L’URSS et les démocraties populaires (1945-1991)

L’URSS et les démocraties populaires (1945-1991)

® lycée la fontaine – 2009

Introduction

Le terme de démocraties populaires désigne les régimes communistes mis en place en Europe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale (RDA, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie, Bulgarie et Albanie). Ces derniers ont été largement encouragés ou imposés par Staline qui entendait ainsi former un glacis protecteur à l’ouest de l’URSS. Si un alignement certain sur Moscou a été exigé par les dirigeants soviétiques, la cohésion du bloc oriental n’a cependant pas été parfaite. Des années 1950 à 1989, des crises ouvertes ou des volontés d’indépendance sont venues régulièrement perturber la domination de l’URSS.

I. Discipline et fêlures du bloc oriental (1945-1956)

1. STALINE ET LA FORMATION DU BLOC COMMUNISTE

a. La fin de la guerre

À partir du courant de l’année 1943 (janvier, capitulation de von Paulus à Stalingrad ; été, échec de la contre offensive allemande à Koursk), le rouleau compresseur soviétique fait inexorablement reculer l’armée allemande. L’ensemble de l’URSS est libéré en 1944 et l’Armée rouge arrive aux portes de Varsovie. D’août à octobre 1944, l’insurrection polonaise, décidée par le gouvernement de Londres pour assurer la renaissance d’une autorité non communiste en Pologne, est impitoyablement écrasée par les Allemands sans que les Soviétiques n’interviennent.

Les pays d’Europe centrale et orientale sont alors occupés (pour les anciens alliés de l’Allemagne: Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Tchécoslovaquie et bien sûr l’est de l’Allemagne) ou « libérés » (Pologne) par l’Armée Rouge. La Finlande du Maréchal Mannerheim signe un armistice le 19 septembre 1944 ; l’Autriche est conjointement occupée avec les Alliés. Quant à la Yougoslavie, elle est essentiellement libérée par la résistance intérieure, communiste, sous la direction de Tito qui prend la tête du gouvernement yougoslave le 7 mars 1945 et peut ainsi manifester une certaine liberté à l’égard de Staline. Les pays baltes, annexés par l’URSS en 1940 (en vertu du pacte germano-soviétique) puis occupés par l’Allemagne en 1941, ne retrouvent pas leur indépendance.

Depuis 1944, Staline reste très évasif quant au sort des territoires libérés : il promet des élections libres à Yalta (4-11 février 1945), alors même qu’il vient d’imposer un gouvernement communiste en Pologne (le « comité de Lublin »). Il renouvelle ses promesses à Potsdam (juillet-août 1945). Ces élections eurent bel et bien lieu en 1947, mais sous influence soviétique.

b. Le contrôle politique de l’Europe de l’Est

La « bolchevisation » des États d’Europe orientale et centrale s’est faite en deux temps : d’abord par l’élimination progressive des formations non communistes (1947-1948) puis par la reprise en main des dirigeants communistes locaux (1948-1952).

— La « tactique du salami »

Les élections, plus ou moins manipulées, portent au pouvoir des fronts patriotiques au sein desquels les communistes sont minoritaires mais détiennent des postes clefs (Intérieur, Justice, Défense). Au cours de l’année 1947, les communistes contrôlent de plus en plus fermement ces gouvernements en appliquant la politique dite du « salami » qui consiste à éliminer successivement les partis hostiles (les partis libéraux et paysans), puis à absorber les formations socialistes.

La « tactique du salami » est une expression inventée par le communiste hongrois Rakosi pour décrire l’élimination progressive des pouvoirs extérieurs au communisme, « tranche après tranche, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien ».
Le processus est donc progressif, excepté à Prague où les communistes se résolvent à

mener un véritable coup d’État (25 février 1948).

— L’élimination des dirigeants communistes « déviants »

Des procès truqués, sur le modèle des procès de Moscou permettent ensuite à Staline de se débarrasser des dirigeants « communistes nationaux » ou d’opposants trop dangereux sous prétexte de « déviation titiste ». Ces derniers sont remplacés par des communistes qui ont passé la guerre à Moscou (Bierut en Pologne, Gottwald en Tchécoslovaquie, Ulbricht en RDA).

— L’exemple polonais

On put s’arrêter à titre d’exemple sur la situation polonaise. Le 13 août 1944, est formé avec la bénédiction soviétique le « comité de Lublin », dirigé par Bierut. Au même moment les Soviétiques laissent les Allemands écraser l’insurrection de Varsovie menée par l’Armée intérieure,c’est-à-dire la résistance non communiste. Un gouvernement provisoire unitaire est formé en 1945 auquel participent certains membres du gouvernement en exil à Londres. Le 19 janvier 1947, les élections portent au pouvoir le Bloc démocratique. Bierut est élu dans la foulée président de la République. En 1948, l’ensemble des forces de gauche fusionnent au sein du Parti Ouvrier Unifié Polonais (POUP), noyauté par les communistes staliniens.

Dès septembre cependant, Gomulka, secrétaire général du POUP mais issu de la résistance communiste de l’intérieur est mis à l’écart et interné. En 1952, la Pologne adopte une nouvelle constitution et devient une démocratie populaire. Les opposants sont très surveillés, en particulier le clergé catholique dont le gouvernement veut contrôler la nomination. En septembre 1953, le cardinal Wyszynski est interné.

c. L’unité idéologique du bloc

Le Kominform (Bureau d’Information des partis communistes) ressuscite d’une certaine manière la IIIe Internationale (Komintern) dissoute pendant la guerre. Le bureau est officiellement créé le 5 octobre 1947 après un congrès des partis communistes Szklarska- Poreba, petite station de montagne polonaise située à la frontière de la zone d’occupation soviétique de l’Allemagne et de la Tchécoslovaquie. À la tête du Kominform, Andreï Jdanov entend mener la guerre du « camp démocratique et anti-impérialiste », défenseur de la paix, contre le camp « impérialiste et anti-démocratique » en servant de relais aux formations communistes occidentales (grandes grèves de 1947-1948 en France contre le plan Marshall) mais surtout de ciment du bloc oriental. Très vite, le Kominform s’en prend violemment à la « déviation titiste » (28 juin 1948) qui privilégie la souveraineté nationale yougoslave au détriment de l’alignement sur Moscou. Le Kominform est dissout en 1956.

2. LA FIN DE L’ÈRE STALINIENNE

a. Une répression accrue

Dans la période de l’après-guerre, le culte de la personnalité entourant Staline atteignit un niveau inégalé. Isolé au sommet du pouvoir et affaibli physiquement, Staline, atteint d’une paranoïa de plus en plus aiguë, se voyait partout environné de complots : en janvier 1953, il ordonna l’arrestation de plusieurs médecins moscovites, juifs pour la plupart, les accusant d’avoir perpétré des assassinats dans l’exercice de leurs fonctions. Le prétendu complot des « blouses blanches » semblait annoncer un retour à la terreur des années 1930, quand Staline mourut soudainement d’une hémorragie cérébrale, le 5 mars 1953.

b. La succession de Staline

A la mort de Staline (5 mars 1953), commence une lutte de succession pour le pouvoir autour de la nouvelle direction collégiale. Beria, chef du NKVD, est rapidement neutralisé car il inquiète tous les autres dirigeants. Il est arrêté et exécuté dès juin 1953. Khrouchtchev s’appuie alors sur le parti dont il est le Premier secrétaire, l’armé (le maréchal Boulganine) et les autres dirigeants (Molotov et Kaganovitch) pour évincer Malenkov (progressiste) qui quitte la présidence du gouvernement en février 1955 pour être nommé directeur d’une centrale électrique en Sibérie…

Khrouchtchev lance ensuite dans le parti une vigoureuse dénonciation de la dictature stalinienne (XXe congrès de février 1956, cf. infra). Les vieux staliniens (Boulganine, Molotov) tentent alors de le destituer en juin 1957. Mais l’appui du maréchal Joukov, héros de la guerre, lui permet de rassembler rapidement les délégués du Comité central, de leur faire condamner le « groupe anti-parti » et de renvoyer ses membres à des responsabilités subalternes comme Molotov à l’ambassade d’Oulan Bator en Mongolie! En octobre, Khrouchtchev démet Joukov de ses fonctions. Il est désormais seul au pouvoir.

3. LA DESTALINISATION

a. Le XXe congrès

Dans sa lutte pour le pouvoir, Khrouchtchev se démarque de ses adversaires par sa dénonciation des déviations staliniennes. Le 14 février 1956, devant les 14 000 délégués du XXe Congrès du PCUS auquel assistent aussi des délégations étrangères (Thorez pour la France, Togliatti pour l’Italie), Khrouchtchev présente son rapport sur la déstalinisation.

Il dénonce les abus du stalinisme théorique (dogmatisme économique, planification volontariste) et pratique (culte de la personnalité, violation permanente de la « légalité socialiste »), ainsi que les tensions constantes entraînées sur le plan international (doctrine Jdanov). Dans la nuit du 24 février, Khrouchtchev s’attarde particulièrement sur les crimes du stalinisme et s’appuie sur le « testament » de Lénine pour montrer comment Staline a confisqué au Parti la direction de la Révolution.

b. Une pause libératrice

A la fin des années 1950, la société soviétique vit ainsi un moment de pause libératrice après les pressions de la dictature. De nombreux zeks (prisonniers du Goulag) sont libérés, le grand ministère de Beria (MVD) est démembré (création du KGB) et le Goulag passe sous le contrôle du Ministère de la Justice.

Cette phase de tolérance se traduit dans le domaine culturel par la publication d’œuvres critiques (que Khrouchtchev pense utiliser dans sa critique du stalinisme) comme Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne (1962), ais elle est de très courte durée et Khrouchtchev finit par réaffirmer la primauté du « réalisme soviétique » au service du régime.

Malgré les limites fixées à la déstalinisation (critique de Staline et non du système), Khrouchtchev réalise que celle-ci risque de dégénérer en critique plus ouverte et qu’il convient d’y mettre un terme. L’impact de la déstalinisation sur les démocraties populaires le montre bien.

c. Les impacts du dégel en Europe de l’Est

La mort de Staline avait déjà eu un premier contrecoup. À Berlin, les Allemands de l’est avaient constamment sous les yeux l’essor d’une véritable vitrine capitaliste. En juin 1953, des émeutes ouvrières éclatèrent ainsi et furent brutalement réprimées par l’armée.

— En Pologne.

Des émeutes ouvrières éclatent en juin 1956 à Poznan et rappellent que les transformations économiques et sociales selon les normes soviétiques sont très mal supportées (planification, collectivisation) ainsi que l’imposition du matérialisme athée qui heurte le catholicisme de la société polonaise. En octobre 1956, les dirigeants polonais cherchent alors une solution interne et rappellent habilement Gomulka au pouvoir. Il est réintégré dans le Parti en août. Gomulka entreprend alors quelques prudentes mesures de libéralisation qui évitent à la Pologne une crise ouverte sur le modèle hongrois.

— En Hongrie

Après la mort de Staline, les tensions sont vives entre le stalinien Rakosi et Imre Nagy, plus libéral (président du conseil entre 1953 et 1955). Les Hongrois espèrent en effet obtenir un statut proche de leur voisin autrichien (1955) et mener leur propre expérience socialiste.

La situation se durcit lorsque Erno Gerö (prosoviétique) prend la tête du parti. Sous la pression de la rue et en raison du précédent polonais, Imre Nagy est appelé au gouvernement le 23 octobre 1956. L’Armée rouge intervient une première fois. Fin octobre, Budapest entre en insurrection et les étudiants radicalisent rapidement les revendications initiales du cercle Petöfi. La direction communiste aligne son programme sur des positions extrêmes (rétablissement du pluripartisme, sortie du Pacte de Varsovie), inacceptables par Moscou dont les troupes interviennent alors le 4 novembre, la veille de l’intervention de Suez.

L’aide occidentale tant attendue (elle était promise par Radio Free Europe) n’arrivera jamais. La répression fait près de 20 000 victimes. Imre Nagy est exécuté en 1958. Le parti est repris en main (il devient le POSH) par Janos Kadar. L’intervention soviétique porte un grave coup à la popularité des partis communistes d’Occident.

II. En URSS : de la fossilisation du régime à sa disparition

1. L’ÉCHEC ET L’ÉVICTION DE KHROUCHTCHEV

a. L’échec économique

Il faut d’emblée mentionner quelques succès de façade : le Spoutnik (1957), l’envoi de Youri Gagarine dans l’espace (1961). Mais, de manière générale, l’économie soviétique a souffert du lourd système de planification centralisée, imposé par le volontarisme stalinien. Le régime policier exigeait des résultats. Dès lors que la pression disparaît, ceux-ci deviennent catastrophiques.

Les objectifs du plan sont rarement adaptés aux situations concrètes de l’économie (goulets d’étranglements) et ne laissent aucun degré d’initiative aux échelons locaux. De plus, aucune motivation (à l’exception du lopin des kolkhoziens – mais la demande de biens de consommation courante ne peut même pas être satisfaite de la sorte) ne vient intéresser les Soviétiques, hormis la résolution de multiples problèmes posés par le vie courante (logement, alimentation). Seule la corruption apporte alors des chances de réussite.

— Les réformes de Khrouchtchev

Khrouchtchev se lance dans une politique désordonnée de déconcentration des activités économiques. De mars 1955 à mars 1956, il augmente l’autonomie des kolkhozes et supprime les MTS en mars 1958. En 1957, il lance les sovnarkozes qui sont des conseils économiques régionaux (une centaine) afin de donner plus de souplesse au système. Cependant, cette institution vient s’ajouter aux bureaux du parti et de l’État (Gosplan) sans les remplacer.

De plus il retombe dans le travers volontariste. En 1954, il lance l’opération de mise en valeur des « Terre Vierges » au Kazakhstan et la construction ab nihilo d’« agrovilles ». Les premiers résultats sont encourageants, mais restent trop dépendants des fluctuations climatiques. En 1960, 1961, 1963 et 1964, la sécheresse entraîne des récoltes catastrophiques et rend nécessaire des importations. C’est le moment où Khrouchtchev prétend rattraper les États-Unis dans les années 1980.

b. Les inquiétudes du parti

Les membres dirigeants du parti commencent à s’inquiéter au moment où Khrouchtchev remet en cause leur position. Pour une question d’efficacité, il cherche à fusionner les administrations du Parti et de l’État et veut relancer la déstalinisation lors du XXIIe Congrès de décembre 1961. Surtout entend imposer une rotation des cadres, ce qui remet en cause trop de privilèges acquis par la nomenklatura (logements, voitures, magasins réservés).

En 1964, Khrouchtchev est autoritairement démissionné par le Politburo qui l’accuse aussi des revers que l’URSS connaît à l’extérieur : rupture avec la Chine (1958) ; construction du mur de Berlin (13 août 1961) ; crise de Cuba (octobre 1962).

Une direction collégiale prend alors les rênes du pouvoir, c’est d’abord la troïka de Brejnev (Secrétaire général et chef de l’État après 1976), Podgorny (chef de l’État, écarté en 1976) et Kossyguine (chef du gouvernement). Autour d’eux, Souslov (idéologie), Gromyko (Affaires étrangères) et Kirilenko (Défense) constituent l’équipe dirigeante qui va fossiliser l’URSS pendant 20 ans.

2. L’IMMOBILISME DE BREJNEV

a. La stagnation politique

Elle se manifeste en 1977 par l’adoption d’une révision de la Constitution de 1936 qui prend acte de la fin de la lutte des classes et de l’inutilité de la dictature du prolétariat car les deux classes (ouvrière et paysanne) sont désormais alliées.

Cette égalité de façade est cependant démentie par le poids croissant du parti dans la société soviétique (7, 2 millions de membres en 1956, 17,1 millions en 1981). Sa bureaucratie est envahissante (cellules d’entreprises puis comités de district, de régions, ou de territoires autonomes) et ses échelons supérieurs contrôlent les grands ministères (KGB, Gosplan) et les administrations des Républiques. Des militants, on passe ainsi aux permanents du parti (apparatchiks) puis à la nomenklatura. À cette hiérarchie est associée une échelle de privilèges. Le Parti fonctionne comme un organe de sélection dont le fonctionnement est de plus en plus opaque (corruption).

Les rares opposants à ce totalitarisme «mou» sont d’anciens membres de la nomenklatura (scientifiques comme Sakharov) qui ne sont guère considérés du peuple. La surveillance et la répression de ces éléments sont alors très subtiles (hôpitaux psychiatriques). En revanche, les opposants de plus grande envergure (Soljenitsyne) sont expulsés, ce qui rend leur contestation inopérante en URSS.

b. Les faiblesses économiques

Les réformes de Khrouchtchev ont été abandonnées et les prérogatives du centre rétablies. Néanmoins, demeure la nécessité de rationaliser la gestion économique.

En 1964-1965, est lancée la réforme de Liberman (cf. son article de 1962, « Plan, profit, primes »), soutenue par l’économiste Trapeznikov, qui octroie une plus grande autonomie aux entreprises industrielles. Elle cherche à améliorer la concertation avec les organismes centraux et surtout substitue à l’indicateur de production quantitatif stalinien des indicateurs qui tiennent compte des besoins réels de l’économie.

En 1967, la réforme est étendue aux sovkhozes. Elle encourage aussi les développements régionaux par la mise en place de complexes territoriaux de production (CTP). Mais les instances bureaucratiques enlisent la réforme au milieu des années 1970 et, en 1979, la « Réforme Brejnev » revient à des impératifs de quantité, de qualité et de productivité que la démobilisation générale et la corruption empêchent d’atteindre.Dans les années 1980, cette situation est considérablement aggravée par le poids que prennent les dépenses militaires (la croissance des dépenses militaires est deux fois plus rapide que celle de l’économie) imposées par l’intervention en Afghanistan et la nécessité de contrer IDS américaine.

c. L’impossible réforme

11 mars 1985 Février 1986

Juin 1987 Juillet 1988 26 mars 1989

Gorbatchev à la tête du PCUS. Il s’impose en rajeunissant les cadres du Parti (expulsion des « âmes mortes » du Comité central).
XXVIIe Congrès du PCUS : Gorbatchev réclame une réforme radicale de l’économie.

Autorisation de l’autonomie financière des entreprises.
Les paysans peuvent louer la terre.
Premières élections libres d’un Congrès chargé d’élire ensuite le Soviet suprême. Échec des conservateurs.

Convaincu de l’urgente nécessité des réformes, Gorbatchev comprend que la solution des échecs économiques passe par des mesures politiques. Ses réformes se résument en deux mots: PERESTROÏKA (restructuration), qui désigne les transformations du système par l’abandon de principes idéologiques contraignants et de l’autoritarisme du pouvoir central, et GLASNOST (transparence), qui traduit le besoin de rétablir un climat de confiance entre les administrations et les citoyens en refusant la « langue de bois ».

La politique de Gorbatchev cherche ainsi à introduire les mécanismes de l’économie de marché en tardant néanmoins à prendre des mesures essentielles (libération des prix) devant l’énorme malaise social rencontré. La refonte du système soviétique s’avère finalement impossible parce qu’elle active trop de mouvements contradictoires et en particulier les revendication des nationalités périphériques.

A partir de 1989, Gorbatchev navigue donc difficilement entre les progressistes (B. Eltsine) et les conservateurs (E. Ligatchev) dont la lutte se solde par le putsch d’août 1991 et la disparition de l’URSS en décembre 1991.

III. La diversité des démocraties populaires

Outre la Bulgarie, la RDA est restée fidèlement alignée sur Moscou. Si cette dernière a été durablement exploitée par l’URSS dans l’après-guerre (la socialisation de l’économie s’est faite brutalement), elle compte néanmoins sur le soutien de l’URSS face à l’attraction croissante de la RFA sur ses citoyens. Les dirigeants du SED (O. Grotewohl, W. Ulbricht et enfin E.Honecker) sont tout à fait conscients que leur pays ne peut se développer qu’enfermé derrière des frontières étanches.

Dans les années 1960 et 1970, certains démocraties populaires exploitèrent cependant une certaine marge de manœuvre.

1. UNE CERTAINE AUTONOMIE

a. En Yougoslavie

La voie suivie par Tito (il meurt en 1980) abandonne l’économie bureaucratique planifiée de type soviétique et lance le principe d’autogestion en 1950 ; il est précisé en 1965 et définitivement codifié en 1976. Les entreprises sont ainsi remises au contrôle des ouvriers. Mais cette solution s’accommode mal d’un pouvoir politique d’autant plus autoritaire qu’il s’applique sur une fédération que tiraillent de nombreuses forces centrifuges (les nationalités).

D’un point de vue diplomatique, Tito prône le non alignement (1961, conférence de Belgrade) dont les applications restent vagues. Depuis 1955, les relations avec l’URSS se sont en tout cas considérablement améliorées

b. En Hongrie

Malgré la répression de 1956, Janos Kadar mène habilement une gestion économique plus libérale. Les coopératives agricoles ont alors reçu une large autonomie ainsi que les entreprises industrielles. De plus, un important secteur privé s’est développé. Cette situation s’accompagne d’une plus grande (mais discrète) ouverture à l’Ouest.

c. En Roumanie

Ceausescu (au pouvoir à partir de 1965) marque nettement sa différence dans le domaine diplomatique. En 1968, les forces roumaines refusent de s’associer à celle du Pacte de Varsovie lors de la répression du « Printemps de Prague » et Ceausescu entretient de bonnes relations avec les pays occidentaux (la France) avec lesquels se développent des échanges économiques. Il n’est pas impossible que cette situation ait été feinte et que l’URSS y ait vue une manière d’acquérir ainsi des produits occidentaux. Néanmoins, le régime se crispe dans les années 1980 et Ceausescu prend ensuite des allures de dictateur mégalomane.

d. En Albanie

Enver Hoxha (qui a démis le roi Zog en 1946) s’enferme, à coups de ruptures successives (contre Tito en 1948, contre l’URSS en 1961, contre la Chine en 1978), dans un modèle stalinien marqué par une véritable autarcie économique et des mesures radicales contre les différentes communautés religieuses.

2. LES CRISES

La vigilance de l’URSS est néanmoins concession. La doctrine Brejnev, dite de « souveraineté limitée » s’applique en effet en Tchécoslovaquie en 1968 et, dans une moindre mesure, en Pologne en 1981. Mais le rétablissement autoritaire de ces régimes communistes est aussi le point de départ de contestations profondes qui aboutissent aux « Révolutions de velours » de 1989.

a. En Tchécoslovaquie

Le modèle stalinien est perpétué sans souplesse depuis 1948 et la bureaucratie freine considérablement le développement d’un État déjà très industrialisé en 1945. Dans les années 1960, la réforme de Liberman incite les nouveaux dirigeants tchèques (Alexandre Dubcek est à la tête du PC en janvier 1968) à promouvoir un « socialisme à visage humain ».

Le programme d’action du PC tchèque, inspiré par l’économiste Ota Sik, préconise le retour d’un véritable marché et une participation des ouvriers à la gestion des entreprises (avril 1968). Parallèlement, une extraordinaire liberté politique est rendue aux Tchèques et, en août, les fractions minoritaires du PC sont autorisées à donner leur point de vue. De même, une réforme constitutionnelle prévoit de rétablir une certaine parité au profit des Slovaques.

L’URSS sent la menace, qui risque d’émanciper la société du contrôle de l’État, et fait intervenir les troupes du Pacte de Varsovie (20-21 août 1968). Se met alors en place la « normalisation » du pays, la réaffirmation de ses liens avec l’URSS (traité d’amitié du 6 mars 1970) et l’élimination progressive des dirigeants du PC.

Néanmoins la répression entretient une contestation durable (16 janvier 1969, suicide de Ian Palach ; 1977, charte des intellectuels dissidents autour de Vaclav Havel) qui se nourrit notamment de la reconnaissance des libertés individuelles faite en 1975 à Helsinki par les États communistes.

b. En Pologne

La contestation permanente du modèle soviétique se cristallise autour de l’Église catholique. L’élection de Karol Wojtyla sous le nom de Jean-Paul II en octobre 1978 suscite de ce point de vue un immense espoir dans la population.

La situation économique est particulièrement difficile pendant les années 1970 (situation constante de pénurie). En février 1980, éclatent les grandes grèves de Gdansk à l’instigation du syndicat clandestin Solidarnosc de Lech Walesa, suivies des accords de Gdansk qui, la même année, reconnaissent le syndicat. La contestation s’amplifie.

Les autorités soviétiques hésitent à intervenir (en raison de la très forte conscience nationale et religieuse des Polonais) et préfèrent un règlement national à la crise. Le 13 décembre 1980, le général Jaruzelski proclame donc l’état de guerre en Pologne et dissout le syndicat. L’épreuve de force continue dans les années 1980 (1983, Lech Walesa prix Nobel de la Paix ; 1984 ; assassinat du Père Popieluszco ) jusqu’en 1989, date de la victoire électorale de Solidarnosc.

3. LA FIN DU BLOC COMMUNISTE

Contrairement à ce que prévoyaient certaines analyses occidentales, la désagrégation du bloc communiste n’a pas commencé en URSS même, mais à la périphérie du bloc, dans les traditionnels pays de contestation (Pologne, Hongrie). On continue à s’étonner devant la rapidité et l’ampleur de cette dissolution d’États véritablement totalitaires dont les structures se sont littéralement évaporées en quelques semaines. Les « Révolutions de velours » commencent au printemps 1989.

a. Les « révolutions de velours »

En Hongrie, l’expérience de 1956 a depuis longtemps conduit le pays sur la voie d’un réformisme discret mais sensible. En février 1989, les communistes rénovateurs du PSOH acceptent le pluripartisme et le parti se saborde en octobre pour devenir le Parti Socialiste Hongrois. Le pays se dote d’une nouvelle constitution.

En Pologne, Solidarnosc devient le premier syndicat libre et remporte les élections en juin.

À l’été, ces exemples minent l’Europe orientale de l’intérieur : ils provoquent la fuite des Allemands de l’Est par la Hongrie (octobre) puis de gigantesques manifestations qui aboutissent à la chute symbolique du mur de Berlin le 9 novembre.

La chute des communistes se fait de manière tout aussi pacifique en Tchécoslovaquie (autour des intellectuels, dont Vaclav Havel, réunis depuis les années 1970 dans le mouvement « Charta 77 ») et en Bulgarie.

En Roumanie, le cas est un peu différent, à la mesure du délire des dernières années du régime Ceausescu. Le 25 décembre 1989, l’ancien dictateur et son épouse sont jugés et sommairement et exécutés.

b. La dislocation du bloc et la réunification allemande

Logiquement, les institutions qui organisaient le bloc communiste se sabordent : le CAEM en juin 1991 puis le Pacte de Varsovie en juillet. Dans les mois d’incertitudes de la fin 1989 et du début 1990, le chancelier Kohl négocie habilement (essentiellement à Moscou) la réunification allemande qui entre en vigueur le 3 octobre 1990. Il s’agit en fait de l’absorption pure et simple de l’ancienne RDA dans les structures institutionnelles des le RFA.

Un certain désenchantement (situations économiques catastrophiques) conduit néanmoins certains pays à porter à nouveau des gouvernements communistes au pouvoir (Pologne, Bulgarie, Roumanie où la nomenklatura ne s’est pas véritablement retirée).

Pour les anciens pays du bloc de l’Est, la priorité restait néanmoins de se protéger contre le retour de l’hégémonie russe en nouant des alliances régionales et en recherchant l’intégration dans l’UE et OTAN.

c. La fin de l’URSS

Les pays baltes arrachent leur indépendance au début de l’année 1991 (ils avaient été annexés en 1940) mais c’est surtout l’échec du putsch des communistes conservateurs contre Gorbatchev en août 1991 qui précipite les choses et achève la désagrégation de l’URSS.

Le président de la fédération de Russie, Boris Eltsine, a en effet joué un rôle de premier plan contre les putchistes ; il évince Gorbatchev et organise à la hâte la naissance de la CEI à Minsk le 8 décembre (avec la Biélorussie et l’Ukraine). Toutes les anciennes républiques finissent ensuite par rejoindre la communauté à l’exception des trois pays baltes.

La fédération de Russie, réorganisée en mars 1992, mène le jeu malgré un apparent désordre politique et un chaos économique dont profitent les puissantes mafias.

Conclusion

Staline avait l’intention d’établir un glacis protecteur qui fut finalement fatal à l’Union soviétique. Quarante ans plus tard, Gorbatchev ayant pris l’initiative d’une première libéralisation, le grand mouvement d’émancipation qui a abouti définitivement à la disparition de l’URSS est bien parti des démocraties populaires.

© Lycée La Fontaine 2009

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