Sociétés et cultures rurales (1)

I – un monde essentiellement rural où l’agriculture tient un rôle majeur

Doc 1 : un calendrier agricole, Maître du Boccace de Genève, Enluminure du Livre des prouffitz champestres et ruraulx, 11e livre, 1460- 1475

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[Curage des fossés (corvée) ; épandage du fumier ; taille des vignes ; tonte des moutons ; chasse seigneuriale ; fenaison à la faux ; moissons à la faucille ; battage des épis au fléau ; semailles après labourage ; foulage après vendanges ; glandée pour les cochons ; tue-cochon. ]

Doc 2 : Complainte des vilains de Verson, vers 1240 (moines du Mont Saint-Michel),

Le premier service de l’an, ils le doivent à la Saint Jean [24 juin], ils doivent les prés faucher, puis rassembler, appareiller et tasser le foin au milieu. Quand ils les auront assemblés, ils les doivent porter au manoir quand on leur fera savoir, et les métayers les engrangeront.
Après ils doivent curer le canal […]. Et vient ici le mois d’août : ils doivent faucher les blés, les rassembler, les appareiller et entasser au milieu du champ […] ils doivent les porter à la grange. Après vient la Notre-Dame en septembre où il convient de fixer le porcage. Si le vilain a huit pourceaux, il en prendra les deux plus beaux et l’autre après sera au seigneur. Leurs terres sont champartables, jamais ils n’en emporteront leurs gerbes […]. Ils chargent le champart et leur blé demeure d’autre part au vent et à la pluie […]. Et après la Saint-Denis [9 octobre], où les vilains sont étonnés qu’il leur faille payer le cens […].

À Pâques, ils doivent la corvée […]. Puis, ils vont au moulin banal avec le boisseau on remesurera leur mouture et le meunier prélèvera sa farine avec la pelle […]. Après ils vont au four banal, ce ban est encore pire ; quand la femme du vilain s’y rend, si elle ne s’y est adressé depuis longtemps, et quoiqu’elle paie bien son fournage, sa tourte et son eau, la fournière, grogne et le fournier rechigne, jure et affirme qu’il n’a pas son dû. Jamais le vilain ne mangera du bon pain, et sera mal préparé et peu cuit.

À Noël, ils doivent des gélines, s’ils ne les rendent bonnes et fines, le prévôt prendra des gages.

traduction Léopold Delisle in L’étude sur la condition de la classe agricole et l’état de l’agriculture en Normandie au Moyen Âge, 1851.

Doc 3 : calendrier agro liturgique
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Doc 4 : Charte de fondation de Vaucresson, 31 mars 1146, in Œuvres de Suger, traduction A. Lecoy de la Marche, 1867.

Au Val-Cresson, nous avons fondé un village et établi une église et une domus, et nous avons fait défricher à la charrue la terre inculte. […] Ce lieu était, en effet, comme une caverne de voleurs, terrain désert sur plus de deux milles, sans aucun rapport pour notre église, bon pour les brigands et les vagabonds par suite de sa proximité avec les bois. C’est pourquoi nous avons installé là nos frères pour servir Dieu, afin que dans les tanières où habitaient d’abord les dragons croisse la verdure du roseau et du jonc. […] Nous voulons faire savoir aux présents et au futurs que moi, Suger, par la grâce de Dieu abbé de l’église des saints martyrs du Christ Denis, Rustique et Éleuthère, avec l’accord unanime de notre chapitre, nous avons accordé que quiconque voudra habiter dans une ville neuve que nous avons édifiée et que l’on appelle Val-Cresson, puisse avoir une mesure de terre, c’est-à-dire un arpent un quart, contre douze deniers de cens, et soit exempté de toute taille et coutume d’exaction. Qu’il ne parte pas, ne sorte pas de son village pour l’armée ou une expédition militaire sur une sommation de quelqu’un, roi, prince ou sergent de Saint-Denis, excepté sur l’ordre particulier de l’abbé, avec l’abbé lui-même ou avec le prieur, si les abbés manquent ; et qu’il n’aille pas en justice en dehors de son village pour quelqu’un si ce n’est pour l’abbé. Et de l’arpent de la terre de Saint-Denis, partout où ils l’auront reçu, qu’ils nous payent quatre deniers de cens et la dîme. Et que personne ne prenne pour la cultiver une terre voisine de ce village, sauf s’il y est tenancier. Nous fixons le montant des lois ordinaires […] à dix deniers.

Doc 5 : le recul de la forêt

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SYNTHESE 1 :

Une société réglée par le temps agricole

Une société réglée par le temps liturgique

Une société réglée par le temps seigneurial

une activité immuable :

les grandes fêtes religieuses sont aussi des repères du temps agricoles

société hiérarchisée :

un activité au cœur du système économique :

ban :

défrichements (essarts) :

mise en valeur des territoires :

A partir de la synthèse des informations, rédigez un court paragraphe montrant que les travaux agricoles tiennent un rôle majeur dans la société médiévale.

II – la Féodalité

fides, parole donnée ; fœdus, pacte ; fœderati, fédérés ; fevum, fief.

C’est un système de gouvernement, établissant un rodre politique fondé sur des solidarités privése. La FEODALITE désigne l’ensemble des liens unissant suzerain et vassal par serment (l’hommage) créant droits et devoir :

• octroi au vassal d’un bénéfice (terres ou revenus)
• en échange de services : militaire (ost, chevauchée ou croisade) ; lors du conseil ; en cas de rançon ; lors du mariage de la fille aînée ; lors de l’adoubement du fils aîné.

Doc 1 : enluminures : hommages et sociétés.

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Doc 2 : Serment au comte de Flandres, 1127, in Galbert de Bruges, Histoire du meurtre de Charles le Bon, comte de Flandres, traduction Henri Pirenne, 1891.

Le sept des ides d’avril, un jeudi, des hommages furent de nouveau rendus au comte. En premier lieu, ils firent les hommages de la façon suivante. Le comte demanda s’il voulait devenir son homme sans réserve, et celui-ci répondit : « Je le veux » ; puis ses mains étant jointes dans celles du comte, qui les étreignit, ils s’allièrent par un baiser. En second lieu, celui qui avait fait hommage engagea sa foi en ces termes : « Je promets en ma foi d’être fidèle, à partir de cet instant, au comte Guillaume et de lui garder contre tous et entièrement mon hommage, de bonne foi et sans tromperie. » En troisième lieu, il jura cela sur les reliques des saints. Ensuite, avec la verge qu’il tenait à la main, le comte leur donna les investitures à eux tous qui, par ce pacte, lui avaient promis sûreté, fait hommage et en même temps prêté serment.

Lorsque le père ou l’ancêtre de quelqu’un meurt, le seigneur du fief est aussitôt tenu de recevoir l’hommage de l’héritier légitime que ce dernier soit ou non majeur, mais pourvu qu’il soit mâle. Car les femmes ne peuvent pas en droit prêter hommage […].

Doc 3 : extrait d’un Droit féodal anglais, XIIe siècle.

Un homme peut prêter plusieurs hommages à différents seigneurs pour les différents fiefs tenus de ces seigneurs ; mais il doit y avoir un hommage principal [appelé hommage lige], et cet hommage doit être prêté au seigneur de qui l’on tient son principal fief.
[…] Si quelqu’un a prêté plusieurs hommages pour ses différents fiefs à différents seigneurs qui se font ensuite la guerre et si son seigneur lige lui ordonne de l’accompagner en personne contre un autre de ses seigneurs, il doit sur ce point obéir à son ordre tout en exceptant le service qu’il doit à l’autre seigneur pour le fief qu’il tient de lui. Il est donc manifeste que si quelqu’un a fait quelque chose en vue du déshéritement de son seigneur et s’il est convaincu d’avoir agi ainsi, lui et ses héritiers doivent en droit perdre le fief qu’ils tiennent de ce seigneur.

doc 4 : émiettement du territoire

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france-1223 france-jeanne-darc A quel moment correspondent ces trois dates ?
Décrivez les trois cartes.
Quelles sont d’avoir vous els raisons de cet émiettement ?

SYNTHESE 2 :

Une société très hiérarchisée encadrée par le système féodal

Les liens d’homme à homme

Développement d’une culture originale

Le château et la seigneurie au cœur du système féodal dans les campagnes (voir calendrier)

mise en place d’un imaginaire féodal : système féodal, liens vassaliques, affaiblissement du pouvoir royal

culture de cour : adoubement, amour courtois, chevalerie

BILAN

Pendant la période du « Moyen Âge central », le monde rural représente 90 % de la population européenne, pour l’essentiel composée de paysans.

La vie des communautés paysannes s’organise entre les XIe et XIIe siècles. L’habitat rural plus ou moins diffus est remplacé par un réseau de villages et de hameaux organisés autour d’églises paroissiales. Les campagnes connaissent un réel essor, tant du point de vue démographique que du point de vue économique.

Les populations villageoises sont doublement encadrées : par l’Église dans le cadre paroissial et par le seigneur dans le cadre du système féodal.

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