Du développement au développement durable

Ayant constaté l’existence d’importantes inégalités entre les Etats, les économistes puis les géographes ont, dans la deuxième moitié du XX siècle, défini et étudié le développement.

Mais il n’est pas un processus continu dans le temps et également réparti dans l’espace. De plus, la planète est de plus en plus peuplée et aménagée par les hommes, ce qui soulève de multiples interrogations quant à la capacité de la Terre à satisfaire les besoins d’une humanité toujours plus nombreuse. Les ressources seront-elles suffisantes ? Un partage équitable des fruits du développement est-il possible ? Face à ces interrogations, la notion de « développement durable » émerge en 1987 dans un rapport remis à l’ONU : elle est définie comme «un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacités des générations futures à répondre aux leurs ».

un exemple en introduction : celui de Nauru :

Problématique : Comment faire en sorte que le développement soit plus équitable et plus respectueux des équilibres de la planète ?

I – A quelles échelles peut-on observer des inégalités de développement ?

A. Définir et mesurer le développement

• Le développement se définit comme la capacité d’un Etat à satisfaire les besoins essentiels de sa population (alimentation, accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, au logement…) grâce à la production de richesses.
• Plusieurs indicateurs ont été mis au point afin de mesurer le développement. Mais ces indicateurs sont des moyennes nationales et gomment les écarts internes aux Etats :

  • le produit intérieur brut par habitant mesure le niveau de vie moyen d’un habitant dans un État. Pour le calculer, on additionne toute la richesse produite pendant un an puis on divise ce résultat par le nombre d’habitants ;
  • l’indice de développement humain est un chiffre qui s’exprime entre 0 et 1. Il est calculé en faisant la moyenne du PIB/habitant, de l’espérance de vie et du taux d’alphabétisation. Il a l’avantage de cumuler des données économiques et sociales donc de mesurer la qualité des conditions de vie ;
  • l’indice de pauvreté humaine se calcule en faisant la moyenne de l’espérance de vie, du taux d’alphabétisation et de la qualité des conditions de vie (accès à l’eau, aux soins…). Il permet d’évaluer le pourcentage de population pauvre dans un État (alors que les deux indicateurs précédents ne le permettent pas).

B. Un monde inégalement développé

les-pays-selon-leur-idh-classement-20101

• Les Etats les plus riches sont surtout dans l’hémisphère Nord (Amérique du Nord, Europe occidentale et Russie, Japon, Australie et Nouvelle Zélande) et correspondent aux Etats les plus développées. Les Etats les plus pauvres sont plutôt dans l’hémisphère Sud (Amérique centrale et latine, Afrique, Asie du Sud) et correspondent aux Etats les moins développés. Cette localisation a justifié l’appellation pays du Nord pour les Etats riches et développés et pays du Sud pour les Etats pauvres et en développement.

• Ces similitudes de localisation entre richesse et développement sont logiques dans la mesure où le PIB/habitant (qui est le critère de mesure de la richesse) entre dans le calcul de l’IDH (qui est le critère de mesure du développement).

• A l’échelle mondiale, les niveaux de développement sont très différents.

IDH < 0,5

0,5 < IDH < 0,7

0,7 < IDH < 0,9

IDH > 0,9

– Afrique sahélienne et centrale
– corne de l’Afrique – Afghanistan

– Quelques Etats d’ Afrique centrale (Mauritanie, Côte d’ Ivoire, Soudan, Angola…)

– Quelques Etats d’ Asie du Sud

(Pakistan, Bangladesh, Birmanie…)

Népal,

– Amérique centrale et latine
– Maghreb et Machrek

– Golfe persique
– Europe de l’Est, Russie et Etats de la CEI
– Mongolie, Chine et Asie du Sud-Est

– Amérique du Nord – Europe occidentale – Japon, Corée du Sud et Singapour

– Nouvelle Zélande et Australie

• La limite Nord-Sud est censée séparer les « pays du Nord » des « pays du Sud ». Or, on observe que des États ayant les mêmes niveaux de développement se situent de part et d’autre de cette limite (alors qu’ils devraient être situés du même côté). Par exemple, pourquoi la Russie (qui a un IDH compris entre 0,8 et 0,9) est-elle située au Nord de cette ligne alors que le Brésil (qui a le même niveau d’IDH) est situé au Sud de celle- ci ? Cette limite est en fait un héritage de l’histoire : elle a été tracée pendant la Guerre froide. A cette époque, l’ex-URSS et les pays d’Europe de l’Est avaient un IDH supérieur à 0,9 et les pays émergents (comme on les appelle aujourd’hui) avaient un IDH inférieur à celui d’aujourd’hui. Cette limite n’a donc plus vraiment de sens.

C. Des inégalités de développement à plus grande échelle

1_7_IDH_municipes_Bresil_2010-01

• Le Brésil a un IDH compris entre 0,8 et 0,9 : son niveau de développement se situe en haut du classement à l’échelle mondiale (c’est un pays émergent). De très nombreux Etats (pays les moins avancés et pays en développement) ont un IDH inférieur à celui du Brésil mais quelques États (pays développés) enregistrent un IDH supérieur au sien.

• Le Brésil est lui aussi marqué par d’importantes inégalités de développement : les niveaux d’IDH les plus élevés se concentrent au centre et au Sud du pays alors que les niveaux d’IDH les plus faibles se retrouvent plutôt au Nord du pays. On observe également des inégalités à l’échelle de la ville de Sao Paulo, qui se trouve pourtant dans une des parties les plus développées du Brésil. Globalement, les niveaux de développement décroissent depuis le centre de São Paulo vers la périphérie. D’autre part, même si l’essentiel des favelas est situé dans les quartiers les moins développés en périphérie, certaines sont toute de même présentes dans le centre-ville.

• La carte du Brésil et celle de Sao Paulo font apparaître différents niveaux de développement alors que le planisphère n’indique qu’une moyenne nationale pour l’IDH. Par conséquent, planisphère donne une vision trop homogène du développement au Brésil. Ceci montre qu’il est important de changer d’échelle géographique afin d’avoir une vision plus précise et nuancée des situations observées.

II. La planète pourra-t-elle satisfaire les besoins de 9 milliards d’hommes en 2050 ?

A – Une population mondiale qui ne cesse de croître

prevision_population_mondiale

• Entre 1650 et 2010, la population mondiale a connu une très forte augmentation : elle est passée de 600 millions d’hommes en 1650 à 6,9 milliards d’hommes en 2010 (et atteindra, selon l’hypothèse moyenne, 9,5 milliards d’hommes en 2050). La population mondiale a donc plus que décuplé en quatre siècles. Elle a augmenté lentement et régulièrement jusqu’en 1950 et a connu une véritable explosion démographique après.

• Cette explosion démographique s’explique par la baisse très nette de la mortalité (qui a commencé avant celle de la natalité) : les hommes sont mieux nourris, mieux soignés, ce qui leur permet de vivre plus longtemps. Il semble qu’à partir de 2010-2015, la croissance démographique se ralentisse, du fait de la baisse du taux de natalité (du fait de l’urbanisation, du travail féminin et de la généralisation de la contraception). L’humanité est entrée dans la seconde phase de la transition démographique (celle où la natalité diminue, alors que la mortalité est déjà basse, ce qui ralentit la croissance).

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• Ce sont les pays les moins avancés et les pays en développement (Afrique, Moyen- Orient, Asie du Sud) qui contribuent le plus à l’explosion démographique mondiale : en effet, ils n’ont pas encore achevé leur transition démographique et enregistrent des taux d’accroissement naturel élevés (contrairement aux pays émergents et aux pays développés qui l’ont achevée donc qui enregistrent une croissance faible voire négative)

B. Des besoins en très forte augmentation

Entre 1990 et 2010, la consommation de pétrole en Chine a quadruplé : elle est passée de 2 millions à plus de 8 millions de barils par jour. Cette croissance est forte jusqu’en 2008 et elle se ralentit (du fait de la forte hausse du prix de l’énergie)
Plusieurs facteurs expliquent la forte croissance de la demande en énergie en Chine :

  • – la forte croissance de la population (700 millions en 1965 contre 1,3 milliard en 2008) : ce sont autant de consommateurs potentiels en plus ;
  • – la progression de l’IDH (entre 1980 et 2010, il est passé de 0,53 à 0,78) qui se traduit par une amélioration des conditions de vie (plus de déplacements, un chauffage meilleur…) : elles font augmenter la consommation énergétique.

La Chine ne parvient plus à satisfaire seule ses besoins énergétiques : en 2010, la consommation de pétrole est deux fois supérieure à la production (4 millions de barils produits contre 8 millions consommés). Depuis 1990, la consommation de pétrole a progressé de 5,77% chaque année alors que la production n’a cru que de 1,67%.

L’exemple de la Chine montre que les besoins ont tendance à augmenter sous l’effet de la croissance démographique et de la progression du niveau de développement. Il devient plus difficile de satisfaire certains besoins essentiels : l’accès à l’eau, à l’alimentation et à l’énergie. C’est d’autant plus vrai pour les pays du Sud (dont la croissance démographique est soutenue), d’où les inquiétudes de certains qui évoquent la « bombe P » (P pour population) à propos de la croissance démographique.

C. Des ressources insuffisantes pour répondre aux besoins ?

Pour faire face à la demande énergétique, la Chine produit ou extrait une partie de son énergie sur son territoire : elle dispose de ressources en hydrocarbures, de nombreuses mines (charbon, uranium …) et a construit des barrages hydroélectriques (comme celui des Trois Gorges) ainsi que des centrales nucléaires. Mais tout ce potentiel ne permet pas de couvrir la totalité des besoins. La Chine doit donc importer une partie de l’énergie qu’elle consomme (45% pour le pétrole en 2004). Elle se trouve en situation de dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, du Moyen-Orient et de l’Indonésie.

• Cette croissance de la demande énergétique fait craindre un risque de pénurie : certains ont peur que les ressources internes (et même externes que la Chine importe) ne suffisent pas à terme face à l’explosion de la demande. D’autre part, cette demande en forte croissance est à l’origine d’importantes pollutions.

• L’exemple de la Chine met en lumière le vieux débat sur le rapport entre niveau de population et niveau des ressources. Il remonte au XVIII siècle, où l’Ecossais Malthus préconisait une limitation des naissances pour pouvoir nourrir toute la population. D’après les prévisions, un homme sur deux sera menacé de pénurie en eau à l’horizon 2050 et la consommation alimentaire aura progressé de 410% en Afrique ! Des discours alarmistes revendiquent la « décroissance » et le renoncement au développement, au prétexte qu’ils sont dévoreurs en ressources ; d’autres discours, plus modérés, appellent à des modes de consommation moins gaspilleurs et à des modes de productions plus respectueux de l’environnement.

III. Pourquoi est-il difficile de mettre en œuvre le développement durable ?

A – Qu’est-ce que le « développement durable » ?

• « Notre avenir à tous » est le titre officiel du rapport rédigé pour le compte de l’ONU en 1987, sous la présidence de Gro Harlem Brundtland, premier ministre de Norvège. On l’appelle plus communément le « rapport Brundtland ». Il est le premier à définir la notion de développement durable et constitue, à ce titre, une sorte de bible en la matière. •

DD

  • – continuer à produire de la croissance économique (augmentation continue de la production de richesses) : c’est le pilier économique ;
  • – préserver les ressources (en limitant la surconsommation et les gaspillages) afin de satisfaire les besoins actuels et futurs : c’est le pilier environnemental ;
  • – assurer une meilleure répartition des ressources et des fruits de la croissance économique entre les hommes et les territoires : c’est le pilier social.

• Le développement durable est un principe récent, né du constat des inégalités de développement et des pressions de la croissance démographique sur l’environnement. Il a été repris dans les grandes conférences internationales (Sommet de la Terre à Rio en 1992 ; protocole de Kyoto en 1997) mais ne se limite pas qu’à la protection de la nature.

B. Le développement durable, un principe qui fait encore débat

devlpt durable caricature

• Cette caricature est parue dans le journal en ligne La décroissance, dans le numéro 51 de juillet-août 2008. On ignore qui est l’auteur mais elle présente une vision très critique du développement durable. Ce document est à appréhender avec précaution car il s’agit d’une caricature (qui exagère ou déforme la réalité afin de faire rire ou de faire réagir) et parce qu’elle a été publiée dans un journal qui milite pour la décroissance économique

– forêt : elle est dense mais certains arbres sont couchés par le passage du camion.
– camion : baptisé « développement durable », il fonce vers un portail. A son bord, on trouve des hommes politiques, des sportifs, un économiste, des ouvriers, des scientifiques et des journalistes.

– population locale et faune : on voit des personnes s’arrêter au passage du camion ou fuir pour éviter de se faire écraser.
– mur et gouffre : au centre du mur (sur « limites naturelles »), on voit un portail fermé et, au-delà, un gouffre.

– elle symbolise l’environnement dégradé par la présence et les activités humaines
– il symbolise les pays du Nord qui impulsent le développement durable à l’échelle mondiale. Tous les personnages sont des promoteurs de cette politique et y font référence.

– ils représentent les victimes, les laissés pour compte du développement durable décidé par les pays du Nord
– il représente la limite de ce que la nature peut supporter. La caricature dénonce la faible prise en compte de l’environnement.

Le développement durable est loin de faire l’unanimité. On lui reproche d’être trop centré sur un des trois piliers, au détriment des deux autres : les mouvements écologistes (WWF ou Greenpeace) dénoncent la faible prise en compte du pilier environnemental. On reproche aux pays du Nord d’imposer le développement durable aux pays du Sud, alors qu’ils n’ont pas fini leur développement, sans tenir compte des spécificités locales. C. Plusieurs voies pour mettre en œuvre le développement durable

Le développement durable a été mis au point par les pays du Nord, qui ont été les premiers à tenter de le mettre en application : ils ont en effet achevé leur développement et disposent des moyens financiers de le faire. Ainsi, dans les pays développés, l’accent est mis surtout sur le pilier environnemental (lutte contre la pollution dans les villes, isolation thermique des logements…) par des acteurs variés qui agissent en collaboration (pouvoirs publics, entreprises privées, particuliers…)

Dans les pays du Sud, la situation est toute autre. Le stade du développement n’est pas encore atteint donc d’immenses problèmes demeurent: accès à l’alimentation, au logement, à l’eau, aux soins… Ces pays considèrent que le développement est prioritaire sur le développement durable (d’autant qu’ils n’ont pas les moyens de financer ces politiques et qu’ils ont l’impression que le Nord cherche à le leur imposer).

Conclusion : de nombreux défis à relever

• La planète est aujourd’hui marquée par des inégalités de développement, perceptibles à toutes les échelles. De plus, face à une croissance démographique encore soutenue (qui devrait se ralentir dans les années à venir), se pose la question de la satisfaction des besoins.
• Ce double constat est à l’origine de l’apparition du développement durable, nouvelle vision du développement. Il s’agit de répondre «aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». L’humanité doit œuvrer collectivement pour assurer un développement plus équitable et plus respectueux de l’environnement… Tâche immense et qui pose toute une série de problèmes.

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