Le Monde en 1945

En septembre 1945, la guerre s’achève après 6 ans de conflit. Elle se termine par une victoire des Alliés. Cette victoire alliée est cependant très lourde en sacrifice humain et en destructions matérielles.

Le bilan est terrible du point de vue humain, du point de vue matériel et du point de vue moral, une grande partie du monde est à reconstruire.

Justement pour reconstruire le monde et si possible un monde meilleur, les dirigeants des pays vainqueurs se réunissent : ils dessinent un nouvel ordre mondial et tentent de garantir ensemble les conditions d’une paix durable.

La volonté des pays vainqueurs est bien la même que celle qui les animait après la Première Guerre mondiale (« plus jamais ça »).

I – UN MONDE DE RUINES ET DE MORTS

A – Le bilan humain

La Seconde guerre mondiale est une hécatombe épouvantable. C’est le conflit le plus meurtrier de tous les temps avec environ 50 millions de morts.

Certains pays sont particulièrement touchés : l’URSS totalise à elle seule 21 millions de morts (plus de 12% de sa population), la Chine a connu plus de 13 millions de morts, l’Allemagne : plus de 7 millions de morts (soit plus de 10% de sa population). Les pays d’Europe de l’ouest et bien sûr les Etats-Unis sont moins touchés. Les Français sont plus de 600.000 à être morts pendant la guerre (soit 1,5% de la population totale de 1939). C’est 6 fois moins que les morts français de la Première Guerre mondiale (d’où l’image de « Grande Guerre » pour la France).

C’est une particularité de la Seconde Guerre mondiale en comparaison aux précédents conflits : les civils ont été très touchés. Ils représentent  plus de la moitié des pertes humaines totales (contre 5% pour la Première Guerre mondiale). Les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité alourdissent encore le bilan du côté des civils.

Des transferts de populations

La Seconde Guerre mondiale et son règlement ont donné lieu à des transferts de populations considérables. Ces déplacements concernent près de 30 millions de personnes : ce sont des Allemands ou des Japonais qui sont transférés  de gré ou de force dans leur pays d’origine. Des minorités quittent également l’URSS : c’est la cas notamment des Polonais qui vont regagner le territoire polonais dans son nouveau tracé. Enfin, des millions de prisonniers de guerre ou de travailleurs forcés quittent les camps nazis pour regagner leur pays d’origine.

Les conséquences démographiques

Elles sont visibles à l’observation des pyramides des âges des pays engagés dans le conflit. Cette observation traduit deux conséquences imputables à la guerre :

• Un déséquilibre entre les sexes : les hommes ont été plus victimes de la guerre, même si ce déséquilibre est moins net que pour la Première Guerre mondiale. Cette différence par sexe est particulièrement visible en URSS.

• L’existence de classes creuses dues à un déficit de naissances (les hommes et les femmes sont séparés pendant la guerre). Cela entraînera une pénurie de main d’oeuvre et un nouveau tassement des naissances pour la génération suivante.

Ceci n’est pas vrai dans tous les pays. En France par exemple, la natalité a repris dès 1942. Cela annonce déjà le baby-boom dans les pays industrialisés.

B – Le bilan économique

Des destructions quasi totales

Dans les régions très touchées par les combats, et notamment par les bombardements, les destructions des infrastructures sont quasi totales. Au Japon et en Allemagne, les villes ont été systématiquement bombardées par les Alliés. Partout en Europe, la Libération a donné lieu à des destructions massives surtout des moyens de communications. En France, les destructions sont plus importantes que celles occasionnées par la guerre de 1914-1918.

Dans ces ruines, ces destructions, des milliers de civils doivent être  nourris et logés. En France, on doit maintenir le rationnement, plusieurs mois après le départ des Allemands.

Un bilan financier catastrophique

Pour financer le conflit, les pays ont souvent eu recours à l’emprunt, aux impôts ou à l’inflation. Cela a pour conséquence une hausse des prix et un affaiblissement des pays du fait d’une croissance de la dette publique.

Cet endettement généralisé impose une remise en ordre du système monétaire international. Cette remise en ordre se fait avec les accords de Bretton Woods, signés en juillet 1944.

Ces accords signés entre 44 pays prévoient plusieurs choses :

  • Le dollar, convertible en or, est promue  monnaie internationale au même titre que l’or. Les accords de Bretton Woods consacrent donc définitivement le dollar comme monnaie de référence.
  • Une coopération monétaire mondiale est créée avec la mise en place du Fond Monétaire International (FMI). Installé à Washington, il est alimenté par les pays membres selon leur richesse. Il joue un rôle de stabilisateur à l’égard des monnaies et accorde des prêts aux pays connaissant des difficultés passagères.
  • Une Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD) ou Banque mondiale est mise en place. Elle sera chargée d’aider les pays dévastés par la guerre (elle aide aujourd’hui les pays en voie de développement).
L’économie des pays vaincus sous tutelle

Les Alliés (les vainqueurs) décident aussi de placer sous tutelle internationale l’économie des pays vainqueurs.

Ainsi, en Allemagne, les Konzerns, grands groupes de l’industrie qui ont financé le parti nazi et utilisé la main-d’oeuvre des camps de concentration, ces grands groupes sont démantelés à l’image de IGFarben.

Le même phénomène se produit au Japon avec la suppression des Zaïbatsus et avec la mise en place d’une réforme agraire imposée par les Américains.

C – Le bilan moral

Le sentiment qui prime du point de vue moral est bien sûr le désarroi face aux conséquences de la Solution finale.

Une terrible prise de conscience internationale se fait à la fin de la guerre. Devant cette prise de conscience de l’opinion publique et devant l’horreur des crimes commis, les Alliés vont pour la première fois dans l’histoire, organiser un procès où un tribunal va juger au nom de la conscience humaine. Ce procès se déroule à Nuremberg de novembre 1945 à octobre 1946.

Pendant le procès, tous les anciens hauts-responsables du régime nazi sont jugés. 12 d’entre eux sont condamnés à mort, 10 sont pendus quelques jours après le verdict. Des peines de prisons à vie sont également prononcées. Un procès identique est organisé à Tokyo pour juger les responsables japonais. Les Alliés ne sont pas exempts de toutes critiques. L’utilisation de la bombe atomique a également causé un traumatisme important parmi les populations. Les camps de détentions, où furent déportés les citoyens américains d’origine japonaise, sont également critiquables. De même que sont critiquables les massacres de Katyn ou encore les exécutions sommaires de soldats allemands toujours par l’Armée rouge.

Les mêmes interrogations se posent de manière aiguë pour la France. Les divisions entre les résistants et les collaborateurs restent très nettes, même une fois la guerre terminée.

Se met en place à la fin de la guerre ce que l’on a appelé l’épuration.

L’épuration légale conduit les collaborateurs et les collaborationnistes les plus importants à des procès, elle reste limitée dans son ampleur par la volonté de de Gaulle. Cependant plus de 7.000 condamnations à mort sont prononcées, 1500 personnes sont finalement exécutées avec parmi elles Joseph Darnand et Pierre Laval. Le Maréchal Pétain est lui-même condamné à mort, mais sa peine est commuée en peine de prison à vie. Il est emprisonné sur l’île d’Yeu, où il meurt en 1951.

Malgré le bilan très sombre qui vient d’être dressé,  les peuples, dans leur majorité sont gagnés à la fin de la guerre par l’optimisme, voire par l’euphorie. La confiance en l’avenir se manifeste individuellement par l’augmentation de la natalité : c’est le début du baby-boom.

De manière plus générale, certains peuples ont l’espoir d’accéder enfin à l’indépendance et à la liberté. Le « redécoupage » du monde va combler les espoirs de certains et causer la déception chez d’autres peuples.

II – VERS UN NOUVEL ORDRE MONDIAL

A – Une nouvelle géographie politique

Les grandes conférences de la fin de la guerre

La nouvelle géographie mondiale a été définie lors d’une série de conférences qui se sont déroulées à partir de 1943 entre le trois principaux pays alliés (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni). Ces conférences ont pour but essentiel de s’entendre sur une réorganisation du monde après la guerre.

La première de ces conférences est celle de Téhéran, qui se déroule en novembre-décembre 1943.

La conférence suivante est celle de Yalta. Elle se déroule du 4 au 11 février 1945. Elle rassemble Staline (pour l’URSS), Roosevelt (pour les Etats-Unis) et Churchill (pour le Royaume-Uni).

A Yalta, on discute notamment des modalités d’occupation de l’Allemagne (avec une division en 4 : c’est Churchill qui réussit à imposer la France comme 4ème pays d’occupation de l’Allemagne). Les dirigeants alliés définissent également les principes politiques et démocratiques qui doivent être établis en Europe et dans le monde après la guerre (Premier projet d’ONU).

Enfin, on met au point les derniers mouvements militaires qui doivent conduire à la capitulation de l’Allemagne.

La conférence de Potsdam (en Allemagne, région de Berlin) : elle réunit Staline,  Truman et Attlee, du 17 juillet au 2 août 1945. Les questions de l’occupation de l’Allemagne, des réparations, et de la dénazification sont définitivement réglées.

Les modifications territoriales

Elles sont très importantes en Europe. L’Allemagne perd un quart de sa superficie et la ligne Oder-Neisse devient la nouvelle frontière avec la Pologne. Comme convenu lors des conférences, elle est divisée en 4 zones d’occupation, dirigées chacune par les grands pays vainqueurs (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni et France). L’Autriche subit le même sort. Pour les deux pays, la capitale est également divisée. L’URSS retrouve à l’ouest des territoires perdus pendant la révolution de 1917. L’Italie cède des territoires à la Grèce et à la Yougoslavie.

D’autres modifications dans le reste du monde :
  • Le Japon perd toutes ses dépendances
  • L’URSS reçoit l’île Sakhaline et les îles Kouriles
  • La Mandchourie et Formose reviennent à la Chine
  • La Corée, redevenue indépendante, est occupée au nord du 38° parallèle par les Soviétiques et au sud par les Etats-Unis
  • Les Etats-Unis reprennent possession les archipels occupés par les Japonais
  • L’Italie perd ses colonies africaines.

B- Une recomposition du monde

Le déclin de l’Europe

Le Seconde Guerre mondiale consacre au milieu du XXème siècle le déclin de l’Europe. Ce déclin avait débuté avec la Première Guerre mondiale, la Seconde semble l’accentuer et l’installer.

L’Europe est ruinée et dévastée : elle ne peut plus jouer le rôle de puissance dominante. Dans le monde son influence est remise en question : dans les empires coloniaux, les prémices de la décolonisation se manifestent.

Cet effacement de l’Europe est encore accentué par la rivalité entre les Etats-Unis et l’URSS, c’est-à-dire entre libéralisme et communisme. Cette rivalité déchire l’Europe, la sépare en deux camps très distincts.

L’émergence des deux « Grands »

Avec l’effondrement de l’Europe, la Seconde Guerre mondiale se solde par l’émergence de deux « Grands » :

L’URSS : La guerre renforce sa place en ce qui concerne politique internationale : elle gagne des territoires, à l’est comme à l’ouest. Le prestige de l’URSS et celui de Staline sont immenses à la fin de la guerre. Leur influence conduit à une domination de nombreux pays de l’Europe de l’Est. L’URSS a pourtant subi des destructions gigantesques. Malgré ces destructions, l’URSS est devenue à la fin de la guerre une  grande puissance.

Les Etats-Unis : La domination américaine est encore plus visible, elle se fait à l’échelle mondiale. Les Etats-Unis sont sortis renforcés de la guerre dans tous les domaines :

  • Économiquement : le produit national brut a été multiplié quasiment par deux, le chômage a presque disparu, la production a augmenté dans les secteurs stratégiques mais aussi dans de nombreux autres secteurs de la vie courante.
  • Financièrement : ils disposent des deux-tiers du stock d’or mondial, le dollar est convertible en or et est devenue la monnaie pivot du FMI depuis les accords de Bretton Woods
  • Militairement : les Etats-Unis possèdent des bases partout dans le monde et surtout en 1945, ils sont en situation de monopole nucléaire.

• Culturellement : le rayonnement de la culture américaine est considérable à la fin de la guerre. On adopte la musique, la mode, les habitudes alimentaires des GI’s qui libèrent les régions de l’Europe de l’Ouest.

On peut donc parler de domination américaine sur le monde en 1945. Seuls les Etats-Unis sont capables de financer la reconstruction. Cette capacité devient une arme diplomatique qui installe dans l’orbite des Etats-Unis de nombreux pays d’Europe de l’ouest.

C – La création de l’ONU

Garantir la paix dans le monde

L’idée qui préside à la création de l’Organisation des Nations Unies (ONU) est une volonté de créer un organisme international capable de garantir durablement la paix.

Cette volonté de garantir une paix durable s’est manifestée au milieu des combats de la Seconde Guerre mondiale :

  • Avec la Charte de l’Atlantique qui signée 1941 entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni
  • Avec la Déclaration des Nations Unies qui est signée par 26 pays autour des Etats-Unis en janvier 1942.

L’ONU est finalement créée lors de la conférence de San Francisco (avril – juin 1945), L’acte de naissance est un texte, une charte, signée par 51 pays, le  26 juin 1945. La charte adoptée par les 51 Etats signataires comportent 111 articles et une annexe consacrée à la Cour internationale de Justice.

Les principes de l’ONU

Les grands principes mis en avant dans la Charte de l’ONU sont les suivants :

  • l’égalité souveraine de tous les Etats, quelques soit leur taille ou leur puissance
  • la non-ingérence dans les affaires intérieures de chaque pays
  • le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
  • le règlement pacifique des litiges entre les pays.
Le fonctionnement de l’ONU

L’Organisation des Nations Unies est un ensemble complexe d’organismes internationaux, chacun ayant un rôle bien précis :

  • au centre : l’Assemblée générale : elle se compose à l’origine des 51 membres, qui se réunissent une fois par an, en sessions ordinaires d’automne. Elle fait de simples recommandations et ne peut contraindre un gouvernement. Elle élit les autres organes de l’ONU.
  • Le Conseil de Sécurité : il est formé de 11 membres dont 5 membres permanents (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, URSS) disposant d’un droit de veto. Les 6 autres membres du Conseil de Sécurité sont élus par l’Assemblée générale pour 2 ans. Le Conseil de Sécurité intervient pour les questions de maintient de la paix et de la sécurité entre les pays et au sein des pays. Il prend des résolutions qui sont des obligations à l’égard des Etats. Les veto des membres permanents conduisent parfois à la paralysie du système.
  • Le Secrétariat général est l’organe administratif de l’ONU. On trouve à sa tête un secrétaire général, élu pour 5 ans par l’Assemblée générale. Les pouvoirs du secrétaire général sont limités. Il peut utiliser l’article 9 qui lui permet d’attirer l’attention du Conseil de Sécurité sur une situation où la paix est en péril.
  • Le Conseil économique et Social : également élu par l’Assemblée générale pour 3 ans, il est composé de 18 membres. Ils règlent les problèmes de coopération économique et sociale et organisent l’assistance technique internationale. De lui dépendent de nombreuses institutions comme l’UNICEF (Fonds de Nations Unies pour l’Enfance), la BIRD, le FMI, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ), l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, dont le siège est à Paris).
  • Le Conseil de Tutelle : composé de 15 membres élus, il a pour mission de contrôler l’administration des territoires autrefois colonisés et qui n’ont pas encore acquis leur indépendance (ex. la Libye, ex-colonie italienne).
  • La Cour internationale de justice (15 juges élus pour 9 ans). Elle siège à la Haye. Elle est chargée de régler les conflits juridiques entre les Etats.

Le siège des Nations Unies est fixé à New-York en 1946 pour deux raisons : c’est un moyen à l’époque de rendre hommage à Roosevelt (artisan des Nations Unies mais mort avant la fin de la conférence de San Francisco. C’est aussi le signe de l’emprise des Etats-Unis sur cette nouvelle organisation.

Conclusion

  • Le monde en 1945 est traversé par deux sentiments contradictoires : une souffrance atroce (conséquence de la guerre, du génocide…) et une euphorie née de la victoire et de l’espoir nouveau.
  • Cet espoir se concrétise notamment dans l’oeuvre de reconstruction et dans la mise en place des organisations internationales.
  • En même temps, cet espoir doit être nuancé par la méfiance et les tensions qui s’installent dès 1946 entre les deux Grands.

BIBLIO/SITO

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