Difficultés et diversification de 1955 aux annees 1970 : l'émergence du Tiers-monde

Le Tiers monde se manifeste désormais sur la scène internationale, contestant l’ordre jusqu’alors établi par la guerre froide

Les décolonisations, en donnant naissance à de nouvelles nations soucieuses d’affirmer leur identité, ont constitué un facteur décisif du passage d’un monde bipolaire, celui de la guerre froide, à un monde multipolaire qui se met en place dans les années soixante.

Le Mouvement des non-alignés naît pendant la Guerre Froide et conteste les blocs. Le Tiers Monde grandissant prend peu à peu conscience de lui-même et tente de s’organiser, sur le plan politique comme sur le plan économique, ne parvenant pas cependant à se dégager de sa dépendance et de la majeure partie de ses difficultés.

Au lendemain de l’indépendance, les difficultés sont effectivement nombreuses

Difficultés d’ordre économique et social

  • Sous-industrialisation et nécessaire recours à des importations coûteuses
  • Agriculture duale, avec des cultures vivrières aux techniques routinières et des cultures d’exportation dont les cours ne sont pas maîtrisés
  • Niveau de vie très faible en moyenne avec des inégalités particulièrement criantes

Explosion démographique car si la mortalité s’est effondrée, la natalité est restée à un niveau généralement très élevé : la transition démographique n’est pas simple à gérer !

  • Difficultés politiques :
  • rivalités idéologiques et politiques multiples,
  • absence d’états-nations du fait de la mosaïque ethnique en Afrique,
  • classes dirigeantes incapables d’assurer leur rôle pour développer le pays,

d’où une très grande instabilité politique nuisible à la résolution des problèmes économiques et sociaux

Avec la dépression des années 70 les écarts se creusent et le tiers monde se diversifie

Globalement les pays pétroliers s’enrichissent mais ne se développent réellement que ceux dont la population est faible

Certains pays parviennent à sortir du sous-développement, notamment en Extrême-Orient (NPI)

D’autres s’enfoncent dans une situation particulièrement critique (PMA), notamment en Afrique ; on ne parle plus désormais du « Tiers-Monde » mais des « Tiers-Mondes ».

 

I. LES TENTATIVES D’ORGANISATION DU TIERS-MONDE

A. LA TENTATIVE D’organisation politique du tiers monde

1°) La conférence de Bandung : avril 1955

a) Une conférence afro-asiatique

Première grande conférence internationale en dehors de la présence de l’homme blanc : de  nouveaux états font pour la première fois entendre la voix de ce que l’on va appeler rapidement le « Tiers Monde », une expression forgée par l’économiste français Alfred Sauvy pour désigner ces nouveaux venus sur la scène internationale.

Réunion de vingt-neuf pays d’Asie, du Proche-Orient et d’Afrique

Une conférence dominée par Nehru, Nasser, Haïlé Sélassié, Soekarno ; Tito est là aussi en tant qu’observateur

b) Unanimité  autour de quelques grands principes

Condamnation du colonialisme sous toutes ses formes, la France étant particulièrement visée pour sa politique en Afrique du Nord,

Condamnation du racisme

Refus de toute ingérence dans les affaires intérieures des Etats,

Nécessité de mettre en œuvre une coopération économique entre pays riches et pays pauvres,

Préservation de la paix et règlement des conflits par voie pacifique

Rejet de la bipolarité.

Une portée plus symbolique que réelle, mais Bandung affirmait surtout, pour la première fois, la volonté des pays « de couleur » de devenir une troisième force, même si aucune organisation internationale n’est créée à Bandoung.

2°) La recherche de l’unité

a) Le non-alignement

1. Conférence de Belgrade en septembre 1961

25 Etats réunis à Belgrade

C’est la première réelle conférence des non-alignés où le mouvement prend naissance sous l’impulsion de Tito, Nehru et Nasser

1.1. Ils entendent s’affirmer comme des acteurs à part entière dans le système international
  • Ils manifestent leur rejet de toute alliance militaire collective et de toute alliance bilatérale avec une grande puissance, même si, dans la pratique, certains restent liés soit aux Occidentaux, soit aux Soviétiques ; ils refusent toute base militaire étrangère sur leur territoire.
  • Ils définissent le concept de  neutralisme
  • Ils déclarent œuvrer pour la coexistence pacifique, soutenir les mouvements de libération nationale comme le FLN algérien

La paix et la détente sont pour eux indispensables à leur développement

1.2. Le mouvement des non-alignés prend assez rapidement un caractère ambigu.
  •  Le mouvement des non-alignés n’est plus uniquement un groupement d’anciennes colonies (présence de la Yougoslavie)
  • Surtout certains pays membres sont tout à fait communistes, et son caractère neutraliste devient donc pour le moins suspect…

Yougoslavie,

Cuba en réalité aligné sur l’URSS et préconisant l’alliance naturelle avec le camp socialiste

Vietnam en guerre contre les EUA

2 . La Conférence d’Alger en 1973 : 75 pays ( 111 en 1995 )

Le Tiers Monde comprend que l’indépendance politique est une illusion sans une authentique indépendance économique.

La conférence  tente d’exiger, un « nouvel ordre économique international » (NOEI) qui  « mette fin à la division du monde en zones d’abondance et en zones de pauvreté intolérable».

Elle définit deux orientations nouvelles :

  • promouvoir des ententes entre pays producteurs pour obtenir une hausse des cours des matières premières
  • créer une solidarité des pays en voie de développement pour permettre aux jeunes états de se dégager de la tutelle des pays riches, capitalistes ou socialistes

De sérieuses divisions subsistent toutefois entre

  • pro-soviétiques : Cuba, Guinée, Ghana, Algérie
  • pro-occidentaux :  Arabie, Ethiopie, Liban, Iran, Pakistan
  • neutralistes, restés dans l’esprit initial du mouvement

La Conférence des non-alignés se tient à La Havane en 1979, et Fidel Castro en devient même le Président ! Si bien que ce neutralisme un peu… trop pro-soviétique devient particulièrement suspect. En fait les non-alignés restent une sorte d’enjeu de la guerre froide

Aujourd’hui, le mouvement des non-alignés regroupe plus de 110 pays et se veut le porte-parole des problèmes des pays sous-développés. A l’antagonisme Est/Ouest, le mouvement a tenté de substituer l’antagonisme Nord/Sud. Mais trop souvent, le mouvement tombe dans la dénonciation unilatérale de l’impérialisme nord-américain, si bien que les EUA n’ont jamais entretenu de rapport avec lui.

b) Les organisations régionales

1. O.U.A. créée en 1963, Organisation de l’unité africaine

Objectifs initiaux

  • Hâter la décolonisation
  • Préparer une union économique africaine

S’efforce de contribuer au règlement des conflits internes à l’afrique

Très soucieuse de préserver les frontières telles qu’elles sont héritées du colonialisme, pour éviter tout précédent qui pourrait ensuite dégénérer en éclatement total de l’afrique

Petit à petit, elle s’impose comme une force politique.

  • Dès le départ, elle est déchirée entre une tendance réformiste et une autre plus révolutionnaire.
  • Elle se pose en tant que médiatrice dans le conflit Maroc/Algérie à propos du Sahara Occidental
  • Elle soutient la cause du peuple palestinien, entraînée par les pays arabes.
2. l’ASEAN créée en 1967 : Association des nations d’Asie du Sud-Est

Composition : Indonésie,  Malaisie, Philippines, Singapour et Thaïlande + Brunei en 1984

Buts : coordonner l’action de gouvernements hostiles à la remise en cause du statu quo politique en Asie du Sud-Est.

Ses principaux objectifs comprennent : liberté du commerce ; programmes communs de recherche ; échanges culturels.

3°) L’échec de la voie révolutionnaire

a) L’organisation « Tricontinentale » :

Elle naît à la conférence de La Havane Janvier en 1966

Elle se veut l’expression de tous les opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

C’est un mouvement révolutionnaire qui s’efforce de dessiner une voie originale de lutte contre l’impérialisme )

b) Che Guevara

Il demande « deux, trois, plusieurs Vietnam sur la surface du globe »,

Il combat dans les maquis sud-américains, y exalte la guérilla révolutionnaire et devient alors, aux yeux de la jeunesse occidentale, le symbole d’un tiers-mondisme fort teinté de romantisme.

Il meurt en 1967 dans les sierras de Bolivie et souligne l’échec de la voie révolutionnaire, ce qui met fin à cette stratégie au grand soulagement des Américains mais aussi des soviétiques, hostiles à une telle concurrence.

Finalement le Tiers Monde échoue à constituer une troisième force diplomatique, à plus forte raison une véritable puissance.

Beaucoup de réunions, de déclarations de principes mais peu de résultats tangibles ; le NOEI ne s’élabore pas et les grandes puissances réagissent toujours en fonction de leur intérêt propre et immédiat, à l’exception peut-être de la CEE qui signe avec les pays ACP[1] les accords de Lomé en 1975, bon exemple d’une coopération réelle et  intéressante.

B. LES TENTATIVES D’ORGANISATION ECONOMIQUE DU TIERS MONDE

l°) La nécessité de l’aide économique extérieure : limite du Tiers Monde

a) La dépendance à l’égard de l’aide extérieure

La volonté du Tiers-Monde d’être indépendant des blocs est diminuée par l’énormité des besoins et des problèmes de développement impossibles à résoudre sans aide extérieure.

1. L’aide au Tiers-Monde est essentiellement occidentale.

De 1945 à 1970, 90% de l’aide provient des pays occidentaux et à peine 10% des pays de l’Est.

Dans l’aide occidentale, l’aide des EUA est, bien entendu, la plus importante.

Les EUA répugnent à aider des pays du Tiers-Monde qui s’engagent dans la voie ne serait-ce que d’un certain socialisme, ou du moins d’une économie planifiée ; ils ne soutiennent que les pays ayant fait le choix de l’économie libérale.

2. L’aide soviétique

L’URSS intervient surtout dans des projets de développement planifié d’inspiration socialiste, de préférence de type soviétique donnant priorité à l’électrification (Egypte), ou à l’industrie lourde (Inde) ou au pétrole ( Algérie)…

Les deux blocs sont donc présents dans le Tiers-Monde à travers des aides techniques, financières, de telle manière que la subordination économique du Tiers-Monde n’a pas cessé avec la décolonisation.

Aujourd’hui peu de pays ont fait l’effort de consacrer 0.7% de leur budget national à l’aide au Tiers-Monde, comme le demandait l’ONU en 1980. De plus, l’aide accordée fait l’objet de violentes critiques car non seulement elle est insuffisante, mais elle est aussi mal distribuée et arrive très souvent à peine aux vrais destinataires !

b) Un développement économique déséquilibré et entravé

1. Nécessité d’importer des pays riches

L’industrialisation est très insuffisante pour couvrir les besoins de développement Þ importations coûteuses de biens d’équipement et de biens de consommation chers

La croissance démographique  entraîne une augmentation de la demande de produits alimentaires que les pays industrialisés sont souvent les seuls à pouvoir satisfaire.

2. Nécessité d’exporter pour financer les importations

Exportations de produits bruts pour l’essentiel, produits agro-alimentaires tropicaux, des matières premières, du pétrole,

Les cours de ces produits sont très fluctuants, globalement bas et contrôlés par les pays riches.

3. Les déséquilibres financiers

Le déficit de la balance des paiements des pays du Tiers-Monde est catastrophique et accentué par la détérioration des termes de l’échange.

L’endettement s’est accru et aujourd’hui bien des pays sont dans l’incapacité de payer seulement les intérêts de leur dette.

La dépendance à l’égard du FMI  s’accentue, lequel impose des politiques d’austérité qui aggravent sur place les difficultés et la misère, au risque de mouvements sociaux et politiques violents

2°) La mise en place d’organisations nouvelles

a) L’OPEP, Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole

Elle est créée à Bagdad en 1960, par les 5 principaux exportateurs d’alors : Arabie Saoudite, Irak, Iran, Koweït, Venezuela.

1. Un exemple de  stratégie de pression sur les états et sociétés capitalistes.

Elle cherche à imposer l’augmentation du prix du pétrole  : L’OPEP domine le marché du pétrole dans les années 70. Depuis la guerre du Kippour, l’OPEP a fait monter le prix du baril de pétrole de 2.9 $ en juin 1973 à 34$  en octobre 1981.

Elle dispose de deux atouts

  • Une certaine unité au plan géographique et culturel ( monde arabe, Moyen orient et Afrique du Nord y dominent)
  • Un produit, le pétrole, d’un intérêt stratégique pour l’Occident
2. Des difficultés à la fin des années 70 et un rôle moindre

Le marché est à nouveau dominé par la demande qui a largement baissé du fait

  • Du ralentissement de la croissance économique
  • De la lutte contre les gaspillages avec des économies d’énergie
  • Du développement d’énergies nouvelles de substitution aux hydrocarbures (nucléaire notamment)
  • De l’essor des producteurs non-opep (mer du Nord, URSS) sur le marché du pétrole

une cohésion délicate

  • Du fait de la cohabitation d’une ligne dure, révolutionnaire et anti-impérialiste, comme celle de la Libye, et d’une ligne modérée, plus proche des EUA, avec l’Arabie Saoudite
  • Du fait de la difficulté à gérer la baisse de la production pour éviter l’effondrement des prix (accords souvent non respectés)

b) la CNUCED[2]

1. Les Origines de la CNUCED et du groupe des 77

Elle est liée à  l’entrée massive à l’ONU des pays de l’Afrique noire et de l’Afrique du Nord qui donnent au TM la majorité à l’AG de l’ONU ; le Secrétaire Général est d’ailleurs désormais toujours originaire d’un pays du TM

Fondée en 1963 par un groupe de 75 pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, les plus pauvres de la planète, avec pour objectif de mieux régler les échanges entre le Tiers-Monde et les pays les plus industrialisés.

première réunion en 1964 à Genève, et deux nouveaux membres en 1965 (= groupe des« 77 »)

2. Son action

Met en avant la nécessité de lutter contre le sous-développement (revendication qui unit plus aisément que l’idéologie)

Dénonce l’inégalité des termes de l’échange et réussit à conclure quelques accords internationaux sur les prix des produits de base.

Demande, mais en vain du fait du refus des EUA

  • Une réforme du système monétaire international,
  • Un allégement des dettes,
  • Un  nouveau droit de la mer…
3. Son devenir

Une réunion importante en 1974 sur le NOEI[3] :

  • Les pays du tiers-monde font front face aux pays industriels en exprimant leur volonté de disposer à leur gré de leurs propres ressources naturelles et en annonçant qu’eux seuls sont compétents pour décider d’éventuelles nationalisations ainsi que des conditions de l’expropriation (indemnisation ou non).
  • Autant dire que les tensions s’avivent avec les EUA !

La Conférence de Paris de 1981

  • Prise de conscience des énormes différences entre pays à très faibles revenus et d’autres mieux pourvus (exportateurs de pétrole)
  • mise en place d’un plan d’action en faveur des 31 pays les plus pauvres du monde ou P.M.A. (Pays les moins avancés).

Le Sommet de Cancun en 1981

  • Le premier et dernier sommet Nord/Sud réunissant 22 pays a lieu à Cancun.
  • Il est resté sans lendemain.

Conclusion partielle :

Le Tiers-Monde voit ainsi s’affronter les Grands qui essayent de s’y tailler des zones d’influences. Le Tiers-Monde reste un enjeu de la guerre froide.

3°) L’Europe dans le dialogue Nord-Sud

Le dialogue s’amorce entre pays pauvres et pays riches, notamment entre l’Europe et le Tiers-Monde

a) Les accords de Yaoundé en 1963

Accord passé entre la CEE et les pays d’Afrique francophone pour ouvrir les frontières européennes à des produits tropicaux

b) Les accords de Lomé en 1975

Accords exemplaires

Système de prix garantis pour les exportateurs de la zone ACP ( Afrique – Caraïbes – Pacifique)

Absence de taxes douanières à l’entrée dans la CEE, la réciproque n’étant pas vraie afin que ces pays puissent amorcer leur développement à l’abri de la concurrence

II. LE TIERS MONDE DECHIRE ET DIVISE.

A . FRAGILITES ET  DIFFICULTES DES ETATS DU TIERS MONDE

1°) Des violences multiples et tragiques

a) Des problèmes de développement

Insuffisance des cadres administratifs et techniques mais tendance à la bureaucratie

Problèmes démographiques et sociaux

  • Explosion démographique
  • Retard et insuffisance de la scolarisation
  • Régression sanitaire
  • Misère du plus grand nombre

La dépendance économique

  • Economies extraverties fondées sur l’exportation de produits bruts aux cours fluctuants et contrôlés de l’extérieur
  • Dépendance technologique
  • Endettement

b) Une insuffisante et difficile démocratisation

Le Tiers-Monde dominé par les régimes autoritaires jusque dans les années 80

1. Des types divers de régimes autoritaires

Régimes présidentiels forts (Côte d’Ivoire)

Régimes révolutionnaires socialistes (Cuba, Algérie, Corée du Nord, Vietnam du Nord)

Dictatures patrimoniales (Somoza au Nicaragua, Marcos aux Philippines, Mobutu au Zaïre)

Dictatures militaires (en 1985, la moitié des états du tiers-monde sont gouvernés par les militaires)

2. Une réalité semblable

Parti unique

Opposition muselée

Corruption

Népotisme

Instabilité politique : évolution politique de coup d’état en révolution, avec intervention de l’armée périodique (plus de 60 coups d’état en Afrique depuis 1945)

Fuite des élites vers les pays riches

3. Justifications ?

Absence de tradition démocratique

Idée répandue (et pratique …) qu’un développement économique rapide exige une discipline que seule la dictature peut permettre

c) Les tensions internes dans le Tiers Monde : les violences post-coloniales

1. Les guerres idéologiques

Elles ont opposé deux visions politiques de la société dans le cadre de la guerre froide

  • En Asie : la guerre du Vietnam de 1964 à 1973, puis de 1973 à 1975 opposant le Vietnam du Nord communiste et le Vietnam du Sud défendu par les EUA
  • En Afrique : les guerres civiles en Angola et au Mozambique avec une guérilla communiste soutenue par Cuba
  • En Amérique latine : Terrorisme du sentier Lumineux au Pérou, guerre entre les  révolutionnaires sandinistes et les « contras » au Nicaragua

Elles ont pu opposer deux pays communistes aux conceptions différentes : conflit entre le Vietnam pro-soviétique et le Cambodge prochinois

2. Les guerres de sécession
  • guerres civiles entre populations ne parvenant pas à vivre ensemble
  • tentatives de sécession du Katanga zaïrois en 1960-61, ou du Biafra nigérian en 1967-70
  • Sécession réussie du Pakistan oriental en 1971, devenu dès lors le Bangladesh
  • Sécession tardive mais réussie de l’Erythrée aux dépens de l’Ethiopie
  •  En Irak, répression du régime laïque de S. Hussein (mais à majorité sunnite) contre les musulmans chiites du sud
  • Guerre du Biafra au Nigéria : Haoussas musulmans du Nord contre Ibos catholiques et animistes du sud
  • Au Soudan
3. Les guerres religieuses
3.1. entre musulmans
3.2. musulmans contre chrétiens

Les islamistes du nord combattent et réduisent à la famine les chrétiens du sud, menant des razzias dans le sud avec assassinat des hommes  et réduisant en esclavage des femmes et des enfants contraints à la conversion. La conversion forcée est souvent la condition de la survie (accès à l’aide alimentaire et aux médicaments …)

2 millions de morts, plus de 4 millions de déplacés et réfugiés, ceci dans l’indifférence générale et malgré les condamnations de la communauté internationale

4. Les conflits de voisinage

Le nationalisme exacerbé contre est parfois utilisé pour cimenter une unité nationale mal assise : ce procédé qui consiste à diminuer le danger de guerre civile, aggrave le risque de guerre étrangère

La maîtrise de l’eau est souvent un enjeu essentiel : cf. Cachemire pour l’Inde et le Pakistan, le Jourdain pour Israéliens et Arabes

Les guerres de frontières sont fréquentes

  • Inde contre Pakistan

Partition douloureuse en 1947

Affrontements en 1965-66 à propos du Kashmir

Guerre en 1970-71

Le Pakistan oriental fait sécession et devient le Bangladesh, avec l’appui de l’armée indienne. (L’URSS soutient l’Inde, la Chine et les EUA le Pakistan)

  • Libye contre Tchad
  • Israël contre pays arabes
  • Syrie contre Liban

Conclusion partielle

Tous ces conflits engendrent des mouvements de population considérables, les civils fuyant les régions de combat et leur pays pour survivre : ce sont des réfugiés qui survivent dans des conditions particulièrement précaires, dans des camps de fortune, aidés souvent par l’ONU et des organisations non-guvernementales.

Les guerres civiles peuvent même conduire à la disparition de toute forme d’état et d’autorité, la loi de la jungle régnant alors, et les combats persistant entre clans armés rivaux ( exemple de la Somalie)

 

2°) Un problème majeur : l’ethnicisme[4]

a) En Afrique

L’ethnicisme est responsable de certains drames majeurs de l’Afrique post-coloniale.

Les Etats devenus indépendants englobent souvent des ethnies[5] différentes qui ne parviennent pas à s’entendre et à cohabiter

1. L’exemple de la guerre du Biafra 1967-1970
1.1. Origines
  • Au Nigeria par exemple cohabitent Fulanis et Haoussas du nord, Yorubas du sud-ouest et Ibos du sud-est.
  • Bien que la constitution adoptée en 1960 établisse une structure fédérale, les premières élections assoient la suprématie du Nord. Très vite, les troubles se multiplient.
  • Le 30 mai 1967, les Ibos catholiques font sécession, proclamant la république du Biafra, ce qui n’est pas admis par la majorité musulmane du Nord du Nigeria : les Haoussas.
  • C’est le début d’une guerre terrible, dans laquelle les gouvernementaux utilisent l’arme alimentaire.
  • Le Nigeria fait le blocus du Biafra qui, exsangue s’effondre et est vaincu en 1970, victime d’une terrible famine particulièrement meurtrière. Le Nigeria dispose du soutien de O.U.A. et de la plupart des pays du Tiers-Monde défavorables à toute remise en cause des frontières coloniales pourtant le plus souvent complètement arbitraires.
  • Le conflit aura fait environ un million de morts …
  •  la vie politique reste hantée par le problème des divisions ethniques ; les militaires s’en réclament pour justifier leur mainmise presque continue sur le pouvoir.
  • Y cohabitent les Tutsis, minoritaires, et les Hutus, majoritaires, au profit desquels l’indépendance est proclamée.
  • Des affrontements violents dressent périodiquement les deux peuples l’un contre l’autre ;
  • Ils atteignent un paroxysme en 1994, faisant au moins 800 000 victimes et jetant sur les routes 2 millions de personnes.
1.2. La guerre et la famine
1.3. Dans les années suivantes,
2. Autre exemple, le drame du Rwanda

b) L’Asie n’échappe pas non plus aux problèmes ethniques.

1. Au Myanmar (Birmanie)

La minorité Karen, christianisée, établie au nord du pays, est entrée en rébellion contre le pouvoir central à plusieurs reprises depuis 1947 ;

A la fin des années 90, de nombreux réfugiés affluent en Thaïlande.

2. Au Sri Lanka,

70 % de Cinghalais

20 % de Tamouls

Emeutes meurtrières en 1958, en 1977, 1983

Dans les années 80, la tension croissante entre la majorité cingalaise et les minorités tamouls débouche sur la guerre civile. De 1983 à 1994 : 60 000 morts et 800 000 sans-abri

3. Le problème Kurde

Peuple ne disposant d’aucun état et opprimé dans tous ceux où il se trouve :  Turquie, Syrie, Iran et Irak

c) Des responsabilités partagées.

1. Les responsabilités du Nord
1.1. Au passif des colonisateurs
  • Ils ont légué aux nouveaux Etats des frontières artificielles associant des ethnies différentes, voire antagonistes.
  • Ils ont pu parfois utiliser et accentuer ces divergences : au Rwanda, les Allemands puis les Belges ont creusé le fossé entre les masses hutue et une « aristocratie » tutsie bénéficiaire de la scolarisation et de divers avantages.
  • La colonisation, en mettant fin aux guerres entre chefs rivaux, en diffEUAnt une langue unique, un système homogène d’enseignement et d’administration, a aussi créé les conditions nécessaires à la formation du sentiment national.
  • En Afrique, les gouvernants eux-mêmes ont décidé de ne pas toucher aux frontières héritées de la colonisation, « faute de mieux ».
  • Les conflits « ethniques » actuels masquent souvent des luttes féroces pour le pouvoir ou les problèmes de surpeuplement (cf. Rwanda).
1.2. A l’actif des colonisateurs
2. Les responsabilités du sud

3°) Les premières manifestations de l’intégrisme islamique.

a) L’Islam apparaît comme une réponse à la faillite des idéologies antérieures

Une alternative à l’échec du nationalisme qui a assuré l’indépendance mais n’a pas apporté le développement

Un rejet du capitalisme et du matérialisme impie et de la modernité culturelle qu’il engendre et qui balaye les valeurs traditionnelles

Une alternative à la crise globale du communisme et à l’échec des voies socialistes de développement ( cf. Désastre économique de l’algérie )

La révolution islamique va couper les ponts avec les deux civilisations prises jusqu’alors pour modèle (occidentale et soviétique) et cela va évidemment avoir un effet déstabilisateur sur le monde.

b) L’intégrisme islamique

1. Sa nature

Il entend rendre toute sa force à la tradition islamique qui doit devenir le fondement essentiel sinon exclusif de l’état et de la société. Il est largement teinté de fanatisme.

Il faut respecter scrupuleusement l’intégrité de la Tradition islamique et s’en tenir à une interprétation littérale du Coran.

La Charria, c’est à dire la loi islamique,  doit être source de toute législation

2. Son extension
2.1. De plus en plus d’états islamistes
  • Parmi les pays arabes : Arabie Saoudite, Libye …
  • En Afrique noire : Soudan, Mauritanie
  • Au Moyen Orient et en Asie méridionale : Pakistan en 1977, Iran en 1979 avec la révolution Khomeyniste et l’institution d’une république islamiste.
  • Les « frères musulmans » en Egypte, en Syrie aussi
2.2. Des mouvements d’opposition et de déstabilisation actifs dans le  monde musulman

 

Conclusion partielle

Cette montée de l’intégrisme est d’autant plus importante qu’elle survient au Proche et au Moyen-Orient, dans une région très turbulente de la planète.

 

B. LA DIVERSIFICATION DES TIERS-MONDES

Expression symbolique et commode, la notion de tiers monde apparaît aujourd’hui  inadaptée et dépassée.

Le tiers monde a laissé la place à des tiers mondes

1°) Des situations contrastées face au développement

a) L’émergence des NPI[6]

Ils réussissent leur décollage économique

Des situations diverses cependant

  • Les « 4 Dragons » : Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hongkong sont devenus des pays développés.
  • Les « bébés-tigres » d’Extrême-Orient, (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines) ou NPI de seconde génération connaissent un décollage plus tardif et encore fragile

Des cas particuliers

  • Brésil et Mexique, parfois qualifiés de NPI, sont plutôt des PVD[7] affectés par le « mal-développement » (croissance économique sans développement social) et une grande fragilité financière.
  • Chili et Argentine peuvent être qualifiés de pays émergents

b) La diversité des PVD

D’incontestables progrès pour certains :

L’Inde avec un développement plutôt autocentré

Les Pays pétroliers à faible population (Arabie Saoudite, émirats du Golfe Persique, Libye) : pays à hauts revenus pétroliers vivant de leur rente mais s’équipant grâce à ce revenu

De sérieuses difficultés ou des résultats insuffisants pour d’autres

La Chine toujours égarée dans le maoïsme jusqu’à la fin des années 70

Les pays latino-américains rongés par les narco-trafics

Les pays pétroliers à  forte population, endettés et pénalisés par la baisse du prix du pétrole ou la baisse du prix du $ sensible dans les années 70

c) les PMA[8]

Etats dans un état de misère épouvantable et de sous-développement aussi tragique que critique

Afrique Noire, Yémen, Bangladesh, Afghanistan, Cuba, Haïti …

2°) Des aires géographiques distinctes

L’Amérique Latine commence à sortir du sous-développement mais rencontre encore bien des difficultés et reste marquée par des inégalités criantes

L’Extrême-Orient enregistre les taux de croissance les plus élevés depuis trente ans

L’Afrique Noire abrite le 2/3 des pays les plus pauvres du monde

  • Stagnation économique
  • Guerres civiles et conflits inter-ethniques
  • Népotisme et corruption
  • Bilan sanitaire et social catastrophique

Le monde arabo-islamique, de l’Afrique du Nord aux frontières de l’Inde, constitue un ensemble dont le facteur d’unité essentiel est l’Islam,  mais présente de considérables contrastes de développement ( du Koweit au Bangladesh)

 


[1]  ACP : « Afrique – Caraïbes – Pacifique »

[2] Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement

[3] NOEI = Nouvel Ordre Economique International (on trouvera aussi NOEM, Nouvel Ordre Economique Mondial)

[4] Ethnicisme : attachement exclusif au groupe, entraînant le rejet des autres groupes et empêchant la formation du sentiment national quand plusieurs ethnies cohabitent dans un même Etat.

[5] Ethnie: groupe humain dont l’unité repose sur une communauté de culture, souvent aussi, mais pas toujours, de langue et de religion, plus encore sur la conscience de former un groupe.

[6] NPI = Nouveaux Pays Industrialisés

[7] PVD : pays en voie de développement

[8] PMA : Pays les moins avancés