Les littoraux méditerranéens

Littoral comme raison d’être de Mare Nostrum. Ancienneté  des activités, des transferts de populations, des enjeux géopolitiques… Nouveautés radicales à la fin du XX eme : fragmentation en états (au lieu d’empires coloniaux ou soviétiques) et en conflits locaux (sans géopolitique claire d’affrontements entre grandes puissances, puisqu’ USA, U.E. et Russie sont souvent solidaires) d’une part ; uniformisation galopante des pratiques économiques (dite mondialisation ou domination absolue d’un seul mode capitaliste de rentabilité) d’autre part.. Espace politiquement écartelé, économiquement unifié. Impact spatial  immédiat : la mondialisation favorise les régions qui sont les plus aptes à participer aux échanges (les littoraux) et ces régions ne coïncident pas avec les limites étatiques des pays, que ceux ci soient anciens ou nouveaux.  Dans la conclusion de sa thèse, Braudel écrit (p 519) :

« Ainsi comment oscillent, avec le beau ou le mauvais temps économique, les Etats et les civilisations, ces gros personnages, ces exigences, ces volontés ? ». Déjà à l’époque moderne l’économie a son propre « temps » qui n’est pas nécessairement celui des « Etats ».

Il y a donc plusieurs logiques de différentiations spatiales en Méditerranée et, aujourd’hui l’activité littorale, en tant qu’elle dépend assez étroitement de contraintes économiques mondiales, entre en contradiction avec les logiques nationales, qui , par définition, sont dominés par des problématiques d’échelle locale. Le poids des activités de communication, de transports, d’échanges tend donc à fabriquer des espaces littoraux importants (partie 1) qui mettent l’accent sur l’intensité des liens avec un avant pays monde , que les états nationaux doivent prendre en compte. Ils peuvent choisir d’accompagner ce mouvement et de profiter des atouts littoraux pour concentrer leur effort de développement dans ces lieux, ou, au contraire tenter de rééquilibrer leur territoire au profit de l’intérieur (partie 2), avec un arrière pays- régional –national  -pluri national .  Cela entraine que le littoral méditerranéen (en tant que donnée spatiale linéaire) est divisé en unités disparates, différenciées selon le type de relation qu’elles entretiennent avec  arrière et  avant pays  d’échelles distinctes. Cette discrimination peut servir de fondement à une typologie (partie3).

I –  Le littoral ou  la construction d’une ressource pour une économie « mondialisée »

La mise en valeur du littoral n’a rien d’une activité récente. Phocée a été fondée 8 siècles avant J.-C. Athènes, Saida, Gaza, Carthage (Tunis) ou Syracuse sont plus anciens encore. Il y a donc près de trois millénaires d’expérience dans les domaines de l’échange, de la production destinée à l’exportation, des migrations de population …, bref dans ce qui aujourd’hui est qualifié de « facteurs d’extraversion de l’économie ».  C’est probablement ce savoir faire  qui permet à l’espace littoral méditerranéen d’avoir su prendre une place notable dans le processus actuel de mondialisation en valorisant, par exemple,  des traits historiques et physiques que la culture actuelle apprécie.

A : L’ancienneté d’un atout commercial : le littoral comme interface  (portuaire colonial à partir des données locales ; agricole à partir des marchés extérieurs ; culturel)

La Méditerranée Grecque, ou romaine, ou arabe, ou vénitienne n’était elle pas déjà mondialisée ? Braudel explique qu’au XVI eme la Méditerranée a déjà « un destin collectif », qui est une histoire sociale « au sens plein ».

Développer dans ce paragraphe l’idée qu’il y une structure économique littorale ancienne tournée, pour de multiples raisons vers une économie de type extravertie, et que cet héritage facilite (conditionne ?) la mondialisation actuelle. Les arguments sont nombreux. En voici quelques uns.

La Méditerranée tire partie de ce qu’elle est champs de bataille. Elle  profite de ce qu’elle est lieu de passage pour les flottes de guerre pour développer des fournitures pour ces flottes : les Anglais, contrôlant Gibraltar et Suez sont responsables des vignobles de Marsala, Samos, destinés à fabriquer des vins qui se conservent (comme à Madère, Porto ou  Jerez). Les raffineries de pétrole italienne, fondées avant  la guerre, mais fortement aidée par l ‘IRI après ne sont pas totalement étrangère au fait que la VI eme flotte US existe.   Aujourd’hui ni les carburants ni les vins ne dépendent plus des seuls usages militaires.  Développer ici une géographie (localisation et activités) des raffineries et des oléoducs en Méditerranée.

La Méditerranée tire partie de ce qu’elle est  lieu de passage. C’est vrai depuis la route de la soie et les comptoirs génois en Crimée, vénitiens à Byzance….C’est vrai avec Suez. Aujourd’hui c’est vrai avec des oléoducs qui transportent le pétrole centre asiatique vers les cotes turques ou syriennes en leur évitant de passer par le Golfe Persique. C’est vrai avec l’importance des ports à conteneurs ( Gioia Tauro étant le plus important, mais à échelle locale Keuper , Le Pirée ou Barcelone sont aussi importants), qui prélèvent une part sur le   trafic intercontinental (Japon USA) et le redistribuent dans la Méditerranée ou dans les pays riverains. .  Développer ici une géographie (localisation et activités) des ports à conteneurs  en Méditerranée, avec la carte et le tableau de Bethemont.

La Méditerranée tire partie de ce qu’elle a été mer coloniale, pour ( ?juste revanche ?) obtenir des pays colonisateurs des facilités qui approchent (sans les égaler) celles communes aux pays liés par une union économique totale. Il y a une sorte de recyclage des activités coloniales (coton en Egypte, Industrie lourde à Annaba…).

La Méditerranée tire partie de son savoir faire financier pour multiplier les techniques (légales) destinées à faciliter les transports maritimes . La première flotte du monde est grecque, avec  60 % de ses tonnages sous pavillons étranger. Parler des pavillons dits de complaisance (alors qu’ils sont parfaitement légaux !!) come Grèce, Malte, Chypre…De ce fait l’Italie est (avec la France de St Nazaire ) une des dernières puissances européennes à avoir encore une construction navale.

B L’exploitation récente de la ressource climatique (tourisme, agriculture nouvelle sans rupture énorme avec l’ancienne)

Il est important de rappeler que le tourisme fonctionne sur des « gouts sociaux » d’une part, sur la réponse physique que les sites touristiques procurent à ses gouts sociaux d’autre part. Aimer le soleil et le bronzage est se soumettre à  une fabrication sociale, mais l’existence de plages ensoleillées est  due à un déterminisme physique. Dans ce domaine le climat méditerranéen a quelques arguments à faire valoir.

On peut esquisser un croquis rapide (fond de carte de toute la méditerranée) avec deux lignes : pluies inf. à 500mm/an et Temp > 25° en juillet. On peut aussi reprendre une seule ligne, celle du xérothermique de Bethemont, page 30.

On peut préférer faire un croquis qui compare deux modes archétypique de sites touristique : le mode riviera développé autour d’un village emblématique (Cadaques, St Tropez, Amalfi) et le mode « de masse » (Grande Motte, Benidorm…).

Il faut aussi développer un deuxième type d’argument. La ressource climatique est traduite en atout agricole. Bethemont parle de bilan décevant et d’héritage catastrophique. Il a raison sur l’ensemble. Par contre, sur certains produits la situation est plus nuancée. L’agriculture méditerranéenne ne doit pas être jugée au regard des seules normes économiques établies par  Midwest,  Beauce ou  East Anglia. Il y une spécificité méditerranéenne, qui tient dans vins, huile d’olive, agrumes, légumes primeurs (en huertas parfois). En quoi est ce typiquement littoral ?

1)    Pas tellement par la localisation qui n’est pas forcément littorale, mais par le fait que les produits bruts (raisins, olives, fruits) sont conditionnés ou transformés (fabrication de valeur ajoutée) dans des entreprises agro alimentaires qui sont littorales : Antalya et Izmir en Turquie, Oran, Tunis, Tel Aviv, Marseille ( industrie du conditionnement des épices, plats cuisinés « Ducros » et produits non alimentaires ,comme le savon qui  ne se mange pas, mais qui est fabriqué à partir de produits agricoles, aujourd’hui importés..) Il y a donc un effet d’enchainement, qui  à partir d’une agriculture spécifique permet le développement d’une industrie agro-alimentaire et agro-dérivée…. Habilement recyclée aujourd’hui avec des produits non locaux, mais tout aussi habilement présentée comme une tradition culinaire locale…On a donc un enchainement causal intéressant qui à partir d’un déterminisme physique produit une agro industrie originale, qui, à son tour évolue pour ne plus dépendre du déterminisme physique, mais tout en gardant son image positive….

2)    A cause de la localisation littorale, et nous retrouvons là le déterminisme climatique classique qui fait des littoraux des lieux un peu moins soumis au gel que les espaces intérieurs. Bon nombre de pays méditerranéens ont des intérieurs très  montagneux (ou des plateaux élevés) qui ne sont pas, thermiquement en hiver, des climats méditerranéens. Penser à l’Anatolie, aux Mesetas ibériques, aux Hauts Plateaux algériens…Une bonne partie des agrumes, des légumes, des fleurs….ne pourraient pas être produite sur une aussi longue période de l’année si le gel n’était pas absent. Seul l’état d’Israël, avec sa politique de colonisation agricole de l’intérieur, a fait en sorte que , grâce à des serres et des irrigations, l’avantage climatique du littoral ne devienne pas un handicap pour l’intérieur.

C  : Effet Sun belt culturel

L’idée à exposer est que le littoral méditerranéen profite de son patrimoine historique, de son climat pour  se positionner dans le marché des lieux culturels. A partir de festivals célèbres (Venise pour le cinéma ou pour les arts plastiques (biennale), Cannes ) il y a construction d’une image, qui est déclinée pour tout une série d’activités. Les colloques/congres en sont un exemple.

On peut développer en recyclant l’exemple (vu en TD) des nouveaux fronts de mer à Naples et à Marseille, qui , tous les deux, font une large place à la création d’équipements de standing international. Dans les deux cas on utilise des terrains portuaires non rentables et on les transforme pour qu’ils assurent une autre sorte d’activité. Le tertiaire remplace le primaire et le secondaire.

Dans le même temps et les mêmes villes il y des travaux pour « re looker » le centre ville. A Marseille, au prix d’un changement de population, à Naples avec l’ambition de conserver la mixité sociale….Dans les deux cas il y un effort considérable pour diminuer les pollutions et mieux gérer les eaux usées (à Marseille par le système de l’Huveaune).

On peut préférer développer l’exemple de Barcelone. Spécifier en quoi le fait d’être capitale catalane favorise la ville (culturellement et financièrement). Parler de la tradition locale d’excellence urbaine (Gaudi, Cerda). Parler de l’importance des industries.

Détailler ensuite les traits spécifiquement liés à l’image culturelle (Fondation Miro, Musée d’Art Roman) et le soucis d’actualiser l’image en organisant les JO (1992).  Hasarder ensuite que le modèle barcelonais a pu inspirer Athènes pour 2004.

Terminer ce paragraphe en indiquant que ce modèle de développement urbain est seulement sur la rive nord.

Un deuxième type d’argument pourrait être développé ici : il s’agit de la mise en valeur des paysages naturels (ou plutôt, déclarés tels…puisqu’ils sont anthropisés depuis le néolithique !!) au travers des politiques de parcs, réserves, périmètres protégés.

Conclure cette partie en disant que sur les littoraux méditerranéens l’inscription du littoral dans une mondialisation est une vieille tradition : mondialiser ça a toujours été le fondement même de l’économie et de la culture méditerranéenne. Pour cette raison les littoraux ont toujours (au Nord au moins) été des lieux créateurs de richesse et qu’ils ont toujours su s’adapter à temps (relire Braudel pour critiquer les prétendues décadences). Ils sont, aujourd’hui parmi les espaces tertiaires les plus célèbres et les plus riches du monde…Ce qu’il faut maintenant comprendre c’est comment cette richesse se diffuse dans l’espace intérieur. A cet égard la remarque sur la caractère uniquement septentrional du modèle urbain-culturel-riche peut faire penser à une dissymétrie radicale. Au nord l’arrière pays est riche. Au sud….

II – Le littoral ou la nécessité de choix d’aménagement territorial.

Cette partie pose le problème de la diffusion de la richesse littorale  à l’ensemble de l’état, ou de sa non diffusion. Nous sommes dans la logique annoncée dans le plan : le développement  économique a son rythme et ses causes, le développement de l’Etat a une autre logique et d’autres causes. (Braudel, déjà…. en a largement discuté) Il y a aussi des causes et des logiques communes, si l’Etat décide de prendre les décisions politiques pour accélérer le développement économique littoral. Il peut y avoir difficulté si l’Etat cherche à orienter le développement vers des lieux moins favorisés, à l’intérieur….

A Mutations  et hydrocarbures : littoralisation subie ou pas

Idée générale de ce paragraphe : littoraliser est utile pour mieux insérer une activité dans un flux : cela s’impose donc pour les hydro carbures, et tous les pays producteurs ont implanté leurs raffineries sur le littoral plutôt qu’à l’intérieur.  De ce point du vue la littoralisation est un peu subie. Le s  gouvernements ont donc parfois tenté de rééquilibrer le pays par un développement privilégiant l’intérieur. On traite deux exemples, l’un considère comme un échec, l’autre comme une relative réussite.

échec agricole en Libye, voir article de Fontaine

Volonté algérienne de rééquilibrer vers l’intérieur.  Cote analyse le développement de l’urbanisation dans le n° du TIGR cité en début de travail. Il explique que l’essentiel de la croissance urbaine s’est fait entre 1954 et 1966 puis entre 1977 et 1982 et que, depuis le mouvement s’est ralentit. Au début ce sont les villes littorales qui croissent (ensemble Mostaganem Arzew Oran –voir figure ; ensemble Alger ; ensemble Skikda ; ensemble Annaba) . dans les années 73-77 l’état algérien décide de consacrer une part importante de ses investissement à développer des zones industrielles dans l’intérieur, de façon à éviter une surcharge démographique sur le littoral d’une part, de façon à créer des pôles d’activité et de développement culturel ailleurs que dans les très grandes villes. Il y a donc implantation d’usine dans des petites villes, il y division de willayas en unités plus petites et plus nombreuses (mais toujours appelées wilayas) pour multiplier les villes à forte fonction tertiaires… Le résultat est que les villes qui croissent le plus sont celles des « steppes et montagnes » (localisées dans l’atlas tellien et les hauts plateaux entre Djelfa , Sétif Batna et Msila..) d’une part, celle du « désert »  d’autre part ( Biskra, Bechar, Ouargla..) . Cote explique que ces villes ont pu croitre énormément car elles se situaient souvent à proximité, (piedmont) d’une montagne peuplée de ruraux et qu’elles ont capturé à leur profit l’exode rural. Il y a donc en Algérie une volonté politique de ne pas (trop) littoraliser le pays !

B Réinvestissement des capitaux, appropriation des espaces touristiques :  mondialisation et littoralisation volontaire

Il peut y avoir des politiques radicalement inverses. En Tunisie, selon les articles du BS LG, le gouvernement a clairement décidé d’accepter la littoralisation, même au détriment de l’intérieur. Mais il y a des causes assez différentes de ce qui se passe en Algérie. L’investissement économique, l’implantation de nouvelles industries est 1) privé et non public,  2) allié au tourisme.  En fait, il est remarquable de constater que les investisseurs industriels tunisiens sont majoritairement tunisiens, qu’ils ont d’abord fondé des entreprises locales , puis investit dans le tourisme , puis réinvestit leurs bénéfices dans de nouvelles industries, localisée, logiquement, là où le tourisme avait  fait naitre de forte concentrations de population et de besoins. Il y a donc une logique de spatialisation qui est plus « libérale » qu’en Algérie. Quelques exemples :

Ville de Sousse :  En1956 50 000h, en 1994 125 000h. capacité touristique de 57 874 lits. Les investissements touristiques sont à 77% dus à la bourgeoisie locale. Un grand bourgeois local est la famille Driss. Père né en 1923. Fonde une entreprise de plastique en 1958. Construit un hôtel en 1965. Avec les bénéfices ouvre une clinique privée en 1977. Avec les bénéfices ouvre une ferme d’aquaculture en 1988. Fournit 2000 emplois directs à la ville.

Famille Mheni. Père né en 1910, devient peintre en bâtiment. Fonde sa propre entreprise en 1926. Fonde une société de travaux publics en 1936. Ouvre des hôtels (construits par sa société) en 1945,1952,1969,1975,1985 et 1986. Investit les bénéfices dans le textile à Tunis.

Famille Mhirin. Cadre bancaire qui devient cadre dans une entreprise publique de 1964 à 1971. Fonde une société privée de fabrique de meubles pour hôtels en 1972. Construit son premier hôtel en 1986. Fonde une agence de voyage pour vendre les séjours dans ses hôtels (et ceux des autres) en 1990…

En Turquie on assiste à un phénomène un peu semblable mais qui n’a pas encore atteint le même niveau de développement. Le gouvernement encourage les spéculations agricoles exportatrices et favorise les périmètres irrigués littoraux. On y produit plus de coton qu’en Egypte, l’Islam n’empêche pas d’y faire du vin, on exporte agrumes, olives, tabac….Et en même temps on accepte d’avoir besoin d’importer blé, viande et huiles. Dans ce cas, un peu comme en Tunisie avec l’industrie, l’agriculture littorale extravertie est favorisée au détriment d’une agriculture intérieure d’autosuffisance.

Un exemple très différent quant à ses motivations, mais semblable quant à ses implications  pourrait être celui de Beyrouth. Dans ce cas, repeupler de redynamiser le littoral , c’est rétablir la ville  (l’urbanité) dans les lieux dont la guerre l’avait chassée. Je résume ici très rapidement l’ouvrage dirigé par Davie, qui est très intéressant, mais dont les articles sont inégalement utiles au concours. Beyrouth, depuis la fin des combats doit être reconstruite et cela se fait à partir de décisions rapides et un peu autoritaires. On profite de l’urgence pour trancher assez vivement dans le tissus urbain, créer des centres commerciaux à la place des souks… bref, garder les fonctions mais changer radicalement les bâtiments dans les quelles elles sont assurées.  On modernise d’un seul coup une ville littorale ancienne. Dans la pratique chaque aménageur, chargé d’une partie de la reconstruction, fait, un peu, ce qu’il veut.

Pour l’instant on ne sait pas trop ce qui en résultera ! Mais, sur le fond, il y a une volonté politique de redonner au littoral la prééminence sur l’intérieur (qui, dans ce cas, est un peu trop soumis aux Syriens).

C Conséquences sur les tendances actuelles du peuplement

Les littoraux voient leur population augmenter, par migrations internes au moins autant que par accroissement naturel. On peut utiliser plusieurs exemples

les taux migratoires en France  (carte réalisée par Loïc Rivault), vue en TD.  Quelques chiffres complémentaires : Languedoc Roussillon le  solde naturel augmente de 0,07% par an, solde migratoire de 1,07.   (il s’agit d’une variation annuelle en %, pas d’une valeur absolue) Pour PACA 0,21 et 0, 69… Ce sont bien des régions qui attirent par la qualité de leur environnement et de leurs services. Pas nécessairement pour la quantité de leurs postes de travail !.  pour comparaison, en Picardie l’augmentation annuelle du solde naturel est de 0,52 tandis que chaque année le solde migratoire augmente de –0,03 !! (Lorraine, 0,5 et –0,59 !!)

Les migrations internes en Espagne, du N vers le Sud : le littoral méditerranéen croit. Barcelone gagne des habitants, mais, Valence encore plus. Jusqu’en 1980 la Catalogne gagne 1 à 1,5 % par an, puis après  la croissance tombe à 0,5-0,7. Pour la région de Valence on a une croissance de 2% puis de 1% et l’Andalousie méditerranéenne dans son ensemble est affectée de chiffres proches. Depuis 95 Valence croit plus que Barcelone, Algesiras encore plus. Il semble que ce soit lié au développement du port, du tourisme intensif (de masse)…Bref on a une littoralisation d’une part, et dans les espaces littoraux un tropisme Nord vers Sud.

Le cas particulier d’Israël :  En Israël le littoral (sauf Gaza) est peuplé de juifs et n’est pas disputé aux juifs par des états voisins (ou des « autorités » voisines). Ce n’est absolument pas le cas de l’intérieur, puisque la Cisjordanie, la Galilée et le Golan sont enjeux de conflits violent. L’état israélien accueille des juifs  venus d’ex URSS et ceux ci sont assez souvent  incités (mais aucunement obligés, car leur lieu de résidence est libre)  à s’installer là où le ratio juifs/arabes doit être amélioré, en faveur des juifs. Exemple, la ville de Nazareth et le district « Nord » : en 1989 :  364 000 juifs et 397 000 non juifs, en 1995,  470 000 juifs et  481 000 non juifs. Entre 90 et 95 sont arrivé 79 500 juifs soviétiques, ce qui fait un total plus élevé  que l’accroissement naturel des non juifs (70 000 personnes).

Dans le Sud du pays (qui est désertique, et qui fait l’objet d’une politique d’incitation à la résidence, Berthomiere, ESO p 66)) l’immigration des juifs d’ex URSS a permis d’augmenter la population juive au point d’obtenir une croissance annuelle de près plus de  6% entre 1983 et 1996. Dans ce cas il ne s’agit pas de faire face à la croissance de la population arabe, mais de coloniser un espace encore assez vide.

Israël, en tant qu’état  soucieux d’accueillir les juifs est donc un état qui voit dans la littoralisation un processus qu’il convient de rééquilibrer vers l’intérieur, afin d’assurer un peuplement juif homogène sur l’ensemble du territoire. (cf. articles de Berthomiére)

III – Des littoraux ou un mode discontinu de spatialisation de la richesse

La contrainte physique de bord de mer se traduit par une contrainte spatiale de  linéarité, qui  est fondamentale. Toute la difficulté du développement est de tirer partie de cette extension étroite sans accumuler les difficultés de transport, de pollution, de disparités sociales. Il s’agit donc d’intégrer dans un fonctionnement global une succession linéaire d’activités ponctuelles.  Selon que cette intégration est plus ou moins réussie, le niveau de richesse et la capacité à innover est différente. On peut donc prendre comme critère d’un typologie, le croisement d’une donnée spatiale (la continuité linéaire de l’urbanisation) et d’une donnée économique (la variété des activités productrices de richesse).

A  Le modèle de mégalopole linéaire et ensoleillée

« Comment on inscrit le secteur industriel hi Tech dans le paysage culturel post moderne »

La « cote d’Azur » : c’est un espace assez unique , même à l’échelle mondiale. Préciser que l’on prend Cote d’Azur au sens large. Stricto sensu  c’est St Maxime -Menton. Ici on envisage l’ensemble plus vaste qui va de  Montpellier à Génes ; il y une continuité linéaire de l’urbanisation qui est presque totale : les espaces non construits sont tous, et entièrement, des espaces protégés au niveau national. L’urbanisation régionale ne cède donc que devant une détermination d’échelle plus haute (en l’occurrence l’Etat) et , localement, tout est fait pour le développement et la recherche de la richesse. (les espaces protégés sont, par exemple, la réserve de Vaccares, les Calanques, le parc national de Port Cros-Cap Lardier, c’est à dire le littoral entre Cavalaire et St Trop). La variété des activités industrielles est importante. Certes l’industrie lourde n’est présente qu’aux alentours de Fos, Marseille, mais l’industrie existe aussi à Toulon et Nice (avec chimie fine, électronique, pharmacie, agro alimentaire). Le tertiaire repose en bonne partie sur le tourisme, mais le tourisme ne se réduit pas au balnéaire…

Décrire les principes de bases de la réussite de cette littoralisation : atout climatique. Atout  en terme d’image avec résidences d’été de stars pour aider à lancer la région (Gérard Philippe dés les années 50 puis BB, puis  aujourd’hui tout le monde). Excellente desserte par transports en communs, dont avion et TGV. Bon réseau autoroutier. Proximité des grands foyers émetteurs de touristes…, Atouts culturels avec festivals, expo, fondations (Maeght à Vence,  Templon à Fréjus..)

Atout technologiques avec technopôles (Sophia) et universités excellentes (comme Aix en géographie !). Volonté politique d’aider à l’industrialisation (penser à Fos). Volonté politique d’implanter des entreprises liées à l’armement (Toulon, Cannes, Marignane, Istres…) et la recherche qui va avec. Volonté politique d’aider à la préservation des sites (penser à Port Cros). Haute capacité à attirer des cadres.

Variété des types d’urbanismes, pour faire vivre bien des populations différentes :

Bon relai entre le fait d’attirer des retraités et le fait de chercher à attirer des jeunes cadres. Tout l’équipement médical, commercial, conçu pour satisfaire le troisième âge est aussi fort utile pour les jeunes enfants, et leurs mères (médecins, pharmaciens, système de livraison à domicile) . Bref décrire la symbiose classique des Sun belts , entre retraités riches qui ont les mêmes types d’exigences que les jeunes cadres riches avec enfants : un grand classique de la geographie sociale…

Mais aussi  ensemble d’activité pour attirer aussi des jeunes couples sans enfants. Voir urbanisme de centre de Montpellier, qui est plutôt tourné vers des yuppies…

Importance des communautés immigrées, valorisée au plan national, même si le racisme existe au plan local, et a des traductions électorales.

Tout ceci permet d’expliquer certaines caractéristiques démographiques et économiques, comme un solde naturel qui croit plus vite qu’en Languedoc ou en Midi Pyrénées, un niveau de revenu plus élevé que la moyenne, un PIB aussi

Bref la région permet à plusieurs modes de vies de coexister, et repose sur plusieurs types d’activités économiques. Elle a une base solide. Certains géographes sont tentés d’y voir une sorte de croisement réussi entre une inscription spatiale du complexe militaro-industriel et une image spatialisée de tourisme de haut de gamme !!  C’est un peu caricatural, mais pas totalement faux.

Indiquer que la volonté algérienne de ne pas sacrifier l’intérieur à la cote est en partie, un refus explicite de ce modèle.

B Le modèle de développement  ponctuel à extension en auréole

C’est un schéma classique de centre périphérie avec une polarité centrale et une structure radiale. Ce qui est moins classique est qu’une moitie de l’aire d’influence est en mer. Du coup la polarité, au sens où elle se traduit dans des aménagements va s’exprimer sous deux formes : une série d’extensions radiales vers l’intérieur, une extension linéaire latérale. Ce qui est important est  de distinguer qu’il y a diffusion d’un modèle le long de la cote et gradient d’influence vers l’intérieur. Ce type de configuration permet la création de pôles secondaires importants à proximité du pôle principal, et amène, à la longue à une sorte d’archipel de développement : le long de la cote les modèles d’urbanisation vont s’étendre et uniformiser le paysage. Vers l’intérieur une hiérarchie urbaine s’établit. Avec des nuances c’est un peu se qui se passe en Algérie.

Le modèle est presque parfaitement réalisé à Valence , avec les extensions touristiques vers Sagunto au nord, vers la lagune d’Albufera au sud et la centralité économique de la ville, relayée par des sites industriels proches . On a le même type à Carthagène avec son centre portuaire (important pour les trafic de vrac comme pour les conteneurs), ses fonderies de plomb, sa métallurgie du zinc…et les extensions touristiques vers Benidorm (qui sont parfois prises pour l’emblème de la mauvaise bétonisation du littoral).

On peut aussi penser à Athènes , dans la mesure où étendrait le modèle de façon dissymétrique : vers l’ouest vers Eleusis, Mégare et  Corinthe le long de la cote,  on a tourisme, chimie, chantiers navals, relativement entremêlés. C’est cependant l’industrie qui domine.  Vers l’est (cap Laurion) c’est le tourisme qui domine. Vers l’intérieur le gradient est moins clair (Andikyra et Thèbes sont en partie dépendantes d’Athènes seulement).

A partir de l’article de Fontaine dans Méditerranée on peut donner un exemple en Libye, autour de Tripoli/ La volonté politique de Kadhafi est claire : à partir du pétrole, il faut diversifier l’industrie . Agro alimentaire, textile, cimenterie dans les années 70, ce qui exprime bien la volonté de donner au pays les moyens de s’urbaniser lui même, puis dans les années 80, petro chimie, sidérurgie. Sur la carte on voir bien que les cimenteries sont encore proches de Tripoli (Al Khoms) tandis que les implantations de sidérurgie sont plus éloignées, (Misratah). Vers l’intérieur il n’y a pas possibilité de faire grand chose (échec agricole) à cause de la contrainte climatique. Du coup tout est littoralisé et le tourisme n’est pas une préoccupation essentielle.

Nous avons donc plusieurs déclinaisons du modèle, avec des variantes dues aux conditions locales.

C Les mosaïques littorales

Si on utilise les outils conceptuels de l’excellent livre « Espaces et Systèmes » de Durand, Retaillé et Lévy (chez Dalloz et les Presses de la Fondation nationale des Sc. Po, 1992), ce mode spatial de développement et de fonctionnement est caractérisé par le croisement de deux logiques (cf. page 476 de cet ouvrage). Il y a d’abord une logique interne, qui distribue les potentialités selon un gradient littoral / intérieur « la partie utile du territoire correspond au milieu bénéficiant de pluies, souvent étendu vers l’intérieur grâce à des ensembles montagneux. Des villes principales sont souvent en position de piedmont ». Il y a ensuite une logique externe « valorisation de l’interface littorale, drainage des hommes et des richesses, en particulier minérales ». Il en résulte une littoralisation ancré sur des points dominants « du fait qu’il s’agit de pays relativement pauvres, donc dépendants, la logique externe l’emporte ».  La différence avec le modèle précédent est évidente : il n’y a pas de soucis de diffusion et pas de possibilité de gradient de développement vers l’intérieur. Il y a domination jalouse d’un petit espace local, toujours obligé de se défendre contre ses voisins. On est dans une logique de « développement forteresse »

A cause de ce type de logique spatiale , le développement se fait à partir des points (villes) valorisées par les échanges, mais dans un rayon assez réduit, et sans concertation entre villes proches. La fragilité politique, les conflits, font que souvent, d’une ville à l’autre, il ne peut absolument pas y avoir entente, mais seulement concurrence. On ne peut avoir de développement linéaire le long du littoral, des lors qu’il n’est pas politiquement possible de faire des aménagements (touristiques) en dehors de l’aire d’influence directe d’une ville dominante. La conséquence spatiale est que le littoral est divisé en sections assez vides d’hommes et de richesses, et en unités centrées autour d’une ville politiquement et économiquement hypertrophiée.

On peut faire un croquis avec un zoom sur l’Adriatique, de Trieste à Patras. On aurait des pôles (Trieste, puis Keuper, puis Rijeka, puis Zadar et Dubrovnik, puis les bouches du Kotor (seul débouché de Serbie-Monténégro) puis Durres et enfin, Patras. Entre ces pôles (qui sont d’importance faiblissant du Nord au Sud) il n’y a pas de centres très développés, peu ou pas du tout d’infra structures de transport, bref pas de notion de continuité. (Argumenter avec les éléments fournis dans le cours précédent sur Croatie, Slovénie et Albanie).

On aurait exactement le même type de logique spatiale entre la frontière turque et l’Egypte. Il y a une succession de petites polarités littorales, chacune avec une identité politique claire (au Liban, chaque port est, d’après  Lavergne (Méditerranée,  tome 1-2 , 1999, page 39) le fief d’une milice ou d’une force politique). Si l’on faisait un croquis en zoom ; on indiquerait :

Au nord, en Syrie, de  Lattaquié à Tartous des densités sup à 150h/km2 (les plus fortes du pays hors Damas) mais une répartition en pôles isolés. Les deux villes de Lattaquié et Tartous concentrent 30% des hommes et le reste du littoral est beaucoup moins dense (sauf Banias, avec raffinerie). Il est partiellement occupé par des résidences touristiques individuelles (c’est proche de la montagne alaouite, et les Alaouites sont au pouvoir). Les villes ont une industrie d’importance locale. Ensuite au Liban on aurait (presque ) un port par milice :  Tripoli ( raffinerie sur oléoduc venu de Syrie, cimenterie, 300 000h), Batroun (sous contrôle syrien), Jounieh (sous contrôle maronite avec fort développement touristique, casino et trafic passager avec Chypre, appropriation privée du littoral), Beyrouth (vers 1,1 M d’h) en reconstruction (vers 5 M de tonnes d’entrée, principalement des produits manufacturés),   Saida (120 000h, raffinerie ancienne, sous contrôle Druze), Tyr (100 000h). Tout ce qui est au sud de Tyr et au nord de Tripoli est un littoral sans activité maritime, avec seulement une mise en valeur agricole. Seulement entre Beyrouth et Tripoli, commencent à apparaître des centres intermédiaires, touristiques. Ensuite en Israël on aurait une cote sous haute surveillance militaire et des pôles dont les principaux sont Haïfa – Tel Aviv – Jaffa (raffinage, grand centre industriel dans l’agro alimentaire, industrie métallurgique et importance considérable de l’armement et de la haute technologie), et Ashdod-Asqelon (raffinage, activités militaires).. puis Gaza. En Egypte (voir cours précédents) on aurait la ville frontière de Rafah (trafic avec Gaza), la station touristique nouvelle (et quasiment unique sur la cote méditerranéenne de l’Egypte ) de AL Arish, puis peu d’activités jusqu’à Port Said.

On peut prolonger le schéma en Libye jusqu’à Tobrouk.

Conclure la typologie en indiquant que l’établissement de conditions d e paix devraient pouvoir permettre au modèle 3 de passer progressivement au modèle 2… voire au 1.

Conclusion générale

littoraliser c’est, en Méditerranée une évidence culturelle : la civilisation méditerranéenne est fortement basée sur la notion d’échange (de biens, d’idées, d’hommes) et fonctionne sur un modèle économique d’extraversion. L’intérêt de la problématique est d’étudier si les logiques d’états, tels que les guerres actuelles tendent à les créer (ou recréer) est compatible avec ce fonctionnement de relations, d’échanges, de mélanges.

Visiblement, les modèles spatiaux d’occupation du littoral montrent qu’il existe des situations forts différentes. On peut effectivement parler de littoralisation réussie (au sens où la logique spatiale littorale n’est aucunement empêchée par les logiques de frontières)  lorsqu’on se situe dans les pays riches de l’UE. On observe véritablement une diffusion métropolitaine, une sorte de réticulation, qui favorise la multiplicité des échangés culturels et des activités économiques.  Dans la plupart des cas cependant, la littoralisation est, plutôt qu’une mise en réseau, une polarisation, forte, variablement spatialisée, mais, finalement, assez classique. Enfin, les guerres, comme souvent, fragmentent l’espace et interdisent tout développement. L’idéal est, bien évidemment, la paix. Mais est ce qu’alors il faudrait absolument viser à reproduire le modèle azuréen partout ?

Certes il est, par de nombreux cotés, excellent. Mais il se développe au  sein d’un espace culturel relativement unifié depuis des siècles, dont l’arrière pays est très riche et  aussi baigné dans la même culture. Est il vraiment souhaitable de l’appliquer ailleurs, quand il n’y a pas d’arrière pays (Libye), quand il a des distinctions culturelles radicales (juifs/arabes ?), ou quand l’arrière pays n’est pas riche (Turquie, Algérie…). Il est tout à fait possible que le mode optimal de littoralisation ne soit pas partout de type européen…

 

Bibliographie

Les sources principales sont :

Bethemont ( édition Armand Colin, 2001),

Braudel ( édition Armand Colin, 1979)

Sanguin « Mare Nostrum », l’Harmattan, 2000, en particulier l’article de Berthomiére.

Le N° Spécial du Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie, 1998 « Tourisme et Villes ».

«Espaces,  Populations, Sociétés », 1997, 1, p11-26, de Y.Courbage

Un article de Cote, dans le T.I.G.R., 1994, N°85-86, pp 59-72.

Deux articles tirés de ESO, travaux et documents de l’UMR 6590, 1998, par Berthomiére (sur Israël) et Pihet (sur l’Albanie).

L’ouvrage de Davie sur Beyrouth (1997, Urbama, Tours)