Le temps des dominations coloniales

I – Le partage colonial de l’Afrique à la fin du XIXeme siècle

Le processus de conquête des empires coloniaux s’est effectué en deux moments, une première fois au XVeme siècle, en direction de l’Atlantique, Canaries, puis bassin Caraïbe, enfin continent américain. Mais dès le début du XIXeme siècle, la plupart des colonies d’Amériques sont indépendantes (1776 pour les Etats Unis, 1812 pour le continent sud américain) et c’est en Afrique que se construisent désormais les empires coloniaux européens.

A – Une mainmise rapide

1 – Découverte ou conquête : le processus de création des empires coloniaux

On note un caractère essentiellement côtier de la colonisation avant le début des années 1880, par ignorance de la géographie de l’Afrique et par indifférence relative envers ce continent.

conquete coloniales afriques apres 1885

En 1914, la colonisation est pour ainsi dire achevée.

• La France fusionne ses possessions à l’ouest et au centre de l’Afrique en AOF (Afrique Occidentale Française) et en AEF (Afrique Equatoriale Française)
• La Grande-Bretagne établit une continuité territoriale à l’est de l’Afrique, de l’Ethiopie au Kenya et au sud avec l’idée plus ou moins révélée de relier le Cap à la Méditerranée
• La Belgique, autour du Congo belge, établit une forte zone d’influence. A noter que ce territoire n’appartient pas à la Belgique, mais à la couronne.

Toutefois cette entreprise colonisatrice n’est pas aussi cohérente que ce que l’on veut bien montrer. Elle ne tient absolument pas compte des réalités locales, ethniques, géographiques etc. Les frontières sont issues d’une conférence à Berlin (voir infra) et non d’une réflexion à partir des observations sur le terrain. Pa railleurs, certains Etats africains, comme l’Empire d’Ethiopie du Négus, ou encore les possessions des boers en Afrique du Sud résistent à la colonisation. D’autres enfin sont déjà indépendants, per exemple l’Égypte.

2 – La conférence de Berlin

La Conférence de Berlin (ou «Conférence du Congo») de 1884-85 établit des règles pour la colonisation européenne et le commerce en Afrique. Elle a été demandée par le Portugal et organisée par Otto von Bismarck. La conférence a fixé pour un temps les activités coloniales des puissances européennes.

L’accord général a fixé les points suivants:

  • Chaque métropole d’Europe a vu fixer les limites des territoires qu’elle colonisait en Afrique et si un pays venait à prendre possession d’une nouvelle partie de la côte africaine, il aurait à en informer les autres pays européens.
  • Règlement du différend entre Portugal et Royaume-Uni : Les colonies de l’Angola et du Mozambique devaient être réunies par voie de terre (ce qui devint plus tard la Zambie, le Zimbabwe et le Malawi.) Le Royaume-Uni n’a pas soutenu ce plan. En 1890, le gouvernement britannique a contraint les Portugais à quitter la région.
  • Règlement du différend entre France  et Royaume Uni : Le bassin du Nil serait britannique, le bassin du lac Tchad français.
  • On a aussi réglé les tensions entre France et Allemagne, France et Italie, Allemagne et Grande Bretagne.
  • Le territoire de la République démocratique du Congo actuel devint la propriété personnelle de Léopold II. (L’État indépendant du Congo était une propriété privée de la Société du Congo).
  • Les 14 pays présents ont signé un accord de libre-échange dans le bassin du Congo ainsi que le lac Niassa
  • Le fleuve Niger et le Congo ont été internationalisés et rendus libres à la circulation des navires.
  • Enfin la conférence mettait fin à l’esclavage par les pouvoirs noirs et islamiques.

En 1902, 90% de toutes les terres qui composent l’Afrique était sous contrôle européen, la conférence de Berlin accompagne et organise la conquête coloniale en faisant entendre la voix des diplomates

3 – La persistance des conflits

La conférence pour autant de règle pas tout. Ainsi en est-il de la rivalité entre la Grande-Bretagne et les Pays Bas, qui aboutit aux deux guerres des Boers pour le contrôle de l’Etat libre d’Orange et de la République du Transvaal et à la victoire finale des Anglais en 1902.

Les rivalités entre grandes puissances européennes sont parfois devenues des crises internationales particulièrement graves, au point de faire craindre un risque d’embrasement en métropole directement. C’est le cas de la crise de Fachoda (1898) ou encore de l’affaire du Maroc en 1905 ou en 1911.

B – Les acteurs du partage

1 – Le temps des explorateurs

Exemple : Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905)

Explorateur français d’origine italienne, ancien élève de l’Ecole Navale, il effectue plusieurs missions en Afrique et remonte le fleuve Congo. Il consolide la domination française sur l’Afrique équatoriale et signe des traités avec le roi de la tribu des Téké. Partisan de méthodes pacifiques, il s’oppose aux pratiques violentes de certaines missions militaires françaises ou de certains souverains étrangers (comme le roi Léopold au Congo). Victime de diverses mises en cause, il est écarté de ses fonctions par le gouvernement.

La capitale du Congo porte le nom de Brazzaville, et la dépouille de l’explorateur y repose depuis 2006.

2 – Le temps des soldats et des administrateurs

La présence de l’armée est souvent ambiguë. Cela correspond en fait à une double mission, l’une de maintien de l’ordre et de l’établissement d’une administration sur les territoires conquis, l’autre à la nécessité de poursuivre plus en avant (vers l’intérieur des terres le plus souvent) la conquête coloniale. Bien des généraux et officiers supérieurs de l’armée française en 1914 par exemple, sont d’abord passés par les colonies : Galliéni ou Lyautey par exemple

Deux systèmes coexistent pour l’administration des territoires, lesquels dépendent en fait de deux conceptions de la colonisation elle même. Ainsi le Royaume-Uni a-t-il développé une administration indirecte dans le cadre d’une politique d’association. Les colonies dès lors sont considérées comme des Etats largement autonomes avec maintien des élites locales traditionnelles.

Du côté français, on a privilégié non pas l’association, mais l’assimilation. L’administration est directe cette fois, comme si le territoire faisait partie intégrante de la République. Les gouverneurs, tout en haut de l’échelle coloniale étant des représentants directs de l’Etat central. Dans sa forme la plus achevée, la colonie d’Algérie est devenue composée de trois départements, Alger, Oran, Constantine.

C – Les motivations européennes

Les motivations mises en avant par les grandes puissances européennes pour justifier la conquête coloniale sont extrêmement variées. Dans les années 1880, en France comme en Grande-Bretagne, et de manière apparemment paradoxale pour nous, ce furent d’abord certains milieux de gauche qui se firent les défenseurs d’une politique coloniale ambitieuse. En France, au début de la IIIe République (1870-1940), le principal pro- moteur en fut Jules Ferry. Parmi les idées mises en avant par celui, il y a notamment l’idée que les « races supérieures », en l’occurrence les Blancs, doivent apporter la civilisation aux « races inférieures », les Noirs ou les Asiatiques.

On retrouve ce thème du « Fardeau de l’homme blanc », à qui il appartiendrait de mener le reste de l’humanité de la barbarie à la civilisation dans l’œuvre de l’écrivain britannique Rudyard Kipling.

Le fardeau de l’homme blanc, Rudyard Kipling, 1899

«O Blanc, reprends ton lourd fardeau :
Envoie au loin ta plus forte race,
Jette tes fils dans l’exil
Pour servir les besoins de tes captifs ;
Pour – lourdement équipé – veiller
Sur les races sauvages et agitées,
Sur vos peuples récemment conquis,
Mi-diables, mi-enfants.

O Blanc, reprends ton lourd fardeau :
Non pas quelque œuvre royale,
Mais un travail de serf, de tâcheron,
Un labeur commun et banal.
Les ports où nul ne t’invite,
La route où nul ne t’assiste,
Va, construis-les avec ta vie,
Marque-les de tes morts !

O Blanc, reprends ton lourd fardeau ;
Tes récompenses sont dérisoires :
Le blâme de celui qui veut ton cadeau,
La haine de ceux-là que tu surveilles.
La foule des grondements funèbres
Que tu guides vers la lumière :
«Pourquoi dissiper nos ténèbres,
Nous offrir la liberté ?».

C’est également au nom du pragmatisme que Jules Ferry, parmi d’autres, défend la colonisation. Pour lui, la colonisation est une nécessité pour tout État qui prétend demeurer une grande puissance. Ferry voyait dans la colonisation une solution  économique et sociale aux populations les plus pauvres d’Europe qui en échange de la mise en valeur de territoire par leur travail recevraient la terre en question. Les colonies peuvent fournir une opportunité d’investissements pour les capitaux privés. En effet, l’exploitation des colonies est assurée par des sociétés privées qui reçoivent des concessions attribuées par les gouvernements. C’est une solution particulièrement efficace. D’une part cela évite à l’Etat de financer les investissement titanesques de la colonisation, d’autre part cela permet à l’Etat de fermer les yeux sans être responsable lui même sur le sort des indigènes exploités alors que l’esclavage est officiellement aboli. Tout ceci permettant en outre de donner accès à de nouveaux marchés en créant de nouveaux débouchés commerciaux.

La mise en valeur est aussi complétée par l’aménagement d’infrastructures de transport, notamment le train, toujours valoriser et don’t l’image conforte l’imaginaire exotique des populations européennes (on retouve la même chose avec les campagnes de publicité d’André Citroën (la croisière jaune et la croisière noire) dans les années 1920 qui valorisent l’automobile et exaltent les colonies).

Coloniser c’est aussi assurer un ravitaillement efficace à la flotte de guerre, c’est enfin et surtout affirmer la puissance de la nation.

D – Une culture entre deux mondes

La conquête coloniale amène à découvrir d’autres mondes. Plusieurs medias s’en veulent le reflet

• La littérature, qui pratique un exotisme littéraire basé sur le dénigrement des peuples de couleur et sur la valorisation de l’œuvre coloniale. (Jules Verne, André Malraux, Victor Hugo).
• le cinéma avec l’un des premiers films qui a pour thème une Vente d’esclaves au harem (1897), avec Le Bled de Jean Renoir, Pépé le Moko, de Julien Duvivier, qui identifie l’arabe à un criminel perturbant l’ordre social.
• La musique : La petite tonkinoise, la casquette du père Bugeaud
• La peinture avec les courants de l’orientalisme, de l’africanisme et de l’art nègre
• Développement d’une culture coloniale qui malgré son parti pris, installe la figure de l’Autre dans la conscience européenne

 Cette culture européenne est diffusée à travers un réseau d’écoles qui n’offrent cependant que de rares cas d’ascension sociale aux indigènes. Les exemples de Léopold Sédar Senghor, de Félix Houphouët-Boigny, etc. sont emblématiques mais exceptionnels.

II l’Empire français au moment de l’exposition coloniale de 1931 : réalités, représentations, contestations

A -Réalités  : « la plus grande France »

1 – Un empire de taille mondiale…

C’est le second empire colonial après celui de la Grande-Bretagne : 50 millions d’habitants répartis sur 10 millions de km 2. Avec des possessions sur tous les continents, qui se sont étendues avec l’attribution des colonies perdues par l’Allemagne après la 1ère guerre mondiale. La SDN a donné à la France un mandat (la mission d’administrer des territoires habités par des peuples incapables de se diriger eux-mêmes) sur le Cameroun et le Gabon, ainsi que sur d’anciennes possessions de l’empire ottoman, la Syrie et le Liban.

2 – … mais mal connu

A l’ouverture de l’exposition coloniale, la France découvre son empire colonial et son rôle dans la  guerre de 1914-1918. Les colonies constituent un réservoir de combattants : ex des 8 0000 tirailleurs sénégalais puis des 2000 Indochinois et des 25 000 hommes d’AFN. C’est le mythe de la « force noire » et de la « force jaune ». Contrairement à la légende, ils ne sont pas la « chair à canon » de la première ligne : la proportion des pertes est égale à celle des poilus français (environ 25%). Mais ils résistent plus mal aux variations du climat et aux rigueurs de certains hivers.  De plus, de nombreux coloniaux travaillent dans les usines de guerre pour soutenir l’effort industriel de la France. Après la guerre, la France accueille une immigration importante car elle a besoin de main d’oeuvre pour reconstruire le pays à cause de la crise économique qui commence à faire sentir ses effets : l’Empire colonial est un exutoire utile pour les produits français de la métropole qui ne peuvent plus se vendre à l’étranger

B – Représentations : une propagande impériale

1 – Une manifestation de grande ampleur

L’expo de 1931 s’inscrit dans la tradition des expositions internationales du XIXè siècle, qui ont consacré plusieurs pavillons aux colonies. Elle fait suite à l’exposition coloniale de Marseille en 1922 et à plusieurs autres manifestations régionales. L’année précédente, en 1930, la France a commémoré le centenaire de la conquête de l’Algérie. En 1935, a lieu le salon des Antilles et en 1937, l’exposition internationale, qui comporte un volet colonial.
C’est un cadre majestueux : le bois de Vincennes, près de Paris. Le site de l’expositon comporte 4 parties : la France métropolitaine, les territoires d’outre-mer, les pavillons nationaux des Etats participants, le musée permanent des colonies. Les vestiges de l’exposition sont toujours visibles, à travers le zoo de Vincennes et le musée africain

2 – Des participants nombreux

Bien sûr on note une prépondérance de la France, puissance organisatrice avec une reproduction du temple d’Angkor Vat, temple khmer de l’ancienne civilisation cambodgienne du XIIè siècle. Mais on note aussi la présence de chaque pays vainqueur de la guerre de 14-18, avec son propre pavillon avec sa propre thématique par exemple le Portugal, avec 2 pavillons évoquant sa période de gloire coloniale au XVè-XVIè siècle ou encore l’Italie, avec une représentation de Septime Sévère, le premier empereur romain issu des colonies et qui, déçue des résultats de la paix de 1919, nourrit de nouvelles ambitions coloniales. Elle s’emparera de l’Ethiopie en 1936. Même les EUA sont présents, avec le pavillon du Mont Vermont, bien que le président Woodroow Wilson ait fixé en 1918 dans ses 14 points listant les conditions d’un nouvel ordre international après la 1ère Guerre Mondiale des principes favorables aux colonies : liberté, égalité, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Il y a toutefois quelques absents symboliques : la Grande-Bretagne, qui s’est contentée d’installer un stand d’information, alors qu’elle reste la première puissance coloniale ! Mais elle est en négociations avec le parti du Congrès, mouvement indépendantiste dirigé par Gandhi sur le statut d’autonomie de l’Inde et souhaite faire profil bas… et surtout l’Allemagne, qui a perdu ses colonies. Le  public vient nombreux : 33 millions de visiteurs (même si en fait une entrée nécessitait 4 billets, donc peut-être 8 millions, ce qui est considérable) et 30 millions de francs  (19,3 millions d’eurosen valeur 2011)

3 –  Exposition ou exhibition?

⁃    captation d’un exotisme colonial qui est présenté au public .Sans revenir aux zoos humains installés au Jardin d’acclimatation à la Belle Epoque, l’Exposition multiplie  les spectacles « authentiques » : processions rituelles de l’Annam (Indochine), défilé de la cour de l’ancienne reine Ranavalona III de Madagascar
⁃    N.B. Autre point possible d’histoire des arts : le palais de la porte dorée voir site internet cité de l’immigration: rubrique consacrée au thème
⁃    consigne : repérez dans chacun des éléments présentés : bas-relief, pièces du palais ce qui symbolise les apports de la France et les formes d’exotisme.
⁃    Vitrine de l’oeuvre coloniale de la France  sur le plan économique (développement de la production agricole et industrielle, urbanisation, implantation d’infrastructures de communication, etc.) et culturel (effort d’éducation et de médicalisation).
⁃    Bref, les clichés de l’ « utopie » de la « république coloniale » (N. Bancel) jouent à plein.
⁃    Vision stéréotypée et caricaturale du colonisé, qui apparaît même dans de véritables zoos humains : réduit à un état d’animalité et en tout cas d’infériorité, présenté comme sous-développé, sauvage
⁃    Unanimité nationale autour des colonies dans un contexte de crise économique et morale. Les Français pensent qu’avec la crise économique, ils sont entrés dans une phase de déclin, corrolaire du déclin de l’Occident tout entier. L’Empire colonial est considéré avant tout comme un marché économique salutaire et comme l’image du rayonnement de la France.  La droite voit dans le colonialisme le prolongement du nationalisme. La gauche oscille entre critiques en demi-teinte et sentiments contradictoires.
⁃    faible écho de l’anti-colonialisme. La contre-exposition coloniale intitulée « la vérité aux colonies » et organisée par le parti communiste est un échec : 5000 visiteurs, peu d’écho dans la presse, peu de soutiens parmi les intellectuels, sauf Aragon, Paul Eluard, André Breton. Cette propagande anti-coloniale est relayée par la ligue contre l’oppression coloniale, créée à Bruxelles en 1927 et présidée par  le physicien Albert Einstein. Ces positions n’ont qu’on impact limlité. Pourtant, les contestations commencent à se manifester.

III –  Contestations coloniales et indépendances

A – La contestation de l’ordre colonial

1 – Des formes d’opposition diverses

Les premières contestations

• Apparition de mouvements revendicatifs en Afrique avec l’Etoile Nord Africaine de Messali Hadj, et le Néo-Destour de Nabib Bourguiba et en Asie avec le Parti du Congrès de Gandhi et de Nehru
• Guerre du Rif  (= territoire montagneux du Maroc) contre l’Espagne, conduite par Abd El Krim. Il est vaincu en 1926, mais les Européens ont dû utiliser d’importants moyens militaires
• Emeute de Yen Bay en Indochine en 1930, suivie par une répresssion féroce. Elle marque le début de la contestation qui est relayée ensuite par le tout nouveau parti communiste dirigé par Hô Chi Minh.

Ces faits témoignent de la montée du nationalisme, qui réclame surtout l’autonomie, parfois l’indépendance. Par ailleurs, ces mouvements sont appuyés en Europe par quelques intellectuels comme le physicien Albert Einstein, qui prend la présidence de la ligue contre l’oppression coloniale.

Une contestation théorique: la « négritude »

Le terme de « négritude » est forgé en 1935 par l’écrivain martiniquais Aimé Césaire. Il le reprend dans une de ses œuvres poétiques majeure, Le cahier d’un retour au pays natal. A travers ce terme, Aimé Césaire défend la dignité et les valeurs de la culture de l’homme noir niée par la culture occidentale. C’est cependant surtout après la Seconde Guerre mondiale que ce concept se développera autour notamment de Léopold Sédar Senghor, l’écrivain et futur président sénégalais, et de la revue Présence africaine créée en 1947.

2 – Le choc de la Seconde guerre mondiale

C’est la Seconde Guerre mondiale qui ébranle définitivement les grands empires coloniaux. La défaite de la France face à l’Allemagne, l’occupation de l’Indochine par les Japonais dès 1940 et les défaites britanniques face à ces mêmes Japonais, notamment la chute de Singapour en 1942, détruisent chez les colonisés le prestige des colonisateurs et mettent fin au mythe de l’invincibilité de l’homme blanc.

Par ailleurs, les deux puissances victorieuses de la Seconde Guerre Mon- diale, les États-Unis et l’URSS défendent des positions anticolonialistes. Dès 1941, dans la Charte de l’Atlantique, le président américain Franklin Delano Rossevelt impose à Winston Churchill la signature d’un texte dont l’article 3 déclare :

« Ils (Roosevelt et Churchill) respectent le droit des peuples à choisir la forme du gouvernement sous laquelle ils souhaitent vivre ; et ils souhai- tent voir le droit de souveraineté et l’autodétermination restauré à ceux qui en ont été privés par la force. »

Churchill est contraint de signer ce texte en échange de la fourniture de matériel militaire destiné à combattre l’Allemagne nazie. Rencontrant le sultan du Maroc, Mohammed V à la conférence d’Anfa- Casablanca, en janvier 1943, le président Roosevelt en personne fit com- prendre au sultan que les Etats-Unis pourraient éventuellement appuyer une indépendance du Maroc où les capitaux américains s’investiraient largement.

L’ONU (Organisation des Nations unies) créée à l’occasion de la conférence de San Francisco (avril-juin 1945) reprend à son compte l’anticolonialisme de Roosevelt et de Staline.

B – Le contre-exemple britannique et l’indépendance des Indes

1 – Cas de l’Inde

Dès 1885, apparaît le Parti du Congrès formé sur le modèle des partis politiques britanniques. Son programme, initialement fort modéré réclame aux autorités coloniales britanniques d’associer davantage aux responsabilités les Indiens « éduqués ».

C’est sous l’influence de Gandhi, dont l’influence devient croissante en Inde à partir de 1915, et de Nehru que le Congrès adopte un dis- cours beaucoup plus revendicatif, réclamant désormais l’indépendance. Gandhi impose des méthodes de lutte non violentes : campagne de désobéissance civile, boycott des produits britanniques, grèves…

En 1942, il lance un appel, Quit India, qui exige le départ immédiat des Britanniques et l’indépendance de l’Inde.

En juillet 1945, la victoire du parti travailliste aux élections législatives, Clement Attlee devenant alors Premier Ministre à la place de Winston Churchill, contribue à accélérer le processus de désengagement des Britanniques.

Avant même la proclamation de l’indépendance de l’Inde, proclamée le 15 août 1947, le pays est déchiré par des émeutes et des massacres entre les différentes communautés qui composent l’immense sous- continent : hindous, musulmans, sikhs. Le Premier ministre britannique, incapable de contrôler une telle situation, annonce sa volonté de quitter l’Inde au plus tard en 1948. Alors que Gandhi souhaitait conserver les Indes britanniques unies en un seul Etat, Ali Jinnah, leader de la Ligue musulmane, se fait le défenseur de la division des Indes en deux Etats. C’est finalement la solution d’Ali Jinnah qui s’impose et Gandhi, malgré la grève de la faim qu’il entame pour faire pression sur le peuple, ne peut empêcher la partition des Indes en deux états : l’Inde et le Pakistan.

2 – Ailleurs dans l’Empire

Création du Commonwealth en 1931, qui rassemble les colonies britanniques dans un cadre souple marqué par des évolutions ponctuelles comme l’Indian act (1919 ou 1935), qui donne plus d’autonomie à l’Inde, limitée toutefois par un droit de veto du gouverneur général. Parallèlement à cela, l’autonomie accordée progressivement à l’Egypte (1922-1936) et à l’Irak (1932).

C – Une indépendance arrachée : l’Algérie

La décolonisation française, même si elle fut parfois réalisée de manière relativement pacifique comme dans le cas des colonies d’Afrique noire (indépendantes en 1960 pour la plupart), est cependant marquée par deux guerres coloniales. La première d’entre elles, la guerre d’Indo- chine (1946-1954) qui se termina sur la défaite militaire de Dien Bien Phu (mars-mai 1954) et les accords de Genève (juillet 1954) signés à l’instigation du Président du Conseil Pierre Mendès France qui virent la France se retirer d’Indochine, eut beaucoup moins de répercussions sur la société française que la guerre d’Algérie (1954-1962). Cette dernière demeure, avec la défaite de 1940, l’un des deux grands traumatismes de l’histoire française contemporaine.

1 -Les origines profondes de la guerre d’Algérie
a) Une colonie politiquement soumise

L’Algérie composait trois départements français, Algérois, Oranais, Constantinois, cette terre était donc un territoire français par son statut, et non pas un protectorat comme le Maroc ou comme la Tunisie. L’Algérie était rattachée au ministère de l’intérieur, dirigée par un gouverneur général nommé en conseil des ministres. Dès lors, toute indépendance de l’Algérie était considérée comme une amputation du territoire français, ce que la République ne pourrait tolérer.

Il y avait en Algérie deux catégories de citoyens, les français (1 million) et les musulmans (9 millions). Or ces deux groupes n’étaient pas égaux. Pire, à la fin de le Seconde Guerre mondiale, en 1947, le nouveau statut perpétue l’inégalité, flagrante : l’assemblée d’Algérie relevait de deux collèges électoraux donnant le même nombre de sièges, l’un pour les français, l’autre pour les musulmans… De plus les élections sont notoirement truquées, ce qui fait uniquement élire des colons dans le premier collège ou des représentants de l’administration dans le second… Toute tentative de libéralisation échoue sous la pression des Européens d’Algérie

b) Le nationalisme algérien dans l’impasse

Ce nationalisme est marqué par trois courants différents. Un courant traditionaliste (les oulémas) s’appuyant sur l’Islam et résistant à l’intégration, un courant moderniste, réformiste, légaliste (bourgeois et intellectuels) avec Ferhat-Abbas pour leader, un courant révolutionnaire et activiste, de Messali Hadj, avec son groupe d’action (l’organisation spéciale dirigée par Ben Bella). Or dans une politique d’assimilation, la colonisation a détruit les cadres politiques locaux et les nationalistes n’ont aucune structure où s’exprimer et sans aucun interlocuteur avec qui négocier, le recours à la violence peut apparaître comme le seul moyen d’expression possible dans de telles conditions

c) Les problèmes algériens en 1954

L’économie algérienne est duale : elle est composée d’un secteur moderne, basé sur une agriculture efficace et tournée vers l’exportation de vin, de céréales, d’agrumes, de primeurs. Ce secteur est tout entier aux mains des industriels et groupes financiers français. En face existe un secteur archaïque, musulman celui-ci. L’agriculture est vivrière, peu productive, il n’y a ni emploi industriel ni emploi tertiaire et du fait de l’inégalité politique bien peu d’espoir de changement.

La société par ailleurs est très inégalitaire. On compte 984 000 européens dont 80 % nés en Algérie, ils sont urbains pour la plupart, ouvriers et membres de la classe moyenne (commerçants, cadres, employés). C’est une population arc-boutée sur ses privilèges, politiquement conservatrice et qui refuse toute réforme pouvant entraîner l’égalité des européens et des musulmans.

On compte aussi 8.4 millions de musulmans dont 25% seulement ont un niveau de vie proche de celui des européens. Pour les autres, la pauvreté, la sous scolarisation (82 % des enfants musulmans ne sont pas scolarisés) sont monnaie courante.  La domination est économique, sociale, mais aussi culturelle : la langue arabe n’est que l’une des langues étrangères enseignées dans les lycées…

2 – Le déclenchement et les débuts de la guerre d’Algérie 1954-1956
a)  L’insurrection de la Toussaint 1954 (1er novembre)

Le contexte est celui d’un courant de décolonisation et d’indépendance marqué par la naissance du Viêt-Nam en juillet 54. En  octobre 54, le FLN est fondé par 9 jeunes militants Il proclame son objectif de « restauration de l’état algérien ». Parallèlement et simultanément ont lieu 70 actions terroristes : attaque de bâtiments civils et militaires à la bombe ; 8 morts au total dont deux enseignants venant de prendre leur poste. Pour les gouvernements Mendès-France puis Faure, cette situation est inacceptable, on entend alors des déclarations énergiques sur l’appartenance de l’Algérie à la France et la volonté de maintenir l’ordre.

Sur place le gouvernement met en place une vigoureuse répression.

b)  Les premières réactions françaises sont la fermeté

L’armée et la gendarmerie dans une répression souvent aveugle réduisent bientôt l’activité du F.L.N. à quelques poches dans les montagnes de Aurès et de la Kabylie. L’armée s’estime tout à fait en mesure de régler le problème, estimant avoir appris à combattre la guerre populaire en Indochine. L’engrenage est cependant en route : le F.L.N. multiplie les attentats, bombes dans les lieux publics, exécution de collaborateurs. Jacques Soustelle est nommé gouverneur général par PMF pour mettre en place des réformes et il mène une politique d’intégration, c’est à dire d’assimilation renforcée :  « Pacification » des zones rebelles (en fait il s’agit plutôt de répression), application « loyale » du statut de 1947, modernisation économique et sociale, grand programme de scolarisation. Mais cette réaction du gouvernement, si elle est sincère est néanmoins trop tardive.

c)  Le tournant décisif vers la guerre de l’été 1955

Le F.L.N. est en effet décidé à empêcher la politique d’intégration jugée intolérable par le nationalisme algérien, il veut affirmer son audience sur les musulmans et intimider les partisans d’un dialogue avec les Français tout en creusant le fossé entre les deux communautés : il utilise pour ce faire la terreur. Ce qui mène aux massacres du Constantinois en août 1955. Les 20-21 août 1955, 125 paysans français sont assassinés. Le gouvernement réagit dans la violence et la répression est sévère et vengeresse. L’armée met en place une véritable chasse à l’Arabe qui fait en quelques jours environ un millier de morts. Dès lors, un fossé de sang sépare désormais les deux communautés, qui deviennent irréconciliables en même temps que le processus de guerre est désormais engagé

D’une part, les Européens horrifiés se dressent en bloc contre les musulmans. D’autre part, les musulmans indignés par la répression aveugle basculent dans le camp du F.L.N dont l’emprise augmente, y compris les modérés comme Ferhat-Abbas. De son côté, Jacques Soustelle considère que la priorité est le rétablissement de la paix par la lutte contre le F.L.N. : la guerre est à l’ordre du jour, même si les opérations militaires portent le nom de « pacification ». pour ce faire, il proclame l’état d’urgence en Algérie, suspend donc toutes les libertés et propose un renforcement de l’armée et de son rôle, ce qui passe par un envoi des appelés du contingent en Algérie (début 1956 il y a 190000 soldats en Algérie et fin 1956 il sont au nombre de 450000) et un allongement du service militaire.

Guy Mollet, hostile à « la guerre imbécile et sans issue », est élu sur le programme du Front Républicain pour y mettre fin, nommé président du conseil, le 6 février 1956, il se rend à Alger pour installer le ministre résident, le général Catroux, considéré comme un libéral par les uns, comme un « bradeur » par les autres, notamment des pieds-noirs. Conspué, accueilli par des jets de tomates, Mollet change d’attitude, il recule et remplace le général Catroux par le socialiste Robert Lacoste, qui sera l’homme de la guerre à outrance dans le cadre d’une politique du Triptyque « cessez-le-feu, élections libres, négociations » .

3 – la guerre à outrance
a)  Carte blanche à une armée renforcée

Avec l’allongement du service militaire et le rappel des réservistes l’Algérie devient une véritable province militaire dirigée par les militaires qui maîtrisent désormais la guerre populaire et agissent en conséquence. L’armée organise ainsi la fermeture des frontières avec le Maroc et la Tunisie par où transitent les armes, le quadrillage du pays avec des actions psychologiques et des initiatives couvertes a posteriori par le gouvernement (cf. acte de piraterie aérienne sur un avion marocain transportant les chefs du F.L.N. qui sont ainsi arrêtés). Ceci n’empêche par ailleurs pas des activités d’assistance sociale avec soins médicaux, éducation.

b) « La bataille d’Alger »

A partir du mois de janvier 1957, le général Massu, qui a les pleins pouvoirs, organise la lutte antiguérilla dans Alger avec utilisation de tous les moyens (multiplication des contrôles et des fouilles, arrestations, recours aux indicateurs, torture aussi pour obtenir des renseignements). Cette bataille d’Alger va durer neufs mois. Ses résultats sont tout d’abord un véritable succès militaire : le F.L.N. est démantelé à Alger et très affaibli. Mais c’est aussi un échec politique et psychologique marqué par l’hostilité croissante des musulmans du fait des méthodes employées et de nombreux cas de ralliement au F.L.N.

4 – Sous De Gaulle la France s’achemine difficilement la séparation : 1958-1962

Le 13 mai 1958, c’est la journée des Barricades à Alger. Avec la complicité tacite de l’armée et de son commandant en chef, le général Massu, des pieds noirs s’emparent du siège du gouvernement général et mettent en place un comité de salut public dirigé par le général Salan, supérieur hiérarchique de Massu. A Paris, Pierre Pfimlin, est massivement investi le 13 mai par une Assemblée sous le choc. Il envoie en Algérie un médiateur, lequel n’est autre que…Salan, justement ! Ainsi le gouvernement légalise-t-il le coup de force ! Le 30 juin, De Gaulle qui se déclarait prêt à prendre ses responsabilités accepte de devenir Président du Conseil, mais à condition d’avoir un pouvoir constitutionnel. Le 3 juin, il obtient les pleins pouvoirs pour rédiger une nouvelle Constitution. Le rôle du général de Gaulle dans cette insurrection reste toujours sujet à caution mais, le fait demeure. La IVe République plie devant l’émeute et la menace militaire et s’efface devant l’homme du 18 juin qui devient Président du Conseil le 1er juin 1958.

Il se rend en Algérie immédiatement, prononçant le 4 juin à Alger devant une foule immense acquise à la thèse de l’Algérie française, la phrase célèbre « Je vous ai compris ». En fait, il est vraisemblable que dès ce moment, le général de Gaulle se convainc que l’Algérie ne pourra rester française.

a)  De Gaulle s’achemine par étapes vers l’indépendance algérienne : 1958-1962

Le F.L.N met en place un G.P.R.A. en septembre 1958, présidé par Fehrat-Abbas, et affiche ainsi clairement sa position indépendantiste, laissant la France dans une impasse politique. Par ailleurs, l’opinion internationale est celle d’un désaveu général et isole totalement la France : soutien des pays arabes et des pays communistes au FLN, pressions de l’ONU, condamnation par le tiers-monde (conférence de Bandoung) mais aussi par les EUA. Au départ, De Gaulle prend ses distances avec les activistes en éliminant les comités de salut public et en ramenant l’armée à un rôle purement militaire. Il propose « La Paix des Braves » en septembre 1958,  et des négociations mais après cessez-le-feu du FLN. Face à la contestation de plus en plus vive en métropole même (opposition croissante à la guerre en métropole même, car ces sont les appelés du contingent qui partent en Algérie) De Gaulle va plus loin et parle du droit de l’Algérie à « l’autodétermination » en septembre 1959. A partir de mars 1960 le vocabulaire de De Gaulle évolue et la situation aussi : il parle d’ «Algérie algérienne», puis de «République algérienne» en novembre 60 puis «d’état algérien souverain» en avril 1961. Alors que le fossé se creuse entre les musulmans et les Européens et que des heurts violents les opposent, le gouvernement ouvre des pourparlers avec le F.L.N

b)  Sur place, la tension est entretenue par les activistes de l’Algérie Française

Toutefois, les Français d’Algérie et les militaires ont le sentiment d’avoir été trahis par De Gaulle et rêvent désormais d’un nouveau 13 mai qui se ferait cette fois-ci contre lui. A Alger en janvier 1960 on assiste au soulèvement des Français d’Algérie, notamment des étudiants. Alger est hérissé de barricades… mais l’armée hésite à suivre les insurgés qui finissent par se rendre au bout d’une semaine.

Pour manifester clairement aux activistes et aux militaires que la nation est avec lui, De Gaulle soumet le droit à l’autodétermination de l’Algérie à référendum en janvier 1961 et il obtient 75 % de « OUI ». La situation devient alors intolérable pour les activistes. Et le  22 avril 1961, les généraux Challe (commandant en chef en Algérie), Salan, Jouhaud, Zeller, entraînent avec eux une partie de l’armée et préparent une action aéroportée en métropole. Cette tentative de putsch, qui fait suite à l’annonce de pourparlers officiels avec le G.P.R.A. début avril, est particulièrement dramatique. Mais elle échoue du fait du refus des soldats du contingent de suivre les officiers rebelles (ils s’informent par les postes de radio à transistors) et de la fermeté du général De Gaulle qui après une intervention télévisée ferme, annonce qu’il prend les pleins pouvoirs (proclame l’article 16) et fait procéder à des arrestations en métropole.

L’«Organisation Armée Secrète », qui regroupe tous les activistes, fait alors parler d’elle. Son but est d’empêcher tout accord avec 1e F.L.N., de renverser le pouvoir gaulliste, de détruire systématiquement tout ce qui a été édifié par la France en Algérie une fois l’accord réalisé (terre brûlée). L’OAS agit par la terreur dans une vague d’attentats impressionnante (20 morts par jour à Alger en janvier 1962, plusieurs attentats contre De Gaulle, fusillade de la Rue d’Isly le 26 mars 62 qui fait 46 morts provoquée par l’O.A.S. pendant une manifestation de Français à laquelle l’armée est tenue de s’opposer puisque les combats ont cessé le 18 mars.

L’OAS jouit de complicités jusqu’au plus haut niveau y compris dans la police parisienne et le bilan de son action est tragique : plus de 100 morts et des milliers de blessés après une manifestation des algériens de Paris en octobre 1961 (6 morts selon la France, 200 selon le FLN), 8 morts au métro Charonne au cours d’une manifestation de gauche demandant une lutte plus active contre l’OAS (février 1962). Le résultat tangible est que l’action de l’OAS interdit toute cohabitation entre européens et musulmans et qu’en conséquence, l’indépendance de l’Algérie s’accompagnera du départ de la plus grande partie de la communauté européenne qui va quitter avec déchirement une terre où elle était née en abandonnant l’essentiel de ses biens et en affrontant un difficile reclassement en métropole.

c)  La fin de la guerre d’Algérie

L’indépendance de l’Algérie se fait sur la base de négociations avec le GPRA lesquelles mènent aux ACCORDS D’EVIAN signés le 18 mars 1962 qui  organisent la création d’un état algérien. Ces accords sont ratifiés par référendum le 8 avril 1962 avec 90,6 % des voix (et 24,4 % d’abstentions). Les Algériens se prononcent à leur tour pour l’indépendance à 99,7 % le Ier juillet 1962, en conséquence, le 3 juillet la France reconnaît officiellement l’Algérie indépendante et au prix de huit ans de guerre, de plus de 600 000 morts, de l’exode de 800 000 pieds-noirs et de bien des souffrances et des rancœurs, s’achève la plus cruelle des guerres de décolonisation.

Sur place les choses se passent mal. Les Pieds noirs partent rapidement vers la France dans des conditions matérielles dramatiques. Au départ, on constate une assez bonne adaptation et intégration dans la communauté nationale avec une implantation préférentielle dans le sud de la France, y compris la Corse. Mais la guerre d’Algérie a profondément troublé les consciences et laisse derrière elle des déchirements durables: problème de la torture, de la violence, déchirement de la nation, hostilité à l’égard des Algériens, développement d’un sentiment de rejet à l’égard des pieds noirs et de leurs enfants plus tard, rejet et oublis des harkis, développement du racisme et relations difficiles et tendues entre France et Algérie

BIBLIO/SITO

Advertisements