Le modèle communiste soviétique des années 1950 aux années 1970

Depuis la révolution russe, le modèle communiste soviétique a toujours été considéré, comme une alternative au modèle politique et économique libéral et ses partisans voyaient en lui celui qui l’emporterait nécessairement dans la confrontation  historique avec le capitalisme du fait de sa supériorité et de l’inéluctable faillite du capitalisme, crise après crise.

Lénine a mis en place entre 1917 et 1924 les structures d’un système au sommet duquel Staline s’est installé, confortant la dictature et le totalitarisme avec un pouvoir sans partage et un contrôle très strict de la population et de la vie intellectuelle.

Après 1945, Staline renforce encore la dictature et le totalitarisme en URSS tout en mettant l’Europe de l’Est sous tutelle, mais sa mort en 1953 marque un tournant. En trois ans Khrouchtchev s’impose au pouvoir et devient le nouveau maître du pays. Il lance la déstalinisation, tente de se moderniser le modèle, mais ce processus très relatif  atteint rapidement ses limites, à l’intérieur, comme à l’extérieur dans les démocraties populaires. L’échec de Khrouchtchev, la rigidité du système et son incapacité à évoluer en profondeur amènent Brejnev au pouvoir en 1964 pour de longues années de stagnation, de conservatisme et d’immobilisme. L’URSS retombe alors dans une phase néostalinienne jusqu’à l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir en 1985. Sincèrement réformiste il lance la « Perestroïka» mais le système n’est plus réformable et il s’effondre dans des difficultés multiples jusqu’à disparaître en 1991. Le modèle communiste a alors vécu et il ne survit plus aujourd’hui qu’en Corée du Nord et à Cuba, la Chine elle-même ne s’en réclamant plus…

I. LE MODELE COMMUNISTE STALINIEN AU DEBUT DES ANNEES 50.

A. UN REGIME TOTALITAIRE

La dictature se caractérise par l’absence totale de libertés quelle qu’en soit la forme (liberté de conscience, de religion, de mouvement, de presse, d’association, de manifestation etc.…), mais le régime totalitaire va au-delà encore : l’individu n’a pas d’existence propre, il n’a d’existence que par rapport à l’Etat : « Tout est dans l’Etat, rien en dehors de l’Etat, rien contre l’Etat » pour reprendre la formule de Mussolini, le fondateur du totalitarisme.

Un régime totalitaire est un régime politique dictatorial qui repose sur la puissance absolue d’un parti unique qui s’est assuré un contrôle sans partage de l’état, sur l’utilisation de la terreur comme méthode de gouvernement, sur le culte du chef et aussi sur le contrôle des mentalités avec la volonté de construire un homme nouveau et une société nouvelle.

1°) Dictature du parti, dictature de son chef.

a) Le système du parti unique :

Le PCUS, Parti communiste d’Union Soviétique, est considéré comme l’avant-garde de la classe ouvrière, elle-même avant-garde du prolétariat.

Il contrôle toute la vie politique, sociale, culturelle et même, et surtout, l’état soviétique.

Il fonctionne selon les principes léninistes du « centralisme démocratique »

  • En réalité il doit suivre la ligne politique définie par le Secrétaire Général du parti qui le contrôle totalement, y compris le « bureau politique » dont les 12 membres sont nommés par le Secrétaire Général. Staline ne convoque qu’un seul congrès du PCUS, le 19ème du nom, en 1952, pour porter le culte de sa personnalité à un niveau presque religieux.
  • Il s’agit plutôt en fait d’un centralisme bureaucratique

b) L’Etat confisqué  par le parti : un état communiste

1. Soviet Suprême et Présidium

Le soviet suprême est élu au suffrage universel, mais sur une liste unique…C’est une chambre d’enregistrement qui est chargée d’approuver à main levée les mesures prises par le Présidium de 37 membres, dont le président qui a fonction de chef de l’état,  est en même temps le chef du parti. En réalité les organes constitutionnels ne sont qu’une façade destinée à donner l’illusion de la démocratie mais ils ne jouent qu’un rôle secondaire.

2. La dictature stalinienne

Staline cumule donc tous les pouvoirs, chef de gouvernement, chef des armées, secrétaire général du PCUS, chef de l’Etat. Juge absolu de la vie économique, politique, sociale et culturelle, il se veut en outre le théoricien du socialisme : ses écrits et ses discours deviennent des dogmes. Le culte de la personnalité est poussé à son comble

2°) Le régime policier et la terreur

Le système ne tolère aucune opposition d’où une répression sans commune mesure, même s’il n’existe en fait plus d’opposition depuis les vagues de terreur des années 30.

Même les soldats soviétiques qui furent prisonniers en Allemagne pendant la guerre prennent directement le chemin du goulag quand ils sont libérés : le seul fait d’avoir vécu à l’Ouest aurait pu les pervertir, les contaminer…Il en va de même pour les combattants communistes grecs de la guerre civile qui se réfugient en URSS après leur défaite…Pour avoir vécu à l’Ouest, ils sont obligatoirement dangereux pour le régime,  nécessairement irrécupérables …

a) Les instruments de la terreur

1. Le KGB,

Le KGB, né en 1954, est dans la lignée des précédentes polices politiques :

  • La Tcheka, fondée par Dzerzinski dès 1917,
  • Le GPU[2] qui prend le relais à partir de 1923
  • Le NKVD[3]qui finit par absorber les fonctions du GPU en 1934.

Sous la direction de Beria depuis 1938, personnage très puissant et particulièrement craint.

Police politique redoutable et redoutée qui pourchasse tout opposant potentiel ou plus simplement tout suspect avec la possibilité de l’expédier en prison ou au goulag sans le moindre jugement, par simple décision administrative, dans l’opacité la plus complète

2. Le Goulag : système concentrationnaire soviétique

« La direction générale des camps » ou Goulag est créée le 7 avril 1930 au sein du GPU, (Les camps de concentration sont nommés « camps de redressement par le travail  » ou ITL)

2.1. Les fonctions du goulag :
  • Un instrument de terreur de masse,

Slogan bolchevique : «Avec une main de fer, nous conduirons l’humanité au bonheur. » Il faut tuer le vieil homme pour créer un homme nouveau : le goulag est l’instrument de l’idéologie communiste.

Elimination certaines catégories de « zeks » (détenus des camps), non par une extermination industrielle, mais par la faim, le froid, l’épuisement, les conditions de vie et de travail insupportables.

  • Un instrument de travail forcé à fin économique et répressive.

Des millions détenus sur de grands chantiers (Canal Staline entre Don et Volga, construction de barrages hydroélectriques) dans les mines (charbon, cuivre, nickel.)

Présence surtout dans les régions les plus inhospitalières : Sibérie, Grand Nord,  Kazakhstan, mais aussi de très nombreux camps en Russie d’Europe, dans des régions peuplées.

  • Un instrument d’aménagement du territoire : le goulag sert à assurer le transport de la main d’oeuvre en quantité voulue à n’importe quel endroit du territoire russe
  • Selon certaines sources russes, 60 millions de soviétiques seraient passés par ces camps entre 1923 et 1961, un homme soviétique adulte sur cinq aurait  connu les camps
  • En 1953, certains affirment que la population des camps de concentration atteint 12 millions de « zeks » ; d’autres sources parlent de 5 à 6 millions de déportés.
  • L’assignation à résidence
  • L’hôpital psychiatrique qui transforme les internés (pour motif politique) en épaves humaines sous l’effet de camisoles chimiques
2.2. Un bilan mal connu
3. Dans les années 70 recours à d’autres méthodes en complément :

µ  Carte :

http://www.expo-goulag.ch/cartes/index.htm

b) Les principales cibles de la terreur

1. La répression des aspirations nationales

Aucune aspiration nationale des peuples non russes n’est tolérée.

Les peuples supposés avoir collaboré avec les Allemands sont réprimés ( Ukraine notamment)kraine notamment)Uj

Les peuples baltes et d’autres minorités sont durement réprimés; Selon Staline, le peuple russe doit être le peuple dirigeant et tous les autres doivent se réunir autour de lui et le glorifier. Toute culture non russe est interdite. Un processus de russification se développe donc aux dépens des minorités périphériques

2. La répression antireligieuse et l’antisémitisme

Surtout en Ukraine,

L’Eglise orthodoxe continue à être persécutée

Des centaines d’intellectuels juifs sont arrêtés et même exécutés.

  • La critique du « cosmopolitisme » et « l’antisionisme » débouchent sur l’antisémitisme qui reprend de plus belle
  • Il culmine en 1953 avec la répression du « complot des blouses blanches » (arrestation de médecins juifs de Staline accusés d’avoir voulu l’assassiner…)
  • Seule la mort du dictateur le 5 mars 1953 évite une nouvelle vague de terreur sont les Juifs auraient sans doute été les principales victimes
3. La répression dans l’Armée Rouge

A la suite de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles purges ont lieu dans l’armée.

Elles visent surtout les généraux qui ont joué un rôle décisif dans les victoires soviétiques : Joukov, le libérateur de Berlin est exilé, car trop populaire au goût de Staline…. Les autres éliminés. Staline est obsédé par l’idée d’un éventuel complot et en même temps il ne saurait partager ni son prestige ni sa popularité !

c) Le contrôle sur les esprits

1. Pensée unique et « Prêt à penser »

Une tradition léniniste et stalinienne :

  • encadrement de la vie sociale et culturelle par le parti communiste,
  • athéisme militant avec persécution de l’Eglise orthodoxe,
  • Les « pionniers » regroupent les enfants de 7 à 13 ans  qui passent ensuite dans les, les « komsomols » (Jeunesses communistes), dont l’objectif est d’inculquer les valeurs du socialisme à la jeunesse dès le plus jeune âge pour mieux modeler les esprits …
  • enseignement marxiste,

Renforcement à partir de 1947 dans le contexte de la guerre froide la dictature intellectuelle s’exerce par le biais de l’idéologue du Kremlin : Jdanov, bras droit de Staline.

2. Dans le domaine des arts

Aucune liberté, donc aucune création possible, avec une lutte contre toute création artistique influencée par la « décadence occidentale »…

Littérature officielle strictement contrôlée par la censure

Art de propagande selon les principes du « réalisme socialiste » :

  • Toute création artistique doit avant tout servir la propagande du système communiste et glorifier le régime et son chef, Staline.
  • Un style « pompier » stéréotypé et particulièrement affligeant, en matière de peinture comme pour ce qui concerne la sculpture
  • Jdanov s’en prend même aux musiciens : Chostakovitch, mais surtout Prokofiev auquel il fallait « donner une leçon de piano communiste » !
2. Dans le domaine scientifique

La science est mise au service du socialisme et doit se soumettre aux idées de Lyssenko, « botaniste » pseudo scientifique qui avait les faveurs de Staline.

Il affirme que la nature doit obéir à l’homme d’où le projet utopique de détournement de l’Ob vers la Mer d’Aral et la Caspienne.

Mais plus grave encore, Lyssenko affirme « l’hérédité des caractères acquis » et fait croire à Staline qu’à partir de la génétique « on peut agir sur l’homme pour créer un homme nouveau ». L’imposition du « lyssenquisme » explique le retard scientifique de l’URSS dans certains domaines.

B. L’ECONOMIE SOCIALISTE PLANIFIEE

Une démarche volontariste, y compris au niveau de l’aménagement du territoire : la nature aussi doit se plier aux exigences du socialisme.

L’idéologique l’emporte sur le réel, mais un fonctionnement bureaucratique complètement sclérosant.

1°) La propriété collective des moyens de production et d’échanges

a) Le collectivisme

Selon l’idéologie marxiste, la propriété privée, fondement du capitalisme, constitue la cause de l’exploitation de l’homme par l’homme, d’où la nécessité de faire disparaître celle-là pour éliminer celle-ci. La collectivisation eut lieu dans les années 30, dès que Staline fut parvenu à asseoir son pouvoir en ayant éliminé Boukharine et l’opposition communiste de droite, Trotski et l’opposition communiste de gauche.

  • Collectivisation des activités industrielles et commerciales
  • Collectivisation particulièrement brutale des campagnes avec mise en place

Des kolkhozes :

±  Statut théorique de coopérative agricole mais pas la moindre autonomie de gestion en réalité.
±  Forme privilégiée de la collectivisation initialement

Des sovkhozes : fermes d’état de très grande taille dont tous les employés sont des salariés.

±  Fonction de ravitaillement des villes et fonction de fermes modèles devant permettre la diffusion du progrès agricole dans les campagnes environnantes
±  Forme secondaire de la collectivisation initialement, mais de plus en plus favorisée après guerre  (Il s’agit de transformer les paysans, réactionnaires pour la plupart selon le régime, en ouvriers agricoles, mais aussi de favoriser le contrôle direct de l’état sur la production)

b) L’entreprise

La notion de profit est totalement étrangère au système, donc à l’entreprise.

L’entreprise n’a d’ailleurs pas uniquement une fonction économique, elle doit aussi remplir une fonction sociale : cantine, crèche, dispensaire, organisation des loisirs …

2°) La planification

L’économie planifiée s’est en même temps substituée à ce qui restait d’économie de marché dans les années 30 mais cette orientation ne repose pas, à la différence de la précédente, sur un fondement idéologique

a) Les caractères de la planification

1. Elle est quinquennale,
  • Les objectifs sont déterminés pour des périodes de cinq ans,
  • Avec déclinaison annuelle évidemment.
  • Toutes les données économiques ont une expression statistique : les quantités à produire, les prix, les salaires, les investissements. Tout est déterminé et prévu.
  • Les normes et les calculs intègrent des données exclusivement quantitatives mais n’incluent pas de critères qualitatifs, ce qui va introduire un gaspillage considérable de ressources
  • Tous les flux sont déterminés et quantifiés (relations interentreprises)
  • La planification relève de l’autorité centrale du Gosplan, qui élabore les plans et veille à leur exécution : les échelons inférieurs ne disposent d’aucune marge d’autonomie.
  • Elle est l’instrument privilégié d’une gestion centralisée et administrative de l’économie qui révèlera bientôt ses limites, notamment son incapacité à intégrer de nouvelles technologies, à se moderniser, à s’adapter à la diversification des productions et aux besoins de la population qui ne sont pas pris en compte.
  • Une tendance bureaucratique de plus en plus nette, avec toute l’inefficacité et le gaspillage que cela induit.
2. Elle est statistique :
3. Elle est centralisée autoritaire

ú  Irresponsabilité totale

Aucune initiative possible

4. Elle est  impérative
  • L’exécution du plan présente donc un caractère d’obligation absolue.
  • Dépasser les objectifs du plan est évidemment bien vu, ne pas les atteindre peut s’avérer dangereux…
  • Les statistiques des entreprises sont donc généralement gonflées à la base du système… et elles le sont généralement encore tout au long de leur remontée vers le pouvoir central…
  • Les investissements et les productions sont répartis par régions, pour parvenir à un contrôle et une maîtrise totale de l’espace soviétique : la Sibérie, défavorisée par ses conditions naturelles est par exemple favorisée par les plans du fait de l’importance et de l’intérêt de ses ressources
  • La répartition des investissements s’effectue le plus souvent selon un principe de spécialisation régionale, donc de complémentarité interrégionale (cf. le célèbre combinat sidérurgique Oural-Kouznetsk qui associe le fer de l’Oural et le charbon du Kouznetsk)
5. Elle est régionale

b) Les orientations et les résultats  de la planification stalinienne

Le 4ème plan (1946-50) a pour objectif la reconstruction du pays dévasté et il reprend les mêmes orientations que les trois précédents.

1. Priorité absolue à l’industrie : une réussite relative.
  • Priorité entre toutes à l’industrie lourde censée fonder la puissance et l’indépendance économiques du pays : sidérurgie, énergie (notamment hydroélectrique), chimie, cimenterie.
  • Le complexe militaro-industriel et spatial est l’objet de toutes les attentions et accapare l’essentiel des investissements,

Des réussites spectaculaires :

±  bombe atomique en 1949,

±  premier satellite mis sur orbite en 1957, le « spoutnik »,

±  premier homme dans l’espace en 1961 : Youri Gagarine, héros socialiste, « homme nouveau » qu triomphe de tous les obstacles…

Mais les progrès réalisés dans ce secteur ne se diffusent pas dans le secteur civil : c’est un secteur clos, fermé, en partie secret d’ailleurs, pour des raisons stratégiques évidemment.

  • Les industries de biens de consommation sont négligées : textile et habillement, agro-alimentaire, appareillage ménager, mais aussi logement …
  • Le niveau de vie de la population est en évidemment très affecté.

Résultat : c’est grâce à cet effort que l’URSS devient la seconde puissance industrielle et militaire du monde à l’ère de la guerre froide.

2. L’agriculture est sacrifiée : un échec cuisant.
  • Elle a été considérablement désorganisée par la collectivisation et particulièrement touchée par la pratique de la terre brûlée pendant la guerre
  • Non seulement elle ne bénéficie pas des investissements qui lui seraient nécessaires pour se moderniser et se développer, mais ce qui est plus grave elle a pour mission de financer en large partie le développement industriel : les campagnes sont donc pressurées et surimposées, les prix agricoles sous-évalués, les ouvriers agricoles sous-payés de telle sorte que le niveau de vie y est encore plus déplorable que partout ailleurs.
  • La seule structure qui réussisse correctement… c’est le lopin individuel que Staline a dû concéder aux kolkhoziens et où ils disposent d’une relative liberté de culture.

C’est bien parce qu’il est vital pour les populations rurales et certaines productions agricoles (élevage, légumes, fruits) qu’il survit pendant tout le régime communiste.

Ce lopin est l’objet de toutes les attentions de la part du kolkhozien qui y pratique un jardinage intensif ; en revanche il travaille avec la plus totale négligence sur les terres collectives

  • L’agriculture collectivisée est un échec cuisant dont les résultats sont très mauvais

En 1947, l’Ouest de la Russie connaît une grave disette

La population est d’autant plus mal alimentée à l’époque que la distribution des produits est mal organisée

Des conséquences très lourdes à terme :

±  L’URSS, quand elle s’ouvrira sur l’extérieur dans les années 70, deviendra d’ailleurs le premier importateur mondial de céréales avec en moyenne 20 millions de tonnes par an alors que le pays était exportateur au début du siècle

±  Tout un savoir-faire paysan a été détruit et a disparu et de ce fait la décollectivisation depuis 1991 s’avère très difficile et elle progresse bien peu.

C. LA SOCIETE SOVIETIQUE.

L’idéal proclamé est de construire une société sans classes, et l’objectif de la société communiste reste une société d’abondance : « A chacun selon ses besoins »…

La réalité est largement différente

1°) Des conditions de vie médiocres pour le plus grand nombre.

a) Une relative sécurité est garantie à tous…

1. Du travail pour tous :

Pas de chômage puisqu’il est à la fois impossible et impensable dans une société d’économie planifiée :

  • Le travail est une valeur fondamentale du système : quiconque n’a pas de travail est considéré comme un parasite social (et prend rapidement la direction du goulag)
  • L’état ne peut évidemment pas planifier du chômage…

En revanche le régime utilise largement le travail forcé du goulag.

Par ailleurs, l’utilisation de la main d’œuvre est très extensive, avec une très faible productivité

2. Des services sociaux accessibles au plus grand nombre

Enseignement et médecine gratuits (mais pour être soigné rapidement, la corruption est largement pratiquée…)

Services publics bien organisés, par exemple dans les transports en commun, très bon marché.

Installations sportives et culturelles nombreuses et accessibles

b)…Mais dans la médiocrité et la pénurie.

1. De considérables problèmes de logement :

Très nombreux logements collectifs où cohabitent plusieurs familles,

Entassement dans des logements sordides et surpeuplés,

Urbanisme en barres avec manque de services, absence d’entretien du patrimoine immobilier

2. Des problèmes quotidiens de ravitaillement

Pénurie de produits de consommation de base, y compris alimentaires (la viande est particulièrement rare)

Des magasins d’état vides, des files d’attente interminables devant les magasins

3. Des conditions de travail pénibles

Interdiction de changer de lieu de travail

Interdiction du droit de grève

Pas de droit syndical, (syndicat unique contrôlé par le parti)

Des journées de travail de 10 à 12 heures

Une pollution terrible nuisible à la santé

4. Une situation des campagnes encore plus déplorable !

Sous-équipement des campagnes

Absence de motivation des paysans

Conditions de vie très dures

2°) Les privilèges de la nomenklatura

a) Définition

La Nomenklatura est l’ensemble des élites dirigeantes de l’Union soviétique qui constitue une caste privilégiée qui a tendance à se transformer classe dominante, véritable bourgeoisie de fonction qui cherche à faire souche pour que ses fils bénéficient aussi de tels privilèges.

b) Les privilèges :

Logements de luxe,
Voiture personnelle
Ecoles réservées
Magasins privés et réservés, bien achalandés.
Salles de cinéma réservées
Datchas et vacances sur la Mer Noire
Droit de voyager à l’étranger

Conclusion partielle :

Le modèle soviétique est un modèle monolithique et exclusif, expansionniste et dominateur aussi

Une seule voie est possible pour l’édification du socialisme : celle prônée par l’URSS et le PCUS

L’URSS impose donc son modèle dans l’Europe de l’Est qu’elle domine, y compris par des institutions qu’elle contrôle telles que le Kominform, créé en 1947 sur le plan idéologique et politique, le CAEM, créé en 1949 dans le domaine économique ou le Pacte de Varsovie, créé en 1955, sur le plan militaire et stratégique.

Les pays qui prétendent suivre une autre voie sont rejetés du bloc, violemment condamnés, parfois réintégrés brutalement :

C’est le cas de la Yougoslavie de Tito dès 1945, qui résiste cependant
C’est le cas de la Hongrie de Nagy en 1956, écrasée par les chars soviétiques
C’est le cas de la Chine de Mao à partir de 1957-1958

L’Europe de l’Ouest face à l’illusion communiste :

Pendant que la propagande masque les échecs du régime et du « socialisme réel », et que les dirigeants des pays communistes occidentaux s’en rendent systématiquement complices, soit par aveuglement soit par mauvaise foi, le modèle soviétique séduit de plus en plus en Europe de l’Ouest, là où il ne sévit pas. L’idéal d’un monde égalitaire, d’une société sans classe, les slogans de liberté et de paix martelés par la propagande communiste, l’anticolonialisme aussi, contribuent à entretenir l’illusion que l’URSS, sortie de la guerre auréolée par sa victoire contre le nazisme, est bien la patrie des prolétaires susceptible d’assurer aux travailleurs des « lendemains qui chantent ». !

Staline bénéficie d’une sympathie aveugle des communistes des pays occidentaux qui lui vouent eux aussi un culte quasiment religieux, et de nombreuses élites intellectuelles et artistiques se rallient au « petit père des peuples » et au communisme. Cette véritable idolâtrie du tyran atteint son comble avec le 70ème anniversaire de Staline en 1949, et encore au moment de sa mort en mars 53 où les éloges funèbres sont complètement délirants. C’en est même totalement hallucinant !…

II. LA CRISE DU MODELE SOVIETIQUE ET L’ECHEC DE LA REFORME

A. KROUCHTCHEV ET LA TENTATIVE REFORMISTE AVORTEE. 1956-1964

Après la mort de Staline, qui clôt une époque, c’est Khrouchtchev qui parvient à conquérir progressivement le pouvoir. C’est un authentique prolétaire, fils de mineur qui doit tout au parti et à Staline qui voyait en lui un fidèle parmi les fidèles. Il est Premier secrétaire du Parti communiste, le poste clé entre tous, depuis septembre 1953

Une période de transition entre  1953 et 1956

Beria, le puissant chef de la police politique,  est purement et simplement arrêté et exécuté au Kremlin dès 1953

Ensuite, Khrouchtchev élimine, mais de manière moins définitive, ses principaux rivaux, les « libéraux » comme Malenkov, successeur de Staline à la tête du gouvernement, puis les « conservateurs » comme Molotov.

Son pouvoir s’affirme de manière décisive avec le XXème congrès du PCUS en 1956, mais c’est en 1958 qu’il cumule, comme Staline, les fonctions de premier secrétaire du parti et de chef du gouvernement.

1°) La déstalinisation.

a) Le rapport secret du XXème congrès du PCUS

Rupture de la loi du silence avec dénonciation des crimes staliniens, des procès fabriqués et des purges dans le parti.

Un pari risqué, car  Khrouchtchev joue sa carrière, mais qui s’inscrit en fait dans une stratégie de conquête du pouvoir.

  • Khrouchtchev espère pouvoir évincer plus facilement ses rivaux de la vieille garde en dénonçant Staline (Molotov notamment)
  • Il assure à tous que les purges et la terreur sont terminées  pour mieux les rallier
  • Il assure les dirigeants du parti, longtemps maltraités par Staline, et blanchis de la terreur, qu’ils vont maintenant diriger avec lui…

En réalité, le rapport secret fait le tour du monde

b) Les aspects de la déstalinisation

1. La dénonciation du culte de la personnalité :

Les statues géants sont abattues, les portraits remisés, les villes et usines débaptisées, y compris Stalingrad qui devient Volgograd, et le Pic Staline devient le Pic du Communisme.

La dépouille de Staline est retirée du mausolée de la Place Rouge.

2. Des mesures concrètes

Réforme du code pénal

Elle donne aux citoyens la garantie de l’arrêt de la terreur de masse : disparition du concept d’ennemi du peuple, interdiction de l’usage de la violence pour obtenir des aveux, caractère exceptionnel de la peine de mort…

Libération de millions de détenus
Réhabilitation de milliers de citoyens
Retour des minorités nationales déportées par Staline dans leur région d’origine
Abolition de la loi qui attachait les travailleurs à leur entreprise
L’Histoire des camps n’est plus cachée :

Publication en 1962, avec l’autorisation de Khrouchtchev, d’une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne

L’apogée de la déstalinisation avec le XXIIème Congrès du PCUS (1961)

L’accent est mis les la terreur dont les masses ont souffert
Révision des statuts du parti avec

Droit des militants de base à la critique,

Vérification de la régularité des élections au sein du parti,

Interdiction d’exercer plus de trois mandats consécutifs (ces mesures qui menacent la stabilité de la nomenklatura ne survivront pas à la chute de  Khrouchtchev)

3. Les conséquences immédiates

La nomenklatura se sent menacée

L’ampleur de la répression révélée à l’opinion montre aussi la responsabilité globale de l’appareil…

ð Le modèle soviétique, remis en question en URSS même, n’apparaît plus comme le modèle idéal dans les démocraties populaires.

Cette évolution est d’ailleurs confirmée par :

  • La théorie de la « coexistence pacifique » qui ne nécessite plus l’union sans faille du bloc de l’Est comme auparavant et peut laisser des marges de manœuvre nationales
  • La reconnaissance de l’existence de voies nationales du socialisme, avec une spectaculaire réconciliation Khrouchtchev-Tito
  • La dissolution du Kominform

D’où la crise polonaise de 1956, contenue,

D’où la crise hongroise de 1956, durement réprimée

2°) Les initiatives économiques et sociales : réformes ou improvisations ?

Des objectifs particulièrement ambitieux…

« Rattraper et dépasser les Etats-Unis », tel est le slogan lancé en mai 1957

En 1961, K va même jusqu’à annoncer : « Avant 1981, la consommation et le revenu national de chaque soviétique seront supérieurs de 75% à ceux d’un américain »

a) Les moyens mis en oeuvre

Influence de l’économiste Libermann.

1. Le plan septennal en 1959

Suppression du plan quinquennal

Plan septennal destiné à favoriser les secteurs jusque là négligés : industries de consommation, logement, agriculture.

2. La décentralisation

Suppression des grands ministères industriels

Création des sovnarkhoses : 104 conseils économiques régionaux, dotés de plans autonomes coordonnés par le Gosplan.

En fait il s’agit plus d’un transfert de bureaucratie que d’une véritable décentralisation (mais 2 millions de fonctionnaires moscovites n’apprécient guère d’être envoyés en province …)

b) Les grands projets

1. La bataille du maïs

Après sa visite dans le Corn Belt américain, mais en 1962 80 % de la récolte est détruite car le climat rigoureux est inadapté !

2. Le projet de doublement de la production bovine, lait et viande,

Rattraper les EUA dès 1960

Le projet se traduit en fait par des prélèvements forcés sur le cheptel des exploitations privées, qui passe de 22 millions de têtes en 58 à 10 millions de têtes en 63, d’où un sérieux mécontentement de la paysannerie !

3. La conquête des terres vierges

La mise en valeur des terres du Kazakhstan et de la Sibérie méridionale concerne  40 millions d’hectares ! La monoculture à outrance va rapidement provoquer l’épuisement des sols et l’effondrement des récoltes. La sécheresse de 63 aggrave la catastrophe et l’URSS doit importer 18 millions de tonnes de blé !… C’est l’échec total !

c) L’amélioration des conditions de vie de la population

1. Pour les ouvriers et employés
    • Possibilité pour les ouvriers de changer d’entreprise et de région
    • Age de la retraite abaissé à 60 ans pour les hommes et 55 pour les femmes
    • Durée hebdomadaire du travail : de 48 à 42 heures
    • Pensions de retraite doublées
    • En revanche les étudiants doivent faire des stages de deux ans à la production d’où le mécontentement des fils de privilégiés et la paralysie de nombre d’ateliers ne sachant que faire de cette soudaine main d’œuvre non préparée
2. Pour les paysans

Augmentation des prix d’achat à la production

Revenu minimum pour les kolkhoziens et paiement par un acompte mensuel plutôt que par un règlement annuel

La création des « agrovilles » engendre cependant le déracinement des villageois et l’allongement de leur temps de transport vers les champs

3°) Les limites de la déstalinisation

a) A l’intérieur

Les fondements marxistes-léninistes du système ne sont pas remis en cause (parti unique, rôle dirigeant du parti, centralisme démocratique….), seuls les excès les plus criants sont corrigés pour la population

La déstalinisation est menée par l’appareil du parti mis en place essentiellement sous Staline, c’est-à-dire par des staliniens…

Les détenus sortent des camps du goulag, mais d’autres entrent dans les hôpitaux psychiatriques…

b) A l’extérieur, le modèle contesté et le bloc communiste ébranlé

1. La crise polonaise

Premier soulèvement ouvrier à Poznan le 28 Juin 1956 avec pour slogan « Pain, Démocratie, Liberté », avec grève et  manifestations et une répression brutale  (nombreuses arrestations et violences faisant 50 morts)

Les émeutes ouvrières d’Octobre

  • Nouvelle vague d’agitation ouvrière
  • Changements à la tête du POUP acceptés par Khrouchtchev :

Retour de Gomulka, victime du stalinisme, écarté en 1948, arrêté en 1951, et qui se présente comme un « communiste national »

Il réussit à canaliser l’agitation et rétablit l’autorité du parti communiste polonais.

Les staliniens sont exclus du comité central du PC polonais, ce qui constitue un véritable coup d’Etat !

  • Le programme de Gomulka promet

La liberté religieuse
L’amnistie
Des hausses de salaires
Une nouvelle planification
La décollectivisation de l’agriculture (85 % des coopératives vont maintenant rapidement se dissoudre)

  • Ces changements provoquent l’inquiétude du Kremlin, mais la déstalinisation reste tout de même dans des limites acceptables pour Khrouchtchev qui fait tout de même une visite éclair à Varsovie où il obtient des assurances.
  • En revanche pour les Polonais, l’avenir sera de plus en plus décevant…
  • Etudiants et intellectuels demandent
2. La crise hongroise
2.1. Une agitation croissante, étudiante et ouvrière

±  La réhabilitation de Rajk et le retour au pouvoir d’Imre Nagy, anti stalinien populaire et favorable aux réformes

±  Le pluralisme politique

±  La réorganisation de l’économie

±  Le départ des troupes soviétiques

  • Des conseils ouvriers se forment qui réclament des augmentations de salaires et appellent à la grève générale
  • Le 23 Octobre 1956, violente répression policière sur une manifestation pacifique de solidarité avec la Pologne : la police tire et déclenche le signal de la révolte, d’autant que les dirigeants ont immédiatement fait appel aux chars soviétiques entrés dans Budapest peu après minuit.
  • Le 24 Octobre, Rakosi est écarté du pouvoir et Imre Nagy devient chef du gouvernement,  Kadar devenant premier secrétaire du parti le lendemain et vice-président du gouvernement.
2.2. La révolte

Du fait de l’intervention soviétique, l’insurrection se généralise, en prenant des aspects de plus en plus anti-communistes

Nagy obtient le retrait des soviétiques et ordonne le cessez-le-feu

Mais l’agitation perdure, les partis politiques se reconstituent et Nagy est débordé

  • Le 1 Novembre, Nagy proclame

Le retour au pluralisme politique

La neutralité de la Hongrie et son retrait du pacte de Varsovie

… C’en est trop pour les soviétiques…

2.3. Le soulèvement écrasé par les chars soviétiques
  • Kadar constitue un gouvernement parallèle chez les soviétiques, fait appel aux troupes soviétiques pour rétablir l’ordre, fait un coup d’état contre Nagy et s’emploie à mater ceux-là mêmes dont il disait quelques jours plus tôt que les aspirations étaient légitimes[4]
  • Le 4 Novembre 200 000 hommes et les chars envahissent la Hongrie

ú  A Budapest les combats sont extrêmement violents mais la lutte est très inégale ….

ú  Nagy en appelle en vain à l’ONU, qui protesta, sans conséquences

  • Le 12 Novembre l’insurrection est anéantie, noyée dans un bain de sang par l’URSS

ú  Environ 3000 morts parmi les insurgés dont les 2/3 à Budapest, des gens du peuple, 350 parmi les forces de répression.

13000 blessés dans les hôpitaux, dont 80 à 90 % d’ouvriers

25 000 personnes emprisonnées dont 229 condamnations à mort avec exfécution

Nagy et 48 autres personnes sont enlevées par les soviétiques malgré les garanties de sécurité données par Kadar. Condamné à mort en 1957 après une parodie de procès, Nagy sera exécuté en  Juin 1958.

Un flot de réfugiés hongrois, 200 000 personnes environ, passe en Autriche

Conclusion partielle

Les événements de Hongrie marquent un coup d’arrêt à la recherche de voies nationales du socialisme et les limites de l’indépendance des démocraties populaires

L’image de marque du modèle soviétique sort très altérée de ces évènements : un certain nombre de communistes occidentaux, déjà ébranlés par le XXème congrès du PCUS se posent de sérieux problèmes de conscience dès lors que la « patrie des prolétaires » a lancé ses chars contre un peuple insurgé et ses ouvriers. Les intellectuels sont de plus en plus nombreux à rompre avec le PC : cette hémorragie ne cessera plus !

3. Le conflit sino-soviétique
  • La Chine de Mao se montre particulièrement violente dans la dénonciation de la déstalinisation et de la coexistence pacifique et dénonce le révisionnisme de Khrouchtchev et du PCUS.
  • Le conflit, idéologique et politique, s’approfondit à partir de 1957-58 (« campagne des Cent Fleurs » et « Grand bond en Avant ») pour arriver à la rupture totale en 1960 (rappel des conseillers soviétiques). Le monde communiste est désormais bipolaire.

Conclusion

La chute de Khrouchtchev s’explique par plusieurs raisons :

  • Une politique extérieure considérée comme aventuriste, notamment dans l’affaire de Cuba
  • Des échecs économiques patents
  • La remise en question des avantages de la nomenklatura : les apparatchiks n’ont pas pu le supporter

L’arrivée au pouvoir de Leonid Brejnev, porté par les néostaliniens et devenu premier secrétaire du parti, illustre la victoire de la bureaucratie. L’URSS entre alors dans une période d’immobilisme et bientôt de gérontocratie

B. L’ERE BREJNEV : CONSERVATISME ET STAGNATION

1°) L’immobilisme politique

a) L’ascension de Brejnev

1. Une direction collégiale initialement

Brejnev est premier secrétaire, Kossyguine président du conseil des ministres et Podgorny chef de l’état.

Brejnev place des hommes qui lui sont fidèles aux postes clé et l’emporte progressivement sur ses rivaux

2. Le retour au pouvoir personnel

Brejnev a la caution de l’appareil et de la nomenklatura car c’est un conservateur garant de la stabilité du parti et du régime.

  • Très malade et handicapé à partir de 1973, Brejnev est davantage l’expression d’une volonté collective que le patron de l’URSS
  • Il s’agit plus d’un pouvoir personnalisé de l’appareil que d’un pouvoir personnel comme au temps de Staline.

En 1966 il reprend le titre de secrétaire général porté avant lui par Staline

En 1977 il triomphe et reconstitue le culte de la personnalité : il fait adopter une nouvelle constitution dont il est l’auteur, devient chef du parti et de l’état, se fait nommer maréchal, est le personnage le plus décoré au monde, et obtient même un peu plus tard le prix Lénine de littérature…

b) La restalinisation

Critique de la ligne de Khrouchtchev dès 1964 mais assurance qu’il n’y aura pas de purge, d’où des ralliements rapides

Réhabilitation partielle de Staline

Le principe du renouvellement rapide des dirigeants du parti est ôté des statuts et le régime glisse insensiblement dans la gérontocratie

Grandes commémorations somptueuses pour assurer la cohésion du régime

L’ordre moral règne sans partage : toute puissance de l’idéologie marxiste-léniniste, moralisme traditionnel, conformisme généralisé, art officiel sous contrôle.

c) La dissidence étouffée

Toute velléité d’opposition est brisée, toute critique du socialisme étouffée.

Dès 1965, procès des écrivains Siniavski et Daniel dès l965,

1. La dissidence concerne
  • L’intelligentsia
  • L’opposition religieuse
  • Les Juifs d’URSS, 3 millions environ, victimes de l’antisémitisme qui se superpose à l’antisionisme, particulièrement manifeste pour ceux qui veulent émigrer en Israël et qui essuient des refus (les « refuzniks »)
  • Les minorités nationales qui tiennent à leur identité (baltes, ukrainiens, arméniens) et résistent à la russification
  • Les défenseurs de Droits de l’Homme qui s’appuient sur les accords d’Helsinki ou la constitution de 1977
  • Des noms restés célèbres pour un combat très difficile : Soljenitsyne, Sakharov
  • Assignation à résidence ou exil pour les plus connus
  • Hôpital psychiatrique ou goulag pour les autres
2. La répression

2°) L’impossible réforme économique.

a) Le retour aux valeurs staliniennes

Rétablissement de l’autorité centrale du Gosplan

Suppression des sovnarkhozes

Rétablissement des grands ministères industriels

Retour au plan quinquennal dès 1965

b) Les grandes tendances

1. Dans l’industrie
  • Le « Libermanisme » ou la recherche de rentabilité dans l’entreprise
  • Réhabilitation de la notion de « profit », profit collectif bien entendu, dans la gestion des entreprises
  • Recherche d’une prise en compte des coûts réels
  • Possibilités d’intéressement des travailleurs
  • Enlisement rapide de la réforme : passivité des travailleurs, inertie du système
  • Amélioration du statut et de la condition des kolkhoziens
  • Le manque de souplesse et d’autonomie subsistent cependant et le problème agricole demeure, avec des importations toujours massives
  • Rendue possible par la détente
  • Cherche à compenser par l’importation :
2. Dans les kolkhozes
3. L’ouverture commerciale à l’Ouest

Les carences de la production agricole

L’insuffisance des biens d’équipement

Le retard considérable en matière de haute technologie

  • L’URSS exporte ses ressources naturelles de Sibérie, pétrole, gaz, or pour financer ses importations, rompant ainsi avec son isolement traditionnel

Conclusion partielle :

En fait seul le complexe militaro-industriel et spatial qui bénéficie de toutes les attentions du régime fonctionne bien, mais ce n’est pas là un critère de réussite économique

Le ralentissement continu de la croissance illustre l’essoufflement de l’économie soviétique : les équipements sont vétustes, les investissements insuffisants, la production de mauvaise qualité.

La permanence d’une économie parallèle (dite aussi informelle) avec marché noir et travail au noir atteste des difficultés non surmontées

3°) Les mutations sociales

On relève une augmentation lente mais constante de niveau de vie moyen mais les conditions de vie restent médiocres et des situations de pénurie subsistent. Les statistiques sont-elles crédibles ? La population pratique de plus en plus l’absentéisme et le laisser-aller dans le travail va croissant. L’alcoolisme fait des ravages.

La démographie évolue

  • L’espérance de vie diminue.
  • La natalité s’effondre et le vieillisement s’accélère, à l’exception des régions non-slaves, notamment musulmanes
  • L’urbanisation s’est accélérée et les 2/3 de la population des citadins
  • La société est de plus en plus éduquée et l’élévation du niveau d’instruction favorise l’émergence d’une nouvelle société civile attirée par la culture occidentale

Le régime bénéficie d’une adhésion de façade de la part des soviétiques, mais ils n’ont pas la liberté d’envisager la moindre alternative au système. C’est une adhésion par défaut.

Conclusion

Quand Brejnev meurt en 1982, le régime est figé, les institutions immobiles, le conservatisme généralisé, la gérontocratie stérilisante, la société étouffée. Le modèle soviétique a perdu beaucoup de son pouvoir d’attraction, quels que soient les acquis et les progrès qui ont pu survenir pendant cette longue période.

L’URSS peut-elle changer ? Ce système figé d’une totale rigidité n’a-t-il pas extirpé toute force de mouvement et toute possibilité d’adaptation ? S’il est encore capable d’évoluer, il est improbable que ce soit par le bas, la société étant complètement réduite au silence par le totalitarisme, mais le changement peut-il venir d’en haut alors que le pouvoir n’a d’autre objectif que de se maintenir ?

Le système soviétique est-il seulement réformable puisqu’il faudrait alors remettre en question les fondements mêmes du système ? Y survivrait-il alors ?


[1] Perestroïka : restructuration

[2] GPU : Glavnoïe polititcheskoïe oupravlenie = Direction politique principale

[3] NKVD : Narodnyï Kommissariat Vnoutrennykh Diel = Commissariat du peuple aux affaires intérieures

[4] Kadar n’en était pas à son coup d’essai : il avait déjà trahi son ami Rajk quelques années plutôt ; Nagy est le second …