La Renaissance grecque au VIIIème siècle : organisation

Organisation de la société

• Dernière phase du géométrique
• Apparition de l’alphabêt
• Développement de l’art figuratif
• Début de l’architecture monumentale dans les sanctuaires
• Première colonisation

Le terme de renaissance est une référence directe au le XVIème siècle mais aussi à un regard sur le passé visible à la fois chez Homère et dans le culte des héros. Les cités naissantes prennent conscience de leur passé et la vision héroïque qu’elles en forment leur permet de se forger une identité.

I – Société et cadre de vie

a) Habitat

• mal conservé en règle générale

– pas d’idée précise de la physionomie des futures cités

• Quelques agglomérations sont toutefois mieux connues :

Zagora à Andros et Emporio à Chios (petits sites fortifiés au VIIIème s.)
Cnossos en Crète (palais et nécropole)
Athènes, Sparte, Corinthe, Argos en Grèce continentale (il s’agit encore de villages ou de quartiers séparés dans un groupement assez lâche : il n’y a d’ailleurs ni voies ni enceintes ni monuments publics)
Asinè en Argolide (maison rectangulaire selon Pausanias)

b) Progression démographique

• Elévation du nombre de tombes partout ou presque :

– Attique
– Argolide
– Crète
– Macédoine.

• Modification des coutumes funéraires

– Or, la répartition des groupes familiaux de tombes dans une même nécropole, structure des âges représentés, la forme des sépultures, la nature et richesses des offrandes amènent à envisager des changements dans la société :

• Athènes

– retour à l’inhumation
– réapparition des tombes d’adolescents
– sépultures ne sont plus signalées par de grands vases
– droit à la sépulture beaucoup plus largement attribué

=> Suggestion d’une rupture de l’ordre aristocratique

• Peut-on généraliser ?

Corinthe (cimetière nord connaît une évolution similaire)
Argos (époque des «tombes de guerriers», déjà disparues à Athènes)
Salamine et Paphos (grandes tombes chypriotes) connaissent une évolution parallèle
– Kavousi (Crète, connaît une évolution similaire dans les tombes à Tholos

 
=> Toutes ces tombes sont marquées par des pratiques encore mal connues, des changements sociaux marqués, des divergences profondes entre les différentes sociéte des futures cité-états.

c) Sanctuaires

• On est sûr de Delphes et d’Olympie dès les âges obscurs. Au géométrique, on connait une dizaine de lieux. Or une plus grande religiosité ne peut seule expliquer ce facteur.

• Une nouvelle habitude : la délimitation de l’espace sacré : le ténémos.

• Ceci s’accompagne de la construction de temples monumentaux.

Daphnéphorion, à Apollon en Erétrie
Héra Akraia de Perachora (Golfe de Corinthe)

• Vers 700 le plan rectangulaire s’impose (inspiré sans doute des fameux palais comme à Lefkandi)

Héraion de Samos
Artémis Orthia à Sparte

• Cette filiation évidente semble indiquer que ces temples grecs disparaiisent au moment où la royauté disparaît.

II – La recherche d’un passé

a) Le synœcisme athénien

• Datation

– Synœcisme n’est pas fondation d’Athènes mais moment décisif de son histoire
– Autochtonie = élément fondateur
– Données contradictoires (Eleusis) d’où il ressort que le synœcisme n’a pu avoir lieu qu’à partir des VIII-VII siècles, même si il a pu s’inscrire dans le long terme et débuté bien avant, vers le IXème siècle.

• Processus à proprement parler

– Réalisation du synœcisme

= Noblesse pour Alfodi
= Population dans période privilégiée pour Morris

– Réactions au synœcisme

= Difficultés pour Thucydide
= Campagne irénique pour Plutarque (Vie de Thésée)

– Organisation

= Ø pour Thucydide qui paraît minimaliste parce qu’il aurait perdu une partie du savoir et c’est pour cela qu’il ferait appel à un mythe fondateur
= Population divisée en trois classes pour Plutarque

• Thésée

– Personnage mythique qui apparaît dans l’art au VIème siècle
– La question est de savoir qui l’a récupéré : les Pisistratides pour affirmer leur autorité ou Clisthène en réaction contre les tyrans ?

b) Sparte

• Extension territoriale en Messénie

– Cf. longue guerre et Colonisation des Parthénoi

• Affirmation de la puissance publique

– Le strict principe de parité suppose un renforcement de l’état pour assurer le bon fonctionnement du coprs civique. Cette suprématie s’exprime à travers :
– la collectivisation des terres
– la collectivisation d’une partie des récoltes
– la domination des exploitants agricoles (hilotes)
– le contrôle des formes de vie collective : éducation, repas (sissyties) imposé aux citoyens (pairs = homoioi)

III – Emergence de l’état

a) Isonomie (= parité politique et non égalité devant la loi)

• Age des législateurs ? Age de la loi ?

– L’idée des législateurs prend forme au IV ème siècle quand Aristote et Théophraste établissent des listes :

Pheidon (Argos, Corinthe)
Dioclès (où ?)
Pittakos (Lesbos)
Dracon (Athènes), ~621 : mythe ou réalité ?
Lycurgue(Sparte) même pour Plutarque = mythe
Zaleukos (Locres) : même imprécision
Charondas (Sicile) : même imprécision

– Toutes ces personnalités semblent stéréotypées et reconstruites : grands voyageurs, hommes inspirés

– Pour les grecs, l’œuvre des législateurs a un triple aspect :

– codification,
– œuvre législative
– changement de régime par constitution

On sait aujourd’hui que cela n’est pas faisable au niveau des opérations de droit public. Le problème est donc de peser cette définition des anciens et le caractère radical du personnage mythique. F. Ruzé voit le principe d’isonomie et la stasis déjà en germe dans l’œuvre homérique

b) Nouvelles expressions de l’état

• Codification

– écriture publique monumentale
– fonction politique de l’écriture et désir de publication
– écriture de décrets (« Ainsi a-t-il plu à la cité » = Psephisma)
– mise par écrit de la réglementation édictée par un magistrat (nomos)
– mise par écrit de pièces comptables (= début de comptabilité publique)

=> Le rôle de l’écriture publique est de mettre la loi à portée de tous. Dès lors la loi devient l’expression même du consensus, et cela marque le début de l’isonomie. Est-ce pour autant une étape vers la démocratie ? Si l’on considère que le meilleur exemple d’isonomie est le cas spartiate, cité qui n’a jamais écrit, alors, contrairement à ce que dit Aristote, la codification n’est pas forcément l’instrument de la démocratie.

• Monnayage

– monnaie apparaît en Lydie
– ces premières pièces se distinguent du lingot (qui était lui aussi assuré par l’état) par un souci de maniabilité
– cependant les grecs avaient connus des objets précieux (bétail, bronzes, broches)
– La tradition attribue aux législateurs l’invention de la monnaie: Solon aurait été l’auteur d’une réforme monétaire par dévaluation et abandon de la pièce héraldique pour la chouette, mais nous n’en avons aucunes traces archéologiques et il n’existe pas d’ateliers de frappe à Athènes avant les Pisistratides.
– le rôle du monnayage dans l’isonomie est toutefois incontestable (facteur unitaire, choix d’un type propre)
– la monnaie a aussi eu comme rôle de fixer la parité, les dettes, d’estimer les fortunes, de rendre possible l’idée de la peine tarifée : de marquer une étape dans la marche à l’état de droit.

c) Œuvre législative

• Citoyenneté

– devient un statut avec droits (cultiver la terre comme à Salamine, interdiction de saisie du personnage, avec Solon, droit de vivre dans des conditions semblables et égales , comme à Sparte avec les homoioi) et devoirs (être résident et porter les armes, devoir de cultiver la terre)
– se définit contre la non citoyenneté (dedans-dehors / citoyens-étrangers) => le citoyen est celui qui n’est pas du dehors

• Organisation du pouvoir

Dréros (Crète) est notre meilleure source : les décisions y sont prises à 3 niveaux :
cosmes (= magistrats)
damioi (= villageois)
conseil (en nombre limité, ici, conseil des 20)
– A Chios, le conseil est dit demosios, car il est représentatif du peuple : il s’agit d’un conseil large par opposition à celui des 20 de Dréros
– A Athènes, il existe un conseil étroit (aéropage) mais existe-t-il un conseil large  ?

D’après Aristote, conseil des 400 par Solon => sans doute faux.

Le premier conseil large serait l’œuvre de Clisthène, où toute la politique de refonte des tribus et de redistribution des habitants de l’Attique ne seraient que des jalons nécessaires pour l’établissement d’un tel conseil)

• Amélioration des institutions

– mandat (très long, non renouvelable, puis d’une durée réduite à 10 ans, enfin à 1 an) qui suppose une notion du magistrat déjà bien dégagée ; magistrat qui apparaît alors comme représentant du peuple et non plus du roi.
– gestion financière
– notion d’archives publiques (Spensithios est nommé mnamon)