissants à réagir dans les zones occupées par l’Armée Rouge, mais il est hors de question qu’une telle situation affecte à terme l’Allemagne

Les occidentaux inquiets freinent les prélèvements de réparations destinés aux soviétiques, et l’URSS accuse les occidentaux de vouloir étrangler l’économie soviétique déjà mal en point …

Les anglo-saxons créent la « bizone »

  • Union économique des zones d’occupation anglaise et américaine en Allemagne
  • L’URSS estime cette décision contraire aux accords de Potsdam et ils la condamnent
  • Fermeté et soutien anglais, américain ultérieurement
  • Aide parcimonieuse de Staline aux partisans de Marcos
  • Les USA déploient leur flotte à Istanbul et Staline n’insiste pas
  • Pressions américaines importantes et l’URSS finit par accepter de retirer ses troupes
  • L’Iran reste dans le camp occidental, mais la part d’influence des USA s’y accroît aux dépens de celle des anglais

b) en Méditerranée

1. En Grèce

2. En Turquie

c) En Iran,

3°) Bilan

• Le Problème de l’Allemagne reste entier et source de conflits

• L’expansionnisme soviétique est victorieux en Europe de l’est, mais en revanche il échoue vers le sud et la Méditerranée face à la fermeté occidentale, américaine notamment.

• L’accumulation d’incompatibilités, de griefs, de méfiances, d’intérêts opposés engendre la désagrégation de la Grande Alliance et l’amorce d’un processus conflictuel qui conduit à la rupture de 1947 et à la guerre froide.

Conclusion

Alors qu’il sort tout juste de la seconde guerre mondiale, le monde bascule dans une nouvelle période de tensions internationales et de conflits, la guerre froide, sans même avoir eu le temps de panser ses plaies et ses blessures.

La paix apparaît bien fragile en ce second vingtième siècle qui débute dans la douleur et dans l’angoisse..