Le monde aujourd’hui entre diversité et disparités

Plan :
I – Un monde très inégalement développé
A  – La fracture Nord Sud
1) Nord : Ensemble des Etats développés de la planète.
2) Sud : Ensemble des Etats en développement.
B – Quelles inégalités de développement ?
1) les FMN, les FTN (multinationales, transnationales)
2) Inégalités alimentaires, inégalités de richesse
3) L’accès aux médicaments essentiels
C. Des Nord et des Sud
1) Les Nords
2) Les Suds
II. Aires de civilisations et tentatives d’associations
A – Il n’y a pas de choc des civilisations
B – Des tentatives d’associations : le poids des organisations régionales
III – La mondialisation
A . Le monde apparaît de plus en plus interdépendant.
1) On assiste à une mondialisation de l’information et de la finance
2) On assiste à une mondialisation du commerce
3) Les firmes multinationales se multiplient
4) Les organisations internationales jouent un rôle croissant
B) La mondialisation est un facteur de croissance mais elle accentue aussi les déséquilibres et les inégalités entre les populations du monde
1) La mondialisation est un facteur de croissance et favorise l’émergence de nouveau géants économiques comme l’Inde ou la Chine
2) cependant la mondialisation creuse l’écart entre les populations les plus riches et les plus pauvres de la planète
3) enfin elle accentue les rivalités et risque d’ engendrer l’instabilité

I – Un monde très inégalement développé

Problématique : Sous quelles formes et à quelles échelles les inégalités de développement se manifestent-elles ?

A  – La fracture Nord Sud

En 1952, le démographe et économiste français Alfred Sauvy invente l’expression « Tiers Monde » pour désigner l’ensemble des pays qui ne seraient ni relevant du modèle américain, ni du modèle soviétique, et qui ne seraient pas aussi développés que les deux supergrands ou leurs alliés directs. Ce Tiers monde est une métaphore historique relevant du Tiers Etat.

TROIS MONDES, UNE PLANÈTE Alfred Sauvy

L’Observateur, 14 août 1952, n°118, page 14.
Nous parlons volontiers des deux mondes en présence, de leur guerre possible, de leur coexistence, etc., oubliant trop souvent qu’il en existe un troisième, le plus important, et en somme, le premier dans la chronologie. C’est l’ensemble de ceux que l’on appelle, en style Nations Unies, les pays sous-développés.
Nous pouvons voir les choses autrement, en nous plaçant du point de vue du gros de la troupe : pour lui, deux avant-gardes se sont détachées de quelques siècles en avant, l’occidentale et l’orientale. Faut-il suivre l’une d’elles ou essayer une autre voie ?
Sans ce troisième ou ce premier monde, la coexistence des deux autres ne poserait pas de grand problème. Berlin ? Allemagne ? Il y a longtemps qu’aurait été mis en vigueur le système d’occupation invisible, qui laisserait les Allemands libres et que seuls les militaires épris de vie civile, peuvent condamner. Les Soviétiques ne redoutent rien tant que voir l’Europe occidentale tourner au communisme. Le plus fervent stalinien d’ici est considéré là-bas comme contaminé par l’Occident. Parlez plutôt d’un bon Chinois, d’un Indien ayant fait ses classes à Moscou et ne connaissant la bourgeoisie que par la vision correcte et pure qui est donnée là-bas. Mais les Anglais, les Suédois, les Français, autant d’indésirables recrues.
Ce qui importe à chacun des deux mondes, c’est de conquérir le troisième ou du moins de l’avoir de son côté. Et de là viennent tous les troubles de la coexistence.
Le capitalisme d’Occident et le communisme oriental prennent appui l’un sur l’autre. Si l’un d’eux disparaissait, l’autre subirait une crise sans précédent. La coexistence des deux devraient être une marche vers quelque régime commun aussi lointain que discret. Il suffirait à chacun de nier constamment ce rapprochement futur et de laisser aller le temps et la technique. D’autres problèmes surgiraient qui occuperaient suffisamment de place. Lesquels ? Gardons-nous de poser la question.
Transportez-vous un peu dans l’histoire : au cœur des guerres de religion, émettez négligemment l’opinion que, peut-être un jour, catholiques et protestants auront d’autres soucis que l’Immaculée Conception. Vous serez curieusement considéré et sans doute brûlé à un titre ou l’autre, peut-être comme fou.
Malheureusement, la lutte pour la possession du troisième monde ne permet pas aux deux autres de cheminer en chantant, chacun dans sa vallée, la meilleure bien entendu, la seule, la «vraie». Car la guerre froide a de curieuses conséquences : là-bas, c’est une cour morbide de l’espionnage, qui pousse à l’isolement le plus farouche. Chez nous, c’est l’arrêt de l’évolution sociale. A quoi bon se gêner et se priver, du moment que la peur du communisme retient sur la pente ceux qui voudraient aller de l’avant ? Pourquoi considérer quoi que ce soit, puisque la majorité progressiste est coupée en deux ? Jamais période ne fut plus favorable à la législation de classe, nous le voyons bien. Absolvons-nous donc de nos vols, par l’amnistie fiscale, amputons sans crainte les investissements vitaux, les constructions d’écoles et de logements pour doter largement le fonds routier, de façon que se fassent plus aisément les retours du dimanche soir dans les beaux quartiers. Renforçons les privilèges betteraviers et alcooliers les moins défendables. Pourquoi se tourmenter, puisqu’il n’y a pas d’opposition ?
Ainsi l’évolution vers le régime lointain et inconnu a été stoppée dans les deux camps, et cet arrêt n’a pas pour seule cause les dépenses de guerre. Il s’agit de prendre appui sur l’adversaire pour se fixer solidement. Ce sont les durs qui l’emportent dans chaque camp, du moins pour le moment. Il leur suffit de qualifier les autres de traîtres ; bataille facile et classique. Et ainsi ils s’unissent pour une cause en somme commune : la guerre.
Et cependant, il y a un élément qui ne s’arrête pas, c’est le temps. Son action lente permet de prévoir que l’ampleur des ruptures sera, comme toujours, en rapport avec l’artifice des stagnations. Comment s’exerce cette lente action ? De plusieurs façons, mais d’une en particulier, plus implacable que toutes :
Les pays sous-développés, le 3è monde, sont entrés dans une phase nouvelle : certaines techniques médicales s’introduisent assez vite pour une raison majeure : elles coûtent peu. Toute une région de l’Algérie a été traitée au D.D.T. contre la malaria : coût 68 francs par personne. Ailleurs à Ceylan, dans l’Inde etc., des résultats analogues sont enregistrés. Pour quelques cents la vie d’un homme est prolongée de plusieurs années. De ce fait, ces pays ont notre mortalité de 1914 et notre natalité du XVIIIè siècle. Certes, une amélioration économique en résulte : moins de mortalité de jeunes, meilleure productivité des adultes, etc. Néanmoins, on conçoit bien que cet accroissement démographique devrait être accompagné d’importants investissements pour adapter le contenant au contenu. Or ces investissements vitaux coûtent, eux, beaucoup plus de 68 francs par personne. Ils se heurtent alors au mur financier de la guerre froide. Le résultat est éloquent : le cycle millénaire de la vie et de la mort est ouvert, mais c’est un cycle de misère. N‘entendez-vous pas sur la Côte d’Azur, les cris qui nous parviennent de l’autre bout de la Méditerranée, d’Egypte ou de Tunisie ? Pensez-vous qu’il ne s’agit que de révolutions de palais ou de grondements de quelques ambitieux, en quête de place ? Non, non, la pression augmente constamment dans la chaudière humaine.
À ces souffrances d’aujourd’hui, à ces catastrophes de demain, il existe un remède souverain ; vous le connaissez, il s’écoule lentement ici dans les obligations du pacte atlantique, là-bas dans des constructions fébriles d’armes qui seront démodées dans trois ans.
Il y a dans cette aventure une fatalité mathématique qu’un immense cerveau pourrait se piquer de concevoir. La préparation de la guerre étant le souci n°1, les soucis secondaires comme la faim du monde ne doivent retenir l’attention que dans la limite juste suffisante pour éviter l’explosion ou plus exactement pour éviter un trouble susceptible de compromettre l’objectif n°1. Mais quand on songe aux énormes erreurs qu’ont tant de fois commises, en matière de patience humaine, les conservateurs de tout temps, on peut ne nourrir qu’une médiocre confiance dans l’aptitude des américains à jouer avec le feu populaire. Néophytes de la domination, mystiques de la libre entreprise au point de la concevoir comme une fin, ils n’ont pas nettement perçu encore que le pays sous-développé de type féodal pouvait passer beaucoup plus facilement au régime communiste qu’au capitalisme démocratique. Que l’on se console, si l’on veut, en y voyant la preuve d’une avance plus grande du capitalisme, mais le fait n’est pas niable. Et peut-être, à sa vive lueur, le monde n°1, pourrait-il, même en dehors de toute solidarité humaine, ne pas rester insensible à une poussée lente et irrésistible, humble et féroce, vers la vie. Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers Etat, veut, lui aussi, être quelque chose.

Cette expression a donc une double signification : géopolitique  et socio-économique. Le devenir de cette expression a été celui d’ un succès immédiat, tant le symbole était puissant.pib_par_habitant_2005Planisphère sur le développement humain, 2007

Les pays développés ne rassemblent que 20% de la population mais rassemblent 80% des richesses mondiales. L’Amérique anglo-saxonne et l’Europe occidentale représentent à elles seules près de 60% du PNB mondial. Les pays riches produisent des biens et des services à haute valeur ajoutée et perçoivent d’abondants revenus du commerce et des capitaux. Les pays pauvres vivent beaucoup plus de l’agriculture, produisent des biens à moindre valeur ajoutée et obtiennent comparativement moins de revenus des services et des échanges. Tout ceci entraine une pauvreté massive dans les pays du Sud, marquée par consommation faible, et un niveau de vie faible voire difficile. Le monde n’a jamais produit autant de richesses. Pour autant les inégalités n’ont jamais été aussi importantes :  la moitié des humains vit avec moins de deux dollars par jour. 20% avec moins de 1 dollar. En Chine, en Inde, les deux géants démographiques, la pauvreté est un facteur particulièrement préoccupant, au moment où ces pays connaissent par ailleurs de très forts taux de croissance. Vu autrement, sociologiquement, 33% des humains sont au chômage.Mais en soi ces chiffres ne disent rien, c’est pourquoi il faudrait pouvoir comparer pays par pays, non pas tant la richesse (les pays miniers et pétroliers sont riches voire très riches et leur population pauvre voire très pauvre) mais bien le développement.

C’est ce que le PNUD, inventé en 1965, prétend faire depuis les années 1990.

Indicateur de développement humain350px-IDH-2011

Initialement basé sur une moyenne arithmétique, l’IDH se base aujourd’hui sur une moyenne géométrique. L’objectif est d’éviter qu’un très mauvais score sur l’une des composantes de l’indice puisse être intégralement compensé par un bon résultat sur une autre des composantes. Par ailleurs, le calcul du niveau de vie est désormais calculé à partir d’un logarithme naturel, le PIB par habitant a été remplacé par le revenu national brut par habitant ajusté en parité de pouvoir d’achat, et déplafonné. L’ensemble des formules est publié sur le site du PNUD.Le développement humain se construit donc à partir de l’espérance de vie, du niveau d’instruction et du revenu par habitant. Cet outil vise à approcher le niveau de développement d’un pays de façon plus précise. Les situations les plus favorables s’approchent de 1, les plus défavorables s’établissant à 0,195 (Niger), 0,172 (République démocratique du Congo).Dans la légende de notre planisphère initial, il y a aussi une limite Nord Sud. Celle-ci a été mise en évidence (inventée) en 1980 dans le rapport Nord-Sud : un programme de survie de Willy Brandt, un ancien chancelier allemand. La couverture du rapport expose une carte du monde délimitée par cette ligne Nord/Sud

Nord : Ensemble des Etats développés de la planète.

A l’exception de l’Australie et de la Nouvelle Zélande, ils se situent dans la partie nord de la sphère terrestre. La limite inclut, dans son hémisphère nord, les pays de la Triade mais également d’autres pays développés dont certains anciens nouveaux pays industrialisés :

  • Les États-Unis et le Canada
  • Les États européens
  • La Turquie
  • Israël
  • La Corée du Sud, le Japon et Taïwan
  • Singapour
  • L’Australie et la Nouvelle-Zélande
  • La Russie

Tout ceci représente 4/5e du revenu mondial, 1/5e de la population, contrôle de 65% du commerce mondial. L’espérance de vie moyenne 75 ans. Dans ces pays riches, tous les enfants sont scolarisés, une bonne partie d’entre eux accède aux études supérieures.

Sud : Ensemble des Etats en développement.

Ils forment l’ensemble de l’Amérique latine, de l’Afrique et de l’Asie (à l’exception de la Russie, d’Israël, du Japon, de la Corée du Sud, de Taiwan et de Singapour).Les indicateurs statistiques sont nettement moins bons que ceux du nord : l’espérance de vie moyenne atteint 63 ans. Dans certains pays, le taux d’ illetrés atteint 60% et plus pour les filles (est considéré comme illettré, dans l’usage courant de la statistique, tout individu qui ne sait pas à la fois lire et écrire.) ; on y trouve jusqu’à 60% d’analphabétisme. pour compléter ce tableau déjà tragique, ajoutons que le moitié des habitants de la planète n’a pas accès à l’eau potable ni à des systèmes d’évacuation sanitaires, ce qui augmente considérablement les risques épidémiologiques.

B – Quelles inégalités de développement ?

1) les FMN, les FTN (multinationales, transnationales)loadimg


Selon la définition établie par l’ONU en 1973, les FMN désignent des entreprises présentes dans plusieurs pays et dégageant un chiffre d’affaires d’au moins 500 millions de dollars. Michalet (économiste français, spécialiste des multinationales auprès de l’ONU) définissait une multinationale comme une entreprise « le plus souvent de grande taille, qui, à partir d’une base nationale, a implanté à l’étranger plusieurs filiales dans plusieurs pays, avec une stratégie et une organisation conçue à l’échelle mondiale ». Nolan, professeur d’histoire à l’université de Boston, insiste sur les « capitaux, biens et technologies extrêmement flexibles » de ces entreprises qui « pensent globalement », qui n’ont « pas de loyauté spécifique » et qui prennent leurs « décisions selon des questions d’économie d’échelle, de politique fiscale et de rapatriement des profits ».Economies d’échelle grâce à leur poids économique ; politique fiscale propre ; rapatriement de profits : les FMN dominent le commerce international, possèdent une puissance économique impressionnante. Mais leur force ne tient pas tant à cette capacité ni même à leur « poids » économiques ou humains (60 000 sociétés et 825 000 filiales réalisent 33% du commerce mondial et presque 80% de la production mondiale ; ensemble elles emploient 75 millions de salariés) qu’à leur capacité de maitriser, de bâtir des réseaux à l’échelle de la planète pour transformer la géographie du globe en fonction de leur logique propre. Ceci repose sur les faibles coûts des transports et développement des technologies de communication les deux permettant de décentraliser leur production et de recherche les meilleures conditions du profit (avantages comparés)

2) Inégalités alimentaires, inégalités de richessecarte-malnutrition

La Malnutrition est le déséquilibre de l’apport alimentaire. L’apport alimentaire anormal peut provenir d’une nourriture en quantité inadaptée au besoin (apport calorique insuffisant ou, au contraire, excessif) ou de mauvaise qualité (carences nutritionnelles ou excès de graisses…) ; d’autres facteurs, notamment psychologiques et pathologiques, interviennent également. Dans les pays en développement, le plus grand problème nutritionnel est la « sous-alimentation », due à un apport calorique insuffisant. Mais partout dans le monde, diverses formes de malnutrition existent, débouchant notamment sur l’obésité et sur de graves carences. Dans 58% des cas dans le monde, la malnutrition mène à la mortalité. Allant plus loin que le déséquilibre, la  famine est une rupture absolue de nourriture entraînant la mort à brève échéance

Malgré une notable amélioration des conditions d’alimentation à l’échelle mondiale, on voit que le nombre d’individus sous alimentés a augmenté de 80 millions depuis 1990Or ces populations, ramenées à la progression des populations dans le monde, offrent des pourcentage en diminution. Cependant, les inégalités sont patentes : il y a encore  920 millions de personnes souffrant de malnutrition en 2010, alors que la terre accueille 7 milliards d’êtres humains et produit assez (déjà!) pour 12 milliards.Cependant les inégalités alimentaires demeurent : les pays développés disposent de 3 500 calories par habitant et par jour. 842 millions de personnes touchées par la faim (97% au Sud, dont 75% de paysans), 2 milliards touchés par une malnutrition chronique. La situation la plus préoccupante concerne l’Afrique subsaharienne avec 40% de ses habitants souffrant de la faim. Inde et Chine très touchées en valeurs absolues.Les trois-quarts des malnutris sont des ruraux pauvres, parmi lesquels les premiers frappés sont les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes. Ce sont les plus vulnérables aux aléas climatiques, à l’indifférence de leur Etat, aux inégalités foncières et aux variations des cours des produits alimentaires. Il existe des causes multiples: désorganisation des systèmes de production, crise économique, guerres (première responsable famine).

3) L’accès aux médicaments essentiels en 200914_EtCas2_Doc1_Carte_AccesMedicaments_CS2

Comme d’autres produits dans la mondialisation, les médicaments témoignent des grandes inégalités de notre planète. Ce planisphère montre une fracture Nord Sud profonde, entre un Nord producteur de ces médicaments à un prix élevé et un Sud demandeur dont le système de santé, très insuffisant a souffert de problèmes de gestion aggravés souvent par les plans d’ajustement structurels pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques occidentaux demeurent prohibitifs pour ces pays.20% de la population mondiale consomme 80% des médicaments produits et 99% de l’argent de la recherche en médicaments (c’est à dire 70 milliards de dollars) va chercher à répondre aux besoins des pays du nord.4) Organisation et enjeux du monde actuel

Croquis-sur-les-flux-et-réseaux-de-l’espace-mondialisé

Ce croquis  insiste sur le rôle majeur des trois pôles de la Triade comme organisateurs de la mondialisation (fourniture de produits manufacturés à haute valeur ajoutée, prestations intellectuelles, activités de conseil à l’ensemble de l’économie mondiale, tout en veillant à maintenir leur mainmise sur la propriété intellectuelle). Pour autant cette Triade est elle même en évolution et on devrait plutôt désormais considérer comme pôle de la Triade, non plus le seul Japon, mais le Japon, la Chine et les Dragons.Au centre, les trois pôles de la Triade, donc, assurent la quasi-totalité des échanges commerciaux et financiers mondiaux : ils constituent des centres hégémoniques dominants qui organisent l’économie à leur profit. 80% du PNB et de la consommation. 86% de la capitalisation boursière, 95% du marché de la dette, 72% de l’industrie, 75% du commerce mondial, 80% des services de transports et des IDE (Investissement Directs à l’Etranger), 75% de la recherche, 80% de l’enseignement supérieur… Avec une concentration des pouvoirs de décision politiques et économiques, ils dominent chacun une aire régionale. Ces pays en outre ont une grande capacité à diffuser un modèle culturel (cinéma des Etats-Unis, chaînes de télévision : CNN, Fox News).L’ Europe occidentale capte 43% de la croissance des échanges, devant les autres pays occidentaux (18%), l’Asie (28%), face à la marginalisation de l’Amérique latine (4,5%), des anciens pays communistes (4%), et de l’Afrique (2,5%).Une dizaine d’Etats réalisent 70% des services de transport mondiaux grâce à la révolution des transports qui facilite la mobilité et la rapidité grandissante des échanges maritimes (75% du volume total, 66% de la valeur). Le trafic maritime mondial a augmenté de 65% depuis 1975, grâce en particulier au doublement des quantités de produits manufacturés conteneurisés, alors que les capacités de la flotte mondiale ont été multipliées par plus de 20 entre 1950 et aujourd’hui.Tous les grands ports (Rotterdam, Shanghai, sont équipés pour la conteneurisation qui favorise l’intermodalité des moyens de transport, avec des plates formes en roll-on, roll-off. Ceci bien évidement confère un rôle prépondérant aux façades maritimes, lesquelles sont désormais des interfaces entre les grands pôles de l’économie mondiale. Les ports sont d’une importance particulière dans les échanges et nombre d’historiens économiques, comme Fernand Braudel, catégorisent les périodes historiques en fonction de la prééminence de tel ou tel port dans l’histoire.

C. Des Nord et des Sud

Nord_SudLegendeNordSud

1) Les Nords

Les Etats-Unis restent le pôle le plus puissant et le plus complet, leur puissance repose sur un niveau de vie élevé, une monnaie internationale, des centre des de recherche performants, une culture conquérante, et un pouvoir politique et militaire inégalé. Leur rôle est prépondérant dans tous les organismes internationaux.L’Union européenne, avec 503 millions d’habitants et un P I B supérieur à celui des Etats-Unis, polarise l’économie de toute l’Europe grâce à de nombreux accords. Mais il lui manque une réelle identité politique commune.

Le Japon a connu la plus forte croissance des pays industrialisés entre 1950 et 1992. Il réalise une part importante des investissements extérieurs mondiaux. Tokyo est l’une des premières places financières du monde. Le Japon entraîne dans son développement les pays émergents du Sud – Est asiatique (pays en développement qui connaissent un décollage économique, surnommés les « bébés tigres »- Thaïlande, Philippines Indonésie, Malaisie ainsi qu’un géant du Sud, la Chine).

Les Pays ex communistes : Europe de l’Est et Russie. La Russie est face à une  économie en transition, avec de forts écarts de richesse, sont IDH plus faible que dans les pays de la Triade. La dégradation de l’environnement, l’appareil industriel obsolète, la stagnation voire le recul des niveaux de vie sont les caractéristiques de la perte de puissance de la Russie après l’abandon du modèle socialiste. Ces pays anciennement communistes (principalement ceux de l’ancien bloc soviétique restent marqués dans leurs structures économiques par l’héritage de la période collectiviste, leurs transformations en économies libérales les fait également qualifier de pays en transition) d’Europe centrale et orientale sont particulièrement touchés par ce phénomène de nouvelle pauvreté, 120 millions de personnes y vivent avec moins de 4 dollars par jours.

NPI d’Asie : Il s’agit des nouveaux pays industrialisés : Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hong Kong, c’est à dire les Dragons. Depuis 1990 on les considère comme des pays du nord grâce à un net décollage industriel, mais aussi grâce à la transformation des niveaux et des modes de vie, l’accès à l’éducation, l’ouverture sur les marchés mondiaux.

2) Les Suds

Entre les pays du Sud, les écarts de revenu par habitant peuvent aller de 1 à 30 (entre le Mexique et le Mozambique par exemple). Certains états intégrés à la mondialisation sont devenus des puissances régionales dominant leur environnement immédiat (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud) et ils s’affirment de plus en plus sur la scène mondiale.A côté de cela, certains états du sud semblent bien intégrés à la mondialisation, mais cette fois, ils la subissent.  Il s’agit des Etats – ateliers – tayloriens impliqués dans des rapports asymétriques valorisant la mobilité du capital et les facteurs de production. Ils accueillent les industries en voie de banalisation technologique et technique, dans lesquelles les coûts de main- d’œuvre sont importants et se délocalisent. On trouve dans cet ensemble des pays émergents dont les quelques 850 zones franches productives mobilisent 30 millions d’ouvriersD’autres états intermédiaires, dominés, sont spécialisés dans la fourniture de matières premières minérales, énergétiques ou végétales. Nigeria, Arabie Saoudite, Algérie, Venezuela par exemple. Cette spécialisation a un coût et on note l’effondrement structurel des prix depuis les années 1960 pour les Etats pétroliers et gaziers notamment, lesquels sont par ailleurs dépendant des EU  qui consomment 25% du pétrole mondial et ne produisent que 10%.Enfin, on notera les PMA, c’est à dire, les marges évitées, les régions sacrifiées de la mondialisation. Les PMA réunissent la cinquantaine d’Etats les plus pauvres de la planète. 1% de la population mondiale, 1% des richesses environ, moins de 1 dollar par jour et par habitant. Les Etats les plus pauvres sont ceux où l’agriculture occupe encore une main d’œuvre importante tout en contribuant pour une part faible à la formation de richesse ; les taux les plus élevés – plus de 80% pour une quinzaine de pays parmi les plus pauvres de la planète, principalement en Afrique – signalent une absence quasi totale d’activités industrielles.

II. Aires de civilisations et tentatives d’associations

Problématique : Quelles sont les autres logiques d’organisation du monde ?

A – Il n’y a pas de choc des civilisations

Pour définir une aire de civilisation : entité géographique pouvant être considérée comme un espace culturel fondé sur un ensemble de caractères matériels, moraux, religieux, linguistiques, artistiques et sociaux communs à une société ou à un groupe de sociétés. Aires de civilisation peuvent être plus vaste que leur foyer d’origine, s’interpénétrer, se développer en des lieux discontinus. Sur un même territoire peuvent cohabiter plusieurs civilisations. Des groupes sociaux mêlent des traits culturels empruntés à des civilisations différentes. Des frontières mouvantes, discontinues.

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Six groupes ou aires de civilisation principaux sont visibles aujourd’hui dans le monde :- aire indienne et extrême-orientale : (Asie de l’Est et du Sud, forts décollages industriels Chine, Inde notamment),
– aire musulmane 1 milliard de croyants, pour 2 milliards de chrétiens, (Afrique du Nord, Proche Orient, Indonésie, Pakistan, régime théocratique : influencé par les principes religieux, littéralement le pouvoir de Dieu, exemple Arabie Saoudite),
– aire occidentale, (économie libérale: propriété privée, accumulation des profits individuels, libre circulation des marchandises, des capitaux), démocratie, droits de l’homme
– aire latino-américaine, hispanophones, lusophones, population métissée : héritages de l’époque coloniale
– aire africaine : faible développement (Afrique subsaharienne), religion animiste : attitude consistant à attribuer aux choses (par exemple les arbres) une âme humaine.
– aire des peuples slaves (religion orthodoxe : une des branches du christianisme, transition libérale : pays ex communistes).

Le dessous des cartes, Il n’y a pas de choc des civilisations

Huntington, professeur à Harvard, a publié une thèse qui date de 1993, montrant le passage d’un monde bipolaire à un monde dans lequel conflits résultent de l’affrontement des civilisations. Succès renforcé après les attentats du 11 septembre. Mélange d’économie, de religion, d’organisation politique.

– Quel critère est source de confusion ?

Le critère religieux privilégié par Huntington n’est pas plus clair que les autres. Impossible de parler de civilisation chrétienne. Occident et Amérique latine partagent les mêmes religions.

– Comment résiste cette théorie à l’épreuve des cartes ?

Mal… Conflits de culture (occident contre islam), conflits économiques (occident contre Asie) ne se vérifient pas.Il n’existe pas de bloc asiatique. Des conflits très nombreux (Japon contre Chine et Corée), faible coopération.Occident Asie: une relation complexe faite de concurrence mais aussi de complémentarité, exemple de la communauté asiatique en Amérique du Nord, des investissements massifs des Etats-Unis en Chine.

La civilisation islamique n’est pas forcément homogène et uniforme : monde musulman divisé entre chiite et sunnite, à l’intérieur même de ces communautés : exemple Irak. Des peuples hostiles ente eux : Arabes, Turcs, Perses, javanais, pendjabi en Inde, Huei en Chine.

– Logique des conflits ?

Les motivations religieuses apparaissent souvent secondaires, voire inexistantes. Guerre Iran Irak 1980 – 1988. 1991 : Saoudiens, Egyptiens alliés des occidentaux chrétiens. Tchétchénie : ambition d’indépendance contre Armée rouge, Soudan : guerre de territoires, deux Corées.

Guerres qui n’obéissent pas à la thèse de Huntington.

Définir les civilisations de manière simple est vain. Réponse simpliste au phénomène terroriste. Plus que de civilisation, on devrait parler de système, de configurations multipolaires.

Quels types de tensions le monde connaît-il aujourd’hui ?

Cette pluralité de peuples, de cultures, débouche parfois sur des tensions dès lors que les problèmes de développement exploitent ou suscitent la montée des nationalismes ou des intégrismes religieux. Les conflits résultent toujours d’une pluralité de causes.Des conflits intérieurs d’origine politique (Guatemala, Colombie, Côte d’Ivoire, Niger, Nigeria, République démocratique du Congo, Soudan, Pakistan, Indonésie, Israël, Inde). Des troubles identitaires (Irlande du Nord, Pays basque…). Des conflits interétatiques.

B – Des tentatives d’associations : le poids des organisations régionales

Planisphère, Les principales associations dans le mondeartoff562-2

– De quelle nature les associations sont-elles ? – A quelles échelles se développent-elles ?

On note qu’il existe des tentatives d’alliances militaires et économiques à l’échelle régionale ou mondiale. C’est le cas de l’OTAN (organisation du traité de l’Atlantique Nord) par exemple.En dehors du domaine militaire, il existe bien des regroupements d’Etats. Ainsi, dans le cadre de l’ONU, l’OMC regroupe 148 Etats. Sa création, en 1995, traduit une rupture radicale du mode d’organisation institutionnel du commerce mondial. Elle remplace le GATT et propose un forum de négociations, l’OMC devient une organisation internationale qui dispose d’un arsenal de règles contraignantes, de sanctions, de mécanismes obligatoires d’arbitrage ; dotée d’une cour de justice, elle a pour mission de veiller au respect des accords passés entre ses membres, de poursuivre les négociations pour libéraliser davantage (industrie, agriculture, biens et services culturels). Les membres de l’OMC réalisent 97% du commerce mondial.L’organisation  est l’objet de deux grandes critiques: promouvoir à tout prix le commerce international par la déréglementation et la dérégulation au détriment du respect des droits humains, sanitaires, environnementaux ou culturels. Elle est aussi accusée de déborder de son cadre institutionnel initial, d’étendre sans cesse la logique marchande à de nouveaux secteurs (services, marchés publics, santé, éducation, culture…).

Au moment où les frontières douanières s’abaissent dans le monde, des efforts sont entrepris pour renforcer les échanges fondés sur la proximité. Efforts qui se traduisent par la constitution de nombreuses organisations commerciales régionales à travers le monde (UE, ASEAN, ALENA, MERCOSUR). Toutefois, les régionalisations les plus actives se forgent autour des centres d’impulsion. La moitié des échanges s’opère dans un cadre continental, ce qui témoigne du jeu encore très actif des proximités spatiales (nettes en UE, Amérique, Asie).

Nota :ALENA: conclu en 1994 entre les Etats-Unis, Canada, Mexique. Sur le plan économique, il s’agit de former des marchés plus vastes que les marchés nationaux. Forte progression des échanges commerciauxMERCOSUR. Marché commun du sud de l’Amérique. Unit les Etats de l’Amérique latine qui constituent ce que l’on appelle le cône sud. Créée en 1995, Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay

ASEAN : Association des Nations du Sud – Est Asiatique (ANSEA) créée en 1967, zone de libre-échange instituée en 2002.

UE. La construction européenne a débuté depuis les années 1950. La communauté européenne fondée en 1957, devenue l’Union européenne en 1992, compte 28 en 2015. Elle incarne la seule association qui conjugue à la fois intérêt commercial, économique et politique. UE, spécifique pour deux raisons essentielles. L’Europe, seul espace continental dans lequel se concentre autant de puissances à prétention hégémonique. Exception européenne fondée sur un équilibre stratégique interne entre puissances qui renoncent peu à peu à l’idée que leur souveraineté ne peut souffrir aucune limitation. Débouche sur la construction très progressive d’un ensemble avant tout économique, doté d’une monnaie unique et de plus en plus intégré (niveaux de vie, d’investissements, d’échanges commerciaux). Projet politique demeure très fragile.

III – La mondialisation

A . Le monde apparaît de plus en plus interdépendant.

1) On assiste à une mondialisation de l’information et de la finance

Elle est permise par la multiplication des satellites et la mise en place de réseaux d’ordinateurs à l’échelle planétaire (Internet).

Cette révolution a des conséquences économiques très importantes. Exemple : de plus en plus d’entreprises font traiter leur comptabilité ou leurs problèmes informatiques à l’autre bout du monde. Les mouvements de capitaux ignorent de plus en plus les frontières et les échanges financiers fonctionnent 24 h/24 à l’échelle planétaire.

2) On assiste à une mondialisation du commerce

Elle est permise par le progrès des transports aériens et maritimes. Grâce aux conteneurs, transporter une tonne de marchandises par bateau sur 1000 km revient à quelques euros. Résultat, le commerce devient mondial. Grâce à l’avion, on peut voyager très vite et la distance n’est plus un obstacle.

3) Les firmes multinationales se multiplient

On en compte plus de 70 000 aujourd’hui soit 10 fois plus qu’en 1970. Elles assurent le tiers du commerce international et leur stratégie est planétaire à savoir que les usines fonctionnent de manière complémentaire et les firmes multinationales n’hésitent pas à fermer une filiale dans un pays pour aller s’installer dans un autre si la main-d’œuvre est moins chère ou les conditions plus favorables.

4) Les organisations internationales jouent un rôle croissant

Les zones de libre échange entre Etats voisins se multiplient :

•En Europe : l’Union Européenne regroupe 25 états. C’est elle qui a donné l’exemple en créant la CEE en 1957.
•En Amérique du Nord : L’ALENA (Association de Libre Echange Nord Américaine) regroupe les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.
.•En Asie du Sud Est : L’ASEAN (Association des Nations du Sud- Est Asiatique) regroupe une dizaine de pays (Indonésie, Philippines, Vietnam…)
•En Amérique du Sud : Le MERCOSUR (Marché commun du Sud ) regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.
•Dans l’ex-URSS : La CEI (Communauté des Etats Indépendants) regroupe 12 états.
•Dans le Pacifique : L’APEC (Coopération économique Asie Pacifique) regroupe 21 Etats qui envisagent un libre échange pour 2020.
•A l’échelle mondiale : L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) encourage le libre échange depuis sa création en 1995.

sur le plan militaire

L’OTAN a survécu à la guerre froide. C’est la principale alliance militaire qui regroupe la plupart des pays d’Europe ainsi que les Etats-Unis.

sur le plan politique

L’organisation des Nations Unis (ONU) créé en 1945 est le principal point de rencontre et de dialogue entre les Etats de la planète.

B) La mondialisation est un facteur de croissance mais elle accentue aussi les déséquilibres et les inégalités entre les populations du monde

1) La mondialisation est un facteur de croissance et favorise l’émergence de nouveau géants économiques comme l’Inde ou la Chine

Depuis 30 ans, la multiplication des firmes transnationales, l’essor ininterrompu du commerce international (selon les statistiques publiées en avril 2006 par l’OMC, les échanges commerciaux ont encore augmenté de 6% en 2005), les délocalisations industrielles vers les pays de main-d’œuvre à bon marché, les transferts de technologies qui les accompagnent, ont favorisé l’émergence de nouveaux géants économiques notamment en Asie où la croissance profite aux deux pays les plus peuplés du monde. Depuis le début des années 90 la Chine bat tous les records de croissance avec une moyenne qui tourne autour de 10 % par an. En 2006, elle s’est hissée au rang de 3ème puissance commerciale du monde .
La Chine est désormais la 1ère puissance économique mondiale. Avec un peu de retard et une croissance un peu plus faible (7 % ) l’économie indienne décolle et l’Inde s’impose désormais comme un des pays les plus performants en matière d’ informatique….

2) cependant la mondialisation creuse l’écart entre les populations les plus riches et les plus pauvres de la planète

Dans le monde les écarts de revenus entre riches et pauvres se creusent. Selon le PNUD (Programme des Nations Unies Pour le Développement), les 1% les plus riches obtiennent autant que les 57% les plus pauvres. En 2005, près d’un milliard d’habitants vivait avec moins de deux dollars par jour. En Afrique noire, l’extrême pauvreté a été multiplié par deux en 20 ans et alors que l’agriculture mondiale peut nourrir toute l’humanité près de 850 millions de personnes (1 habitant su 7) souffrent de sous nutrition dans le monde

3) enfin elle accentue les rivalités et risque d’ engendrer l’instabilité

La concurrence entre les pays industrialisés est de plus en plus vive. Elle aboutit à faire pression sur les salaires et le niveau de la protection sociale. Progressivement on remet en cause les avantages acquis et on s’attaque à la notion d’Etat providence. La course à l’énergie (pétrole notamment) nécessaire à la poursuite de la croissance engendre de nouvelles tensions à travers le monde…
La mondialisation ne peut être un facteur de cohésion et de stabilité que si les rapports de solidarité finissent par l’emporter sur les rapports de concurrence et de domination