la montée des totalitarismes en Europe après la première guerre mondiale

Quelles comparaisons peut-on faire entre le stalinisme, le fascisme et le nazisme ?

« Les pavillons des trois régimes totalitaires lors de l’Exposition universelle de Paris (1937) Si ces régimes totalitaires se sont épanouis sur le même terreau de la première guerre mondiale et des crises qu’elle engendre dans les années 1920 et 1930, ils présentent des différences fondamentales : par exemple, Staline se revendique du communisme, qui existait avant lui et qui existera après lui. En Italie et en Allemagne, Mussolini et Hitler construisent de toute pièce des idéologies et des régimes nouveaux, fondés sur le même rejet de l’héritage des « Lumières ». Nées avec eux, ces idéologies ne survivront pas à leur chef

Néanmoins, la comparaison est légitime car elle permet d’éclairer le fonctionnement de ces trois formes de pouvoir « total », dans le sens où

1/ la pratique de gouvernement vise à soumettre par la force ou la manipulation les masses qu’ils encadrent étroitement pour atteindre leurs buts ;

2/ tous les domaines de la vie sociale passent sous contrôle de l’État et/ou du parti unique ;

3/ le chef de l’État apparaît comme la seule source du pouvoir, d’où la personnification extrême du pouvoir.

I – Remise en question de la société née de la guerre

A La première guerre mondiale, matrice des totalitarismes ?

1. La première guerre mondiale et le concept de « brutalisation »

« La guerre brutalise les hommes, au double sens du terme : elle les atteint dans leur chair et dans leur âme, elle les rend brutaux aussi » La banalisation de la mort de masse est au cœur de l’expérience combattante. Dans les régions les plus touchées par les combats, les civils subissent eux aussi la violence de guerre lors des invasions. De même, la brutalisation par la guerre ne concerne pas le seul adversaire militaire, mais frappe également des  « ennemis intérieurs » .

Ces conditions sont propices au développement d’une culture de la haine, mais la brutalisation des sociétés signifie relève plus de l’accoutumance, de l’« adaptation » à la guerre et à sa brutalité que d’un consentement : les combattants n’ont pas eu le choix de refuser la guerre et sa violence. En effet, les États belligérants, hantés par un possible désengagement des populations, se sont attachés à constamment « surveiller » et remobiliser les esprits. À cet effet, ils ont contrôlé l’information, encadré les populations par la propagande et la répression : les sociétés européennes ont subi un conditionnement venant « d’en haut ».

2. La « brutalisation », des champs de bataille au champ politique ?

Pour Claude Mosse, « la banalisation et l’intériorisation de la violence de guerre permettent d’accepter durablement tous ses aspects, même les plus paroxysmiques et de les réinvestir dans le champ politique de l’après-guerre ».

3. Grande guerre, révolution et guerre civile en Russie

Les violences perpétrées durant la révolution et la guerre civile ne peuvent être comprises sans référence à la Grande Guerre car la brutalité du conflit s’est prolongée dans une expérience radicale de guerre civile et d’oppression politique. En effet, la Révolution de 1917 a eu lieu pendant la guerre et a été suivie par une violente guerre civile, durant laquelle s’enracine une violence d’État. La Terreur rouge marqua la naissance d’une violence d’État devenue indissociable du projet soviétique de créer une société socialiste, et qui préfigure la violence du système stalinien et l’élimination systématique de l’ennemi intérieur.

4. Allemagne et Italie : la violence politique inscrite dans la violence de guerre ?

C’est parce que la société allemande a été rendue brutale par la guerre qu’elle a accepté le nazisme. Cette brutalisation marque la génération exposée au conflit en façonnant un imaginaire mêlant héroïsme, camaraderie et haine de l’adversaire, et elle se transmet au champ politique, pour faire de la politique un monde scindé entre amis et ennemis mortels. D’ailleurs, l’idée que la guerre n’est pas finie est un thème récurrent dans le discours de l’extrême-droite allemande et italienne

Ces thèses  sont contestées par ceux qui estiment que la violence politique allemande de l’entre-deux-guerres s’explique davantage par la défaite et l’humiliation nationale de 1918 ainsi que par certaines structures de la société allemande, que par l’héritage de la violence de guerre et de sa brutalité. En effet, par la dénonciation d’une « paix injuste » en Allemagne et d’une « victoire mutilée » en Italie, le nazisme allemand et le fascisme italien ont séduit nombre d’anciens combattants déçus.

Ainsi en Allemagne, se constituèrent les « corps francs », unités de soldats volontaires, très nationalistes, pour lutter contre la poussée révolutionnaire que connaît l’Allemagne au lendemain de la guerre et un grand nombre de ces anciens combattants rejoignent le parti national-socialiste fondé  en 1919.

220px-Bundesarchiv_Bild_183-H25109,_Kapp-Putsch,_Brigade_Erhardt,_BerlinAux corps francs allemands faisaient écho les arditi et les squadristi paramilitaires en Italie, qui sont nombreux à rejoindre les faisceaux italiens de combat créés en 1919 par Benito Mussolini. Les faisceaux recrutent essentiellement parmi une population défavorisée, sensible aux thèmes nationalistes et hostile aux tensions révolutionnaires qui s’expriment dans l’Italie d’après-guerre.

squadristi 1919À la question : « L’expérience de la Première Guerre mondiale, a-t-elle été la matrice des totalitarismes du XXème siècle ? », nous répondrons que les sociétés russe, italienne, allemande, britannique ou française, ont certes participé à la même guerre, et ont suivi des trajectoires d’après-guerre différentes ; pour autant, on ne peut pas comprendre la montée des fascismes et du nazisme sans référence à la Grande Guerre ; l’expérience de guerre n’explique pas à elle seule l’avènement de ces régimes, mais elle en a été un catalyseur.

B – Italie de 1919-1920 : pays victorieux, victoire tronquée

  • mais insatisfaite dans ses revendications
    • => mise en avant du nationalisme
  • mais grave crise économique de reconversion
    • => paupérisation de la société
    • => sociale par grèves et usines occupées
    • =>tous les secteurs société (y compris campagnes où paysans = partage des latifundia, grandes propiétés foncières de la noblesse)
  • crise politique car état impuissant à gérer les crises (pas de réformes) et bientôt à faire régner l’ordre (plus d’autorité)
1 – Un pays de contrastes

• nombreux particularismes provinciaux

  • => Piémont moderne
  • => Mezzogiorno archaïque où paysans sur latifundia

• unité : aggravation de ce problème car investissements dans le nord

  • => hégémonie économique puis politique du nord
  • => révoltes de paysans, brigandages, mafia = réponse du sud
2 – Le poids de la guerre

• partisans de la guerre : volonté de régler ces différences

  • => crise de reconversion
  • => crise agricole (avec chute des prix)
  • => rationnement alimentaire

• désillusion de la victoire

=> refus de Wilson de donner Dalmatie et Istrie et même Fiume

Region irredente Italia=> ressentiment fort chez anciens combattants et officiers

3 – Naissance d’un Climat révolutionnaire

 a) le biennio rosso

• aspirations au changement

  • => exemple bolchevik
  • => volonté de réformes agraires
  • => création de milices privées en réponse

• le mouvement devient politique

  • => création de conseils d’usines, collectivisation, occupation d’usine
  • => réaction du patronat : peur et union dans de grand syndicats contre révolutionnaires

b) Processus de Conquête du pouvoir en Allemagne par la NSDAP

• Novembre 1923 : Le NSDAP tente de s’emparer du pouvoir par la force en Bavière : putsch de la brasserie, manqué = Hitler avec 9 mois de prison

brasserie

• Hitler se persuade de la nécessité d’une prise légale du pouvoir. Mein Kampf

• à partir de 1930, le NSDAP = force politique qui compte :

  • => en septembre 1930 : il passe de 14 à 107 sièges
  • =>en juillet 1932 : 230 sièges = 37 %

• sans renoncer à la violence des SA, Hitler se rapproche des milieux d’affaires et reçoit le soutien de certains industriels

D – Crise du Régime de Weimar

  • Stabilisation politique après guerre et rapide croissance économique
  • Crise années trente n’épargne pas l’Allemagne
  • Gouvernement impuissant
  • Crise économique (inflation énorme)
  • Chômage dans toutes les couches de la société
  • Situation qui profite aux extrêmes politiques, PC mais aussi et surtout, NSDAP (Nazional-Socialistischen Deutschen Arbeiter Partei) ou parti NAZI, d’Hitler, fondé en 1920
  • Agitation politique et déstabilisation du régime

II – La conquête du pouvoir

A – Le coup de force fasciste en Italie

1. Une contre-révolution

À ses débuts, le mouvement de Benito Mussolini -Biographie est très marginal. Les événements de l’été 1920 vont donner sa chance au fascisme, quand les fasci prennent leur essor, désormais soutenus financièrement par les industriels et par les grands propriétaires agraires, comme instrument d’une « contre-révolution préventive ».

 » Notre doctrine, c’était l’action. Le fascisme est né d’un besoin d’action et fut l’action »

• Mussolini : Instituteur ; action politique socialiste antiparlementaire ; rédacteur en chef du journal « Avanti » en 1912 à l’âge de 29 ans

• 23/03/1919 : fondation des faisceaux de combat

  • => organisation révolutionnaire + passé latin
  • => lieu de rassemblement des mécontents et des déçus
  • => exaltation de la violence et de la force (face à la mollesse des dirigeants)

• automne 1920 : chance

  • => expédition punitives contre socialistes, communistes et syndicalistes
  • => fasci répartis en squadre vêtus de chemises noires (Italie en deuil)
  • => reçoit appui financier et politique des grands propriétaires et des industriels

Dans les riches régions agricoles du Nord et du centre, le fascisme se met au service des grands propriétaires, constituant des squadre armées, motorisées et encadrées par d’anciens officiers, et semant la terreur parmi les militants paysans et les membres des municipalités socialistes.

Dans les centres urbains, les « expéditions punitives » des squadristi en chemise noire s’en prennent aux sièges des syndicats, aux journaux de gauche, attaqués et incendiés, tandis que les adversaires du fascisme sont frappés à coups de gourdin (manganello) contraints d’absorber de l’huile de ricin, ou froidement assassinés.

Le fait que les violences fascistes restent impunies montrent que l’État italien a confié tacitement aux fascistes le soin de rétablir l’ordre il y a donc complicité dans l’état qui ferme les yeux (état major encourage secrètement les démobilisés à entrer dans les squadre)

• Mussolini veut arriver légalement au pouvoir

  • => modération politique pour accueillir notables

• novembre 1921 : création du parti national fasciste

  • => libéralisme économique, état fort, unité nationale par bandes armées mieux controlées
  • => recrues chez classes moyennes et ouvrières

• terreur fasciste

  • => éliminer opposants au fascisme
  • => rassurer notables, gvt et monarchie en se montrant comme un rempart face à cette terreur provoquée

• ultimatum : pouvoir ou état de siège !

  • Marche sur Rome décidée le 27/10/1922
  • Doté de moyens financiers importants, le fascisme enregistre dès 1921, date de création du Parti national fasciste, des progrès rapides. Incapable néanmoins de s’imposer par les urnes, Mussolini a recours à l’action directe pour s’emparer du pouvoir. Il réunit à Naples, fin octobre 1922, un congrès fasciste qui organise la « Marche sur Rome » : face aux 30000 squadristes, le roi fait appel au chef fasciste pour former le nouveau gouvernement le 29 octobre 1922
2. L’installation de la dictature (1922-1926)

Devenu président du Conseil, Mussolini cherche dans un premier temps à rassurer la majorité des Italiens, avec non fascistes dans le gvt, il finit de rassurer les indécis, mais en même temps il prépare la conquête totale du pouvoir.

  • => interdiction de la grève (favorables aux capitalistes)
  • => pleins pouvoirs (favorable aux couches moyennes et ouvrières)
  • => élections d’avril 1924 = terreur + propagande = 65 % voix…

Aux élections de 1924, une nouvelle loi électorale, les subsides des industriels et la terreur squadriste permettent à la coalition dirigée par les fascistes d’obtenir 44% des voix, et les deux tiers des sièges à la Chambre.

• Matteoti, député socialiste dénonce le régime = assassinat

Image
caricature du journal clandestin « Il becco giallo » méttant en cause Mussolini dans l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti en 1924 par les fascistes.

Dès la séance d’ouverture de la nouvelle Chambre, le député et secrétaire général du parti socialiste, Giacomo Matteotti, accuse Mussolini et les dirigeants fascistes de malversations et de violences. Le 10 juin 1924, tandis qu’il se rend à l’Assemblée, il est enlevé et assassiné par des squadristes. Une partie des députés refuse de siéger, tandis que de nombreux fascistes quittent le parti. La crise du régime semble imminente lorsque, le 3 janvier 1925, Mussolini revendique la responsabilité des événements et annonce le début de la dictature « Mussolini revendique… ».

Tandis que les violences squadristes redoublent dans toute la péninsule, les « lois de défense de l’État » (dites « fascistissimes ») sont votées par le Parlement entre 1925 et 1926. – Le président du Conseil peut légiférer par décrets tandis que disparaît l’initiative parlementaire, les administrations sont épurées, les conseils municipaux supprimés, la presse et la radio soumises à censure, les syndicats et organisations politiques non fascistes interdits. La police politique, l’OVRA, traque les ennemis du régime.

  • => crise politique interne au fascisme
  • => opposition qui refuse de siéger
  • => Mussolini revendique la responsabilité de l’événement et annoce une réforme de l’état : coup de force

B – En Allemagne, montée en puissance et prise de pouvoir du NSDAP

1. L’agonie du régime et l’arrivée au pouvoir « en toute légalité ».

Au lendemain de la Grande Guerre, le Parti ouvrier allemand n’est qu’un groupuscule obscur à l’idéologie incertaine et aux effectifs squelettiques, dont l’audience ne dépasse guère la ville de Munich. Rebaptisé NSDAP, il est dirigé à partir de 1921 par Adolf Hitler –Biographie p.158. Celui-ci compte alors 3000 membres, recrutés parmi les membres des corps-francs, les militaires démobilisés et l’importante masse de déclassés et de marginaux de l’après-guerre. Il dispose d’une milice armée, les SA. L’échec du « putsch de la brasserie » en novembre 1923 à Munich conduit Adolf Hitler en prison pour quelques mois. Il y rédige les premiers chapitres de son livre-programme, Mein Kampf. À sa libération, il réorganise son parti et crée sa propre milice, les SS.

Le parti nazi devient avec la grande crise une force politique, recrutant ses nouveaux adhérents (200000 en 1930) et ses électeurs dans les catégories les plus touchées : paysannerie frappée pur la chute des exportations agricoles, petite et moyenne bourgeoisie menacées de prolétarisation et très sensibles au danger révolutionnaire, chômeurs et mi-marginaux du Lumpenproletariat.

Les élections législatives de septembre 1930 donnent 6,5 millions de voix et 107 sièges aux nazis. Celles de juillet 1932, 14 millions de voix et 230 sièges sur 607. Après une nouvelle dissolution, les élections de novembre 1932 marquent pour le NSDAP un léger recul, tandis que les communistes obtiennent 6 millions de voix et 100 sièges : le président Hindenburg est donc confronté à une double menace, « rouge » et « brune ». Or, en 1932, Hitler s’est fortement rapproché du patronat, obtenant des fonds importants pour sa campagne électorale –doc.2 p.158 : « L’appui des milieux d’affaires ». En novembre, les grands noms de l’industrie demandent à Hindenburg de nommer Hitler à la tête du gouvernement. Il est finalement nommé chancelier du Reich le 30 janvier 1933

2. L’établissement de la dictature (1933-1934)

Minoritaires dans le gouvernement constitué le 30 janvier 1933 et présidé par Hitler, les nazis s’appliquent dans un premier temps à rassurer les forces traditionnelles et à donner à leurs alliés l’illusion d’un proche retour à l’ancien régime. En même temps, il prépare l’élimination de ses adversaires et l’avènement de la dictature –doc.1 p.153 : « Les SA, nouveaux maîtres de Berlin en 1933 ».

Première étape, la liquidation de l’opposition communiste, mise hors-la-loi après l’incendie du Reichstag, qui sert de prétexte à Hitler pour édicter le décret « Pour la protection du peuple allemand » (28 février 1933) : les libertés publiques sont suspendues, 4000 militants de gauche sont arrêtés et le parti communiste est interdit. Les élections législatives organisées en mars 1933 dans un climat de terreur donnent la majorité au NSDAP. Le 23 mars, Hitler obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans. Le 14 juillet 1933, le NSDAP est proclamé parti unique. Les SA et la « police secrète d’État » – la Gestapo – traquent les opposants dont certains sont, dès cette époque, envoyés dans des camps de concentration. Enfin, au printemps 1933, commencent les persécutions contre les Juifs (boycott des magasins).

Après les partis d’opposition, vient le tour des opposants au sein du NSDAP, comme « l’aile gauche » du parti nazi, rassemblée autour de Gregor Strasser, et des SA dont le chef, Ernst Röhm, proclame la nécessité de pousser le plus loin possible la « révolution nationale-socialiste ».

Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, Hitler se rend à Munich et lance ses SS contre l’état-major des SA. Ceux qui ne sont pas massacrés sur place sont arrêtés et emprisonnés, comme Röhm lui-même qui sera exécuté le lendemain dans sa prison. En même temps à Berlin, Gregor Strasser, plusieurs membres de l’opposition conservatrice et quelques vieux adversaires d’Hitler sont éliminés. Au total, plusieurs centaines d’opposants sont liquidés au cours de cette « nuit des longs couteaux » qui soulève l’Europe d’horreur. À la mort du vieux maréchal Hindenburg, le 2 août 1934, les fonctions de président du Reich et de chancelier sont fusionnées au profit d’Adolf Hitler. Ce coup d’État constitutionnel est ratifié, lors du plébiscite du 19 août 1934, par 90% des électeurs. Le Führer a désormais les mains libres pour fonder l’État totalitaire et racial devant assurer aux Allemands la domination sur les autres peuples.

Chronologie partielle :

• Mars 1933 : NSDAP n’a pas la majorité des suffrages mais la nouvelle chambre vote à Hitler les pleins pouvoirs le 23/03/1933 pour 4 ans

• Mai 1933 : interdiction des syndicats

• Juillet : NSDAP devient parti unique (interdiction ou sabordage des autres partis)

• Juin 1934, lors de la « Nuit des longs couteaux », Hitler procède à une purge en éliminant les SA et leur chef Röhm

• Août 1934, mort d’Hindenburg, Hitler se fait plébisciter pour cumuler les postes de Chancelier et de chef d’Etat.

C –  La confiscation du pouvoir par Staline (1924-1929)

1. Staline ou Trotski ?

À la mort de Lénine en janvier 1924, qui va lui succéder, Trotski, brillant théoricien, excellent organisateur et chef prestigieux de l’Armée rouge, ou bien Staline, secrétaire général du parti aux qualités de leadership reconnues ? Les deux hommes se distinguent par des conceptions différentes :

– de l’organisation et du rôle du parti : pour Trotski, l’élaboration des décisions appartient non au seul Bureau politique, mais au parti tout entier, « base » comprise ; Staline, au contraire, défend le centralisme bureaucratique et le monolithisme du parti ;

– de la révolution socialiste : Trotski pense qu’il faut sans relâche lutter pour l’extension de la révolution dans le monde, alors que Staline estime qu’on peut bâtir « le socialisme dans un seul pays »

2. La victoire de Staline

À la mort de Lénine, Staline assume l’organisation des funérailles ; il développe un véritable culte de Lénine dans tout le pays et s’efforce de monopoliser l’héritage de la pensée léniniste.

Dans sa lutte pour le pouvoir, Staline défait tour à tour :

– la « gauche » du Parti : Zinoviev, Kamenev, et Trotsky forment contre Staline « l’Opposition unifiée », mais sont mis en minorité au Congrès du PCUS (décembre 1925). Trotsky est exclu du Parti en novembre 1927 avant d’être déporté à Alma-Ata, puis exilé en 1929. Il sera assassiné au Mexique en 1940 par un agent de la GPU ;

– la « droite » du Parti : son principal inspirateur, Boukharine, est exclu du Bureau politique en 1929.

Après avoir écarté ses principaux concurrents, « Effacer la mémoire de ses adversaires »
« Le Goulag soviétique », Staline apparaît en 1929 comme l’unique maître du pouvoir.

III. « Totalitarisme brun » et « totalitarisme rouge »

– Les trois régimes ont donc instauré des systèmes politiques où la dictature d’un homme s’appuie sur un parti unique, chargé d’encadrer la population et de la modeler sur l’idéologie qui sert de ciment à l’entreprise : la réalisation de la société sans classe en Russie, l’exaltation de l’État omnipotent en Italie, la société raciste en Allemagne. Quels caractères revêt l’État totalitaire une fois installé ?

A – Un état de type nouveau

1. L’idéologie contre l’individu

À la différence de la démocratie libérale, qui entend gérer la société de telle sorte que la liberté des individus puisse s’y épanouir sans entrave, l’État totalitaire veut organiser la société par la contrainte.

Le fascisme italien place ainsi son idéal dans un État tout-puissant, dont les intérêts doivent se substituer à chacun des intérêts individuels. D’où le choix de briser tous les groupes représentant des intérêts particuliers et détournant les Italiens de l’adhésion à l’État : les classes sociales, les partis et les associations.

• parti unique et milice + pleins pouvoirs (sénat = 0 et roi fantoche)

  • => censure presse, radio, cinéma
  • => suppression syndicats
  • => désignation des candidats sur une liste de mille noms établie par parti= dictature

• état totalitaire sans opposition

  • => police politique OVRA
  • => encadrement individus de la naissance à la mort
  • => enseignement surveillé
  • => doppolavoro qui prend en charge les loisirs

Dans l’Allemagne nazie, c’est la race qui constitue le môle de rassemblement de la communauté nationale. Il s’agit tout à la fois d’obtenir une race pure de tout germe de décadence et d’éliminer les éléments impurs qui pourraient compromettre l’intégrité du sang allemand, au premier chef les Juifs.

En Union soviétique, la pratique totalitaire a pour objectif l’instauration de la société sans classe. Celle-ci implique, via la dictature du prolétariat, une double coercition, dans l’ordre politique afin de briser la résistance des adversaires politiques des bolcheviks ; dans l’ordre économique pour collectiviser les moyens de production.

2. Le culte du chef et le parti unique

Les régimes totalitaires affichent un même mépris du parlementarisme et du pluralisme, et donc un même rejet de la démocratie libérale. Dans la mise en œuvre du projet totalitaire, l’encadrement de la population par le parti unique, au nom d’un ensemble de croyances destinées à la mobiliser derrière un chef charismatique, sont des facteurs essentiels

En Union soviétique, le parti communiste est la courroie de transmission du pouvoir personnel de Staline : d’une part, par sa mainmise sur le parti ; d’autre part, par celle du parti sur l’État. La même volonté totalitaire est perceptible dans le réseau d’organisations qui, dès l’âge de quatre ans, enserre sous l’autorité du Duce le citoyen de l’Italie fasciste, et le contrôle des esprits est confié à un ministère de la Presse et de la Propagande, qui exerce une surveillance sur la presse, la création artistique et l’enseignement.

Dans l’Allemagne nazie, le NSDAP, est la cheville ouvrière de la réalisation du projet totalitaire d’Adolf Hilter, imposant un nouveau droit fondé sur les principes nazis. Il dispose d’une police politique, la Gestapo, qui organise la terreur politique pour les adversaires du régime, d’une milice, la SS, qui gère le système concentrationnaire mis en place par le nazisme.  Le nazisme encadre étroitement les esprits, par sa mainmise sur la culture et l’école, par un système de propagande d’une redoutable efficacité développé par Goebbels.

3. La volonté de forger « un homme nouveau »

Les régimes totalitaires ont pour objectif de réaliser une société totalement homogène, conforme à l’idéologie.En Allemagne nazie, l’obsession d’Hitler est la promotion d’une race pure à laquelle sera promise la domination du monde, en vertu de sa supériorité naturelle. Et avec un acharnement fanatique, il entreprend parallèlement la réalisation de la conquête du monde et celle de la purification de la race . Ce dessein revêt deux aspects complémentaires. Le premier est la mise au monde de spécimens « racialement purs », favorisée par des initiatives comme la création des Lebensborn. Ce projet eugénique est complété par la stérilisation ou la suppression physique des malades mentaux ou des individus « asociaux », mais la pièce maîtresse du projet est la lutte contre les juifs, tenus pour le facteur de dégénérescence des races supérieures.

En Italie, à partir de 1936, le Duce s’engage à son tour dans une « révolution culturelle », destinée à promouvoir un « homme nouveau », viril, efficace, discipliné, image moderne des vertus romaines antiques et faisant de l’Italie du XXe siècle une nouvelle Rome conquérante et dominatrice. Fasciné par la doctrine hitlérienne, Mussolini s’engage à son tour dans la voie d’un totalitarisme raciste : voyant dans le peuple italien, un « rameau du peuple aryen », il développe, à partir de 1938, une doctrine de défense de la race, jetant les bases d’une politique antisémite.

Dans le cas soviétique, tout procède de la décision prise par Staline en 1929 de mettre en œuvre la transformation forcée de l’économie, en collectivisant l’agriculture et en procédant à l’industrialisation accélérée du pays, pour en faire une grande puissance industrielle et accéder à la société socialiste. La résistance des paysans à la collectivisation est brisée par le « massacre des koulaks ». Dans l’industrie, on assiste à une terrible exploitation des ouvriers, soumis à une discipline de fer, et des détenus, condamnés aux travaux forcés. Il est encore aggravé par des décisions de pure propagande politique, comme celle, prise fin 1929, de réaliser en quatre ans le plan quinquennal. Une logique de guerre s’instaure, les objectifs économiques devenant de véritables batailles à livrer (Cf. stakhanovisme), les échecs étant attribués à des saboteurs et à des traîtres, ennemis de l’intérieur à éliminer.

Le réalisme soviétique, dans la version officielle qui apparaît dans les statuts de l’Union des Ecrivains Soviétiques de 1932, s’applique à l’art et à toutes les formes de création. Ces derniers le définissent comme une façon de comprendre et d’exprimer l’art en relation avec l’idéologie socialiste dominante de l’Union soviétique ; et en tant que tel, il s’est transformé en une propagande du régime bien plus qu’en un art dirigé aux masses.

 B – travailler pour l’opinion

1) se rapprocher du Vatican

• accords du Latran (11/02/1929)

  • => Pape : Vatican + Castelgondolfo + Latran
  • => catholicisme = religion officielle avec interdiction divorce et enseignement religieux
  • => en échange : accord de l’Eglise et ralliement des catholiques au fascisme

2) une opposition malgré tout

• socialistes, communistes et membres du parti populaire (proche du Vatican)

  • => émigration politique
  • => formation à l’étranger de noyaux de résistance

C – l’Economie des régimes totalitaires : une réponse à la crise de la société

1) volonté d’autarcie italienne

• grands projets

  • => réseau autoroutier
  • => urbanisme à Rome avec mise en valeur des ruines antiques

=> bataille du blé (+ 60 % en 8 ans)

• réorganisation du travail

  • => charte du travail dont objet = corporations
  • => objectif : autarcie
2)  dirigisme économique du régime en Allemagne

• Crise économique (inflation énorme)

  •  => Chômage dans toutes les couches de la société (6 millions)
  • => Impossibilité de recourir à un emprunt international faute d’avoir payé les réparations (qui de 226 sont passées à 132 milliards de mark or)

Le ministre  Schacht de 1934 à 1936 met en place le dirigisme

  • => sans nationaliser
  • => orientation par des plans de 4 ans
  • => politique de grands travaux (3000 km d’autoroute en 1939)
  • => réarmement
  • => contrôle des changes qui empêche la fuite des capitaux

• dirigisme social où salaires n’évoluent pas ou peu,

  • => grèves et syndicats sont interdits,
  • => création d’un STO pour la jeunesse allemande.
3 – Bilan économique

• réorganisation économie est certaine

  • => Production industrielle a redémarré
  • => Allemagne = 2ème puissance industrielle au monde
  • => chômage = 0
  • => niveau de vie augmente même si Ersatz

• en revanche

  • => exode rural fort, endettement = agriculture en mauvaise santé
  • => Concentration capitaliste aide le patronnat aux dépens des PME

• mais ces succès sont indissociables de l’exploitation

  • => économique
  • => politique
  • => sociale des allemands

• et d’une logique belliciste :

  • => réarmement dès 1936
  • => nationalisme expansionniste (or marché allemand trop réduit pour production
  • => nécessité vitale pour l’économie qui sinon chuterait de ne pas découvrir de nouveaux marchés)

 E – Le rapprochement Italie – Allemagne

• Italie : bloc – or = pas de dévaluation (comme France)

  • => situation éco qui chute en 1931-1932
  • => chômage X 2 entre 1931 et 1933

• nécessité nouveaux marchés

  • => guerre d’Ethiopie (contre Négus Haïssé Sélassié)
  • => création Empire
  • => embargo SDN (sauf de la part de l’Allemagne)

• Guerre d’Espagne

  • => rapprochement politique et militaire avec Hitler

=> mais finances ruinées ou presque

  • => rapprochement par définition de l’Axe

• Politique d’alignement sur Troisième Reich

  • => critique de la part de la papauté
  • => fin du consenso entre Italiens et Mussolini

BIBLIO/SITO

Milza, Serge  et Berstein, Pierre, Histoire du XXème siècle, Hatier, coll. « Initial ». (tome 1, 1900-1954, La fin du monde européen, tome 2, 1945-1973, Le Monde entre guerre et paix, tome 3, 1973 à nos jours, Vers la mondialisation et le début du XXIème siècle)

René Rémond, Introduction à l’histoire de notre temps, tome 3. Le XXème siècle, de 1914 à nos jours, Seuil, coll. « Points Histoire ».

Eric Hobsbawm L’Age des extrêmes : Le court XXe siècle, 1914-1991 , André Versaille Edition, Le Monde Diplomatique, mai 2008

Alexandra de Hoop Scheffer , La Grande Guerre a-t-elle brutalisée les sociétés européennes ?, 6 mars 2005 (http://www.sens-public.org/spip.php?article169)

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