Les sociétés européennes (du milieu du 19ème siècle à 1939)

I – Les structures sociales nouvelles

La Révolution Industrielle a créé de nouvelles hiérarchies sociales. On a assisté en particulier à la naissance d’un monde ouvrier de masse (appelé prolétariat par Marx) et au développement d’une  bourgeoisie dont les valeurs (qui copiaient par ailleurs celle de l’aristocratie) sont vite devenues les valeurs dominantes de la société

A . Le triomphe de l’idéologie bourgeoise

Les valeurs de la bourgeoisie reposent d’abord  sur la famille. La famille idéale, dominée par le père (depuis l’élaboration du  code civil napoléonien), est unie par une hiérarchie stricte qui assure  l’harmonie familiale. Par décalque, transposition, elle est censée assurée l’harmonie sociale.
L’idéologie bourgeoise met en avant le mérite personnel qui conduit immanquablement à la réussite sociale, dans le cadre  d’une économie de type capitaliste libéral.
Les valeurs bourgeoises se confondent également  souvent avec celles de la religion chrétienne (mise en avant de thèmes comme la  charité, la pratique du culte qui sert de ciment social, mise en avant de la tradition  judéo-chrétienne laquelle impose un contrôle permanent de ses  pulsions afin de lutter contre les excès).
Ces valeurs sont communes à l’ensemble  de la classe bourgeoise mais celle-ci est très hétérogène dans ses composantes  sociales : la bourgeoisie est relativement hiérarchisée.  Cette hiérarchie se fonde sur des critères économiques. Elle peut se schématiser  ainsi:

  • La petite bourgeoisie qui correspond aux classes  moyennes en plein essor au cours du temps (petits commerçants, professions libérales,  professions intellectuelles…)
  • La moyenne bourgeoisie qui regroupe les rentiers  (jusqu’en 1914, dans un monde qui ne connaît pas l’inflation), les chefs des  petites et moyennes entreprises…

Les grandes familles bourgeoises comme Schneider, de  Wendel en France, Krupp et Thyssen en Allemagne, Agnelli et Pirelli en Italie, Rockfeller et  Carnegie aux EUA…

Cette classe bourgeoise est désormais  conquérante :

  • Elle monopolise le pouvoir économique en possédant  les moyens de production (le Capital dans le vocabulaire de Marx).
  • Elle monopolise le pouvoir politique (les dirigeants  en sont issus, elle fait pression sur le pouvoir politique par les lobbies).
  • Elle dispose du pouvoir culturel (elle est  détentrice du savoir et bénéficie en premier lieu de l’enseignement supérieur :  la réelle démocratisation de l’accès des classes populaires au savoir date d’après la Deuxième Guerre mondiale).
  • Elle dispose du pouvoir moral : ses valeurs sont  les nouvelles normes sociales.

B. La condition sociale de la bourgeoisie tranche  avec la condition ouvrière

La condition ouvrière reste difficile  malgré les progrès de la législation sociale. D’une manière générale, les  ouvriers restent dans une situation de dominés par rapport à la bourgeoisie : salaires  insuffisants même si au cours du temps ils augmentent (avec les théories fordistes en particulier qui posent comme base que la masse ouvrière est aussi consommatrice des biens  qu’elle produit : une rémunération suffisante est un préalable à  l’écoulement de la production), la journée de travail difficile (en constante  diminution avec les progrès de la législation sociale : lois de huit heures à la fin du  19ème, congés payés dans les années trente…), travail dangereux, une  protection sociale qui est mise en place tardivement (dans les années 20) et qui demeure  insuffisante la plupart du temps.

La condition ouvrière progresse par  l’action syndicale qui prend parfois une tournure violente (comme le 1er  mai 1936 à Chicago, le 1er mai 1891 à Fourmis en France, ou les grèves de  1906 qui réclament la journée de 8 heures). Le syndicalisme s’appuie sur les  nouvelles idéologies de la fin du 19ème qui font une part importante à la  question sociale (Marxisme, anarchisme, socialisme réformiste, catholicisme social).

C – Un monde rural touchés par de profondes transformations

Le rôle de la révolution agricole

 Depuis les physiocrates la terre est au cœur d’une controverse : Pour les uns elle est la condition indispensable de toutes les modifications ultérieures quand pour les autres son rôle n’est qu’indirecte. Par révolution agricole ou agriculture «à l’anglaise» il faut entendre la généralisation d’un modèle agricole appliqué à un grand nombre de pays.

Une agriculture dominante

 L’agriculture est le secteur économique dominant pour l’époque pré et proto-industrielle. En général l’agriculture à raison des deux tiers aux produits physiques des économies et concentre presque ¾ de la population active. L’agriculture est par ailleurs une source de revenu important pour les classes dominantes : La noblesse, la bourgeoisie…

 A la fin du 18ème siècle l’agriculture, mais comme d’autres activités économiques, présente une très grande variété de situations locales : des zones d’agriculture intensive, à l’opposé d’autres régions plus pauvres avec des différentiels de population active. Cette différence entre zones provient de conditions naturelles plus ou moins propices (montagnes, plaines fertiles, nécessité ou non de la jachère…).

L’agriculture suivant l’analyse de certains auteurs remplis plusieurs fonctions :

•Par sa production elle nourrit les paysans et dégage des surplus commercialisables.
•Par les progrès techniques l’agriculture libère des facteurs des hommes du capital.

C’est dans la terre que le libéralisme va plonger ses racines (analyse de la rente foncière). Tous les pays n’ont pas la même situation : l’Angleterre est pionnière (elle se détache rapidement du système féodal) avec le mouvement des enclosures.

Les progrès sont lents et sont le résultat de pratiques anciennes avec des améliorations infimes. Cependant, toute amélioration à des conséquences importantes. Par ailleurs, des facteurs semblent avoir joué un rôle central. L’augmentation des prix des céréales qui poussent à la production et donc à la généralisation de nouvelles inventions comme par exemple l’apparition de nouvelles charrues.

L’augmentation de la population va jouer un rôle important parce que là aussi il faudra un accroissement du produit agricole. Enfin on notera que les progrès des moyens de transports vont rationaliser et faciliter la diffusion de ces techniques même si pour une grande part elles sont des gadgets (innovations incrémentales)

Agriculture et industrialisation : Quelles relations ?

Des physiocrates aux études de l’économiste Rostow relatives aux étapes de la croissance économique (1960) il est courant d’affirmer que les progrès, notamment en ce qui concerne la révolution agricole sont un préalable indispensable à la croissance industrielle.

Cette affirmation semble confirmée par les performances de ces dernières décennies concernant un certain nombre de pays de ce que l’on appelé en son temps les PVD en particulier de l’Asie du sud-est. Ces ont par exemple les économies de la Corée du sud, de Taïwan, et autres économies de l’Asie. Ces économies ont réussi à maitriser leur agriculture et à intégrer le marché

II –  Les idéologies de la Révolution Industrielle

A – Le capitalisme libéral

La Révolution Industrielle se fait dans le cadre du  capitalisme libéral : Le Libéralisme est une pensée politique, économique et  morale issue de la Philosophie des Lumières du 18ème siècle. Le libéralisme  économique est formulé par l’Ecossais Adam SMITH (1776). Le libéralisme pose pour  base que le moteur de l’économie est l’initiative individuelle privée  (selon l’idée que ce qui incite l’individu à travailler et à épargner  c’est la perception de son propre intérêt). Dans ce cadre, l’intérêt  général est la somme des intérêts particuliers. Par conséquent, les principes du  libéralisme sont la libre entreprise qui permet l’initiative privée),  la libre concurrence (qui favorise les produits les moins chers à qualité égale) et le libre-échange (qui favorise le commerce). L’Etat doit  donc respecter la propriété privée et ne pas intervenir dans l’économie, ni fixer  des réglementations abusives, ni exiger une fiscalité trop lourde.

B. Le Marxisme conteste les principes du  libéralisme économique

Marx critique le capitalisme. Dans son vocabulaire, les  acteurs de la production sont le Capital (les patrons qui amènent  l’argent) et le Travail (le prolétariat qui apporte sa force de  travail). Or, les bénéfices de l’entreprise profitent davantage au Capital  qu’au Travail car les patrons réalisent une plus-value (ou une  survaleur) par rapport au prolétariat. Aussi, le système capitaliste est injuste. Il  conduit à une société dans laquelle un petit nombre d’individus accumulent les  richesses tandis qu’une grande masse de prolétaires vit dans le dénuement. Marx  parle de société duale et il y a lutte des classes entre la  Bourgeoisie et le Prolétariat. Pour lui, cette lutte doit immanquablement conduire à la  victoire du prolétariat car il est le plus nombreux. Lorsqu’il prendra conscience de  sa force, il fera la révolution, s’emparera des moyens de productions et établira  sa dictature. On entre alors dans une phase intermédiaire de la révolution marxiste : l’Etat  possède tous les moyens de production et dirige l’économie par  l’intermédiaire de plans fixe quantitativement et qualitativement les objectifs de  production. Au terme de cette phase intermédiaire, on doit aboutir à une  société sans classes (la société communiste).

L’anarchisme : il dénonce le  capitalisme et surtout l’Etat car, selon lui, il opprime les classes populaire. Il  faut par conséquent abattre l’Etat par tous les moyens (la grève  générale en particulier), y compris éventuellement par l’action violente  (terrorisme). L’objectif est aboutir à un système où il y a libre  consentement de la base populaire. Les principaux théoriciens de l’anarchisme  sont le Français Proudhon (1809-1865) et le Russe Bakounine (1814-1876).

. Le catholicisme social ne remet pas en  cause l’économie capitaliste libérale mais cherche à en corriger les effets les  plus négatifs sur le plan social. Il répond au devoir de charité exigé  par le christianisme. Il encourage le patronat à prendre des mesures sociales envers les  ouvriers (construction de logements décents, d’écoles, d’hôpitaux). On parle  à ce sujet de paternalisme des patrons à l’égard des ouvriers.

III – Une culture en rupture avec la tradition  qu’incarne l’idéologie bourgeoise

A – La naissance d’une culture de masse

L’apparition d’une culture de masse est  liée au développement de la vie urbaine : de plus en plus de monde a accès à la  culture (on parle de démocratisation de la culture) et la culture s’uniformise avec  la disparition des régionalismes. Les manifestations de cette culture de masse sont la  presse qui véhicule l’information mais aussi la littérature (les romans-feuilletons  comme Arsène Lupin de LEBLANC, Sherlock Holmes de Conan DOYLE, les romans  de Jules VERNE, de KIPLING…), l’image (développement de l’affiche  publicitaire, de la BD, de la photographie, du cinéma), le son (TSF).

B – Il y a rupture avec les certitudes  scientifiques du 19ème siècle

La pensée dominante dans la seconde moitié du 19ème  est le positivisme d’Auguste Comte (il n’y a de vérités que celles qui sont  démontrées par les sciences expérimentales). Or, on assiste à de nouvelles  découvertes scientifiques, qui entraînent une crise des fondements (une remise en  question des certitudes autrefois clairement définies par la science).

  • Remise en cause de la démarche expérimentale pour  utiliser le pouvoir créateur des mathématiques.
  • Bouleversements des représentations habituelles du  monde sensible avec une nouvelle conception de l’espace et une nouvelle conception du  temps (la théorie des quanta Max PLANCK et la théorie de la relativité  d’Albert Einstein).
  • Retour à des philosophie où l’intuition, le  religieux, l’inexpliqué retrouvent leur place (Nietzsche, Bergson, Proust,  Husserl…).
  • Apparition de la psychanalyse en médecine avec  FREUD.

C – La création artistique est conçue comme une  révolution

Auparavant, l’idéal de la création était de  perfectionner les techniques traditionnelles. Désormais, pour beaucoup d’artistes, créer  va revenir à faire du neuf, à rompre radicalement avec ce qui s’est fait. On voit  ainsi naître ce qu’on appelle l’avant-garde.

◦  On rompt ainsi avec les formes traditionnelles  de l’art : nouvelles techniques pour le traitement des couleurs et de la  lumière chez les impressionnistes (Monnet, Van Gogh, Seurat, Gauguin…), les  fauvistes (Matisse), les expressionnistes (Münch)., rupture avec le réalisme  traditionnel par des courants comme le cubisme (Cézanne, Picasso, Braque), l’art  abstrait (Kandinsky, Malevitch), rupture en musique avec la musique tonale (Debussy,  Stravinsky, Schönberg), rupture avec les goûts traditionnels en architecture (avec l’Art  Nouveau).

BILIO/SITO

http://museclio.over-blog.com/380-index.html
http://erra.perso.neuf.fr/ranguin/MARCHAND/age-industriel.html