La Révolution française : l’affirmation d’un nouvel univers politique

La Révolution française est un événement majeur de la fin du xviiie siècle. Née des difficultés de la monarchie et des contestations de l’absolutisme, elle marque une rupture totale avec l’ancien régime (la période précédente) dans le domaine politique, mais aussi économique, social et culturel.

La France se modernise et change de visage. Un nouvel univers politique et social émerge : les Français n’étaient que des sujets, ils deviennent des citoyens impliqués dans la vie politique d’une nation souveraine unifiée. Mais la Révolution crée aussi des divisions durables dans la société française, entre les plus progressistes et les plus conservateurs.

I. Les contestations de l’absolutisme et les crises de la monarchie (1787-1789)

A. Un contexte favorable : l’absolutisme contesté par les élites en France et dans le monde

La France est une monarchie absolue de droit divin : tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du roi qui tient son pouvoir de Dieu. Mais ce type de régime politique est contesté dès le xviie siècle. En 1640, puis en 1688, deux révolutions opposent le Parlement anglais aux rois Charles Ier (décapité) et Jacques II (chassé de Londres). Elles débouchent sur la mise en place d »une monarchie parlementaire. Deux textes fondamentaux limitent les pouvoirs du roi : l’Habeas corpus (1679) qui donne plus de droits aux accusés, et la Déclaration des droits (1689) qui donne plus de pouvoirs au Parlement.
En France, les philosophes des Lumières reprennent ce modèle pour critiquer la monarchie absolue. Ils proposent des idées progressistes : rejet de l’intolérance religieuse, culte de la raison, défense des libertés et des droits des individus, critique de la justice arbitraire et des abus du pouvoir, demande d’un autre système politique avec une vraie séparation des pouvoirs. Mais ces idées ne touchent qu’une toute petite partie de la population : les élites bourgeoises et intellectuelles.
À la fin du xviiie siècle, des révoltes secouent l’Europe et l’Amérique du Nord. Les bourgeois français sensibles aux idées des Lumières soutiennent le soulèvement des colons anglais d’Amérique contre la couronne d’Angleterre. L’aide de l’armée française permet la victoire des insurgés.
La Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 et la Constitution des États-Unis d’Amérique de 1787 reprennent les idées progressistes des Lumières. Cet événement passionne l’opinion publique naissante et sert aussi de modèle.

B. Une société en crise, un pouvoir trop faible et en difficulté

Les idées des Lumières n’expliquent pas la Révolution. Au xviiie siècle, la France est en pleine croissance économique et démographique, mais sa société est en crise :
  1. c’est une société d’ordre fondée sur l’inégalité à la naissance. La bourgeoisie est à la base du développement économique du royaume, mais n’a pas plus de pouvoir politique que le reste du tiers état ;
  2. les ordres privilégiés ne paient pas d’impôts (clergé, noblesse) : la fiscalité est lourde pour la paysannerie (90 % de la population) ;
  3. les acteurs de la modernisation économiques s’enrichissent : quelques nobles, la bourgeoisie, les riches laboureurs, le haut clergé, les artisans et ouvriers qualifiés profitent aussi de la situation. Le reste de la population est en difficulté ;
  4. la noblesse traditionnelle s’est endettée : elle veut retrouver ses richesses et son pouvoir.
En 1788, le budget de l’État est en énorme déficit. L’argent sert à payer les intérêts de la dette, les impôts rentrent mal : il faut réformer le système fiscal. La guerre d’indépendance américaine a coûté très cher au royaume.
Le roi Louis XVI tente des réformes, mais il est trop faible pour les imposer. Elles échouent et la France est partagée entre les revendications incompatibles des différentes catégories sociales :

  1. les nobles conservateurs sont contre les réformes et veulent retrouver leurs pouvoirs ;
  2. la bourgeoisie progressiste veut une modernisation de la société et du système politique ;
  3. le reste du tiers état veut une amélioration de ses conditions de vie ;
  4. le haut clergé partage les revendications de la noblesse, le bas clergé partage celles du tiers état.

C. La fin de l’Ancien Régime et la naissance du citoyen français

Le roi demande la réunion des états généraux le 5 mai 1789 pour résoudre le problème des finances du royaume. Des cahiers de doléances sont rédigés dans le royaume : pour la première fois les citoyens français peuvent exposer leurs idées. Cette réunion soulève beaucoup d’espoirs, mais elle est vouée à l’échec : chaque ordre reste sur ses revendications, et tous sont déçus de voir le roi se concentrer sur la question des finances. Les députés du tiers état (et quelques jeunes nobles progressistes) se révoltent et se déclarent Assemblée nationale le 17 juin 1789. Le roi ayant fait fermer leur salle, ils se réunissent dans celle du Jeu de paume le 20 juin et prêtent serment de donner à la France une Constitution.
Serment du jeu de Paume juin1789

Serment du jeu de Paume juin 1789

Les gardes du roi cernent la salle. Le 23 juin, les Parisiens se soulèvent pour protéger leurs députés : ils créent une municipalité, une garde nationale et cherchent des armes.
Le 27 juin, le roi cède. Le 9 juillet les trois ordres réunis se proclament « Assemblée nationale constituante » : c’est la fin de la monarchie absolue. La souveraineté n’appartient plus au roi mais à la nation.
Le 14 juillet 1789, les insurgés parisiens prennent la Bastille, le symbole du pouvoir royal.
Prise de la Bastille juillet 1789

Prise de la Bastille juillet 1789

La Révolution gagne le reste du royaume : les grandes villes françaises suivent l’exemple de Paris, puis la « grande peur » gagne les campagnes. Les députés du tiers état sont des bourgeois : ils se méfient de ces soulèvements populaires incontrôlables. Avec les députés de la noblesse et du clergé, ils votent l’abolition des privilèges dans la nuit du 4 août 1789 : c’est la fin de la société d’ordres. Le 26 août 1789, ils proclament la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
Déclaration des Droits août 1789

Déclaration des Droits août 1789

La société de l’Ancien Régime n’existe plus. Les Français ne sont plus des sujets mais des citoyens, les valeurs libérales triomphent : souveraineté de la nation, libertés individuelles, égalité des citoyens, protection de la propriété privée.

II. Naissance de la nation et radicalisation de la Révolution

A. L’échec de la monarchie parlementaire (1790-1792)

L’Assemblée nationale va entreprendre de nombreuses réformes pour moderniser la France.

  1. En 1790, elle crée les départements ; la justice, la fiscalité sont décentralisées et des fonctionnaires locaux sont élus.
  2. La Constitution de 1791 est basée sur la séparation des pouvoirs entre le roi et l’Assemblée élue au suffrage censitaire indirect. Le roi garde le pouvoir exécutif et un droit de veto suspensif (il peut suspendre une loi pendant 4 ans).
  3. Pour rembourser les dettes de l’État, l’Assemblée confisque les biens du clergé. Elle favorise la liberté économique.
La vie politique est intense dans les villes : des clubs politiques sont créés sur le modèle des clubs parisiens (le club des Jacobins, le club des Cordeliers…). Les journaux se multiplient et les citoyens français se passionnent pour la politique. À Paris, les sans-culottes (artisans, petits commerçants) sont les plus révolutionnaires.
L’affaiblissement des pouvoirs du roi et le contrôle du clergé divisent les Français :

  1. les monarchistes pensent que la Révolution va trop loin, que le roi doit garder plus de pouvoirs ;
  2. les Feuillants, sont modérés ;
  3. les Jacobins pensent qu’il faut aller plus loin. Certains, minoritaires, veulent même une république.
L’Assemblée est divisée entre les conservateurs (à droite) et les progressistes (à gauche). En tentant de fuir le royaume en juin 1791, Louis XVI perd la confiance du peuple parisien. L’Assemblée aussi lorsqu’elle tente de protéger le roi. La France est menacée par la Prusse et plusieurs monarchies européennes qui craignent la contagion des idées françaises au reste de l’Europe. La guerre éclate. Le 10 juin 1792, la foule s’empare du château des Tuileries. Le roi est emprisonné : c’est la fin de la monarchie.

B – Paris s’enflamme

Depuis la fuite de Varennes, le roi Louis XVI et sa famille sont assignés à résidence au palais des Tuileries, à l’ouest du Louvre, sous la «surveillance du peuple». La situation est tendue. Chacun se prépare à l’ invasion étrangère et l’on soupçonne le roi d’être de connivence avec le neveu de sa femme Marie-Antoinette, l’empereur d’Allemagne François II. Les sans-culottes parisiens supportent de plus en plus mal la monarchie et se préparent ouvertement à une nouvelle «journée révolutionnaire». Dans la nuit du 9 au 10 août, le tocsin sonne aux clochers de la capitale.

Au matin du 10 août, une foule de sans-culottes se rassemblent aux abords des Tuileries sous la conduite de deux meneurs, Santerre et Westermann. La résidence royale est défendue par 900 gardes suisses et quelques centaines de gardes nationaux. Louis XVI les passe en revue.Selon l’usage, les Suisses et les gardes nationales crient : «Vive le roi !» Mais les artilleurs et le bataillon de la Croix-Rouge crient de leur côté : «Vive la Nation !».

Le roi gagne là-dessus une terrasse et observe la foule des Parisiens. Ceux-ci l’insultent : «À bas le veto ! À bas le gros cochon !». Apeurés, le roi, la reine et le dauphin traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l’Assemblée.

La famille royale réfugiée à l'Assemblée (gravure d'époque)

Massacres hideux

Sur la place du Carrousel, devant le palais, l’émeute enfle. Une porte est malencontreusement ouverte. Un flot de sans-culottes s’y engouffre. Les gardes suisses ouvrent le feu et provoquent un reflux éperdu vers le Carrousel.

Fauchés presque à bout portant, les émeutiers évacuent la place. Ils semblent près d’abandonner la partie. Mais vers dix heures, un groupe de volontaires marseillais parvient à s’introduire à l’intérieur des Tuileries. Le combat reprend de plus belle. Le roi griffonne un billet ordonnant aux Suisses de déposer à l’instant les armes et de se retirer dans leurs casernes. Obéissants, les gardes se replient vers la place Louis XV (l’actuelle place de la Concorde). Mais ils sont bientôt encerclés, capturés, conduits à l’Hôtel de Ville puis massacrés. Mêlées à la foule, les poissardes des halles se livrent à de honteuses mutilations sur les cadavres.

Les émeutiers envahissent maintenant les Tuileries et lynchent pêle-mêle gardes, serviteurs et fidèles. Six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison perdent la vie en ce jour du 10 août.

C – Fin de règne

L’Assemblée législative, enhardie par le succès de l’émeute, prononce la «suspension» du roi. Elle convoque par ailleurs une Convention nationale en vue de prendre toutes mesures «pour assurer la souveraineté du peuple et le règne de la liberté et de l’égalité».

En vue des élections des députés de la Convention, elle abolit les distinctions entre citoyens actifs et citoyens passifs et instaure pour la première fois le suffrage universel (masculin).

Après une nuit de fortune, la famille royale est emmenée au donjon du Temple pour y être emprisonnée. Ainsi s’effondre une monarchie presque millénaire qui avait construit la France de génération en génération, par des conquêtes et des alliances matrimoniales. La Terreur se profile. La Révolution française, commencée dans l’enthousiasme trois ans plus tôt, entre dans la tragédie.

D – Les débuts de la République marqués par la violence de la Terreur (1792 – 1794)

La République est proclamée le 21 septembre 1792 après la victoire française de Valmy.
La nouvelle assemblée, la Convention, est composée de bourgeois républicains. Les Girondins sont les plus modérés, ils se méfient des sans-culottes. Les Montagnards sont les plus révolutionnaires.
Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI est guillotiné.
La France est menacée par les royaumes voisins et par la guerre civile qui éclate dans l’Ouest en mars 1793. Les mouvements contre-révolutionnaires se développent. Des difficultés économiques aggravent la situation.
La République est « en péril ». Les Montagnards et Robespierre prennent le pouvoir en juin 1793. La Convention met en avant les idées de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité et le suffrage universel masculin. Mais pour sauver la Révolution, la Terreur est instaurée à partir du 5 septembre 1793 : les libertés fondamentales et la Constitution sont suspendues et tous ceux qui contestent la Révolution ou les décisions de l’Assemblée sont jugés par des comités de salut public et exécutés. Des milliers de personnes (royalistes ou révolutionnaires) sont guillotinées.

La Terreur ne se justifie plus après la victoire française de juin 1794. Robespierre est exécuté à son tour et des bourgeois plus modérés prennent le pouvoir : le Directoire remplace la Convention.

III. La réaction conservatrice et la fin de la Révolution (1794-1804)

A. La république thermidorienne : une république bourgeoise contestée, une société divisée

Les Thermidoriens sont des bourgeois républicains attachés aux valeurs individualistes, ils reviennent au suffrage censitaire et à la défense de la propriété privée. Pour éviter les dérives de la Terreur et rassurer les royalistes et les modérés, ils divisent les pouvoirs exécutif et législatif entre plusieurs « Directeurs » et deux assemblées. Mais ce système est compliqué et fragile. Ils mènent une politique très libérale qui augmente les inégalités sociales : en 1795, ils écrasent le soulèvement des sans-culottes parisiens.
Ils répriment aussi « la Terreur blanche », massacres menés par les royalistes contre les révolutionnaires.
Les Thermidoriens sont donc obligés d’utiliser l’armée et de multiplier les coups d’État pour gouverner.

B. La confiscation de la République par Bonaparte en 1799

La période révolutionnaire a été marquée par une grande instabilité politique entre 1789 et 1799 mais aussi par des difficultés économiques et sociales qui favorisent les soulèvements populaires. De nombreuses personnes veulent donc un régime politique qui garantirait la stabilité politique, sociale et économique du pays tout en gardant l’héritage de 1789. Le général Bonaparte, qui s’est couvert de gloire à la tête des armées révolutionnaires, profite de la situation pour prendre le pouvoir lors du coup d’État des 18 et 19 brumaire (9 et 10 novembre 1799).
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C. Le Consulat : un régime de plus en plus autoritaire

Bonaparte mène une politique de réconciliation nationale pour rétablir la paix en France :

  1. pour satisfaire les royalistes il accepte, sous conditions, le retour des nobles émigrés pendant la Révolution et signe un concordat avec le pape en 1801 ;
  2. pour les révolutionnaires, il rétablit le suffrage universel.
Il prend surtout beaucoup de mesures en faveur des libéraux et s’appuie sur les notables : renforcement du droit de propriété, retour de la prospérité économique, contrôle des employés avec le livret ouvrier, promotion sociale des enfants de l’élite avec la création des lycées.
livret ouvrier
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Il réorganise l’État et l’administration : crée la Banque de France, les préfets, réforme les impôts, instaure le Code civil (1804)…
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Code civil de 1804
1804 03 21 mars Promulgation du Code civil Napoleon
Mais son régime est de plus en plus autoritaire et centralisé : en tant que premier consul, il concentre les pouvoirs exécutifs et certains pouvoirs législatifs. Il a recours au plébiscite (vote de confiance des citoyens) pour gouverner. Finalement, il se fait nommer consul à vie en 1802.

La Révolution est terminée depuis longtemps ; en 1804 la France va expérimenter un nouveau régime politique : l’Empire.