L’invention de la citoyenneté dans le monde antique (1)

Citoyenneté et Démocratie à Athènes

Introduction
Chronologie

– IXe siècle av. J.-C. Fondation probable d’Athènes par l’agrandissement d’un village situé sur l’Acropole.
–  VIIIème s Début de la colonisation du bassin occidental de la Méditerranée. (Exode dû à une crise économique et sociale. Recherche de terres nouvelles.)
– 776 Chute de la royauté à Athènes – Les Eupatrides (nobles) gouvernent à Athènes.
– VIIe siècle av. J.-C. Montée de la tyrannie qui remplace la monarchie dans de nombreuses cités. – Deuxième vague de colonisation.
– 621 Législation de Dracon à Athènes.
– VIe siècle av. J.-C. Période de grande expansion d’Athènes

• Frappe de monnaie.
• Intense activité économique.

–  594 Lois de Solon à Athènes (réformes sociales, économiques, politiques).
–  560 à – 510  Tyrannie à Athènes (Pisistrate et ses fils)
–  508/507 Avènement de la Démocratie d’Athènes avec les réformes de Clisthène.
–  500 Les Perses maîtres de l’Ionie.
– 493 Début des guerres entre les cités grecques et les Perses. Ecrasement de la révolte des cités d’Ionie par les Perses.
– 490 Batailles de Marathon (Première guerre médique).
– 480 Destruction de l’Acropole par Xerxès, fils de Darius – Bataille des Thermopyles et de Salamine (Deuxième Guerre médique).
– 479 Déroute de l’armée perse à Platées. – Construction des Longs Murs d’Athènes. – Victoire de la flotte athénienne à Mycale près des côtes d’Asie Mineure.
– 478   Athènes organise la ligue de Délos (alliances avec les cités libérées d’Asie Mineure).
– 459   Guerre de Corinthe contre Athènes.
– 449 Athènes impose sa monnaie à toute la Grèce.
– 460 à – 429   Périclès maître incontesté d’Athènes. Il cumule les fonctions politiques et militaires. Apogée d’Athènes (« Le siècle de Périclès »). Apogée de la flotte athénienne (300 trières).
– 431 Début de la guerre du Péloponèse (Sparte et Corinthe contre Athènes).
– 430  Grande peste à Athènes.
– 428  Mort de Périclès.
– 420 Paix de Nicias.
– 413  Défaite athénienne de l’Assinaros.
– 405 Victoire navale de Sparte à Aego-Potamos sur l’Hellespont.
– 404 Prise d’Athènes par les Spartiates.
– 404 à – 395 Sparte est pendant dix ans la première des cités grecques.

Espace Méditerranéen -> Egéen -> Athénien

athènes-carrefour-médit

La participation du citoyen aux institutions et à la vie de la cité : fondement de la démocratie athénienne.

 I – Qu’est-ce qu’être citoyen à Athènes au Vème siècle ?

A – Naître citoyen

1 ) Naissance et citoyenneté

Thucydide, Hist. du Péloponnèse

XXXVII. – Notre constitution politique n’a rien à envier aux lois qui régissent nos voisins; loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. Du fait que l’Etat, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité, notre régime a pris le nom de démocratie. En ce qui concerne les différends particuliers, l’égalité est assurée à tous par les lois; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient
la considération en raison de son mérite, et la classe à laquelle il appartient importe
moins que sa valeur personnelle; enfin nul n’est gêné par la pauvreté et par l’obscurité de
sa condition sociale, s’il peut rendre des services à la cité. La liberté est notre règle
dans le gouvernement de la république et dans nos relations quotidiennes la suspicion n’a
aucune place; nous ne nous irritons pas contre le voisin, s’il agit à sa tête; enfin nous
n’usons pas de ces humiliations qui, pour n’entraîner aucune perte matérielle, n’en sont pas
moins douloureuses par le spectacle qu’elles donnent. La contrainte n’intervient pas dans
nos relations particulières; une crainte salutaire nous retient de transgresser les lois de
la république; nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois et, parmi celles-ci,
surtout à celles qui assurent la défense des opprimés et qui, tout en n’étant pas codifiées,
impriment à celui qui les viole un mépris universel […]

=> Repérer certains caractéristiques de la citoyenneté

• Égalité de tous devant la loi
• Distinction en fonction du mérite personnel éventuellement
• Pas d’exclusion à la citoyenneté pour des motifs censitaires
• Liberté d’action des citoyens dans le cadre de la loi

=> La citoyenneté n’est basée sur aucune condition d’argent, de propriété, d’éducation
=> La citoyenneté s’obtient par la naissance

 2)- les exclus de la citoyenneté

=> Qui sont alors les citoyens ?
• Des hommes exclusivement (pas de femmes)
• Des enfants de citoyens (des enfants mâles)

=> Cela cependant évolue au Vème siècle, par une restriction :
• Par un décret de Périclès (fils de Xanthippe) en 451, ne sont citoyen que les enfants nés de père et de mère fille de citoyen et unis en mariage légitime
• Si l’enfant ne porte pas le nom de sa mère, celle-ci peut lui transmettre la citoyenneté

=> pourquoi une telle restriction ?
• La cité accorde le pouvoir aux citoyens et des avantages matériels
• meilleure définition du citoyen

=> peut-on obtenir la citoyenneté différemment ?
• a priori la loi de Périclès est très claire, cpdt, il existe des cas où la citoyenneté peut-être accordée par un vote à bulletin secret de l’assemblée des citoyens (très rare)

=> les exclus
• femmes et enfants mineurs (on verra plus tard ce cas)
• esclaves (les faux citoyens peuvent être vendus comme esclaves)
• métèques (c’est à dire les gens qui vivent à Athènes et qui y travaillent) sans pour autant être ni athéniens, ni esclaves

citoyens-athéniens

B – Différentes catégories de citoyens

loi de Solon

=> Les citoyens sont rangés en classes du corps politique selon leur fortune
=> Rappel du mérite :
• à la guerre, qui aura du mérite  = les mieux armés (qui peuvent s’acheter des armes, avoir un cheval…)
• en tant de paix, qui se distinguera = les riches (mécénat, par ex.)

=> Cette répartition a des influences sur la vie politique. Elle a aussi des implications militaires et fiscales
• seules les trois premières classes payent l’impôt exceptionnel
• chaque classe paye un total d’impôt différent
• les fonctions de la cité sont réservées aux plus riches

C – Les citoyens vivent dans un espace : la patrie des athéniens

• territoire de l’Attique
• croquis Athènes au Vème siècle

L-organisation-territoriale-de-l-Attique-par-Clisthene-vers-500-av.-JC_large_carte

1) la Cité n’est pas la ville

=> Athènes en tant qu’entité n’existe pas au Vème siècles. On parle de la patrie des Athéniens
• Polis = Astu + Cora + Escatia
• A Athènes, la division fut opérée par Clisthène, réformateur législateur du VIème siècle, en 508 – 507.

2) la cité, cadre d’exercice de la citoyenneté

=> 3 grandes régions : côte – intérieur – ville
• Dans chaque région, il existe des circonscriptions administratives de bases, des villages ou des quartiers : les dèmes
• A 18 ans, tout fils de citoyen est inscrit sur les registres de son dème et prend le nom de celui-ci : Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholardos. Ainsi, le dème est-il la base de toute vie civique, de toute citoyenneté.

périclès-2

Buste de Périclès portant l’inscription « Périclès, fils de Xanthippe, Athénien ». Marbre, copie romaine d’après un original grec de Crésilas (430 av. J.-C.), musée Pio-Clementino.
• Toutefois, ce n’est qu’après l’éphébie (entrainement militaire qui durait 2 ans) que le jeune homme devient réellement citoyen.

=> Par ailleurs, il existe 10 tribus, depuis Clisthène, chaque tribu étant constituée d’un dème cotier, d’un dème urbain, d’un dème de l’intérieur (pour un meilleur brassage de la population

II – La démocratie vue et discutée par les Athéniens : le citoyen au service de la cité

 A – l’assemblée des citoyens

Thucydide

=> Assemblée basée sur le fait que tous les citoyens sont politiquement égaux

=> Chacun peut y prendre librement la parole et l’orateur est sacré

=> L’Ecclesia n’est cependant pas la seule instance : Boulé, Héliée, Stratégie

organ.-Athènes

=> les magistrats reçoivent des indemnités (pour pallier le manque à gagner des journées de travail perdues des citoyens les plus pauvres) et sont choisis par tirage au sort.

=> Dans le cas de la Stratégie, les citoyens élisent les stratèges (choix humains et non divins)

B – le citoyen est un homme responsable

=> Rien n’échappe aux citoyens (= aucun domaine de la politique) en contre-partie, ils sont responsables et engagent leur responsabilité personnelle, en pleine soumission à la loi.
• l’accusateur doit cependant faire preuve de ses accusations, sinon, il risque la même chose que celui qu’il accusait.
• pour les magistrats, on vérifie leur capacité (conditions de citoyenneté et d’âge) à l’entrée en fonction et on vérifie leur gestion en sortie d’exercice
• en cas de délit très grave (qu’il soit politique, religieux, militaire ou financier), l’auteur du délit peut être privé de sa citoyenneté. Enfin, il peut même être ostracisé (= obligé de s’exiler pendant 10 années) si l’assemblée le demande (+ de 6000 membres)

 C – Le citoyen est un soldat

=> les 2/3 du temps, les cités grecques sont en guerre. Servir dans l’armée est le premier devoir du citoyen

1) Des citoyens, cavaliers, hoplites ou rameur

=> il n’existe pas d’armée permanente
• tout citoyen doit, à partir de 20 ans servir comme cavalier, hoplite, rameur

hoplite
• on peut faire appel aux mercenaires et aux esclaves
• les chefs de cette armée sont les stratèges élus pour un an (sf Périclès)
• les citoyens participent à l’effort de guerre proportionnellement à leur richesse ( armateur ou stratège, cavalier, hoplite ou rameur)

=> pourquoi se battre ? le serment des éphèbes

« Je ne déshonorerai pas les armes sacrées que je porte ; je n’abandonnerai pas mon camarade de combat ; je lutterai pour la défense de la religion et de l’Etat et je transmettrai à mes cadets une patrie non point diminuée, mais plus grande et plus puissante, dans toute la mesure de mes forces et avec l’aide de tous.

J’obéirai aux magistrats, aux lois établies, à celles qui seront instituées ; si quelqu’un veut les renverser, je m’y opposerai de toutes mes forces et avec l’aide de tous. Je vénérerai les cultes de mes pères. Je prends à témoin de ce serment les dieux Aglaure, Hestia, Enyô, Enyalos, Arès et Athéna Aréia, Zeus, Thallô, Auxô, Hégémonè, Héraklès, les Bornes de la patrie, les Blés, les Orges, les Vignes, les Oliviers, les Figuiers. »

Inscription citée par M.Jost in Aspects de la Vie Religieuse en Grèce, p.133
• pour défendre la liberté de la cité
• surtout contre les perses (guerres médiques jusqu’en 499-478)

2) guerre et démocratie

=> retentissement immense chanté par les poètes
• Marathon fut gagné par les hoplites en 490
• Salamine par les rameurs en 480

=> élargissement de la responsabilité et donc de la notion d’ISONOMIE

=> 478 : Ligue de Délos
• Union d’Athènes et de nombreuses autres cités
• Hégémonie athénienne (commandement et finances)
• Transféré sur l’Acropole, le Trésor assure ensuite le moyen de la domination d’Athènes

=> Guerre du Péloponnèse (431-404)
• Défaite d’Athènes
• naissance d’une oligarchie pour la paix avec Sparte (411)

Ceci aussi prouve les limites de cette démocratie

D – Le Citoyen et le poids de la religion

1) des fêtes officielles

=> assurer la cohésion de la cité
• pour les hommes
• pour les femmes (Thesmosphories…)

Les thesmophories étaient une fête en l’honneur de Déméter et de sa fille Koré, qui se déroulaient sur trois jours au moment de pyanepsion, c’est-à-dire en octobre. Ces festivités ne se déroulaient qu’entre femmes mariées athéniennes de condition légitime. Les Thesmophories (en grec ancien Θεσμοφοριάζουσαι / Thesmophoriázousai, littéralement « Celles qui célèbrent le festival de Thesmophoria » est une comédie grecque antique d’Aristophane, écrite vers -411.

Furieuses contre Euripide qui a installé des soupçons à l’égard de toutes les femmes, les Athéniennes projettent de concerter leur vengeance pendant la fête des Thesmophories. Inquiet pour sa vie, Euripide envoie un de ses parents déguisé en femme pour espionner les comploteuses. Mais celui-ci se fait rapidement découvrir par ses réflexions misogynes et son ignorance des rites. Arrêté et enchaîné, il est délivré par Euripide qui abuse de la naïveté de l’archer scythe préposé à sa garde. Cette pièce d’Aristophane reprend certains stéréotypes présents dans d’autres pièces: l’ivrognerie attribuée aux femmes (l’une d’elles a déguisé une outre de vin en bébé), la misogynie attribuée à Euripide, les parodies de la tragédie euripidienne, le « monde à l’envers » où les femmes exerceraient le pouvoir politique.

2) la fête des Panathénées

=> la plus célèbre pour plusieurs raisons
• tous les habitants (sauf esclaves)
• en l’honneur d’Athéna
• document extraordinaire : la frise du Parthénon

=> Qu’est-ce que le Parthénon ?

parthénon-1
• un grand temple sur l’Acropole
• taille : 70 m X 31 m – 11 m de haut – 8 col. en façade – 17 col. en longueur
• intérieur : 2 salles (une pour la statut, une pour le trésor)
• célèbre aussi pour son architecture qui corrige l’effet d’optique (base convexe et colonnes d’angles penchées)

frise-parthénon

http://fr.ca.encarta.msn.com/media_681500411_761572120_-1_1/frise_du_parth%C3%A9non.html

=> la frise en elle-même
• mise en évidence de plusieurs groupes :
– sociaux (cavaliers, citoyens, métèques)
– politiques (magistrats, ordonnateurs, simples citoyens)
– d’âge (vieillards, jeunes gens, jeunes filles)

• la frise représente donc la cité en procession, sa disposition est à la gloire de l’Athènes démocratique.

=> comment se terminait la procession ?
• hécatombe = sacrifice gigantesque
– graisses et os brûlés
– viandes cuites dans des marmites pour les citoyens

=> les Panathénées étaient aussi un lieu de concours (Agôn)

• idée de compétition (même théâtre)
• le vainqueur recevait un vase de grande taille, une amphore dite panathénaïque

=> le banquet

• repas réservé aux hommes (et aux courtisanes et esclaves)
• lieu civique ; manger en commun = école du partage, du respect de l’autre, école de la politique ; lieu d’échanges d’idées, ce qui renforce la cohésion sociale.
• le banquet (et la cité) apparaît cependant comme un « club d’hommes » (et là encore, la démocratie a ses limites).