Les Etats Unis et le monde depuis les 14 points du Président Wilson

Introduction : Pour les millions de téléspectateurs qui ont suivi, à travers toute la planète, les XXXe Olympiades londoniennes de juillet-août 2012, il n’y a eu que peu de surprise à entendre un peu plus fréquemment l’hymne national des Etats-Unis d’Amérique que les autres (46 fois pour 46 médailles d’or), marquant ainsi la suprématie de la première puissance planétaire dans le domaine sportif, où sa capacité à produire des athlètes de haut niveau participe à sa domination mondiale. Nation la plus riche de la planète (et de loin), troisième puissance démographique, centre culturel multiforme tant dans les arts « nobles » que dans la culture de masse, « gendarmes du monde », modèle politique démocratique abouti, les Etats-Unis cumulent les premières places mondiales et apparaissent comme une puissance incontournable, même si elle est défiée par de « nouvelles » puissances, en premier lieu la Chine, en ce début de XXIe siècle. Cette puissance étatsunienne n’est, de fait, pas nouvelle : Etat relativement « jeune », les Etats-Unis, nés avec la déclaration d’indépendance de 1776, puis la proclamation de la plus vieille constitution démocratique au monde (1787), se sont progressivement construits tout au long du XIXe siècle. La fin de la Conquête de l’Ouest et la guerre de Sécession (1861-1865) entraînent une stabilisation du territoire (à peine modifié depuis le début du XXe siècle par l’ajout d’Hawaii et de l’Alaska), ce qui permet aux Etats-Unis de devenir une puissance économique (Révolution industrielle précoce) et géopolitique (« libération » des Philippines et de Cuba en 1898). Mais la Première Guerre mondiale apparaît comme une nouvelle étape : architectes principaux de la victoire de 1918 malgré un engagement tardif, les Etats-Unis deviennent alors une grande puissance planétaire, comme le montre leur place au sein du Conseil des Quatre (avec le Royaume-Uni, la France et l’Italie), dont le but est de discuter des modalités d’après-guerre. Cependant, jusqu’aux années 1940, ils développent une puissance essentiellement économique et financière, limitant les interventions politiques au niveau international. Cet isolationnisme, remis en question par l’attaque japonaise sur Pearl Harbour, s’effondre totalement le 12 mars 1947 : en votant des crédits pour aider les anti-communistes grecs, le Congrès américain bascule sans conteste vers une puissance assumée, qui entraîne un rayonnement sans précédent des Etats-Unis à travers la planète, certes aujourd’hui un peu fragilisé.

Problématique : Quelles étapes ont permis l’affirmation et la domination planétaire des États-Unis depuis la fin de la Première Guerre mondiale ?
Plan retenu
I/ La tentation de la puissance sans engagement (1918-1945)

A/ L’échec du pacte Wilson et l’isolationnisme américain des années 1920
B/ Du jeudi noir à Nagasaki : fragilités et hésitations de la puissance américaine

II/ L’affirmation de la puissance dans le cadre de la bipolarisation du monde (1945-1991)

A/ Une puissance multiforme assumée
B/ Les inflexions de la diplomatie américaine dans le cadre de la guerre froide

III/ Les hésitations de la puissance depuis 1991

A/ Une hyperpuissance dans les années 1990 ?
B/ Une puissance qui s’érode ?

I/ La tentation de la puissance sans engagement (1918-1945) Le rôle des deux guerres mondiales dans la construction de la puissance

A/ Le poids de la Grande guerre : l’échec du pacte Wilson et l’isolationnisme américain des années 1920

Au sortir de la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis constituent l’une des plus grandes puissances de la planète. Economiquement et financièrement, d’abord, ils ont développé une économie basée sur l’industrialisation et la consommation de biens qui a entraîné une forte hausse du niveau de vie de la population dès le début du XXe siècle. En 1918, ils représentent plus de 40% de la production mondiale totale, loin devant des puissances européennes fortement touchées par la guerre. Cependant, l’essentiel de leur production est consommé par leur marché intérieur, fort de près de 100 millions d’habitants, ils n’apparaissent donc pas encore bien inscrits dans les circuits commerciaux internationaux et leurs investissements à l’étranger demeurent limités (doc. 5 p. 191). Militairement, ils ont fait la preuve des capacités de leur armée à partir d’avril 1917 : leur engagement auprès des Alliés a bien entraîné la défaite des puissances centrales, pour un coût humain relativement limité (un peu plus de 110 000 morts militaires). Enfin, politiquement, le Président démocrate Woodrow Wilson, élu depuis 1916 pour un deuxième mandat, apparaît comme l’un des hommes forts de la fin de la guerre, dans le cadre du Conseil des Quatre (une réunion des quatre dirigeants lors de la Conférence de la Paix, qui a lieu à Paris en 1919, afin de régler les litiges en Europe et dans le reste du Monde).

C’est fort de cette influence que Wilson propose, dans un message du 8 janvier 1918 présenté devant le Congrès américain le 18, un règlement de la guerre qui constitue une synthèse des idéaux du Président et des grands traits de la démocratie libérale : ce sont les « 14 points » de Wilson.Etude de document – les “14 points” du Président Wilson, 18 janvier 1918

Consigne : après avoir rappelé le contexte politique du document, vous montrerez quels grands thèmes Wilson développe dans ses « 14 points ».

Il faut voir ici le refus de la guerre et la place accordée à la diplomatie, le respect des nationalités en Europe (pour Wilson, il existe une hiérarchie politique entre les races, d’où le soutien qu’il apporte au colonialisme), la faveur accordée au libre-échange, le règlement des questions de frontières et la création de la SDN.

Ces « 14 points » servent de base pour la signature de l’armistice du 11 novembre 1918 et donc pour les pourparlers de paix qui s’ouvrent dans le cadre de la conférence de Paris. Le 14 février 1919, Wilson y développe d’ailleurs l’un des points les plus importants pour lui, la fondation de ce qu’il appelle « le gouvernement du monde », c’est-à-dire la Société des Nations (SDN). Dans son esprit, la SDN doit être « l’œil des nations, chargé de veiller sur l’intérêt commun – un œil qui ne somnole pas, un œil partout vigilant et attentif ». Ainsi, la souveraineté passerait des mains des Etats à celle de la SDN, évitant les « pactes illégitimes » (les alliances) entre les Etats qui avaient conduits à la guerre, et permettrait d’aboutir à un essor des principes de paix et de libre-échange défendus par – et favorables à – la démocratie américaine. Ce système apparaît bien comme une refonte totale des règles de l’ordre international auparavant établi.

Pourtant, le pacte wilsonien est rapidement un échec, d’abord à cause de l’attitude des Etats-Unis eux-mêmes. Le Président Wilson ne réussit en pas à imposer ses idées dans son propre pays, marqué par la politique d’isolationnisme : ni  l’opinion publique, ni le Congrès, qui est passé aux mains des républicains lors des élections de mi-mandat (novembre 1918), n’y sont favorables. Au final, les républicains rejettent le Traité de Versailles le 19 novembre et le 19 mars 1919 (doc. 2 p. 194) refusent l’entrée des Etats-Unis à la SDN : l’organisme créé par un président étasunien se fera donc sans son pays, ce qui est pleinement confirmé par l’élection du républicain Harding en 1920. Les années 1920 constituent donc, officiellement, un retour à la doctrine isolationniste, malgré la montée en puissance des Etats-Unis pendant la guerre.

Pourtant, l’isolationnisme des années 1920 n’est pas total, signe que la situation a changé par rapport à l’avant-guerre. La ligne politique d’Harding, « America first », symbolise certes l’isolationnisme, mais aussi une forme de nationalisme étasunien qui implique une défense des intérêts de son pays coûte que coûte (par exemple en abaissant les quotas de migrants autorisés à entrer sur le sol américain afin de favoriser l’emploi des Etasuniens – doc. 4 p. 195). De fait, les Etats-Unis restent très actifs en Amérique latine, leur « chasse gardée » depuis la doctrine Monroe (1823), où ils développent leurs intérêts économiques.  Par exemple, United Fruit, entreprise étatsunienne fondée en 1899, contrôle dans les années 1920 90% du commerce de la banane en Amérique. Mais les Etats-Unis peuvent aussi agir en Europe, de sorte à éviter la reprise de conflits qui pourraient gêner leurs intérêts commerciaux : par exemple, afin de permettre à la République de Weimar de payer les colossales réparations de guerre qu’elle « doit » à la France et au Royaume-Uni, et donc de permettre à ces Etats de rembourser les prêts accordés pendant la guerre par les Etats-Unis et à leurs populations d’acheter des biens de consommation américain (doc. 4 p. 197), la diplomatie étatsunienne impulse des plans tels le plan Dawes (1924). De la même façon, le secrétaire d’Etat signe en 1928 le Pacte Briand-Kellog qui adopte une posture résolument pacifiste.  L’isolationnisme américain n’est donc en fait qu’un levier plus ou moins utilisé pour permettre à la puissance économique des Etats-Unis de s’épanouir dans les années 1920.

B/ Les  fragilités et hésitations de la puissance américaine dans l’entre deux guerres

De fait, les années 1920 sont bien celles de l’épanouissement économique des Etats-Unis. Grâce à quelques secteurs extrêmement dynamiques (chimie, automobile, bâtiment), les Etats-Unis possèdent une croissance économique forte et développent des investissements à travers toute la planète (doc. 5 p. 195). Par exemple, The Ford Motor Company, implante des usines et développe ses marchés dans le Monde, notamment en Europe, tout au long des années 1920, ce qui entraîne de forts succès : en 1932, en pleine dépression mondiale, Ford produit un tiers des automobiles de la planète. Parallèlement, les Etats-Unis développent des innovations qui leur permettent pour la première fois d’apparaître comme une puissance technique majeure : c’est le cas par exemple dans l’aviation, les premières entreprises américaines de ce secteur émergent dans les années 1920, comme American Airlines ou United Airlines. Cependant, ces succès cachent en fait des faiblesses structurelles : surproduction, faiblesse de l’épargne et inégalités des salaires qui entraînent un krach boursier au New-York Stock Exchange le 24 octobre 1929 (jeudi noir).

A partir de l’hiver 1929, la dépression s’installe aux Etats-Unis et, par effet domino, dans tous les pays industrialisés (sauf l’URSS), signe de la place prédominante des Etats-Unis dans les finances mondiales. Le président Hoover alors au pouvoir replie encore plus les Etats-Unis sur eux-mêmes, concentrant tous ses efforts sur la résolution d’une crise qui entraîne des faillites bancaires en cascade, puis d’autres entreprises, d’où une montée du chômage (près de 25% de chômeurs à l’apogée de la crise en 1933) et une dégradation du niveau de vie global des Américains. Mais la politique protectionniste de Hoover est un échec qui favorise l’arrivée au pouvoir d’un wilsonien, le démocrate Franklin Delano Roosevelt, aux affaires à partir du 4 mars 1933. Bien que peu favorable à l’isolationnisme américain, il préfère s’engager dans cette voie pour contenter l’opinion et se concentre sur la résolution de la crise. Il lance donc son New Deal (composé de mesures sociales pour aider les plus pauvres, de réformes bancaires et du Social Security Act de 1935) qui réorganise totalement le système économique et financier américain et réussit à partiellement résoudre la crise : en 1939, le PIB des Etats-Unis est revenu à son niveau de 1928 et le chômage a régressé à 15% de la population active.

Cependant, la résolution de la dépression a entraîné une absence quasi-totale des Etats-Unis sur la scène internationale dans les années 1930, concrétisée par les Neutrality Acts de 1935-1937 qui ont pour but d’éviter aux Etats-Unis d’être entraînés dans une nouvelle guerre européenne. Cet isolationnisme forcené n’est cependant pas du goût du Président, qui prépare l’opinion et le Congrès à un éventuel changement de politique (il commence par exemple à alerter l’opinion, sans grand succès, lors de l’invasion japonaise de la Chine en octobre 1937, arguant que « l’anarchie internationale détruit les fondements de la paix »), car l’Axe apparait de plus en plus comme une menace pour la paix et la démocratie libérale. Avec l’invasion de la Pologne par Hitler et le choc de la défaite française de mai 1940 (comme beaucoup, l’opinion publique américaine pensait l’armée française invincible…), Roosevelt relance son projet, déjà évoqué en 1938, de remplacer les Neutrality Acts par la loi dite « Lend-Lease » ou « prêt-bail », qui est votée le 11 mars 1941 après la réélection de Roosevelt de novembre 1940 : les Etats-Unis prêtent au Royaume-Uni resté seul en guerre contre l’Axe (puis à l’été à l’URSS dès le déclenchement de l’Opération Barbarossa, le 22 juin 1941) des armes pour la durée de la guerre. Roosevelt proclame aussi avec Churchill la Charte de l’Atlantique le 14 août 1941, ce qui permet aux Etats-Unis, au nom de la liberté de navigation sur les mers (article 7), de contrôler l’intégralité de l’Atlantique nord et d’éviter qu’y croise la marine de l’Axe. Cependant, l’opinion américaine n’est toujours pas prête pour l’entrée en guerre : c’est l’attaque d’une base militaire avancée dans le Pacifique qui en est donc le déclencheur

C/ La Seconde Guerre mondiale, un tournant décisif

Au lendemain du 7 décembre 1941, la situation change totalement aux Etats-Unis : le conflit, jusque là distant, vient toucher le patriotisme américain, et la population accepte donc sans rechigner l’entrée en guerre de leur pays le 11 pour venger Pearl Harbour. La Seconde Guerre mondiale apparaît alors comme l’étape qui permet le passage à une superpuissance assumée de la part des Etats-Unis. Ces derniers font en effet la preuve de leurs puissance économique et financière : les Etats-Unis s’orientent vers l’effort de guerre sans abandonner les autres secteurs, ce qui, associé à l’intégrité d’un territoire éloigné des combats, permet de définitivement redresser l’économie américaine, par exemple en absorbant les chômeurs restants. De plus, la puissance militaire des Etats-Unis entraîne la victoire : les opérations réussies s’enchaînent à partir de 1943, les campagnes de France et d’Italie laissant apparaître la force de frappe terrestre en 1944, tandis que la guerre du Pacifique montre la domination des mers par les Etats-Unis d’Amérique. Les bombes atomiques d’Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1945) sont aussi la preuve de la supériorité technique des Etasuniens. Enfin, Roosevelt développe une puissance diplomatique assumée : en rencontrant plusieurs fois Staline et Churchill (par exemple à Yalta du 4 au 11 février 1945), en jetant les bases avec d’une nouvelle organisation internationale prompte à remplacer la SDN, dans laquelle la place centrale des Etats-Unis est définitivement actée par son successeur Truman lors de la signature de la Charte de San Francisco le 26 juin 1945 (création de l’ONU), il permet à son pays d’atteindre le rang politique équivalent à sa puissance économique. Tout comme son allié soviétique, les Etats-Unis deviennent donc, par la Seconde Guerre mondiale, une superpuissance rayonnant sur le Nouvel Ordre mondial de 1945.

II/ L’affirmation de la puissance dans le cadre de la bipolarisation du monde (1945-1991)

Avec les dissensions, puis la rupture consommée entre les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis doivent assumer les responsabilités de la victoire. Leur opposition avec l’URSS renforce leur statut de superpuissance multiforme porteuse d’un projet planétaire revendiqué.

A/ Une puissance multiforme  assumée, celle de la « République impériale » (R. Aron, 1972)

Dès les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés mettent en place les bases de reconstruction d’un nouvel ordre mondial. La refondation du système économique mondial est un enjeu essentiel. La guerre a permis aux Etats-Unis d’accroître leur puissance économique, leur PIB double quasiment à l’occasion de la guerre, ils représentent en 1945 la moitié de la production industrielle planétaire et possèdent près des deux tiers du stock d’or mondial. Cette puissance est renforcée par la mise en place d’institutions internationales qu’ils dominent dans le cadre du système de Bretton Woods de juillet 1944 : le Fonds Monétaire International doit permettre la régulation du système monétaire mondial, quand la BIRD, future Banque mondiale, doit financer les projets de reconstruction d’un monde meurtri. Ces deux institutions ont leur siège à Washington. Cependant, le « rêve » d’un nouvel ordre mondial pacifié est vite contrarié par les tensions entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’empêcher le communisme de se répandre au-delà de sa sphère d’influence d’alors, le Président des Etats-Unis énonce, dans son discours au Congrès du 12 mars 1947, la doctrine Truman s’appuyant sur l’idée du containment. Les Etats-Unis s’affirment à travers celle-ci comme un modèle politique, celui de la démocratie libérale, dont l’objectif est le triomphe des valeurs dont ils se veulent porteurs : démocratie, liberté, capitalisme. Cela marque le début de la guerre froide et de la bipolarisation planétaire. Afin de concrétiser la doctrine Truman est mis en place le plan Marshall (5 juin 1947) d’aide à la reconstruction de l’Europe. Celui-ci constitue bien une arme économique et politique, car la reconstruction de l’Europe doit permettre d’intégrer celle-ci dans la sphère d’influence étasunienne et consolider les intérêts des Etats-Unis dans un espace géostratégique majeur, tout en favorisant la libéralisation des échanges. De plus, les tensions de la guerre froide amènent les Etats-Unis à intervenir constamment à l’étranger grâce au complexe militaro-industriel et à intégrer un nombre croissant d’Etats dans des systèmes alliances militaires (OTAN en 1949) ou par des accords bilatéraux qui doivent permettre de contenir la poussée soviétique (doc. 2 p. 201). Puissances économique et politico-militaire sont les deux vecteurs essentiels de ce que l’on appelle le Hard power.

La puissance américaine repose également ce que l’on caractérise plus tard (Joseph Nye au début des années 1990) par le terme de Soft Power. Le modèle culturel américain s’impose par sa capacité de séduction, d’attraction, qui permet aux Etats-Unis d’atteindre leurs objectifs internationaux. Les Etats-Unis sont un pays porteur de rêve, d’espérance et les limites réelles du modèle n’y changent rien : les Etats-Unis sont souvent vus comme un eldorado contemporain. Leur culture populaire est devenue une culture monde connue et reconnue par le cinéma hollywoodien et la télévision dès les années 1960, diffusant un modèle de vie fantasmé : c’est l’American way of life porteur du rêve américain.

Etude de document – Richard Hamilton, « Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing? », 1956

– décryptage des éléments et symboles de l’American way of life : cinéma, télévision, confort matériel dans cadre société de consommation l’accumulation comme vecteur du bonheur ?, conquête spatiale, culte du corps : féminin (pin-up) et masculin (culturiste), et leur interaction fortement sexuée…mais aussi femme de ménage,
– alternance NB couleurs plus ou moins passées
– insister sur la dimension ironique de l’œuvre

B/ Les inflexions de la diplomatie américaine dans le cadre de la Guerre froide

Dans le cadre de la défense de leurs intérêts stratégiques face à l’URSS, les Etats-Unis pratiquent un interventionnisme constant qui subit cependant les inflexions de la guerre froide et, parfois, altère leur image dans le monde.

Grâce à leur prospérité économique, les Etats-Unis représentent près de 30 % du PIB mondial en 1950, ils ont donc les moyens d’intervenir pour défendre leurs intérêts. Cet interventionnisme peut s’opérer de façon directe ou de façon plus souterraine. Il repose sur l’entretien d’une force armée très importante (plus de 3 millions de soldats en 1953) mais également sur le développement d’agences spécialisées dans le renseignement, l’espionnage ou le contre-espionnage (CIA, créée en 1947). L’interventionnisme direct s’opère par exemple en Asie. Le 1er octobre 1949, la Chine devient communiste (RPC) et Kim il-Sung, leader communiste coréen, tente de s’emparer de la totalité de la péninsule. Afin d’éviter que la Corée ne bascule totalement dans le camp du communisme, les Etats-Unis interviennent sous mandat onusien. Ils infléchissent leur politique en adoptant le rollback, qui vise à refouler le communisme et non plus simplement à contenir sa progression. Cette intervention en Corée confirme que pour les Etats-Unis le Pacifique est un espace géostratégique essentiel, on parle parfois de « lac américain ». Seule la mort de Staline permet de débloquer une situation figée et l’armistice est signé à Panmunjom en juillet 1953.

Mais les interventions sont parfois plus souterraines. C’est notamment le cas avec le soutien apporté à la réalisation de coups d’Etat contre des dirigeants dont la politique intérieure apparaît comme nuisible aux intérêts américains : par exemple en 1953 la CIA soutien le renversement de Mossadegh en Iran et le retour d’un dirigeant bien plus conciliant le Shah Mohammad Rezah Pahlavi. Cet interventionnisme atteste de la puissance étatsunienne dans les années 1950.

Cependant, à partir des années 1960, le leadership américain est partiellement remis en cause. L’image des États-Unis est fortement dégradée par la connaissance des exactions commises au Vietnam (photographie de Nick Ut), mais aussi par l’importance des problèmes intérieurs : dénonciation de la guerre par la jeunesse étasunienne qui s’incarne dans une contre-culture (mouvements beatnik et hippie), émeutes des ghettos noirs 1965-1968 (Watts, Newark, Detroit,..), assassinat de Martin Luther King le 4 avril 1968,… Avec la défaite en 1973-1975, la crise morale menace un peu plus les Etats-Unis qui doutent d’eux-mêmes. D’autant que la guerre coûte extrêmement cher et les Etats-Unis connaissent une certaine érosion de leur domination économique au moment où s’affirment de « nouveaux » concurrents, Japon et CEE, ce qui les amène le 15 août 1971 à suspendre la convertibilité du dollar en or et de fait à mettre fin au système de Bretton Woods. Les dirigeants étasuniens entendent alors réaffirmer leur position planétaire, mais la realpolitik incarnée par Kissinger et Nixon brouille plus encore l’image de leader du monde libre que les États-Unis avaient construit : le soutien systématique aux dictatures sud-américaines (doc. 3 p.206) semble par exemple en contradiction totale avec le statut d’étendard de la liberté que brandissent les Etats-Unis. L’élection de Jimmy Carter en 1976 dessine une inflexion diplomatique en rupture avec celle de l’administration précédente, c’est la politique dite des « bons sentiments ». Cependant les échecs marquent la fin du mandat de Carter : victoire des Sandinistes au Nicaragua en 1979, révolution islamique puis prise d’otages à l’ambassade américaine en Iran (doc. 3 p.211). Cela coûte à Carter sa réélection.

Avec l’arrivée de Reagan à la tête du pays, on assiste à un « sursaut » des États-Unis. Derrière son slogan de campagne, America is back, il entend affirmer avec force la supériorité des Etats-Unis et dénonce l’idée d’un déclin inévitable. Il décide de relancer l’effort militaire du pays avec l’Initiative de Défense Stratégique ou Star Wars, le budget militaire augmente alors très fortement (de moins de 5 % du PIB en 1977 à 6,5 % en 1987). Il impose ainsi une course aux armements que l’URSS ne peut suivre. De plus, il réaffirme ce qu’il considère être la supériorité morale des Etats-Unis sur l’URSS, qu’il qualifie « d’empire du Mal », une vision fortement imprégnée de religiosité et inspirée par le renouveau évangéliste que connaissent les Etats-Unis. Avec l’arrivée de Gorbatchev au Kremlin et l’épuisement de l’URSS, les deux Grands entament des pourparlers sur le désarmement (accords de Washington en 1987), puis se rapprochent progressivement. Au sommet de Malte en décembre 1989, G.H. Bush proclame la fin de la guerre froide, nul ne doute alors que les Etats-Unis sortent vainqueurs de cette opposition.

La guerre froide a permis aux États-Unis de consolider leur leadership sur la planète. Avec l’implosion du bloc de l’Est puis de l’URSS entre 1989 et 1991, ils se retrouvent dans une position inédite, celle d’unique superpuissance

III/ Les hésitations de la superpuissance depuis 1991

Première puissance globale de l’histoire, les Etats-Unis font face à de nouvelles responsabilités et ont de nouvelles ambitions : se pose la question de l’exercice de leur leadership et donc de l’évolution vers un monde multipolaire ou unipolaire.

A/ Une hyperpuissance dans les années 1990 ?

Au début des années 1990, certains (Fukuyama) vont jusqu’à parler de la « fin de l’histoire » que marquerait le triomphe planétaire de la démocratie libérale et de l’économie de marché et comptent sur la victoire américaine pour instaurer un nouvel ordre mondial réactivant, en l’adaptant, l’idéalisme wilsonien d’une communauté internationale pacifiée derrière le leadership étasunien. Grâce à leur puissance militaire, ils bénéficient d’une capacité de projection qui leur permet d’intervenir sur différents théâtres d’opération où leurs intérêts sont engagés. Dans une première phase, G. H. Bush considère que les intérêts étasuniens seront d’autant mieux préservés que les Etats-Unis seront capables d’agir au nom de la communauté internationale, dans le cadre d’alliances les plus larges possibles. C’est le multilatéralisme : autour du  noyau (Core), les Etats-Unis, s’articulent les Core partners dont le noyau doit rechercher la coopération, afin de lutter contre les principaux risques planétaires qu’incarnent les Etats-voyous, les Rogue states. La première guerre du Golfe en 1991 est en partie l’incarnation de cette vision géopolitique, elle montre la capacité des Etats-Unis d’assumer leur statut de leader mondial et leur volonté de faire respecter le droit international,… et leurs intérêts planétaires. Avec l’arrivée au pouvoir de Bill Clinton, la politique étrangère connaît une inflexion dans le cadre de l’enlargement, une politique de promotion de la paix, et de l’économie de marché, à travers le monde qui se manifeste par de nouvelles interventions militaires (rôle décisif dans le conflit yougoslave : Dayton 1995, Kosovo 1999). Néanmoins les États-Unis demeurent méfiants vis à vis des instances internationales et des risques que celles-ci pourraient faire peser sur leur souveraineté nationale (refus de reconnaître la Cour pénale internationale en 1998).

Le deuxième pilier de la domination étasunienne est la puissance de son économie. Les Etats-Unis, selon le principe wilsonien, considèrent que l’ouverture accrue des marchés est un élément essentiel de stabilisation planétaire et de renforcement de leur domination. Ils favorisent donc le processus de mondialisation qui par bien des aspects prend la forme d’une « américanisation » du monde. Le soft power apparaît comme un élément essentiel d’imposition de la puissance par la capacité de séduction d’un modèle triomphant. Entre 1993 et 1995, les Etats-Unis jouent par exemple un rôle moteur dans la création de l’Organisation Mondiale du Commerce, dans laquelle ils voient dans l’OMC une possibilité de pacifier le monde, à leur bénéfice, grâce à l’ouverture économique et l’intégration des Etats dans une institution commune. Cela explique pour partie les efforts de Clinton pour faire entrer la Chine dans l’OMC (déc. 2001).

Etude de document – La politique de « l’enlargement » de B. Clinton
Consigne : En quoi la politique d’enlargement de B. Clinton se veut-elle à l’articulation de l’idéalisme et du réalisme politique?

« Les Etats-Unis sont une puissance mondiale et ils ont des intérêts dans toutes les régions de la Terre. Les Etats-Unis devront être actifs dans chaque aire qui se dessine aujourd’hui, pour contribuer à maintenir la paix et la stabilité et pour promouvoir la démocratie. Nous savons que les autres pays ont le regard tourné vers nous, non seulement à cause des dimensions et de la force de notre pays, mais pour ce que nous représentons et pour ce à quoi nous sommes disposés à nous opposer. Nous ne sommes pas, et nous ne pouvons pas être, le gendarme du monde. Mais là où nos intérêts et nos idéaux le demandent, et quand nous aurons la possibilité de laisser notre empreinte, nous agirons et, si c’est nécessaire, nous assumerons le rôle de leader. Nous avons souscrit à des engagements forts importants d’un bout à l’autre du monde en Asie, en Amérique latine, en Océanie, au Moyen-Orient et naturellement en France – et nous les tiendrons. Nous sommes décidés, en particulier, à favoriser le flot montant de la démocratie et du libre marché sur tous les continents. Ceci est le reflet non seulement de nos idéaux, mais aussi de nos intérêts. Si un pays est démocratique, les probabilités qu’il engage une guerre contre un autre pays ou bien qu’il commette des abus envers des droits de son peuple diminuent. Et les probabilités qu’ils soit un bon partenaire commercial et qu’il collabore avec nous pour combattre les nouvelles menaces que les démocraties doivent ensemble affronter, les Etats hors-la-loi, le terrorisme, la criminalité internationale et le trafic de la drogue augmentent. »

Bill Clinton, entretien accordée à la revue française de géopolitique Limes, n° 1, 1997.

Certains voient donc les Etats-Unis comme une hyperpuissance, car sans égal, sans adversaire à leur mesure. Cependant face à l’instabilité planétaire accrue par la désagrégation du bloc de l’Est les Etats-Unis, malgré leur puissance globale, n’ont pas totalement la capacité de régir le monde, d’autant que leur politique se heurte à des oppositions voire contestations croissantes.

B/  Une puissance qui s’érode ?

Depuis le début du XXIe siècle, les Etats-Unis font face à certaines remises en cause. D’un point de vue économique la puissance américaine, qui demeure la première économie planétaire, voit l’émergence de puissances, telles les BRICS, qui acquièrent un poids croissant. Cet affaiblissement relatif de la puissance étasunienne se traduit par certains indicateurs négatifs. Les États-Unis, notamment pour financer leur politique militaire, se sont considérablement endettés (en 2012, la dette dépasse le PIB). De plus, le déficit commercial se creuse en grande partie car les entreprises étasuniennes ont massivement délocalisé et le pays est aujourd’hui largement débiteur notamment face à la Chine. La crise financière puis économique « révélée » en 2008 par la faillite de Lehmann Brothers a profondément altéré l’économie du pays et montré les dysfonctionnements d’une économie financiarisée.

Cependant, le PIB étasunien demeure de loin le premier du monde, une fois et demi supérieur à celui de la Chine. Les États-Unis orientent massivement leurs investissements vers les industries et services de haute-technologie qui représentent aujourd’hui près de 40 % de leur PIB. C’est particulièrement flagrant dans le domaine de l’économie numérique. Phénomène mondial, né aux Etats-Unis, l’Internet est totalement dominé par un oligopole d’une douzaine d’entreprises étasuniennes. Cette alliance objective entre opérateurs, diffuseurs, équipementiers et agrégateurs de liens sociaux constitue ce que l’on appelle Hollyweb, qui représente un chiffre d’affaire de près de 550 milliards de dollars et a largement été favorisée par l’Etat. De plus, les Etats-Unis investissent massivement dans la recherche-développement , persuadés que s’y trouve la clé du maintien de leur domination économique. L’économie étasunienne connaît donc de réelles difficultés, mais n’en demeure pas moins dominante.

La domination politique des Etats-Unis souffre également de certaines remises en cause. Le 11 septembre 2001 conduit l’administration de G.W. Bush a redéfinir ses priorités. La guerre contre le terrorisme et « l’Axe du Mal » devient l’objectif premier d’une puissance qui considère comme légitime d’intervenir massivement pour défendre ses intérêts. Bush imprime une coloration fortement unilatéraliste à sa politique étrangère, considérant que les États-Unis ont le droit de se passer de l’avis de la communauté internationale (Irak mars 2003) et de porter la guerre contre des menaces encore potentielles : théorie de la guerre préventive. La politique de G. W. Bush s’appuie sur la force inégalée du complexe-militaro-industriel (sept des premiers marchands d’armes dans le monde sont des entreprises étasuniennes). Cependant si les invasions de l’Irak comme celle, auparavant, de l’Afghanistan s’avèrent relativement aisées, elles ne permettent pas de réellement pacifier ces pays. De plus ces interventions massives, pour l’Irak sans le consentement de la communauté internationale, nourrissent de forts courants anti-interventionnistes aux États-Unis comme dans le monde et viennent ternir l’image d’un pays qui semblent s’asseoir sur ses idéaux (Guantánamo). Ces impasses de la politique étrangère conduisent le président Bush à initier une légère inflexion vers le multilatéralisme dès 2006.

C’est une inflexion que son successeur B. Obama entend poursuivre et approfondir dans le cadre de ce que l’on appelle le smart power. Obama n’est pas un doctrinaire mais bien un pragmatique, il entend permettre aux États-Unis de restaurer leur image dans le monde, pour cela le multilatéralisme et la coopération internationale sont les instruments essentiels de sa politique étrangère. Cependant Obama n’entend bien sûr pas se priver du levier militaire, et la lutte contre Al-Qaeda montre à la fois une forme de continuité, mais également de rupture, par rapport à son prédécesseur. En effet, l’administration Obama a fait le choix de privilégier les opérations secrètes, menées notamment par les Forces spéciales (mort de Ben Laden le 2 mai 2011) plutôt que la guerre « classique » beaucoup plus démonstrative, coûteuse en hommes et….politiquement peu efficace. Obama considère que le déploiement  de la puissance militaire de façon spectaculaire est contre-productif car il peut être perçu comme de l’arrogance et se retourner contre les États-Unis. A cet égard, les États-Unis ont fait de la lutte contre le « cyberterrorisme » un objectif prioritaire, ils ont créé en 2010 dans le cadre élargi de l’OTAN le Centre de recherche et de formation à la « cyberdéfense » installé à Tallin en 2008. L’interconnexion des systèmes rend en effet les Etats vulnérables d’autant que tous les analystes considèrent que la menace de « cyberconflits » va s’amplifier. Les États-Unis d’ailleurs sont fortement soupçonnés d’être à l’origine des attaques cybernétiques qui ont frappé les centrales nucléaires iraniennes en 2010 (virus Stuxnet développé avec les services israéliens). Le maintien de l’avancée technologique des États-Unis est donc bien un enjeu essentiel au maintien de leur puissance présente et future.

Conclusion : Pôle majeur de l’espace mondial, les États-Unis ont construit leur domination sur la puissance et le dynamisme de leur économie, mais également sur la conviction qu’ils ont, par essence, un rôle prééminent à jouer dans le monde, la destinée manifeste. Les guerres mondiales dans la première moitié du XXe siècle les ont amenés à développer par étapes un modèle de puissance multiforme qui, dans le cadre de la guerre froide, assume son leadership sur une grande partie de la planète. Avec la disparition de leur adversaire soviétique les États-Unis se trouvent confrontés à un nouveau défi, celui de construire autour d’eux un nouvel ordre mondial pacifié. Puissance globale, les Etats-Unis ne parviennent cependant pas à réguler seuls la marche du monde, même s’ils assument leurs responsabilités : ils suscitent des formes de séduction et d’attraction inégalées, mais aussi d’opposition voire de rejet virulent. Malgré les difficultés, le leadership étasunien demeure une réalité et le pays a toujours su, jusqu’alors, s’adapter aux nouveaux défis qui lui sont proposés.