La décolonisation, un combat pour l’indépendance

La décolonisation débute dès 1945. À la faveur de la guerre, les mouvements nationalistes profitent de l’affaiblissement des métropoles européennes et demandent la reconnaissance de leurs revendications. L’hostilité des Etats-Unis ou de l’URSS à la colonisation, la création d’un organisme comme l’ONU, sont par ailleurs autant d’éléments favorables à l’émancipation des peuples dominés.

Si, dans un grand nombre de cas, les indépendances découlent d’un processus de négociation entamé le plus souvent sous la pression et se déroulent pacifiquement, dans d’autres cas, les métropoles se crispent sur leurs positions et la décolonisation se déroule dans le déchirement et la violence. Quelles que soient les modalités d’accès à l’indépendance, la décolonisation a surpris par sa rapidité. En moins d’un quart de siècle, les métropoles européennes ont perdu l’essentiel de leurs colonies.

Le « Tiers-Monde » qui émerge alors dénonce la bipolarité du monde et tente de s’unir pour imposer un nouvel ordre international. Mais en réalité, il regroupe des peuples et des pays divisés, des niveaux de développement très inégaux. L’unité du Tiers-Monde n’a-t-elle existé que dans un moment d’opposition à la vieille tutelle de l’Europe ? Comment la tentative du « non-alignement » a-t-elle échoué ? Pourquoi parle-t-on aujourd’hui plutôt des « Tiers-Mondes » ?

I. LES ORIGINES DE LA DECOLONISATION.

A. L’impact de la guerre

1°) L’affaiblissement des métropoles.

Les états colonisateurs sortent épuisés d’une guerre qui accélère le « déclin de l’Europe »

a) L’affaiblissement des métropoles coloniales

1. Impact négatif des défaites du début de la guerre pour les alliés européens :

Remise en cause du prestige et de la suprématie des colonisateurs du fait de la défaite de la France, des Pays-Bas et de l’occupation d’une partie de l’Empire britannique.

Les métropoles coloniales ne sont plus invulnérables … D’ailleurs elles ne doivent leur victoire qu’à l’intervention des EUA et de l’URSS dans la guerre

En Asie, le Japon a balayé «l’impérialisme blanc» et a présenté son occupation comme une revanche des peuples de couleurs sur les Blancs.

2. Les métropoles sont épuisées par la guerre

Elles ont bien des difficultés à restaurer leur autorité

Elles n’ont plus en fait les moyens de la puissance

Les expéditions lointaines pour tenir la totalité des pays coûtent cher

Elles grèvent les budgets et freinent la reconstruction économique des métropoles au lendemain de la guerre

b) Le rôle des puissances de l’axe

1. En Extrême-Orient, le rôle des Japonais :

Ils se présentent comme les champions de l’émancipation de la Grande Asie orientale

Ils promettent l’indépendance aux pays qu’ils occupent, mais ne l’accordent qu’à la Birmanie en 1943.

2. En Occident

Les Allemands tentent de dresser les nationalistes contre les alliés En Irak, en Egypte, en Tunisie.

L’Italie perd, dès 1942, toutes ses colonies.

2°) La déstabilisation des colonies

a) Au plan idéologique et politique

1. Des principes à valeur universelle

Les combattants des troupes coloniales estiment être en droit de disposer de la liberté après avoir combattu pour celle de leurs colonisateurs

Les Alliés ont présenté leur combat comme celui de la liberté des peuples et de la démocratie.

La Charte de l’Atlantique a affirmé le droit des peuples du monde entier à disposer d’eux-mêmes, et elle prend vite une valeur universelle…

2. Les promesses

Dès 1942 des promesses d’émancipation ont été faites à l’Inde, à l’Indonésie, aux mandats français de Syrie et du Liban.

Dans son discours de Brazzaville, en 1944, De Gaulle, sans aller jusqu’à promettre l’indépendance, annonce une participation des colonies à la marche des affaires. Il s’agit de rallier l’Afrique Noire toute entière à la France Libre, mais le message suscite l’espoir

b) Au plan économique et social : les sociétés traditionnelles ébranlées

1. Dans les campagnes

L’exploitation coloniale a détruit le système traditionnel de l’économie de subsistance en remplaçant la plupart des cultures vivrières par des plantations de cultures destinées à l’exportation.

la mise en œuvre de politiques sanitaires et médicales sans qu’il y ait en même temps politique de développement économique a suscité l’explosion démographique et la paupérisation du plus grand nombre

Difficultés de la paysannerie traditionnelle et crise agraire renforcée par la pression démographique : misère et exode rural, alors que parallèlement les colons s’enrichissent par la grande culture moderne sur les meilleures terres

Exode rural.

2. En ville, les inégalités s’accentuent aussi

Enrichissement des négociants locaux du fait de la forte demande de matières premières et de produits alimentaires.

Emergence d’élites locales nouvelles, d’une bourgeoisie autochtone avide de culture européenne et de pouvoir, et d’une intelligentsia supportant de plus en plus mal la tutelle étrangère.

Urbanisation anarchique liée à l’exode rural et à la pression démographique.

B. Un contexte international favorable

La décolonisation ne se réduit pas à un face à face colonisés-colonisateurs, car les Etats-Unis et l’URSS, l’ONU bientôt, puis les jeunes Etats devenus indépendants jouent un rôle anticolonialiste indéniable.

1°) Les pressions des USA et leurs limites dans le contexte de guerre froide

a) Le soutien américain et ses raisons

Les USA, ancienne colonie ayant lutté pour son indépendance, soutiennent donc les peuples qui mènent désormais un combat de même nature que le leur autrefois

Les préoccupations économiques ne sont pas absentes de leurs buts émancipateurs. Au nom du libre-échange, ils cherchent à prendre le relais des vieux impérialismes européens.

La Charte de l’Atlantique de 1941 : Roosevelt et Churchill jettent les bases d’un nouvel ordre mondial et rappellent le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Dès 1946, les Etats-Unis se donnent en exemple en accordant Indépendance politique aux Philippines.

b) Les limites

Mais dans le contexte de la guerre froide, ils doivent tenir compte des intérêts de leurs alliés et de la progression du communisme, d’où des ambiguïtés dans la position américaine.

Ils redoutent que les nationalismes ne basculent vers le camp soviétique, et soutiennent bientôt la France en Indochine pour mieux stopper l’influence et la propagation du communisme.

2°) Le soutien de l’URSS au combat anti-impérialiste

Depuis sa création, l’URSS se présente comme le seul Etat à avoir réussi l’émancipation et le développement de ses anciennes colonies en ayant donné l’égalité des droits aux nationalités non russes.

Depuis le Congrès de Bakou en 1920, le Komintern (IIIème Internationale Socialiste) soutient l’émancipation des peuples colonisés, et l’URSS encourage les alliances entre communistes locaux et bourgeoisies nationales.

En 1945, l’URSS préconise des négociations avec les métropoles.

Dès 1947, les conflits locaux s’aggravent avec la guerre froide.

  • Le mouvement communiste international assimile alors lutte anticoloniale et lutte contre le camp impérialiste.
  • A 1’ONU, l’URSS soutient les luttes des peuples colonisés
  • Elle arme certains mouvements, ayant tout  intérêt à aider des mouvements qui affaiblissent et déstabilisent les puissances européennes.

3°) le rôle de l’ONU

Le principe du droit des peuples à dispôser d’eux-mêmes est repris dans la Charte des Nations Unies en 1945, puis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948.

Même si elle n’envisage en 1945 que l’autonomie comme perspective pour les colonies, 1’ONU joue un plus grand rôle que la SDN.

Le conseil de Tutelle de l’ONU prend en charge, dès 1948, l’émancipation des anciennes colonies allemandes (divers mandats de la SDN) et des anciennes colonies italiennes (Libye, Somalie).

Le 16 décembre 1952, l’Assemblée générale proclame le droit des territoires non-autonomes et sous tutelle à disposer d’eux-mêmes. En dépit de la guerre froide, la lutte anticolonialiste s’est renforcée.

Les groupes des Etats latino-américains, puis arabo-asiatiques, détiennent la majorité à l’Assemblée générale, avec les pays socialistes, et s’opposent au « Bloc colonial »

Remarque

Les pays nouvellement indépendants, de plus en plus nombreux vont aussi exercer des  pressions pour soutenir le combat des autres peuples encore colonisés ; l’ONU est pour eux une tribune, mais la conférence de Bandoung en 1955 aura aussi un retentissement important.

4°) La conférence de Bandung en avril 1955

a) Une conférence afro-asiatique

Première grande conférence internationale en dehors de la présence de l’homme blanc : de  nouveaux états font pour la première fois entendre la voix de ce que l’on va appeler rapidement le « Tiers Monde », une expression forgée par l’économiste français Alfred Sauvy pour désigner ces nouveaux venus sur la scène internationale.

Réunion de vingt-neuf pays d’Asie, du Proche-Orient et d’Afrique

Une conférence dominée par Nehru, Nasser, Haïlé Sélassié, Soekarno ; Tito est là aussi en tant qu’observateur

b) Unanimité  autour de quelques grands principes dont l’anticolonialisme

Condamnation du colonialisme sous toutes ses formes

La France étant particulièrement visée pour sa politique en Afrique du Nord,

 

Conclusion partielle :

Si au XIXème siècle les colonisateurs avaient bonne conscience, convaincus d’apporter progrès et civilisation, au milieu du XXème siècle, la colonisation apparaît de plus en plus comme une entreprise illégitime de domination et d’exploitation. Les pays colonisateur encourent donc de plus en plus la réprobation internationale.

C. L’ESSOR DES MOUVEMENTS DE LIBERATION NATIONALE

1°) L’éveil des consciences nationales

a) les mouvements nationaux sont souvent anciens.

1. Leur nature

Les partis ou fronts nationaux s’efforcent de surmonter les divisions ethniques et religieuses et de rassembler bourgeois, paysans et ouvriers.

Les élites nationales urbaines : avocats, médecins, professeurs, officiers, prêtres…

souvent formées dans les universités des métropoles,

se réclament des principes de 1789 et des nationalistes européens du XIXème siècle et retournent les idéaux de Liberté et d’Egalité contre les colonisateurs.

Les populations rurales restent attachées à leurs traditions ethniques et religieuses, hindouisme, bouddhisme, animisme.

Les peuples dominés découvrent des solidarités nouvelles: asiatisme, arabisme, panafricanisme.

2. Exemples

Le parti du Congrès en Inde, fondé en 1886

Pétri de valeurs anglo-saxonnes

Formule très tôt des revendications d’autonomie

En Indochine, la contestation du colonialisme s’inspire largement du mouvement communiste international

Au Maghreb et au Proche-Orient, les mouvements se nourrissent du panarabisme et de l’Islam

Les musulmans prônent un retour aux valeurs traditionnelles

Des arabes laïcisés affirment que la civilisation musulmane est compatible avec le monde moderne

Ainsi naît la Ligue arabe, en 1945, au Caire.

En Afrique, on parle davantage de négritude, d’africanité.

3. Certains leaders s’identifiant à leur peuple jouent un rôle charismatique.
  • Léopold Sédar Senghor, au Sénégal
  • Houphouët Boigny en Côte d’Ivoire
  • Ho Chi Minh au Vietnam
  • Sukarno en Indonésie
  • Bourguiba en Tunisie
  • Nasser dans le monde arabe

b) L’influence marxiste

Le marxisme exerce une influence inégale, mais indiscutable, dans de nombreux pays d’Asie et même d’Afrique.

Il fait le procès de l’impérialisme, propose une stratégie d’alliances sociales et nationales, fournit des modèles de développement économique, affirme des nouvelles valeurs d’égalité et de progrès.

Le nationalisme le plus souvent teinté de socialisme, apparaît comme l’idéologie prépondérante dans cette conquête de leur identité par les jeunes nations.

2°) Les premiers mouvements nationalistes

a) En Asie

1. En Inde

Le parti du Congrès, fondé en 1885, pratique, sous l’impulsion de Gandhi, la « non-coopération non violente ».

Dès 1929, son président Nehru exige l’indépendance totale. Redoutant une Inde dominée par les Hindous, la Ligue musulmane de Ali Jinnah, appuyée par les Anglais, réclame la formation d’un Etat musulman séparé.

En 1942, face à l’offensive japonaise et à la poussée nationaliste, Londres propose de faire de l’Inde un dominion. Solution que rejettent tous les Indiens, même si au « Quittez l’Inde ! » du Congrès s’oppose le « Divisez et partez ! » de la Ligue.

En 1945, les Britanniques sont résignés à l’indépendance.

2. En Indonésie,

A côté du parti communiste indonésien antijaponais, s’est organisé à partir de 1942 le parti national indonésien de Soekarno.

Les nationalistes administrent le pays sous la tutelle des Japonais, et, après la défaite de ceux-ci, proclament l’indépendance de la République indonésienne, le 17 août 1945.

3. En Indochine,

Le parti communiste indochinois fondé en 1930 crée en mai 1941 le Viêt-minh (Ligue pour l’indépendance du Vietnam) pour lutter contre les Français et les Japonais.

L’insurrection générale permet à Hô Chi Minh de proclamer l’indépendance, le 2 septembre 1945 à Hanoi.

b) Au Maghreb

1. En Tunisie,

Habib Bourguiba, leader du « Néo-Destour » ( Nouvelle Constitution) veut négocier l’indépendance du protectorat, mais il se heurte au refus et à la répression.

2. Au Maroc,

Le roi Mohammed V entend s’appuyer sur les Etats-Unis pour obtenir la fin du protectorat.

Il prend la tête du mouvement national en créant en 1944 le parti de l’Istiqlal (Parti de l’Indépendance).

3. En Algérie,

Les courants nationalistes sont plus divisés. Depuis 1937, le « parti du peuple algérien », ou PPA, de Messali Hadj envisage la conquête de l’indépendance par un soulèvement.

Le mouvement plus modéré du « manifeste du peuple algérien lancé en 1943 par Ferhat Abbas n’envisage qu’une Algérie autonome fédérée à la France.

En mai 1945, les manifestations nationalistes de Sétif entraînent les massacres du Constantinois par l’armée française. De sources françaises, il n’y eut que quelques centaines de morts musulmans. Les estimations algériennes vont de 15 000 à 45000.

D. Les métropoles face à la décolonisation

La France et les Pays-Bas  effectuent quelques réformes du statut colonial  mais refusent l’indépendance de leurs colonies. En revanche la Grande-Bretagne se montre plus libérale et conciliante.

D’une manière générale les opinions publiques sont très divisées. En général les communistes et les églises, catholique et protestantes,  se prononcent pour l’émancipation des colonies, de même que la plupart des intellectuels, alors que les forces politiques traditionnelles manifestent leur attachement au colonialisme.  De plus en plus la colonisation apparaît de plus en plus comme une entreprise illégitime de domination et d’exploitation 

1°) La Belgique et les Pays-Bas

Recours à la force pour éviter l’indépendance et pour  préserver ensuite ses intérêts économiques

Cas de l’Indonésie (Pays-Bas) et du Congo (Belgique)

2°) Le cas de la France : des changements modestes largement théoriques

Cas plus complexe : les indépendances ont été tantôt arrachées et violentes, tantôt négociées et pacifiques

Le tournant s’effectue vers 1956, lorsque l’on commence à estimer que ce mouvement est inéluctable, et que l’empire coûte plus cher qu’il ne rapporte !

Dans l’ensemble, la France a surtout pratiqué une politique d’assimilation et le choc est brutal : comment d’autres peuples peuvent-ils refuser d’être Français ?

a) La conférence de Brazzaville (début 1944)

Elle réunit les gouverneurs d’Afrique noire

Elle envisage le droit à la « gestion de leurs propres affaires » des indigènes intégrés à la communauté française, une politique sociale audacieuse,  mais refuse catégoriquement toute idée d’autonomie des colonies.

Une attitude bien ambiguë au total…

b) La constitution de 1946

Elle supprime le statut de l’indigénat et le travail forcé, proclame l’égalité des droits des citoyens « autochtones », mais la tutelle de la métropole reste entière.

L’« Empire » est transformé en «Union française », les « colonies » deviennent des « départements » ou des « territoires d’outre-mer », les  «protectorats » des « Etats associés ». Le vocabulaire change, la réalité coloniale demeure.

c) les blocages et le recours à la force

La France associe le statut de grande puissance et la possession d’un Empire. Déjà traumatisée par la défaite de 1940 elle ne saurait accepter la nouvelle défaite que serait pour elle la perte de son empire

Par son administration directe la France tient les populations indigènes totalement à l’écart du pouvoir

L’attitude conciliante de l’état à l’égard de colons arc-boutés sur leurs privilèges a rendu bien souvent l’affrontement inévitable : soulèvements locaux et répression française (cf. Afrique du Nord, Madagascar)

3°) Le cas de la Grande-Bretagne

Les Britanniques, eux, ont déjà l’expérience de la transformation de leurs colonies blanches en dominions au sein du Commonwealth (1931) et ils favorisent l’émergence des élites par l’« indirect rule »

Les travaillistes au pouvoir, conscients de la diversité de l’Empire et des faiblesses du royaume, reconnaissent le droit des peuples colonisés à l’autodétermination.

La GB mène avec pragmatisme une politique d’association, souhaitant préserver leurs intérêts économiques et diplomatiques quitte à négocier et accorder l’indépendance politique. La GB conservera d’ailleurs par la suite des liens privilégiés avec ses anciennes colonies dans le cadre du Commonwealth.

 

II.  LA DECOLONISATION COMMENCE EN ASIE ( 1945-1954)

A. LES INDEPENDANCES AU PROCHE-ORIENT.

1°) La liquidation des mandats français au Levant.

a) Les facteurs favorables à l’indépendance de la Syrie et du Liban

1. La perte de prestige de la France au Levant

En Syrie et au Liban, territoires sous mandat SDN, la débâcle de juin 1940 puis les combats qui y ont opposé les armées françaises restées fidèles à Vichy et celles de la France libre ont porté une atteinte décisive à son autorité et à son prestige.

2. Les pressions britanniques

En outre, les Britanniques, espérant garder après la guerre leur contrôle sur cette région qu’ils considèrent comme vitale, encouragent les nationalistes arabes.

Churchill déclare ainsi aux Communes le 9 septembre 1941:  » Il n’est pas question que la France garde au Levant la situation qui était la sienne avant la guerre. »

b) Le retrait français

En mai 1945, des troubles très violents éclatent à Damas contre les « oppresseurs » français

Riposte française en utilisant la manière forte : aviation et artillerie Þ400 morts parmi la population civile.

La Grande-Bretagne exige le cessez-le-feu, la Syrie et le Liban en appellent à l’ONU.

Le 31 décembre 1946, le dernier soldat français quitte Beyrouth dans des conditions humiliantes pour la France qui n’a pas su envisager une indépendance pleine et entière. « Pour avoir trop voulu retenir, déclare alors le général Catroux, représentant de la France libre dans ces territoires, elle avait tout perdu. »

2°) Le Problème de la Palestine et la naissance d’Israël

Le Proche-Orient est un carrefour de mondes et une zone de contact

Contact entre l’Orient et l’Occident, carrefour géographique et culturel

Berceau des trois grandes religions du Livre : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam

Le conflit israélo-arabe qui va naître et se développer dans la région repose en fait sur le fait que sur cette terre de Palestine existe une double légitimité :

Celle des juifs, héritée de l’histoire ( royaume de David, de Salomon…), avant que le peuple juif ne se disperse de par le monde en l’an 70 de notre ère suite à la terrible répression romaine contre les mouvements indépendantistes de l’époque

Celle des palestiniens arabes qui vivent sur place depuis au moins aussi longtemps, même s’ils n’ont jamais eu d’état, la région ayant pratiquement toujours été sous contrôle étranger (les anglais maintenant, les turcs auparavant pour ne citer qu’eux)

a) Les origines de la naissance d’Israël

1. Les origines lointaines de la naissance de l’état d’Israël
1.1. L’idée du retour à Sion (Jérusalem)
  • Elle est entretenue dans la prière quotidienne des communautés juives de la Diaspora et reste donc tout à fait vivace chez les juifs
  • idéologie politique née à la fin du XIXème (Théodore Herzl)
  • objectif : offrir au peuple juif un état en Palestine
  • Pendant la lère guerre mondiale, les juifs combattent les Turcs qui sont les alliés des allemands, et trouvent donc ainsi en position d’alliés des anglais
  • Par l’intermédiaire de son ministre des affaires étrangères, Balfour, la GB s’engage à favoriser la création en Palestine d’un « foyer national juif », formule équivoque, mais qui suscite bien des espoirs et une accélération brutale de l’immigration juive en Palestine après la guerre, la région étant passée sous contrôle anglais (mandat SDN)
  • Quelques chiffres :
1.2. Le sionisme[1]
1.3. La Déclaration Balfour de 1917
1.4. L’immigration

• 1919 : 65 000 juifs en Palestine

• 1945 : 560 000 juifs en Palestine… (les Arabes sont au nombre de 1 200 000)

  • La colonisation juive

• Sur place les juifs achètent des terres, édifient une agriculture moderne et productive (propriété collective et vie communautaire dans les Kibboutz), développent les activités commerciales et les villes, mettent en place une société juive dynamique.

  • La réaction arabe : une hostilité croissante, aisément concevable.
  • Liée à la découverte du génocide nazi faisant 6 millions de morts parmi les juifs
  • Nombre de survivants de l’holocauste attendent dans des camps, notamment en Allemagne et  sous contrôle allié évidemment, la possibilité d’émigrer, soit vers les USA, mais les visas sont difficiles à obtenir, soit vers la Palestine, se refusant à vivre dans cette vieille Europe qui fut le décor de leur tragédie.
  • Les alliés, notamment les USA et l’URSS envisagent donc une solution nationale au problème juif,
  • La GB, qui occupe la Palestine, laquelle constitue pour elle une région stratégique, n’est guère pressée d’en arriver là ! Elle ne veut pas mécontenter la ligue arabe qui vient de se créer et dont elle compte faire le pivot de son influence dans la région.
  • La Ligue arabe quant à elle ( Egypte, Irak, Syrie, Liban, Transjordanie, Arabie Saoudite et Yémen), entend bien obtenir l’indépendance de la Palestine, « partie importante du monde arabe »
2. Les origines récentes de la naissance d’Israël : l’impact de la 2ème G.M.
2.1. La mauvaise conscience du monde et le rôle des grands
2.2. La pression des deux grands et les réticences britanniques
2.3. Le combat des juifs contre les Anglais

En 1945 la colonie juive se mobilise

Actions terroristes des organisations extrémistes

• L’IRGOUN (Organisation de l’Armée Nationale) de Menahem Begin

• Le groupe STERN, dissident de l’IRGOUN

• Le 22 juillet 46, une explosion détruit à Jérusalem le « King David Hôtel », siège du QG britannique, faisant plus de 200 victimes)

En octobre 1945, Ben Gourion, Président du Conseil National, association représentant la colonie juive auprès de la puissance mandataire, lance finalement un appel à la lutte armée contre l’occupant britannique, faute d’avoir pu obtenir un accord négocié

Réaction de la GB

  • Renforcement de la présence militaire
  • Frein à l’immigration juive, d’où l’indignation mondiale ( notamment quand la gb interdit le débarquement des 4500 passagers du navire exodus, ce dernier étant refoulé)
  • La GB s’en remet à l’ONU, incapable de résoudre le problème par elle-même
  • Le 29 novembre 1947 l’ONU propose un plan de partage de la Palestine ayant l’approbation des grands

b) la naissance de l’état d’Israël

1. l’ONU saisie du problème juif

• Un état juif sur 55 % du territoire,

• Un état arabe palestinien

• La ville de Jérusalem sous autorité internationale (des Nations Unies)

  • Les juifs acceptent mais les Arabes refusent et multiplient les attaques de colonies et de convois juifs, les juifs répliquant par les attaques de villages arabes : l’engrenage de la violence est engagé…
  • Les mois passent et les instances internationales tergiversent …
  • La GB annonce son départ pour le 15 mai 1948
  • Proclamation par Ben Gourion et le Conseil National Juif
  • Reconnaissance immédiate par les USA et l’URSS
  • Les pays de la ligue arabe avaient annoncé la guerre au cas où un état d’Israël viendrait  à naître en Palestine
  • Une coalition regroupant l’Egypte, la Syrie, le Liban, la Transjordanie, et l’Irak entre immédiatement en guerre contre l’état hébreux : dès le 15 mai, les armées de la ligue arabe pénètrent en Palestine
  • Israël met sur pieds une véritable force armée, Tsahal ( abrégé pour forces de défense d’Israël) ; cette armée compte 80 000 combattants en décembre avec la levée en masse de tous les hommes et femmes adultes.
  • Malgré un rapport de forces qui ne lui était pas favorable initialement, Israël l’emporte et conserve pour sa sécurité une partie de ses conquêtes.
  • Un armistice est signé en juin 49.
2. Proclamation de l’indépendance d’Israël le 14 mai 1948
3. La première guerre israélo-arabe ( mai 48-Janvier 49)

• Israël contrôle désormais 78 % du territoire de l’ancienne Palestine et Jérusalem-Ouest

• Le reste de la Palestine, Cisjordanie et Jérusalem-Est sont annexés par la Transjordanie, qui prend en 1950 le nouveau nom de Jordanie

c) Le Problème palestinien.

1. Pas d’état palestinien

Du fait de la guerre et de ses conséquences territoriales (annexions par Israël et la Jordanie), les Palestiniens arabes ne disposent finalement pas de l’état que prévoyait le partage de l’ONU.

100 000 d’entre eux restent en Israël, participent au développement économique de l’état juif, mais n’y sont pas reconnus comme citoyens à part entière

500 000 quittent le territoire contrôlé par Israël et s’accumulent dans des camps de réfugiés en Jordanie

2. La question des réfugiés

Israël interdit le retour aux palestiniens qui ont quitté la Palestine qu’ils occupent

Des camps de réfugiés sont donc organisés à la hâte

• camps de toile organisés par l’ONU ( UNRWA : Office de Secours et de travaux des nations Unies pour les réfugiés palestiniens)

• camps qui se transforment en dur, se bidonvillisent, où les Palestiniens restent marginalisés et où se formera petit à petit une conscience nationale

• les jeunes générations ne pardonnent pas aux régimes en place en Egypte, en Syrie et en Irak de leur avoir fait subir cette humiliation

désintérêt des pays arabes pour le peuple palestinien, à l’exception des jordaniens qui proposent l’intégration

Le problème palestinien est posé, et il n’est toujours pas résolu

Et le conflit israélo-arabe n’est pas prêt de s’éteindre …

B. L’émancipation LARGEMENT négociée des colonies anglaises EN ASIE.

Préférant renoncer volontairement à sa souveraineté politique pour préserver ses intérêts économiques essentiels, l’Angleterre propose à ses colonies l’indépendance et l’association dans le Commonwealth.

Le retrait anglais est assez aisé, mais les Britanniques laissent derrière eux des guerres fratricides et de lourdes séquelles

1°) L’indépendance de l’Inde.

a) le rôle de Gandhi

Il s’impose comme le chef du mouvement nationaliste

Il préconise l’action non-violente, le boycott des produits anglais, la grève de l’impôt

Durant la guerre il réclame l’indépendance de l’Inde avec son disciple Nehru et fait voter par le parti du Congrès la résolution « Quit India » en 1942

b) La partition

Gandhi et Nehru ont un projet d’État unitaire, multireligieux et neutraliste

Ali Jinnah désire la partition de l’Inde et la création d’un Pakistan musulman et anglophile.

Les affrontements entre communautés, aggravés à partir d’août 1946, poussent le gouvernement Attlee à décider le transfert rapide du pouvoir. Le dernier vice-roi des Indes, Lord Mountbatten, fait accepter son plan de partition.

Le 15 août 1947 deux Etats accèdent à l’indépendance :

l’Union indienne, ralliée par la majorité des hindouistes

le Pakistan constitué par deux territoires à majorité musulmane mais distants de 1 800 km au nord-ouest de l’Inde et dans le Bengale.

Cette partition des provinces et des réseaux de transport et d’irrigation entraîne le déplacement gigantesque de millions de personnes et d’innombrables massacres. Gandhi est assassiné par un fanatique

2°) A Ceylan

Les élites anglophiles reçoivent de façon précipitée le self-government en décembre 1947.

3°) En Birmanie

Nationalistes et communistes, ayant chassé les Japonais, refusent tout retour de l’administration britannique.

Face à une vague d’attentats, Londres accorde l’indépendance totale du pays en janvier 1948.

4°) La Malaisie et Singapour

Pour mieux garder le contrôle des richesses en étain et caoutchouc de Malaisie et leur position stratégique, les Anglais jouent sur les divisions ethniques entre Malais, Chinois et Indiens.

Ils détachent, en 1946, Singapour de la Malaisie, du fait de la position stratégique de la grande ville portuaire et commerciale.

De 1948 à 1954, ils doivent affronter une dure et coûteuse guérilla. La Fédération malaise devient finalement indépendante en 1957 et Singapour l’année suivante.

Conclusion partielle

Tous ces Etats, même l’Inde, à l’exception de la Birmanie, adhèrent au Commonwealth.

Ces indépendances octroyées l’ont tout de même été sous la pression, et la violence n’a pas totalement épargné ces régions.

C. LES INDEPENDANCES ARRACHEES par la force EN EXtrême-Orient.

1°) L’abandon forcé de l’Indonésie par les Pays-Bas

a) Une guerre de reconquête coloniale

En août 1945 les Japonais autorisent Soekarno à proclamer l’indépendance à la veille de leur départ.

Les Néerlandais, ne voulant pas renoncer à leur Empire, ne reconnaissent pas la République indonésienne de Soekarno et dès la fin de 1945, ils tentent de reconquérir les îles. Pour écraser les républicains, ils envahissent en 1947 et 1948 Java et Sumatra et arrêtent les leaders nationalistes.

b) L’échec néerlandais

Les EUA contraignent les Pays-Bas à remettre le pouvoir à Soekarno, président des Etats-Unis d’Indonésie, le 27 décembre 1949 dans le cadre de l’Union néerlandaise (La Conférence de la Table Ronde de La Haye) sous la pression conjuguée de la guérilla indonésienne, des pays asiatiques et de l’URSS solidaires, et des «bons offices» des Etats-Unis (qui menacent de suspendre l’aide Marshall), et enfin des pressions de l’ONU

En 1950-1952, les Pays-Bas soutiennent la sécession de la République des Moluques et Soekarno impose alors un Etat centralisé et unitaire.

En 1956, l’Union néerlandaise est dissoute.

En 1957, les derniers ressortissants néerlandais sont expulsés et leurs biens confisqués.

2°) Une décolonisation tragique : la guerre d’Indochine.

a) Une indépendance d’abord négociée sous la pression, mais ensuite reniée.

1. la question de l’indépendance est posée dès 1945

Ho Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam le 2 septembre 1945, dès la capitulation japonaise.

Le général de Gaulle désirant restaurer la souveraineté française sur l’Indochine, un corps expéditionnaire est envoyé en Cochinchine dès septembre 1945 et chasse le Viêt-minh de Saigon ; le Tonkin reste cependant sous le contrôle d’Hô Chi Minh

2. Les accords Sainteny-Hô Chi Minh (mars 1946)

Création de la fédération indochinoise

Des accords d’association sont proposés au Cambodge et au Laos.

La république du Vietnam est reconnue comme un Etat libre, membre de la fédération indochinoise et de l’Union française.

3. Les initiatives tragiques de d’Argenlieu et la marche à la guerre

Le haut-commissaire, l’amiral Thierry d’Argenlieu, est un farouche partisan du maintien de l’Empire.

Poussé par les colons et la droite, il proclame unilatéralement la république de Cochinchine le ler juin 1946, et compte entreprendre la reconquête du Tonkin.

L’agitation indépendantiste se développe inévitablement. A la suite d’incidents, la marine française, le 23 novembre, bombarde le port de Haiphong faisant au moins 6000 morts. Le 19 décembre, deux cents européens sont massacrés par le Viêt-minh à Hanoi. C’est le début de la guerre.

b) Une guerre de reconquête coloniale, puis un conflit de guerre froide

1. La France d’abord isolée

Dans un premier temps, la France mène seule une guerre de reconquête coloniale refusant toutes les offres de négociation de Hô Chi Minh.

Le Viêt-minh, replié dans les campagnes, mène une «guerre populaire» sous la direction du général Giap et la guérilla est bien armée par l’URSS.

En France l’opinion est largement indifférente à cette guerre menée par l’armée de métier, guerre que seuls les communistes dénoncent.

Pour contrer l’influence d’Ho Chi Minh, la France cherche à s’appuyer sur les nationalistes conservateurs et accorde à l’ex-empereur d’Annam Bao-Daï, le 5 juin 1958,1’indépendance du Vietnam » associé à l’Union française, indépendance formelle car tous les actes de Bao-Dai doivent être ratifiés par le gouvernement français. Il en est de même pour le Laos et le Cambodge du roi Sihanouk.

2. A partir de 1949-50,  l’Indochine devient un conflit de guerre froide

Après la victoire des communistes à Pékin, le Viêt-minh reçoit l’aide militaire de la Chine populaire et de l’URSS et peut désormais engager des forces mieux équipées.

Les Etats-Unis, dans le cadre de leur politique d’endiguement accordent alors à la France et à Bao-Daï une aide militaire et financière croissante.

La France s’enlise dans la « sale guerre » alors que le conflit s’internationalise. Les troupes françaises subissent à partir de 1950 des échecs et les « zones libérées » du Viêt-minh s’étendent. En octobre 1952, le général Giap déclenche l’offensive générale.

Après l’armistice de Corée, les Etats-Unis et l’URSS tentent d’imposer un règlement du conflit par la négociation. La France accepte le principe d’une conférence internationale à Genève pour régler l’ensemble des problèmes indochinois, mais tente de l’aborder en position de force grâce à une victoire militaire…

3. l’échec de la France et la fin de la guerre
3.1. Dien Bien Phu
  • Mais le piège de Dien Bien Phu se retourne contre les français enfermés dans la cuvette et le 7 mai 1954, les 12 000 soldats encerclés doivent se rendre après 54 jours de combats.
  • L’armée française vient de perdre la seule bataille rangée de la décolonisation !
3.2. Les accords de Genève

Le nouveau gouvernement de Pierre Mendès France conclut les accords de Genève qui mettent fin à la guerre le 21 juillet 1954.

  • Le Laos, le Cambodge et le Vietnam accèdent à leur pleine indépendance;
  • Le Vietnam est provisoirement divisé par la ligne d’armistice du 17e parallèle.

• Au nord est créée une république démocratique présidée par Hô Chi Minh organisée autour de Hanoi

• Au sud, une république nationaliste et anticommuniste, de plus en plus pro-américaine s’organise autour de Saïgon

3.3. Bilan et Perspectives
  • Bilan pour la France

• Cette guerre lointaine a coûté à la France et à ses alliés 92 000 morts.

• Elle laisse dans l’armée amertume et colère.

  • Une paix précaire

• Les élections générales pour la réunification du pays, prévues pour juillet 1956 mais refusées par le Sud, n’auront pas lieu.

• La victoire du Viêt-minh achève la décolonisation asiatique mais la lutte entre communistes et nationalistes continue et elle annonce la deuxième guerre d’Indochine, les Américains s’impliquant de plus en plus au Vietnam

Conclusion partielle

Ainsi de 1943 à 1954, 17 Etats ont accédé à l’indépendance ; 11 sont asiatiques et représentent plus de 700 millions de personnes, 5 sont situés au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Libye) .

La «décennie asiatique» caractérise la première étape de la décolonisation.

III. LA DEUXIEME VAGUE DE LA DECOLONISATION : LES DECENNIES AFRICAINES

 

De 1956 à 1968, près de 50 pays deviennent indépendants dont 38 africains, 6 asiatiques, 4 américains.

1960 est bien 1’« année de l’Afrique », avec 17 indépendances enregistrées sur le continent.

 

A. DES  CONDITIONS NOUVELLES FAVORISANT LA DECOLONISATION.

1°) L’afro-asiatisme et la conférence de Bandoung.

a) l’afro-asiatisme

1947 : conférence de New Delhi avec des représentants de 25 pays d’Asie qui ont dénoncé le fait colonial. (en 1949 l’Égypte et l’Éthiopie rejoignent ces Etats)

L’« afro-asiatisme » trouve dans l’ONU une tribune : les Etats récemment décolonisés se regroupent autour d’un programme anticolonialiste et anti-occidental, ce qui leur vaut l’appui de Chine.

En 1954, Nehru entreprend de patronner une conférence des pays libres d’Asie et d’Afrique incluant la Chine : elle se tient en avril 1955 à Bandoung, en Indonésie, sous la présidence de Soekarno.

b) La conférence de Bandoung

La conférence de Bandoung met le tiers monde au premier plan de l’actualité ; c’est la première conférence internationale hors la présence de l’homme blanc.

En dépit de forts antagonismes, l’unanimité se fait sur quelques grandes orientations :

  • Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes,
  • Egalité entre toutes les nations,
  • Condamnation du racisme
  • Opposition totale au colonialisme, « mal auquel il doit être mis fin rapidement »,
  • Refus de toute ingérence dans les affaires intérieures des états
  • Interdiction des armes atomiques.

Cette conférence pose également la question du sous-développement comme un enjeu majeur que symbolisent l’image d’un nouveau « tiers état » (19) et trois chiffres : les 29 pays présents représentent plus de 50 % de l’humanité et disposent de 8 % des richesses l’émancipation politique doit donc s’accompagner d’une émancipation économique et sociale.

2°) Le panarabisme et l’influence de Nasser

En Afrique du Nord, l’aspiration à l’indépendance est stimulée par la Ligue arabe et l’exemple de Nasser, 1’Égypte apparaissant comme le champion de la cause arabe, face à la présence britannique.

En 1952, le mouvement des « officiers libres » renverse le faible roi Farouk et proclame la République égyptienne.

  • Pour financer la construction du barrage d’Assouan, il nationalise en 1956 la Compagnie du canal de Suez.
  • Face à l’intervention armée d’Israël, de la Grande-Bretagne et de la France, il sauve son régime grâce aux pressions des Etats-Unis et de l’URSS.

Désormais aidée et armée par l’URSS, l’Egypte apporte un soutien actif aux « luttes de libération des peuples arabes », même si le projet de fusion avec la Syrie et d’autres Etats échoue. Le panarabisme nassérien s’affirme dans le monde arabe.

Entre 1957 et 1967, la Grande-Bretagne se retire de Chypre, de Malte, d’Aden et du Sud-Yemen, puis des émirats arabes.

B. La décolonisation de l’Afrique du Nord

En août 1951, le général de Lattre avait annoncé à propos de la guerre d’Indochine :

« Nous avons fait la folie de faire combattre sous notre commandement des Musulmans et des Noirs contre des Jaunes, et même parfois de les faire battre par des Jaunes. L’Afrique française est foutue.»

Dien Bien Phu fut bien perçue, en effet, comme le signal de la décolonisation en Afrique du Nord française.

1°) Des indépendances négociées sous la pression

a) La Tunisie

1. Echec de la manière forte

Alors que l’indépendance de la Libye, l’ancienne colonie italienne sous tutelle de l’ONU, avait été proclamée en 1951, la France s’entêtait encore à affirmer le caractère « définitif » des liens unissant les deux pays.

Condamnée par l’ONU pour avoir refusé l’autonomie à son protectorat tunisien, la France se heurte à un début de rébellion ;

  • Début 1952, d’Habib Bourguiba, le chef très populaire du mouvement nationaliste Néo-Destour est arrêté après avoir appelé à la lutte armée (la France avait rompu des négociations fin 51)
  • Les troubles se généralisent dans le pays et la situation devient donc très tendue.
2. Réussite de la négociation

Dans la foulée des accords de Genève, Pierre Mendès France se rend à Tunis le 31 juillet 1954 et promet formellement de reconnaître « l’autonomie interne de l’état tunisien » (discours de Carthage).

Le retour triomphal de Bourguiba dans son pays, le 1er juin 1955, est suivi le 3 juin de la signature de conventions, première étape vers une indépendance totale reconnue le 20 mars 1956, date à laquelle Bourguiba proclame la République tunisienne.

b) Le Maroc

Le roi Mohammed Ben Youssef, rendu responsable des troubles anti-français, est déposé et exilé en 1953.

Conséquence : hostilité grandissante des nationalistes marocains, multiplication des actes de terrorisme et dérive insurrectionnelle

le gouvernement Edgar Faure doit rappeler le sultan sur le trône, et Mohamed V fait un retour triomphal en novembre 1955 !

L’indépendance du royaume est acquise le 2 mars 1956.

2°) Une indépendance arrachée : l’Algérie

a) Les origines profondes de la guerre d’Algérie

1. Une colonie politiquement soumise
1.1. l’Algérie : trois départements français
  • 3 départements, Algérois, Oranais, Constantinois, donc un territoire français par son statut, et non pas un protectorat comme le Maroc ou comme la Tunisie
  • L’Algérie est rattachée au ministère de l’intérieur, dirigée par par un gouverneur général nommé en conseil des ministres
  • Selon le slogan « l’Algérie, c’est la France » et toute indépendance de l’Algérie est considérée comme une amputation du territoire français
  • Deux catégories de citoyens
1.2. Une inégalité flagrante et officialisée

• Les Français : un million

• Les musulmans : 9 millions

  • Le nouveau statut de 1947 perpétue l’inégalité

• Election d’une assemblée algérienne aux prérogatives restreintes

• Double collège se partageant le même nombre de sièges : un collège pour un million de français et un autre pour les 9 millions de musulmans…

  • De plus les élections sont notoirement truquées, ce qui fait uniquement élire des colons dans le premier collège ou des représentants de l’administration dans le second… Toute tentative de libéralisation échoue sous la pression des Européens d’Algérie
  • Un courant traditionaliste ( les oulémas ) s’appuyant sur l’Islam et résistant à l’intégration
  • Un courant moderniste, réformiste, légaliste ( bourgeois et intellectuels ) avec Ferhat-Abbas pour leader ® MTLD[2]
  • Un courant révolutionnaire et activiste, de Messali Hadj, avec son groupe d’action ( l’organisation spéciale dirigée par Ben Bella )
  • La colonisation a détruit les cadres politiques locaux et les nationalistes n’ont aucune structure où s’exprimer
  • Sévère répression en cas d’agitation (cf. Constantinois en 1945)
  • Déclin ; crises ; scissions…
2. Le nationalisme algérien dans l’impasse
2.1. trois courants différents
 2.2. aucune possibilité d’expression, aucune perspective légale d’affirmation, encore moins d’opposition

Þ  Il n’y a donc aucun interlocuteur avec qui négocier et le recours à la violence peut apparaître comme le seul possible dans de telles conditions

3. Les problèmes algériens en 1954
3.1. Une économie duale
  • Un secteur moderne, aux mains des européens

• Agriculture moderne tournée vers l’exportation de vin, de céréales, d’agrumes, de primeurs

• Un début de développement industriel par des groupes financiers français

  • Un secteur archaïque, musulman

• Agriculture routinière peu productive

• Ni emplois industriels, ni emplois tertiaires

• Sujétion économique pour les musulmans, et aucune perspective de changement

3.2. une société très inégalitaire
  • 984 000 européens dont 80 % nés en Algérie

• Citadins pour la plupart, ouvriers et membres de la classe moyenne (commerçants, cadres, employés)

• Population arc-boutée sur ses privilèges, politiquement conservatrice et qui refuse toute réforme pouvant entraîner l’égalité des européens et des musulmans

  • 8.4 millions de musulmans

• Explosion démographique (+ 25% par an) qui aggrave les problèmes

• Deux millions seulement à avoir un niveau de vie proche des européens

• Pauvreté, sous-scolarisation ( 82 % des enfants musulmans  ne sont pas scolarisés

La domination est économique, sociale, mais aussi culturelle : la langue arabe n’est que l’une des langues étrangères enseignées dans les lycées…

b) Le déclenchement et les débuts de la guerre d’Algérie 1954-1956:

1. L’insurrection de la Toussaint 1954 ( 1er novembre )
1.1. le contexte
  • Courant de décolonisation et indépendance du Viêt-nam en juillet 54
  • Volonté d’un groupe de jeunes militants de réunir le nationalisme algérien dans le combat contre les colonisateurs

• création du F.L.N. en octobre 54, fondé par 9 jeunes militants

• création de l’A.L.N.[3]

1.2. Les faits
  • Le F.L.N. proclame son objectif de « restauration de l’état algérien »
  • Parallèlement et simultanément ont lieu 70 actions terroristes : attaque de bâtiments civils et militaires à la bombe ; 8 morts au total dont deux enseignants venant de prendre leur poste
  • Pour les gouvernements Mendès-France puis Faure,  des déclarations énergiques sur l’appartenance de l’Algérie à la France et la volonté de maintenir l’ordre.
  • Sur place une vigoureuse répression
2. Les premières réactions françaises sont la fermeté

• Démantèlement des réseaux F.L.N. par l’armée et la gendarmerie avec une répression souvent aveugle qui réduit bientôt l’activité du F.L.N. à quelques poches dans les montagnes de Aurès et de la Kabylie.

• L’armée s’estime tout à fait en mesure de régler le problème, estimant avoir appris à combattre la guerre populaire en Indochine

• L’engrenage est cependant en route : le F.L.N. multiplie les attentats, les bombes dans les lieux publics, l’exécution des collaborateurs

  • Jacques Soustelle est nommé gouverneur général par PMF pour mettre en place des réformes et il mène une politique d’intégration, c’est à dire d’assimilation

•  « pacification » des zones rebelles (en fait il s’agit plutôt de répression)

• application loyale du statut de 1947

• modernisation économique et sociale

• large programme de scolarisation

3. Le tournant décisif vers la guerre de l’été 1955
3.1. Les massacres du Constantinois en août 1955
  • Causes :

• le F.L.N. est décidé à empêcher la politique d’intégration jugée intolérable par le nationalisme algérien

• le F.L.N. veut affirmer son audience sur les musulmans et intimider les partisans d’un dialogue avec les Français tout en creusant le fossé entre les deux communautés : il utilise pour ce faire la terreur.

• Les faits :

±  Les 20-21 août 1955, soulèvement musulman dans le Constantinois, encadré par le F.L.N.

±  Massacre d’habitants de fermes isolées : 125 français massacrés

• Conséquence immédiate : rude répression et vengeance des civils européens

±  Véritable chasse à l’Arabe, avec environ un millier de morts

±  Un fossé de sang sépare désormais les deux communautés

3.2. Un processus irréversible de guerre est maintenant engagé

• Les Européens horrifiés se dressent en bloc contre les musulmans

• Les musulmans indignés par la répression aveugle basculent dans le camp du F.L.N dont l’emprise augmente., y compris les modérés comme Ferhat-Abbas

• Jacques Soustelle considère que la priorité est le rétablissement de la paix par la lutte contre le F.L.N.

±  La guerre est à l’ordre du jour, même si les opérations militaires portent le nom de « pacification »

±  Proclamation de l’état d’urgence en Algérie (® suspension des libertés )

±  Renforcement de l’armée et de son rôle

– envoi des appelés du contingent en Algérie (début 1956 il y a 190000 soldats en Algérie et fin 56 il sont au nombre de 450000)

– allongement du service militaire

c) La France s’enfonce dans la guerre d’Algérie : 1956-58

Guy Mollet, hostile à « la guerre imbécile et sans issue », élu sur le programme du Front Républicain pour y mettre fin, nommé président du conseil, cède et intensifie la guerre.

1. Le revirement de Guy Mollet.
  • Le 6 février 1956, Guy Mollet se rend à Alger pour installer le ministre-résident ( ou gouverneur général ), le général Catroux, considéré comme un libéral par les uns, comme un « bradeur » par les autres, notamment des pieds-noirs.

• Guy Mollet est conspué par les Européens d’Algérie et accueilli avec des jets de tomates

• Il recule et remplace le général Catroux par le socialiste Robert Lacoste, qui sera l’homme de la guerre à outrance

  • Il définit une politique tenant compte des préoccupations des Européens

• Politique du Triptyque « cessez-le-feu, élections libres, négociations »

• Le gouvernement est prêt à négocier, mais demande au F.L.N. de déposer  préalablement les armes. Les élections devraient prouver le caractère minoritaire et non-représentatif du F.L.N.

• Refus du F.L.N. qui s’affirme représentatif

2. la guerre à outrance
2.1. Carte blanche à une armée renforcée
  • Allongement du service militaire et rappel des réservistes
  • L’Algérie devient une véritable province militaire dirigée par les militaires qui maîtrisent désormais la guerre populaire et agissent en conséquence

• Fermeture des frontières avec le Maroc et la Tunisie par où transitent les armes

• Quadrillage du pays

• Activité d’assistance sociale avec soins médicaux, éducation

• Action psychologique

• Initiatives couvertes a posteriori par le gouvernement (cf. acte de piraterie aérienne sur un avion marocain transportant les chefs du F.L.N. qui sont ainsi arrêtés)

2.2. « La bataille d’Alger »
  • Durée de 9 mois à partir du mois de janvier 1957
  • Direction par le général Massu qui a les pleins pouvoirs
  • Lutte anti-guérilla dans Alger avec utilisation de tous les moyens ( multiplication des contrôles et des fouilles, arrestations, recours aux indicateurs, torture aussi pour obtenir des renseignements…)
  • Les résultats

• Succès militaire : le F.L.N. est démantelé à Alger et très affaibli

• Echec politique et psychologique : hostilité croissante des musulmans du fait des méthodes employées et ralliements au F.L.N. de plus en plus nombreux.

d) Sous De Gaulle la France s’achemine difficilement la séparation : 1958-1962

Le 13 mai 1958, éclate l’insurrection d’Alger, avec le soutien de l’armée française d’Algérie et ces événements, d’une extrême gravité, conduisent à l’effondrement de la IVème République, au retour au pouvoir du général De Gaulle. Et à l’avènement de la Vème  République

1. De Gaulle s’achemine par étapes vers l’indépendance algérienne : 1958-1962
1.1. Raisons
  • La détermination du F.L.N qui met en place le  G.P.R.A.[4] en septembre 1958, présidé par  Fehrat-Abbas, affichant ainsi clairement sa position indépendantiste
  • Le désaveu général de l’opinion internationale qui isole totalement la France : soutien des pays arabes et des pays communistes au FLN, pressions de l’ONU, condamnation par le tiers-monde (conférence de Bandoung) mais aussipar les EUA
  • L’opposition croissante à la guerre en métropole même, car ces sont les appelés du contingent qui partent en Algérie
  • Au départ, De Gaulle prend ses distances avec les activistes en éliminant les comités de salut public et en ramenant l’armée à un rôle purement militaire
  • De Gaulle propose « La Paix des Braves » en septembre 1958, porposition de  négociation mais après cessez-le-feu du FLN
  • Le droit de l’Algérie à « l’autodétermination » : septembre 1959
  • A partir de mars 1960 le vocabulaire de De Gaulle évolue et la situation aussi :
1.2. Les étapes

• Il parle d’ « Algérie algérienne », puis de«  République algérienne » en novembre 60 puis « d’état algérien souverain » en avril 1961

• Le fossé se creuse entre les musulmans et les Européens et des heurts violents les opposent.

• Le gouvernement ouvre des pourparlers  avec le F.L.N.

2. Sur place, la tension est entretenue par les activistes de l’Algérie Française

Français d’Algérie et militaires ont le sentiment d’avoir été trahis par De Gaulle et rêvent désormais d’un nouveau 13 mai qui se ferait cette fois-ci contre lui.

2.1. La semaine des barricades : Alger, janvier 1960
  • Soulèvement des Français d’Algérie, notamment des étudiants
  • Alger est hérissé de barricades… mais l’armée hésite à suivre les insurgés qui finissent par se rendre au bout d’une semaine.
  • Conséquence : pour manifester clairement aux activistes et aux militaires que la nation est avec lui, De Gaulle soumet le droit à l’autodétermination de l’Algérie à référendum en janvier 1961 et il obtient 75 % de  « OUI »
  • Tentative de putsch menée par 4 généraux d’Alger :
2.2. Le Putsch des généraux d’Alger du 22 avril 1961

•  Les généraux Challe (commandant en chef en Algérie), Salan, Jouhaud, Zeller, entraînent avec eux une partie de l’armée et préparent une action aéroportée en métropole

• La situation, qui fait suite à l’annonce de pourparlers officiels avec le G.P.R.A. début avril, est particulièrement dramatique.

  • Echec du fait :

• Du refus des soldats du contingent de suivre les officiers rebelles (ils s’informent par les postes de radio à transistors )

• De la fermeté du général De Gaulle : intervention télévisée ferme, proclamation de l’article 16, arrestations en métropole

2.3. L’action terroriste de l’O.A.S.
  • «Organisation Armée Secrète », qui regroupe tous les activistes,
  • Buts :  sont empêcher tout accord avec 1e F.L.N., renverser le pouvoir gaulliste, de détruire systématiquement tout ce qui a été édifié par la France en Algérie une fois l’accord réalisé (terre brûlée)
  • Méthodes : la Terreur par les attentats (20 morts par jour à Alger en janvier 1962, plusieurs attentats contre De Gaulle, fusillade  de la Rue d’Isly (26 mars 62 ; 46 Morts) provoquée par l’O.A.S. pendant une manifestation de Français à laquelle l’armée est tenue de s’opposer puisque les combats ont cessé le 18 mars).
  • Des complicités jusqu’au plus haut niveau y compris dans la police parisienne

• Plus de 100 morts et des milliers de blessés après une manifestation des algériens de Paris en octobre 1961 (6 morts selon la France, 200 selon le FLN)

• 8 morts au métro Charonne au cours d’une manifestation de gauche demandant une lutte plus active contre l’OAS (février 1962)

  • Seul résultat tangible : l’action de l’OAS interdit toute cohabitation entre européens et musulmans

Þ L’indépendance de l’Algérie s’accompagnera du départ de la plus grande partie de la communauté européenne qui va quitter avec déchirement une terre où elle était née en abandonnant l’essentiel de ses biens et en affrontant un difficile reclassement en métropole.

3. La fin de la guerre d’Algérie
3.1. L’indépendance de l’Algérie
  • Négociations avec 1e GPRA
  • Les ACCORDS D’EVIAN et l’indépendance algérienne

• Ils sont signés le 18 mars 1962 et organisent la création d’un état algérien

• Ces accords sont ratifiés par référendum le 8 avril 1962 avec 90,6 % des voix ( et 24,4 % d’abstentions)

• Les Algériens se prononcent pour l’indépendance à 99,7 % 1e I juillet 1962

• Le 3 juillet la France reconnaît officiellement l’Algérie indépendante

  • Au prix de huit ans de guerre,  de plus de 600 000 morts, de l’exode de 800 000 pieds-noirs et de bien des souffrances et des rancoeurs, s’achève la plus cruelle des guerres de décolonisation.
  • Politique de la terre brûlée menée  par l’OAS
  • Affrontements OAS – armée
  • Exode massif des pieds-noirs ( 800 000 sur 1000 000)
3.2. Sur place les choses se passent mal

• partent rapidement vers la France dans des  conditions matérielles dramatiques

• bonne adaptation  et intégration dans la communauté nationale

• implantation préférentielle dans le sud de la France, y compris la Corse

• apportent un sang neuf ainsi que leurs compétences

  • Exode des « harkis » (Algériens ayant combattu pour 1a France)
3.3. La guerre d’Algérie a profondément troublé les consciences et laisse derrière elle des déchirements durables:

• Pb de 1a torture, de la violence

• Déchirement de la nation

• Hostilité à l’égard des Algériens et développement du racisme

• Relations difficiles entre France et Algérie

 

C. La DECOLONISATION DE L’afrique noire

1°) Les processus pacifiques

a) L’émancipation des colonies anglaises

1. des processus négociés généralement progressifs

Le Ghana (Gold Coast)

  • 1949 – Kwame Nkrumah (1909-1972), après avoir été emprisonné, fonde, le Parti de la Convention du Peuple.
  • 1950 – Le RU accorde la mise en place d’une constitution.
  • 1952 – Nkrumah devient Premier Ministre, alors qu’il existe encore un gouvernement britannique qui garde d’importants pouvoirs.
  • 1957 – Proclamation de l’indépendance dans le cadre du Commonwealth : c’est le premier état africain à devenir indépendant

Le Nigeria : il accède à l’indépendance en 1960, dans un cadre fédéral

Même processus pacifique au Tanganyka ( Tanzanie), en Ouganda, en Zambie et au Malawi entre 1962 et 1966.

2. des difficultés et  des violences aussi

Au Kenya la révolte des Mau-Mau est durement réprimée en 1952.

  • Les Mau-Mau veulent reprendre aux colons britanniques les meilleures terres que les Anglais ont accaparées.
  • Les très longues négociations avec le chef de la rébellion, Jomo Kenyatta, met un terme à la tuerie en 1954

Le Kenya n’obtient réellement son indépendance qu’en 1963 !

b) La décolonisation de l’Afrique noire française est octroyée par étapes.

La loi-cadre Defferre accorde en 1956 l’autonomie interne à des gouvernements territoriaux.

Avec la constitution de 1958 De Gaulle en fait des « Etats associés » dans la Communauté Française. Seule la Guinée de Sékou Touré refuse, devient aussitôt indépendante, rompt avec la France et se rapproche de l’URSS

En 1960, l’indépendance est accordée à quinze Etats africains restant liés à la France par la Coopération. La décolonisation de l’Afrique noire francaise a été pacifique, sauf au Cameroun et à Madagascar.

2°) Les processus violents

a) Le drame du Congo belge

1. La décolonisation est brutale et anarchique au Congo belge.

Les Belges pensent préserver le statu quo colonial par leur « paternalisme ».

Surpris par les émeutes de 1958-1959 et n’ayant pas préparé des élites locales (« pas d’élites, pas d’ennuis »…pour reprendre la formule des colons belges), ils concèdent précipitamment l’indépendance en 1960 au Mouvement national congolais du marxiste Patrice Lumumba.

2. Une terrible guerre civile s’ensuit

Les compagnies minières et les hommes de Moise Tchombé organisent la sécession de la riche province du Katanga.

Après l’assassinat de Lumumba et l’échec de la médiation de 1’ONU, le Zaïre sombre dans l’anarchie. ( Sécession d’autres régions, massacres ethniques, insécurité généralisée, initiatives militaires…)

Le chef de l’armée, le général Mobutu, appuyé par les Occidentaux, s’empare du pouvoir en 1965 par un coup d’état militaire.

• Mobutu impose le retour à l’ordre et instaure pour 32 ans une des dictatures d’Afrique les plus longues et les plus corrompues

• La dépendance du Zaïre à l’égard des intérêts étrangers reste flagrante.

b) Le cas de la Rhodésie du Sud

En 1965, Jan Smith proclame de manière unilatérale l’indépendance et en 1970, rompt ses relations avec le RU, mettant en place un régime d’apartheid calqué sur le modèle sud-africain.

En 1971, le RU reconnaît l’indépendance de la Rhodésie. Le régime ségrégationniste et raciste dure 10 ans.

Une longue guérilla menée par les noirs, des pressions de la diplomatie américaine relayant la GB impuissante, et des élections les obligent à capituler en 1979.

En 1980, le pays devient le Zimbabwe, doté d’un gouvernement à majorité noire et les blancs sont chassés.

c) La décolonisation tardive et chaotique de l’Empire portugais

1. Le contexte général

Les colonies portugaises n’obtiennent leur indépendance qu’au prix de longues guerres :

  • Le dictateur Salazar refusait toute idée d’émancipation des « huit provinces portugaises d’outre-mer ».
  • Le Portugal s’épuise dès 1961 dans la répression des mouvements nationaux d’inspiration marxiste, bien implantés en Guinée-Bissau, plus fragiles en Angola et au Mozambique. Le Portugal consacre la moitié de son budget à la préservation de son empire !

La chute de la dictature portugaise en 1974 avec la révolution des œillets, permet la proclamation des indépendances.

Mais des rébellions soutenues par l’Afrique du Sud cherchent à déstabiliser les régimes socialistes d’Angola et du Mozambique.

2. Les différents cas de figure
2.1. En Guinée-Bissau,
  • Le P.A.I.G.C. (Parti Africain de l’Indépendance de la Guinée et des Iles du Cap Vert) mène une guérilla urbaine contre les Portugais.
  • En 1972, le P.A.I.G.C., qui contrôle l’ensemble du pays, organise l’élection d’une Assemblée Nationale qui proclame l’indépendance.
  • L’ONU reconnaît le nouvel Etat en 1973.
  • L’indépendance est acceptée par Lisbonne en septembre 1974.
  • Deux mouvements nationalistes rivaux déclenchent la guérilla à partir de 1962
2.2. En Angola,

• le F.L.N.A. (Front National de Libération de l’Angola) soutenu par le Congo et la République d’Afrique du Sud

• le M.P.L.A. (Mouvement Populaire de Libération de l’Angola) marxiste donc soutenu par l’URSS et Cuba.

  • L’Indépendance est proclamée en novembre 1975 dans un contexte de guerre civile.
  • Le M.P.L.A. l’emporte finalement, mais après de multiples tergiversations, l’Angola reste encore aujourd’hui une région très troublée dans une région stratégique de l’Afrique.
  • Le FRELIMO (Front de Libération du Mozambique) déclenche la guerre d’indépendance en 1964.
  • L’indépendance est obtenue en 1975. Là aussi, les troubles persistent.
2.3. Au Mozambique,

3°) Le cas particulier de l’Afrique du Sud

L’Union Sud Africaine est un dominion du Commonwealth depuis 1909

a) L’Apartheid

Politique de ségrégation raciale

Mise en place par les gouvernements nationalistes blancs pendant l’entre deux guerres et après 1945

Discrimination des races systématique dans le travail, l’habitat, les loisirs, le logement …

Création « d’états noirs », les « bantoustans » appelés ensuite « homelands », au nom du développement séparé

  • Etats fictifs, surpeuplés, véritables réserves ou ghettos
  • Dans les régions pauvres et arides
  • Rupture avec londres en 1961
  • Réprobation générale et isolement international pratiquement total dans les années 80
  • La lutte est menée par « l’african national congress », principal mouvement nationaliste noir
  • Vigoureuse répression à son encontre, sanglante parfois (massacre de sharpeville en 1960, émeutes de soweto en 1976) et emprisonnement de son leader le plus célèbre pendant 27 années : nelson mandela

b) L’opposition à l’Apartheid

1. A l’extérieur
2. A l’intérieur

c) La fin de l’Apartheid

Election du Pt De Clerk en Sept 89

Libération de Nelson Mandela (leader noir anti-apartheid en février 90)

Démantèlement progressif de l’apartheid, avec confirmation au référendum de mars 92 ; vote blanc 2/3 de OUI

En avril 1994, la nouvelle assemblée élit MANDELA à la présidence de la république, lequel va s’efforcer de mener une politique de réconciliation nationale.

Conclusion partielle

La nouvelle Afrique du sud réintègre donc la communauté internationale

La Namibie accède à l’indépendance

Accord ANGOLA-CUBA-AF du S en août 88 du fait de la fin de la guerre froide : Cessez le feu, retrait d’Afrique du S de Namibie, et départ des Cubains d’Angola

indépendance effective de la Namibie en 1990, sous l’égide des Nations Unies

Conclusion

La décolonisation est-elle achevée ?

  • L’indépendance des anciennes colonies soviétiques agglomérées en périphérie de l’Empire a été obtenue en 1991 avec la disparition de l’URSS, mais la Russie reste encore confrontée à des problèmes avec des minorités, la guerre de Tchétchénie  bien là pour en témoigner…
  • L’Erythrée, en lutte depuis trente ans contre le pouvoir central éthiopien s’est s’émancipée en 1993…
  • A propos de la Nouvelle Calédonie, TOM français, des accords ont été négociés en 1988 et en 1998 en vue d’une indépendance éventuelle du « caillou »
  • Néanmoins, des peuples, Palestiniens, Kurdes, luttent encore pour la reconnaissance de leurs droits nationaux.

Économiquement, les fragiles Etats issus de la décolonisation sont parmi les moins développés de la terre et doivent faire face à de grosses difficultés. Réduire ces dernières à des conséquences du colonialisme serait pourtant excessif : il y a souvent plus de 40 ans que la décolonisation est achevée. Leur émergence suppose la définition de nouvelles relations internationales et la mise en cause des tutelles politiques et des intérêts économiques étrangers, mais aussi des choix courageux et cohérents de politique intérieure. Certains pays sont sortis du sous-développement et d’autres sont aujourd’hui des pays émergents : preuve que le sous-développement n’est pas une fatalité.


[1] Sionisme : Depuis la création de l’état d’Israël, le terme de sionisme a pris un autre sens ; il signifie plutôt désormais impérialisme ou expansionnisme israélien.

[2] MTLD = Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques

[3] ALN : Armée  Nationale de Libération

[4] GPRA : Gouvernement Provisoire de la République Algérienne