Guerres mondiales et espoirs de paix dans la 1ère moitié du XXe siècle

La première moitié du XXe siècle est marquée par deux conflits sans précédent par leur ampleur et leur violence. Comment le caractère exceptionnel des deux guerres mondiales a-t-il abouti à une prise de conscience progressive de la nécessité d’une régulation mondiale pour préserver la paix ?

I – Deux guerres mondiales, deux guerres totales

Dans quelle mesure les deux conflits ont-ils, par leur durée, leur ampleur et leur intensité, impliqué massivement les sociétés à l’échelle mondiale ?

A – Un terrain d’affrontement à l’échelle du monde

On présente dans cette partie l’ampleur chronologique et spatiale des deux conflits, étant entendu que le déroulement des événements ne constitue pas en soi en l’objet d’étude mais le cadre contextuel. On peut proposer un résumé synthétique de chaque conflit, fondé sur l’analyse en classe de cartes du manuel et de la chronologie.

1/ 1914-1918 : La Première Guerre mondiale …

… Une guerre essentiellement européenne, qui se mondialise d’abord du fait de la colonisation puis de l’intervention des EU, et qui marque les contemporains par sa durée et son intensité

– Son déclenchement est le fruit des rivalités nationalistes et économiques en Europe depuis la 2e moitié du XIXe, qui aboutissent à la constitution de deux réseaux d’alliances opposés. L’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie à Sarajevo le 28 juin 1914, déclenche un processus qui mène à la guerre

Le rapport de force entre les belligérants, qui se déséquilibre légèrement au fil du conflit, oppose :

  • les Empires Centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire Ottoman), ainsi que la Bulgarie.
  • le camp de la Triple Entente, formée de la Russie (qui quitte le conflit fin 1917), la France et  le Royaume-Uni (ces derniers entraînant leurs colonies et les dominions britanniques), alliés à la Serbie, la Roumanie, le Japon  (entre autres) et qui s’élargit à l’Italie (1915) et aux Etats-Unis (en 1917)

Son déroulement est marqué par trois phases :

  • une courte guerre de mouvement à l’automne 1914  qui aboutit à un blocage du front dans le Nord-est de la France, et l’Ouest de la Russie.
  • une longue phase (de l’automne 1914 au printemps 1918) marquée par
    • une guerre de position sur les fronts principaux et sur les autres confins des Empires centraux, marquée notamment par de grandes batailles modernes longues et meurtrières  (Verdun, La Somme) mais non décisives.
    • une mondialisation du conflit : avec l’ouverture de nouveaux fronts contre les colonies allemandes en Afrique, Asie et Océanie, mais aussi le déclenchement par les Allemands d’une guerre sous-marine  dans l’Atlantique Nord pour lutter contre le blocus maritime dont elle est l’objet
    • un enlisement du conflit qui provoque en 1917 des crises dans l’effort de guerre, se traduisant par quelques mutineries dans l’armée française et surtout une situation chaotique en Russie qui est un des facteurs de la révolution qui touche ce pays en mars et novembre 1917, et qui a pour conséquence sa sortie du conflit en janvier 1918 (paix séparée avec l’Allemagne)
  • une reprise de la guerre de mouvement à partir de mars 1918 à l’initiative de l’Allemagne, qui aboutit à des contre-offensives victorieuses des Alliés (marqués par l’arrivée des forces américaines) à l’automne sur la plupart des fronts.
2/ 1939-1945 : La Deuxième Guerre mondiale
  • un confit d’une ampleur encore plus grande par sa violence et son extension géographique
  • Les origines de cette guerre résident dans les frustrations nées des traités de paix de la 1GM et dans l’expansionnisme agressif du Japon et de l’Allemagne nazie. Après une série de violations du traité de Versailles dans les années 1930 (remilitarisation de la Rhénanie, réarmement, annexion de l’Autriche et des Sudètes) n’ayant pas entraîné une réaction militaire de la part des puissances garantes du traité, l’attaque de la Pologne par Hitler (1er septembre 1939) provoque la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni.
  • L’évolution militaire du conflit peut être synthétisée en trois phases :
    • 1939-1941 : l’expansion de l’Axe, marquée par les conquêtes japonaises en Asie (engagées dès 1937 avec l’invasion de la Manchourie) et dans le Pacifique, et les victoires allemandes face à la Pologne en 1939 et la France en 1940, dans une période où l’Allemagne et l’URSS sont liées par un pacte de non-agression
    • 1941-1942 : alors que les victoires de l’Axe se poursuivent, un basculement s’opère dans les rapports de forces dès 1941 avec l’échec de l’invasion du Royaume-Uni par l’Allemagne, l’implication progressive des Etats-Unis aux côtés des britanniques, qui devient complète après l’attaque de la base navale de Pearl Harbor par le Japon le 7 décembre 1941, et surtout la décision d’Hitler d’envahir l’URSS à partir du 22 juin 1941. Ce basculement se confirme en 1942 avec l’enlisement de l’Allemagne en URSS dès l’hiver 1942, notamment aux portes de Stalingrad, alors que les premières défaites de l’Axe ont lieu dans le pacifique (Bataille du Midway en juin 1942) et après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942.
    • 1943-1945 : la victoire de la Grande Alliance, est longue et progressive. La reconquête soviétique est amorcée par la victoire de Stalingrad en février 1943 et se termine par la prise de Berlin le 2 mai 1945. A l’ouest, les débarquements alliés en Italie dès juillet 1943, puis en Normandie (juin 1944) et en Provence (août 1944) permettent une reconquête qui ne dépasse le Rhin qu’en mars 1945. Enfin, les îles du Pacifiques sont reconquises une par une par les Américains, avant que la destruction des villes d’Hiroshima et Nagasaki (6 et 9 août 1944)  par la bombe atomique ne précipite la fin du conflit, officielle le 2 septembre 1945.

B – A partir de  la Première Guerre mondiale, la guerre est désormais « totale »

Guerre totale : une guerre qui implique, c’est-à-dire qui mobilise et bouleverse, les Etats et les sociétés dans toutes leurs composantes

Rappel : l’ampleur mondiale et la durée des conflits (voir A/) caractérisent aussi le concept de guerre totale

Remarque : le concept opère pour les deux conflits mondiaux, mais la plupart des caractéristiques de la guerre totale sont déjà observables lors de la Première : on concentre donc l’étude sur celle-ci, sauf pour évoquer des phénomènes spécifiques à la Seconde.

1/ Le rôle-clé de l’Etat dans l’effort de guerre

« Politique intérieure ? Je fais la guerre. Politique étrangère ? Je fais la guerre », discours du président du Conseil Georges Clémenceau à la Chambre des Députés, mars 1918

Dans la plupart des pays, la conduite de la guerre mobilise l’essentiel de l’effort du gouvernement, en modifiant parfois les règles de la vie politique. Ainsi, dans les démocraties, les divisions sont largement mises en sommeil.

Exemple : en France, en août 1914, les députés répondent à l’appel  à « l’Union Sacrée », lancé par le président de la République Poincaré et soutiennent un gouvernement composé de ministres venus de différents partis.

Le champ d’intervention de l’Etat est élargi pour organiser l’effort de guerre : la mobilisation des hommes, le ravitaillement, la propagande

2/ Une intense propagande participe à la diffusion d’une « culture de guerre »

Affiches_de_guerre

Activité : Analyse de deux affiches de propagande :

  • Daddy, What did you do during the Great War ?, affiche britannique,1914.
  • Destroy this mad brute!, affiche américaine 1917.

L’objectif de ces deux affiches Encourager les citoyens à s’engager dans l’armée.

L’affiche britannique joue clairement sur la notion de la culpabilité en utilisant le thème de la famille. Ici,  les enfants représentent non seulement l’objet à défendre, mais aussi le patriotisme: le fait que le garçon joue aux petits soldats renforce le message en montrant l’exemple antagoniste d’un individu qui a parfaitement intégré la guerre et ses enjeux.

L’affiche américaine utilise l’argument du danger imminent pour susciter le sentiment patriotique. Le danger y est symbolisé par un singe monstrueux, dont les attributs (un casque prussien sur lequel est inscrit « militarisme » et une massue où on peut lire Kultur) démontrent qu’il représente l’armée allemande tout en soulignant que cet ennemi est fondamentalement caractérisé par une brutalité barbare et même sauvage, malgré l’argument, tourné ici en dérision, selon laquelle l’Allemagne mène une guerre de civilisation, pour diffuser la Kultur germanique. Cette animalisation de la figure de l’ennemi est accompagnée de la démonstration de la violence barbare des Allemands : on distingue en effet en arrière plan un paysage de ville détruite, et la femme portée par le singe – peut-être l’allégorie de la France, Marianne, mais il s’agit plus vraisemblablement d’un symbole plus général des victimes de la barbarie allemande. L’affiche joue donc sur l’exagération en présentant comme possible une invasion des Etats-Unis et en proposant une vision violente et méprisante de l’ennemi allemand.

L’Etat encourage et organise la propagande pour mobiliser soldats et civils dans l’effort de guerre.

Tous les supports sont mobilisés :

  • la presse est contrôlée : grande censure et présentation optimiste de l’effort de guerre, mal jugée par les soldats français (« bourrage de crâne »)
  • importance des discours radiodiffusés
  • affiches : en particulier pour encourager l’effort économique et financier des populations

Quelques thèmes sont récurrents :

  • Patriotisme : défense du sol, allégories combattantes
  • Héroïsation des combattants : figure du guerrier victorieux ou du martyr
  • Diabolisation de l’ennemi : les « atrocités allemandes » commises en Belgique et dans le Nord-est de la France : une réalité accentuée par la rumeur, mise en scène par la propagande

A noter : place essentielle de l’enfant dans cette culture de guerre

  • comme thème de propagande, symbole de l’innocence agressée pour mettre en scène l’idée d’une guerre juste et morale
  • comme cible de la propagande : illustrés (ex : Bécassine mobilisée, …), jeux, programmes scolaires, …

La diffusion de la culture de guerre est massive dans les sociétés (exemple : près de 2,6 millions de volontaires s’engage dans l’armée au Royaume-Uni), même si une lassitude apparaît avec le prolongement du conflit.

3/ Une mobilisation économique exceptionnelle, au service d’une guerre industrielle

« Si les femmes qui travaillent dans les usines s’arrêtaient vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre», général Joffre, 1915.

La course aux armements et plus généralement l’effort économique pour ravitailler les armées devient un secteur clé de la guerre

Les Etats ont recours à l’endettement pour financer la guerre : auprès de leur population (un des objectifs de la propagande) ou auprès d’autres nations (les Etats-Unis constituent le principal bailleur des Alliés pour les deux conflits)

Pendant la Première Guerre mondiale, une économie de guerre se met en place, dans un cadre dirigiste.

La mobilisation de la main d’œuvre est une question essentielle. Ex : Ainsi, en France, pendant la Première Guerre mondiale, un appel massif est fait aux femmes, mais aussi aux travailleurs issus des colonies et 500 000 ouvriers qualifiés sont rappelés. Au maximum de son fonctionnement, en 1918 l’industrie d’armement emploie 1,7 millions d’ouvriers et produit 261 000 obus par jour.

Au cours de la 2GM, l’Allemagne, de plus en plus isolée, met à contribution les territoires conquis au service de son effort de guerre, dans le cadre d’une collaboration (650 000 ouvriers français envoyés en All dans le cadre Service du Travail Obligatoire à partir de 1942) ou d’un véritable asservissement (2,5 millions de soviétiques contraints au travail forcé). En 1944, 8 millions d’étrangers travaillent pour l’Allemagne)

L’engagement massif des sociétés dans la guerre se traduit dans une violence nouvelle au cours des deux conflits

II – L’expérience combattante de la Première Guerre mondiale : une violence nouvelle qui traumatise les sociétés

En quoi l’expérience inédite du combat dans la guerre totale et de la mort de masse a-t-elle bouleversé les combattants et les sociétés ?

Etude de document : Texte de Erich Maria Remarque, écrivain et ancien soldat allemand, extrait d’A l’Ouest, rien de nouveau, 1929. Voir texte dans la fiche document élève.

En juxtaposant ainsi les termes désignant des armes et leur usage, l’auteur insiste sur la puissance de feu démultipliée des armées de la Première Guerre mondiale, fruit du progrès technologique et de la production de masse permise par l’industrialisation permettant l’usage d’une quantité immense de munitions, décrite par les expressions « feu roulant » ou « rideau de fer ». Il décrit une guerre moderne et industrielle.

L’auteur insiste sur la gravité des blessures causées par l’armement, en particulier le fait qu’elle provoque le démembrement des soldats. Il décrit ainsi une ambiance infernale, de peur et de bruit.

En même temps qu’il décrit une guerre très meurtrière, Remarque souligne que la bataille n’a pas aboutit à un résultat significatif sur le plan stratégique.

A – La guerre moderne

1/ Une expérience de masse

Plusieurs Etats ont mis en place un service militaire obligatoire (conséquence de la constitution d’Etats-nations). D’autres (Royaume-Uni) ont d’abord recours avec succès à la mobilisation volontaire (2,6 millions). On compte plus de 60 millions de combattants. En France : 8 millions de mobilisés dans toute la guerre (sur une population de 41 millions d’habitants). La mobilisation est encore plus massive en 39-45 : près de 90 millions en tout

2/ De nouvelles formes de combats : « la guerre des tranchées »

On note l’échec de la guerre de mouvement (fondée sur l’offensive, le déplacement des troupes) en novembre 1914 et le début d’une guerre de position, dans laquelle les armées combattent à partir de positions fixes le long d’une ligne de front constituée de réseaux de tranchées fortifiées (barbelés, bois, sacs de sables).

C’est la fin du « modèle occidental de la guerre » (V.D. Hanson) et de la bataille classique : le champ de bataille, composé de deux réseaux de tranchées, reliés par des boyaux, séparant le « no man’s land », devient plus vaste et plus dangereux. La tenue militaire classique, fondée sur la bravoure et l’esthétique (station debout, beauté de l’uniforme) devient inadaptée (ex : abandon du pantalon rouge garance dans l’armée française en 1915, remplacée par l’uniforme bleu horizon). La notion même de bataille est battue en brèche (ex : celle de Verdun s’étend sur 9 mois, celle de la Somme sur un front de 70 km). Or la volonté des Etats-majors de retrouver une bataille décisive est très coûteuse en hommes.

La situation reste bloquée pendant quatre ans malgré les nombreuses tentatives de percées ordonnées par les Etats major, qui s’avèrent inefficaces et extrêmement coûteuses en hommes. La guerre devient une guerre d’usure, dans laquelle il s’agit d’épuiser les forces humaines et économiques de l’adversaire, compte tenu des progrès de l’armement

3/ Industrie et science au service de la guerre

De nombreuses innovations augmentent la puissance de feu des armées :

  • artillerie : canons lançant des obus : usage continuel sur le front pour provoquer le plus de destructions possibles, notamment en préparation des offensives
  • mitrailleuse : arme défensive tirant plusieurs centaines de balles par minute
  • armes chimiques : gaz asphyxiants utilisés d’abord par les Allemands en 1915
  • sous-marins : utilisés pour lancement de missiles
  • char d’assaut : utilisé à la fin de la 1GM, est un engin essentiel de la 2GM

Remarque : des innovations nouvelles sont emblématiques de la 2GM :

  • aviation : uniquement utilisée pour des missions de repérage lors 1GM devient une arme essentielle pour bombarder lignes et villes ennemies
  • bombe atomique : lancée par les Américains sur le Japon en 1945
  • utilisation du gaz Zyklon B contre des civils par les nazis  pendant 2GM

L’industrie permet une production et donc une utilisation massive d’armes et de munitions : c’est la 1e guerre industrielle. Ex : au début de la bataille de Verdun, 2 millions d’obus sont tirés en 6 jours

Remarque : La défaite des Empire centraux est largement liée à la difficulté à maintenir leur effort de guerre en raison de l’isolement et étouffement de leur appareil économiqu

Ces évolutions expliquent la très forte mortalité de la 1GM : près de 9 millions de morts, 20 millions de blessés.

B – Un immense traumatisme physique et moral

1/ L’expérience de la souffrance

Les conditions de vies dans les tranchées sont très difficiles : soldats confrontés au froid, aux poux, au rationnement, à l’ennui, et à une violence extrême

Un fait nouveau : la majorité des pertes sont désormais dues au combat et non aux épidémies. L’artillerie détruit le paysage, (no man’s land), créé un environnement assourdissant et angoissant, et cause 75 % des pertes. Un corps sur cinq n’a pas été retrouvé. La crainte des gaz (responsable d’1% des pertes) et des éclats d’obus est manifeste :

« Mourir d’une balle n’est rien. Note corps reste intact, mais être démembré, réduit à de la bouillie, c’est une crainte que la chair ne peut supporter et qui est l’essence même de l’immense souffrance causée par les bombardements ». Sergent Paul Dubrulle, Verdun, 1916.

Des soldats développent des troubles psychiques graves : (amnésie, mutisme) qui subsistent parfois après-guerre. Une souffrance mal reconnue du fait de la suspicion  de simulation

2/ L’expérience de la brutalisation

Brutalisation : accoutumance à la violence des soldats de la 1GM, qui trouvera son prolongement dans l’Entre-Deux-Guerres dans la vie sociale et politique.

La violence interpersonnelle existe également (ex des « nettoyeurs de tranchées », illustré par le personnage du Capitaine Conan (roman de Vessel et film de B. Tavernier)

3/ Tenir au front

Les désertions existent, ainsi que les mutineries (en 1917, minoritaires et réprimées en France mais massives en Russie) : en France elles constituent un refus de la stratégie des percées inutiles et meurtrières et expriment le sentiment d’être sacrifié (Chanson de Craonne) : le pacifisme reste cependant une attitude minoritaire chez les soldats pendant le conflit, même s’il sortira renforcé de celle-ci.

Mais l’immense majorité des soldats a tenu, grâce à des facteurs divers : poids de la contrainte militaire (discipline, tuer pour ne pas être tué), consentement réel à la guerre lié au patriotisme défensif et à la brutalisation ; la moral des soldats est soutenu par la correspondance abondante avec l’arrière et le sentiment de former une communauté soudée (qui se traduit par exemple en France par la constitution d’un vocabulaire des tranchés qui survit encore aujourd’hui dans l’argot pour décrire la vie quotidienne (pinard, rab, godasses, cuistot, bidoche, gnole, …) et la violence par des euphémismes (zigouiller, bousiller).

C  – Une implication plus grande des civils

Mobilisés à l’arrière, les civils sont aussi touchés par la violence :

  •  indirectement : de nombreuses familles sont confronté au deuil
  •  directement : de manière encore minoritaire et ponctuelle (ex : lors de l’invasion allemande en 1914, bombardement de villes proches du front, comme Lens) mais marque les esprits (ex : torpillage du paquebot Lusitania, le 7 mai 1915 tuant de nombreux américains). Un événement exceptionnel a lieu : le massacre du peuple arménien l’armée turque en 1915, lors de ce qui sera plus tard qualifié de premier génocide de l’histoire
Conclusion partielle :
L’immense entreprise de commémoration entreprise après la guerre (ex en France : érection de monuments aux morts sur tout le territoire, célébration du 11 novembre, commémoration du soldat inconnu, construction de l’Ossuaire de Douaumont à Verdun) témoigne du traumatisme moral qui touche les sociétés
Pendant l’Entre Deux Guerres, si le sentiment pacifiste domine chez les anciens combattants britanniques et français, la brutalisation est plus manifeste en Italie et surtout en Allemagne, où l’idée de revanche est utilisée par Hitler pour rallier les Allemands.

III – La Seconde Guerre mondiale : une guerre d’anéantissement

Le bilan de ce conflit est plus lourd : près de 60 millions de morts.

Comment expliquer la violence radicale de ce conflit ? Quelles en furent les modalités ?

Etude de document : Discours d’Himmler à Poznan le 4 octobre 1943.

Himmler évoque ici l’exploitation jusqu’à la mort de civils d’Europe de l’est et met en avant une raison « pragmatique », la nécessité de mettre les civils au service de l’effort de guerre allemand, mais aussi une raison idéologique, car, selon lui, les Russes et les Slaves n’appartiennent pas à la même race que les Allemands et ne méritent pas de survivre dans le cadre d’une guerre « des races ».

A/ Des facteurs d’intensification de la violence

1/ La dimension idéologique du conflit

– Points communs aux idéologies de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon : une volonté expansionniste, fondée sur la certitude de constituer une civilisation supérieure, et une vision positive de la guerre et de la violence, qui doivent contribuer à forger un homme nouveau.

– Cas particulier du nazisme, qui est fondamentalement une idéologie raciste et antisémite : pour Hitler, la guerre doit permettre de conquérir « l’espace vital » des Allemands (à l’est) et la société allemande doit être complètement épurée et protégée de toute présence étrangère. Slaves, Tzigane et surtout Juifs constituant pour les nazis les races les plus inférieures et les plus néfastes. L’invasion de l’URSS est ainsi clairement conçue comme une guerre d’anéantissement du « judéo-bolchévisme » : la société soviétique (hommes et idéologies) doit nécessairement être détruite.

2/ De la guerre éclair (Blitzkrieg) à la guerre totale

La 2GM est à nouveau une guerre de mouvement, marquée notamment par les victoires rapides remportées par l’Allemagne en Pologne en 1939 et en France en 1940, qui semblent démontrer l’efficacité de la stratégie de « guerre éclair » (Blitzkrieg) : fondée sur des offensives rapides très intenses appuyées par les chars. Son efficacité doit précisément éviter au pays de mobiliser toutes ses forces dans une guerre totale. Toutefois, cette tactique échoue lors de l’invasion de l’URSS (du fait de l’immensité du territoire, de la résistance des Russes, des conditions climatiques) et on retrouve alors les conditions de combats de la 1GM.

Plus généralement à partir de 1942, les sociétés en guerre basculent à nouveau dans une guerre totale. Pour l’Allemagne, l’effort de guerre passe aussi par l’asservissement des territoires et des travailleurs conquis.  Affaiblir l’ennemi et piller ses ressources est perçu comme une nécessité.

B/ La radicalisation de la violence

Activité : Etude d’un graphique comparant la proportion de décès des prisonniers de guerre entre les deux conflits

Montrez en quoi ce graphique rend compte d’une évolution majeure dans le traitement de certains prisonniers de guerre.

Alors que près de 95% des prisonniers russes ont survécu à leur captivité pendant la 1GM, la majorité d’entre eux (58 %) sont morts pendant la 2GM, ce qui suggère une évolution radicale du traitement des prisonniers de guerre, qui ne tient plus compte des règles de la guerre (Convention de Genève) ni de la dignité humaine.

D’après les chiffres de la mortalité, le traitement des prisonniers de guerre dans le cadre de la guerre entre l’Allemagne et l’URSS est beaucoup plus dur que celui des Britanniques et des Américains prisonniers en Allemagne. Cela suggère que ces deux oppositions sont de nature différentes : la volonté d’anéantissement est plus marquée sur le front est, où la guerre oppose deux ennemis mus par une haine radicale, liée à une opposition historique et à la spécificité de l’idéologie nazie, marquée par un racisme anti-slave et le projet de conquête de l’espace vital.

Avec la confrontation Allemagne nazie / URSS sur le front de l’est, mais également EU/ Japon dans le Pacifique, on a affaire à des combattants qui ne se perçoivent pas comme appartenant à la même humanité. Le racisme, la violence des idéologies, combinés au contexte de guerre débouchent sur une radicalisation de la violence, qui ne tient plus aucun compte des règles du droit international, voire de la civilisation.

Généralisation des actes de cruauté et des entreprises d’anéantissement : quelques exemples :

– Massacre des élites dès 1939 : à Katyn, en Pologne, 22 000 officiers polonais tués par les Soviétiques, lié à un projet de révolution sociale.

– Violence sans frein lors de l’invasion de l’URSS : 3,5 millions de prisonniers de guerre soviétiques volontairement affamés ; un programme de pillage et d’extermination par la famine mis en place en Biélorussie  (la population passe de 9,2 à 7 millions d’habitants dont 3 millions de sans-abri : montre la combinaison d’un objectif pragmatique, ravitailler l’armée, et idéologique, hâter l’extermination des Slaves.

– Généralisation de pratiques barbares sur le front Pacifique, dans les deux camps : mutilation de cadavre, prélèvement d’organes, …

– Lors de l’avancée soviétique en Allemagne, le viol systématique des femmes est ordonné.

C/ Les civils au cœur de la violence de guerre

La distinction civils/militaires tend à s’estomper :

Dans les pays occupés, des phénomènes de résistance (armée ou non) par les civils : minoritaires en France, massifs en URSS.

Les civils constituent 60% des pertes humaines : c’est un basculement historique majeur.

Ils sont désormais des cibles :

  • tactique de bombardement des villes initiée par l’Allemagne en Angleterre en 1940 (Coventry), mais aussi massivement par les Alliés à la fin de la guerre (destruction de Dresde en février 1945 ; bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki)
  • massacres de civils : présentés souvent comme des représailles aux actes de résistance : ex des massacres commis par la 2e Division Das Reich à Tulle (99 morts le 9 juin 1944) et Oradour-sur-Glane (642 morts, le 10 juin 1944). Ces pratiques rares à l’Ouest étaient beaucoup plus courantes sur le front de l’est.

D/ Le Génocide des juifs et des tziganes d’Europe

Rappel définition génocide (II/ B/ 4/). La spécificité du crime nazi est liée à l’ampleur du massacre, à l’idéologie qui en constitue le cadre, aux méthodes employées. Longtemps évoqué par le terme Holocauste, aujourd’hui Shoah (catastrophe, en hébreu) ou extermination des juifs et tziganes d’Europe

1/ La « route tortueuse » qui mène au génocide

Il s’agit du plus grand génocide de l’histoire. S’il possède des racines idéologiques, sa mise en œuvre est indissociable du déroulement de la 2GM.

L’objectif d’Hitler est depuis 1933 de mettre la population allemande à l’abri des Juifs, mais ce souci est le fruit d’un antisémitisme radical, qui voit « le Juif » comme un être néfaste par essence, ce qui ne pose aucune limite à la lutte contre les juifs.

On peut distinguer trois phases dans la politique antijuive d’Hitler :

– avant la guerre : émigration forcée : rendre la vie impossible aux juifs en Allemagne pour les forcer à partir (lois discriminatoires, violences)

– de la conquête de la Pologne à l’enlisement en URSS (août 39- hiver 41) : transplantation de tous les Juifs dans un territoire conquis : le Gouvernement Général de Pologne ou la Sibérie

  • Début de la concentration des juifs dans des quartiers fermés (ghetto) en Europe de l’Est (445 00 dans celui de Varsovie en 1941)
  • Adoption de lois discriminatoires envers les juifs dans plusieurs Etats satellites de l’Allemagne, dont la France

– A partir de l’invasion en URSS (juin 1941) : basculement dans une politique d’anéantissement : l’extermination de tous les Juifs et Tziganes d’Europe.

2/ Les modalités de l’extermination

On note une radicalisation progressive de la violence dans le cadre de la guerre d’anéantissement en URSS : la « Shoah par balles » : environ 1,3 millions de Juifs assassinés surtout par les Einsatzgruppen (« groupes d’interventions ») : bataillons de police chargés de liquider systématiquement communistes et juifs en arrière du front. Ces techniques de mise à mort apparaissent insuffisamment efficaces.

Deux dates clés dans ce basculement :

– Octobre 1941 : fin de l’émigration des Juifs

– 20 Janvier 1942 : organisation de la « Solution Finale de la question juive » lors de la Conférence de Wannsee. L’organisation en est confiée à la SS (organisation qui regroupe l’élite du parti nazi, proche d’Hitler, dirigée par Himmler).

D’autres acteurs sont impliqués : Etats satellites (France), police, armée, médecins, compagnie de chemins de fer

On accélère le recensement, la discrimination, la concentration des juifs (ainsi en France,  lors de la Rafle du Vel d’Hiv les 16 -17 juillet 1942  13 000 juifs sont envoyés dans des camps comme celui de Drancy ; en Politique le ghetto de Varsovie regroupe fin 1941 445000 juifs) et on organise la déportation des juifs d’Europe en direction de camps en Europe centrale

Il importe de distinguer camps de concentration et d’extermination

Le camp « mixte » d’Auschwitz peut servir de support d’étude, la plupart des manuels proposant des dossiers documentaires sur le sujet.

  • camps de concentration : ouverts dès 1933, il sont destinés à ceux considérés comme « ennemis du Reich » : opposants politiques, mais aussi homosexuels, Tziganes, Juifs, qui y sont soumis à du travail forcé dans des conditions inhumaines : maladies, sous-nutrition, sévices : mortalité y est extrêmement forte. Processus de déshumanisation décrit par Primo Levi (extrait de Si c’est un homme, manuel Le Quintrec, n°3 p.102) : tatouage, remplacement du nom par un numéro, …
  • camps d’extermination : construits à partir de l’hiver1941 en Pologne, dans le but d’éliminer les Juifs par des procédés industriels (Treblinka, Sobibor, Belzec, Chelmno ; Auschwitz et Maidanek étant mixtes)

On note une organisation minutieuse liée à la recherche d’une efficacité maximum dans la mise à mort.

  • – A leur arrivée, sélection des déportés entre ceux jugés capables de travailler et ceux envoyés directement à la mort.
  • – Les prisonniers sont rasés et déshabillés : les biens ainsi volés sont inventoriés dans le Kanada
  • – La mise à mort s’effectue dans les chambres à gaz, dans lesquelles les prisonniers sont entassés et empoisonnés par un gaz, le Zyklon B
  • – Crémation des cadavres (souci de gestion, hygiène,  et de camouflage du crime) dans des fours crématoires ou des bûchers à ciel ouvert.

Le camp dirigé par les SS mais main d’œuvre employée composée de prisonniers (Sonderkommandos chargés de vider les chambres à gaz et brûler les cadavres)

Plus de 5,1 millions de Juifs (60 % des Juifs d’Europe en 1939) ; plus de 200 000 Tziganes (30%) ont été exterminés.

IV Après chaque conflit, l’espoir d’un nouvel ordre mondial pacifique

En quoi la nature des conflits mondiaux a-t-elle entraîné une volonté de construire un nouvel ordre mondial préservant la paix ? Comment cette volonté s’est-elle concrétisée ?

A/ L’échec de la SDN : une paix impossible ?

1/ Les ambigüités de la paix de Versailles

La Paix se construit lors de la Conférence de Versailles (janvier-juin 1919), mais seuls les pays vainqueurs y sont représentés

Le pacte signé le 28 avril 1919 crée la Société des Nations d’après les principes du président américain Woodrow Wilson, exposés en « 14 points » dans un discours célèbre présentant ses idées pour maintenir la paix : désarmement généralisé, respect des libertés (notamment de commerce), respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (chaque nation a droit à un Etat), et rejet de la diplomatie secrète (jugée responsable de la guerre), au profit d’une diplomatie ouverte ; création d’une association des nations pour maintenir la paix

Mais le traité de Versailles (28 juin 1919) est très sévère avec l’Allemagne (poids de la France qui souhaite l’affaiblir durablement) : l’Allemagne est décrétée « responsable de la guerre » (article 231) et on  lui impose des sanctions :

  • – territoriales : perte de l’Alsace-Lorraine, du « corridor de Dantzig » qui donne un accès à la mer à la Pologne, de ses colonies
  • – économiques : doit payer les réparations des dégâts (représente un coût économique insurmontable)
  • – militaires : son armée doit être limitée à 100 000 ; la rive droite du Rhin doit être démilitarisée

D’autres traités redessinent les frontières en Europe centrale, en tenant compte très imparfaitement des nationalités (ex de la Tchécoslovaquie : qui regroupe de nombreuses nationalités)

2/ Une SDN très impuissante face aux tensions internationales

La SDN est créée à Genève en 1920, avec des objectifs ambitieux : faire respecter le droit international (qui reste à écrire), régler les conflits par l’arbitrage, et favoriser le désarmement.

Elle possède une assemblée générale démocratique (une voix par Etat), et de plusieurs institutions spécialisées (cour de justice, …), les questions essentielles étant réglées par le Conseil composé de 9 puis 13 membres dont 5 permanents)

Mais souffre de nombreux handicaps

  • – l’absence des Etats-Unis, seule puissance capable de mener une guerre totale et donc de faire respecter les traités, à cause du refus du Sénat de ratifier les traités (retour à une politique isolationniste, en retrait des questions européennes)
  • – un manque d’efficacité : décisions prises à l’unanimité ; sanctions uniquement économiques contre pays agresseurs, absence de force armée pour faire respecter ses décisions (« un juge sans gendarme »
  • – des ambiguïtés fondamentales : se veut universelle mais exclut les pays vaincus et tente de maintenir la paix des vainqueurs

L’apogée de la SDN et de la paix a lieu à la fin des années 1920, marquées par « l’esprit de Genève » (ainsi, l’Allemagne entre à la SDN en 1926), mais cette embellie ne résiste pas au retour des tensions lié à la crise économique.

En réalité, l’essentiel de la diplomatie continue de se faire en dehors de la SDN, qui est totalement impuissante face à la politique agressive du Japon, de l’Italie et surtout d’Hitler à partir  de 1933 : à cette date l’Allemagne quitte la SDN (comme l’Italie fasciste et le Japon), avant de procéder à de nombreuses violations du traité de Versailles : remilitarisation de la Rhénanie et réarmement du pays, annexion de l’Autriche puis de la région des Sudètes en Tchécoslovaquie (remarque : les accords de Munich, par lesquels France et Royaume-Uni acceptent cette annexion sont négociés en dehors de la SDN).

B/ L’Organisation des Nations Unies : tirer les leçons de l’entre deux guerres

1/ Des principes solides

Crée le 26 juin 1945, avec la signature de la Charte des Nations Unies, signée par 50 Etats à San Francisco (son siège est ensuite installé à New York, ce qui montre l’implication des EU dans le projet)

Le texte est plus ambitieux et plus explicite dans ses principes et ses objectifs, exprimés dans le Préambule, fondée sur les principes aux noms desquels les Etats-Unis de Roosevelt sont entrés en guerre, exprimés dans la Charte de l’Atlantique signée le 14 août 1941 avec Churchill se conçoit clairement en opposition aux régimes totalitaires.

  • – réaffirme les principes de sécurité collective de la SDN, et l’objectif de règlement pacifique des tensions
  • – proclame l’égalité des hommes et des nations, et fonde son action sur la défense des droits fondamentaux de l’homme, précisés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948),
  • – réaffirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et proclame le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat
  • – insiste sur l’importance d’encourager la coopération et la solidarité entre Etats pour préserver la paix
2/ Une action ambitieuse, malgré des limites

L’ONU se dote s’institutions plus importantes

  • –  une Assemblée générale qui élit membres de tous les conseils (une voix par Etat) et  un Secrétaire Général
  • – le Conseil de Sécurité, composé de 9 (aujourd’hui 15 membres) dont 5 permanents (EU, Royaume-Uni, URSS, Chine, France) dotés d’un droit de veto

Des moyens d’actions plus importants : résolutions votées peuvent être accompagnées du vote par le Conseil de Sécurité de sanctions économiques mais aussi militaires : interventions armées d’Etats membres (guerre de Corée en 1950) ou des Casques bleus (crise de Suez en 1956) : une force de maintien de paix (composés de soldats des Etats membres)

  • – Cour de Justice Internationale de La Haye

Mais son action diplomatique est longtemps limitée par la rivalité entre EU et URSS, qui bloque la plupart des votes du conseil avec leur veto, selon leurs intérêts personnels.

En revanche, action importante dans le domaine de la coopération internationale, par le biais de nombreuses institutions spécialisées (coordonnées par le Conseil Economique et Social) pour favoriser la coopération internationale :

  • – Organisation Mondiale de la Santé
  • – Food and Agriculture Organisation
  • – UNESCO (ONU pour l’éducation, la science et la culture)
  • – UNICEF (pour l’enfance)

Biblio / Sito

http://eduscol.education.fr/bd/urtic/histgeo/index.php?commande=aper&id=10003980

http://www.ac-limoges.fr/hist_geo/accueil/squelettes/documents%20importes/programme%20premiere/Guerres_mondiales_et_espoirs_de_paix_COURS.doc

AZEMA J-P., BEDARIDA F., Les Années de tourmente,1938-1948, Dictionnaire critique, Flammarion, 1995

BEDARIDA François, La politique nazie d’extermination, Albin Michel 1989

RIOUX J-P., La France de 1939 à 1945, Seuil, 1985

LEVI Primo, Si c’est un homme, éd. Julliard, Paris, 1987, (1ère éd. Turin, 1958).Presse Pocket, 1990