De l’âge industriel à la société post-industrielle

L’âge industriel et sa civilisation (du milieu du 19ème siècle à 1939)

Les transformations économiques et sociales, les idéologies de l’âge industriel en Europe et en Amérique du Nord L’industrie est l’ensemble des activités économiques ayant pour objet l’exploitation des richesses naturelles et leur transformation. Jusqu’au 18ème siècle, le monde est essentiellement rural. Un artisanat et une proto-industrie existent mais les deux révolutions industrielles du 19ème siècle changent considérablement l’échelle de ces activités.

Ces deux révolutions conduisent en effet à l’industrialisation des actuels pays développés (Europe, Amérique du Nord, Japon). Elles font entrer le monde dans une ère de modernité. Elles transforment l’économie mais aussi la société et les rapports sociaux. On passe avec elles de l’âge agricole et rural à un âge industriel et urbain, caractérisé par le progrès général du niveau de vie des individus.

I Le décollage industriel

L’industrialisation se traduit par un développement sans précédent de l’activité industrielle. Ce développement est le résultat du progrès technique qui entraîne l’augmentation de la production par le progrès de la productivité (rapport entre la production et la quantité de travail nécessaire pour l’obtention de cette production). Ondistingue deux Révolutions Industrielles qui correspondent chacune à des phases de transformations techniques intenses. Chacune d’elles correspond à des sources d’énergie dominantes, des branches industrielles motrices, des processus de fabrication et de gestion du travail différents. A partir de ces différents points, il est possible d’établir un modèle de chacune des deux révolutions.

A – La Première Révolution Industrielle (1780-1850)

  • L’innovation technique : l’invention de la machine à vapeur par l’Ecossais James Watt (1769) qui conduit à la mécanisation de nombreuses activités (mise au point de machines textiles, de nouvelles techniques de fabrications de l’acier et de la fonte).
  • La source d’énergie dominante : Le charbon exploité dans les nombreuses houillères des Pays Noirs européens ou dans les Appalaches pour les USA.
  • Les branches industrielles motrices : le textile, soutenu par la transition démographique et l’industrie sidérurgique stimulée par le développement du transport ferroviaire.
  • Les méthodes de gestion du travail : elles sont encore anciennes. Ce qui change par rapport à l’artisanat traditionnel c’est l’emploi de masse et la taille des entreprises. En d’autres termes, on est passé de l’atelier à l’usine.

B La Deuxième Révolution Industrielle (1880-1ère moitié du 20ème siècle)

  • L’innovation technique : le moteur à explosion
    Les sources d’énergie dominantes : poursuite de l’emploi du charbon mais diversification par l’emploi de plus en plus prononcé du pétrole et de l’électricité. Cette diversification est liée à la découverte et à l’exploitation des gisement de pétrole à la fin du 19ème (USA, Russie, Moyen Orient) et aux progrès du transport et de l’emploi de l’électricité (mise au point des lignes à hautes tension, utilisations domestiques grâce à la lampe Edisson, invention de la dynamo, tramway électrique…).
  • Les branches industrielles motrices : industries métallurgiques, mécaniques et chimiques : développement de l’automobile comme objet de consommation de masse aux USA dès les années 1920, naissance et progrès du transport aérien, constructions navales (paquebots), colorants synthétiques, engrais, médicaments…
  • Les méthodes de gestion du travail : mise au point du travail à la chaîne par l’ingénieur américain TAYLOR (on parle de Taylorisme). Il s’agit de rationaliser le travail en décomposant et en chronométrant les tâches des ouvriers. Le résultat est l’augmentation rapide de la productivité. C’est dans l’industrie automobile qu’on applique d’abord ces méthodes (Ford aux USA).

.Ces deux Révolutions Industrielles s’accompagnent d’un bouleversement de la géographie de la main-d’œuvre

Les industries des Révolutions Industrielles se localisent à la croisée de la main-d’œuvre qu’elles nécessitent en masse, des marchés où elles doivent écouler leur énorme production et des matières premières dont elles sont très consommatrices (selon la théorie du Triangle de Weber). Leur espace privilégié d’installation se trouve donc être la périphérie des villes des Pays Noirs qui connaissent une urbanisation sans précédent car la ville concentre à la fois marché et main- d’œuvre. Ainsi, l’entrée dans l’âge industriel se traduit par le début de l’exode rural massif et par une croissance inexorable du taux d’urbanisation. Ce déplacement massif des villes vers les campagnes est soutenu par l’essor du transport ferroviaire qui est un aspect les plus marquants de ces Révolutions Industrielles

II. Les entreprises et leur financement

A. Les entreprises

Première chose, elles grandissent en surface pendant toute la période. Elles améliorent en permanence la productivité et la production.
Deuxième chose, la tendance est de plus à la concentration des entreprises. La petite entreprise a tendance à disparaître au profit de grandes entreprises qui les absorbent. Le but est d’être plus compétitif en produisant à moindre coût en réalisant des économie d’échelle. Il existe deux types de concentration :

◦ la concentration horizontale : regroupement d’entreprises de même branche d’activité.
◦ la concentration verticale : regroupement d’entreprises en amont et en aval d’une activité.
Ainsi à cette époque, naissent des grands groupes appelés Trusts aux USA, Konzern en Allemagne ou Zaïbatsu au Japon. Certains secteurs s’organisent en Cartel dans le but de se partager le marché et d’éliminer la concurrence en s’entendant sur las prix.

B . Leur financement

La Révolution Industrielle s’est faite dans le contexte du capitalisme libéral reposant sur la libre- entreprise, la libre-concurrence et le libre-échange. La taille des entreprises augmentant, elles ne sauraient être familiale comme autrefois. Si souvent, elles s’appuient sur une famille (Renault, Schneider, De Vendel…), en réalité elles sont de plus en plus des sociétés par actions. Dans une telle société, le capital est divisées en actions que détiennent des actionnaires qui prennent part aux bénéfices de l’entreprise au prorata de leur apport de capital. La valeur des actions est déterminée à la Bourse par la loi de l’offre et de la demande.

De plus, les entreprises ont recours à l’emprunt. La fin du 19ème siècle marque l’apogée du développement de la banque, au sens moderne du terme.
◦ Les banques d’affaires se développent. Elle sont souvent familiales (Rothschild…). Elles utilisent leurs propres capitaux pour prêter aux entreprises.

◦ En revanche, les banques de dépôts réunissent l’argent des épargnants contre intérêt et s’en servent pour prêter aux entreprises.

III. Les aspects cycliques de la croissance

L’économie capitaliste et libérale se caractérise par des cycles de croissance. La croissance économique n’est en effet pas régulière et continue mais elle fait alterner des phases d’expansion et des phases de dépression. On passe ainsi de périodes de prospérité à des périodes de crise.

A Trois types de cycles, à trois échelles de temps différentes

◦ Le Trend séculaire correspond à une phase continue de croissance depuis le décollage industriel. ◦ Sur la longue durée (50 à 60 ans), on observe un cycle dit de Kondratieff : une phase A correspond à une période d’expansion (augmentation des prix, de la production, de l’emploi, des salaires, des profits…), une phase B correspond à une période de dépression (stagnation ou baisse de ces indices). Chacune des 2 phases dure 20 à 30 ans.

◦ Sur la durée moyenne (7 à 10 ans), on observe un cycle dit de Juglar : il s’agit de fluctuation de plus courtes durées et de moindre importance. Elles sont dues à des crises de surcapitalisation (la spéculation boursière excessive conduisant à des Krachs boursiers), à des crises de sous- consommation (qui entraîne la surproduction), ou encore à une mauvaise politique budgétaire et/ou monétaire des Etats.

B Qu’en est-il de ces fluctuations de croissance entre 1850 et 1939 ?

◦ Pendant toute la période, il y a croissance selon le Trend séculaire. Cependant cette croissance est inégale à la fois sur la longue durée et sur la courte durée.
◦ Sur la longue durée, le monde industriel connaît deux crises de 1850 à 1939 :
. La Grande Dépression (1873-1895) qui commence par un Krach boursier à Vienne et qui provoque des faillites d’entreprises et l’effondrement spectaculaire de grandes banques (L’Union Générale en Fce en 1882 qui inspira l’histoire de L’Argent d’Emile ZOLA, Baring au RU en 1893…).

. La Crise de 1929 (1929-fin des années 30) qui commence par le Krach de Wall Street (le 24 oct. 1929, le Jeudi Noir). Une crise de surcapitalisation provoque une crise bancaire. Cette crise des banques provoque la paralysie du crédit qui conduit à une crise industrielle par sous- consommation. Les faillites industrielles provoquent le développement du chômage qui nourrit la sous-consommation et aggrave la crise.

C Les solutions envisagées à ces fluctuations de croissance

◦ Le » laissez-faire » : pour certains, le libéralisme est par nature capable d’auto-réguler les crises. Les cycles sont des fluctuations normales de la croissance. Ils sont utiles car ils permettent l’élimination des branches industrielles et des secteurs d’activité en difficulté pour renforcer les nouveaux secteurs compétitifs. Il faut donc laisser les crises se résoudre d’elles mêmes en laissant

s’opérer les mécanismes naturels du marché. A bien des égard, on peut parler ici de darwinisme économique.
◦ Les théories interventionnistes de KEYNES : l’économiste britannique préconise une intervention mesurée de l’Etat pour corriger les fluctuations de la croissance. Il pense que l’Etat se doit de relancer la consommation en période de crise en pratiquant une politique de hausse des salaires et une politique de lutte contre le chômage par des Grands Travaux.

◦ On rompt aussi avec les sujets traités traditionnellement : jusque là, il existait des sujets académiques (des passages obligés) comme la description de la bonne société, le portrait, la religion, la mythologie qui étaient considérés comme les seuls sujets dignes de l’art. L’avant- garde se met à traiter des sujets inhabituels, voire scandaleux pour la morale bourgeoise (la prostitution avec Picasso, Toulouse-Lautrec, la vie nocturne, la misère sociale et morale des classes populaires…). Il s’agit de montrer la vie telle qu’elle est et non telle qu’elle devrait se conformer à l’idéologie bourgeoise.

BIBLIO/SITO

http://erra.perso.neuf.fr/ranguin/MARCHAND/age-industriel.html

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