Le continent africain face au développement et à la mondialisation.

En guise d’introduction, on peut lire cet article : http://www.lenouveleconomiste.fr/lafrique-noire-est-bien-partie-13347/
ou ici en PDF Afrique est bien partie

Voir aussi le dessous des cartes :

Un continent à l’ecart du developpement et du monde ?

A – De multiples indicateurs défavorables

L’Afrique est le continent où les indicateurs de développement sont les plus bas, bien qu’il existe de fortes disparités entre les pays. Plus de 300 millions d’Africains – près du tiers de la population du continent – vivent avec moins de 1 dollar par jour en Afrique subsaharienne et l’espérance de vie moyenne dépasse à peine les 55 ans. La sous-alimentation et l’insécurité alimentaire touchent environ un tiers de la population et une partie importante des Africains n’ont pas accès à l’eau potable ni à des installations sanitaires et médicales satisfaisantes. Une majorité de personnes n’a pas accès à l’éducation, aux soins médicaux alors que c’est la région du monde la plus touchée par le paludisme et par le sida – plus de 30 millions de personnes sont atteintes du VIH – ce qui explique la baisse actuelle de l’espérance de vie dan s plusieurs États. Enfin, l’Afrique dépend encore largement de l’aide financière internationale, mais celle-ci ne suffit pas pour autant à assurer le développement des États

Observée à l’échelle du monde, l’Afrique cumule donc les indicateurs défavorables aussi bien d’un point de vue économique et environnemental (faible poids dans les échanges mondiaux, économies de rente, dette, altération du potentiel naturel, continent réceptacle de trafics de déchets, etc. ), que selon les indicateurs de développement humain du PNUD, IDH ou IPH (revenu, éducation, santé).

IPHL’ONU (Organisation des nations unies) a donc créé deux indicateurs pour rendre compte de la situation dans les pays en développement et dans les pays développés :L’IPH-1, (Indicateur de Pauvreté Humaine -1), pour les pays en développement combine plusieurs critères :
– Le risque de décès avant 40 ans (quand l’espérance de vie n’atteint pas 40 ans),
– le taux d’analphabétisation (manque d’accès au savoir),
– la part de la population qui n’a pas un accès régulier à un point d’eau (mauvaises conditions de vie),
– la part de la population qui n’a pas accès aux infrastructures de santé,
– la part des enfants de moins de 5 ans qui ont une insuffisance pondérale (problème de santé).L’IPH-2 pour les pays développés combine :
– le risque de décès avant 60 ans,
– la part de la population qui sait mal lire et écrire,
– la part de la population qui gagne moins de la moitié du salaire moyen du pays,
– le pourcentage de chômeurs de longue durée.On voit que les deux indicateurs IPH-1 et IPH-2 n’ont rien à voir l’un avec l’autre.

B – Continent de la pauvreté

La pauvreté est extrêmement répandue dans les campagnes, mais également dans les vastes bidonvilles et même dans les villes elles-mêmes, puisque le taux de chômage y avoisine les 25 %. Cette situation est la source de tensions sociales qui traversent tout le continent dans les campagnes et dans les villes. Celle s-ci sont à l’origine des révolutions qui ont parcouru l’Afrique du Nord depuis 2011, mais elles représentent un défi pour l’ensemble des gouvernements africains, y compris dans les États les plus riches : la révolte permanente des mineurs sud-africains de puis 2012 a causé plusieurs dizaines de morts et les violences se multiplient dans les townships mais également dans les campagnes. La pauvreté qui pousse les habitants des pays les plus pauvres vers les pays plus développés, comme les trois millions de Zimbabwéens émigrés en Afrique du Sud, est également à l’origine de violences. A ceci, s’ajoutent les effets de multiples conflits locaux, parfois à base ethniques, les questions de gouvernance, de corruption, de confiscation des richesses par des minorités proches de régimes autocratiques.

1) Les obstacles au développement Le premier obstacle au développement est certainement l’instabilité politique. african democracies 2011

L’Afrique a longtemps été le continent des coups d’État et des guerres civiles. La démocratie progresse, mais 20 % de la population africaine reste à la merci d es conflits armés et les régimes autoritaires demeurent plus nombreux que les démocraties. La corne de l’Afrique, mais également l’Afrique de l’Ouest et une parti e de l’Afrique du Nord sont situés dans l’  » arc des crises  » et la guerre civile est quasiment permanente dans certains États telle que la République démocratique du Congo ou au Soudan. Les régimes démocratiques n’échappent pas eux mêmes à la corruption et à la violence politique qui gangrènent la majorité des États africains. Depuis le  » printemps arabe  » de 2011, les pays du Nord du continent ont connu des révolutions qui ont balayé les dictateurs au pouvoir, mais leur stabilité n’est pas assurée pour autant. Cette situation freine les possibilités d’investissements étrangers en dehors de l’exploitation des matières premières. L’Afrique manque de toutes sortes d’infrastructures, en matière d’éducation, de santé, de transports, d’équipements énergétiques, de nouvelles technologies, d’industries, etc. La plupart des équipements datent de la période coloniale ou ont été mis en place par des grandes compagnies étrangères, européennes, américaines ou chinoises dans le but d’exploiter les matières premières du continent. Mais l a plupart des habitants ne bénéficient pas de la  » politique du cadeau  » de la Chine ou des infrastructures mises en place par les Occidentaux. Ce déficit structurel représente un handicap important et empêche la plupart des États de sortir de l’économie de rente et d’émerger dans d’autres secteurs. La majorité des habitants survivent grâce au secteur informel et à l’économie des réseaux, ce qui freine à la fois le développement et les investissements. • Enfin, la forte croissance démographique non maîtrisée constitue le troisième obstacle principal au développement. Le continent est peuplé d’environ un milliard d’habitants, mais ce chiffre devrait doubler d’ici 2050 et l’augmentation de la population devrait se poursuivre au moins jusqu’au début du siècle prochain – soit 3,5 milliards d’Africains, le tiers de la population mondiale. La population africaine est très jeune, puisque 41 % des habitants ont moins de 15 ans et que l’âge médian est de 21 a ns en Afrique du Nord et de 17 ans en Afrique subsaharienne. Cette jeunesse pourrait constituer un atout pour l’Afrique, en terme de dynamisme et de main-d’œuvre, mais elle pose surtout le problème de l’accès à l’éducation et à l’emploi pour des cent aines de millions de jeunes africains

2) un mieux être récent : peut on parler de décollage ? IDH afrique

Dans les années 1990, la démocratie a néanmoins progressé en Afrique et, depuis les années 2000, les pays africains connaissent une croissance de leur PIB relativement forte, de l’ordre de 2 à 6 % par an. Cette croissance est tirée par un petit groupe de pays, les  » lions africains « , que les investisseurs considèrent comme émergents : il s’agit de l’Afrique du Sud, du Nigeria, de l’Angola et, au nord, du Maroc, de l’Algérie et de l’Égypte. Ces États représentent à eux seuls 60 % du PIB africain. Cette croissance est cependant fragile et vulnérable aux aléas politiques. D ’autres pays du continent connaissent également une croissance soutenue et un développement de leur classe moyenne, mais celle-ci n’entraîne pas forcément un processus de développement, dans la mesure où la croissance ne bénéficie qu’à une frange restreinte de la population et n’alimente pas la mise en place d’infrastructures permettant une réelle émergence de ces pays. Ainsi, les PMA d’Afrique subsaharienne ont connu c es dernières années des taux de croissance parfois supérieurs à 5 % par an, mais celle -ci est concentrée dans un petit groupe de pays – Angola, Guinée équatoriale, Soudan – et résulte de l’exploitation des richesses locales par des groupes étrangers. Il s’agit donc d’une « croissance sans développement »

On y observe bien des formes de décollage et les convoitises qu’elle suscite, en particulier de la part de puissances émergentes, l’insèrent de fait dans l’économie globale. Aux signes de stagnation et de pessimisme peuvent être opposées des évolutions positives (réduction de la natalité), des situations de réussite dont l’Afrique du Sud est l’emblème ; loin du fatalisme et de la résignation, les populations africaines font preuve de capacité d’adaptation face aux mutations et bouleversements liés à la mondialisation ; l’éveil de la revendication politique et démocratique est un des signes de la volonté des Africains de prendre leur destin en main

C – Toutefois, on observe des écarts importants entre les États . Pop et idh 2011

Au nord, le Maghreb-Machreck est plus riche et l’IDH se situe entre 0,65 et 0,8, ce qui est relativement élevé. De même, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie ont un IDH situé au dessus de la moyenne. En revanche, la pauvreté et le mal-développement concerne pratiquement tous les autres pays, en particulier les États sahéliens. L’ Afrique subsaharienne compte 34 pays les moins avancés (PMA) au sens de l’ONU et en dehors du Kenya, du Cameroun, du Congo et de la Côte-d’Ivoire, l’IDH est faible (moins de 0,5) ou très faible (moins de 0,4). À cela, il faut ajouter des contrastes de pauvreté extrêmement marqués au sein des États. Ainsi, l’Afrique du Sud qui est le pays le plus riche du continent, compte plus de 50 millions d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté et son IDH est en baisse du fait de l’épidémie de sida qui a fait reculer l’espérance de vie sous les 60 ans au cours des vingt dernières années.
Lieux et villesCartographie de Sc Po, 2011

lieux et villes afriqueLe développement des villes représente une autre manifestation du modeste décollage de l’Afrique. Outre les infrastructures et les équipements qui sont mis en place dans les grandes villes, le niveau de vie des citadins est supérieur à celui des ruraux et une classe de consommateurs est en train d’émerger. Le développement rapide de la téléphonie mobile et, dans une moindre mesure, de l’Internet, en sont le s manifestations les plus remarquables. 90 % des espaces urbains sont couverts par les réseaux de téléphonie mobile – contre moins de 40 % dans les espaces ruraux – et les villes africaines sont à présent considérées comme un marché potentiel important de consommateurs par les grandes firmes transnationales. • Les progrès sont réels dans la lutte contre la malnutrition e t la mortalité infantile, la vaccination, l’accès à l’eau potable, l’éducation, etc. Mais ils sont très lents et sont concentrés sur quelques noyaux bénéficiant de la proximité d ’activités rentables. Ils sont surtout insuffisants au regard de l’explosion démographique que connaît le continent africain. Certains prédisent pour l’Afrique un décollage économique comparable à celui de l’Asie à partir des années 1980, mais le relais entre l’économie de rente et l’industrialisation tarde, malgré quelques délocalisations, et les progrès du bien-être des masses africaines est loin d’être assuré sur le court et le moyen termes. Là encore, les progrès en matière de développement et l’augmentation des investissements s’effectuent dans un contexte de profonde mutation démographique que la plupart des gouvernements africains ne parviennent pas à gérer.

II – De nouvelles perspectives pour l’Afrique ?

En termes de développement, la situation de cet ensemble continental n’est ni homogène, ni figée ; et même si elle est fréquemment placée en relation subordonnée dans les relations d’échanges mondialisés, l’Afrique n’est plus à l’écart du monde.

A – Les manifestations de la mondialisation

L’accélération des échanges transnationaux est une autre manifestation de l’influence de la mondialisation en Afrique. La régionalisation progresse dans plusieurs régions d’Afrique et les accords de coopération dynamisent les échanges. Ainsi, 8États d’Afrique de l’Ouest coopèrent au sein de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UE- MOA) et utilisent une monnaie unique, le franc CFA. De même, trois espaces économiques existent à l’Est et au Sud : l’union de la Communauté d e Développement de l’Afrique Australe (SADC), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et le Marché Commun de l’Afrique de l’Est et Australe (COMESA). Les dirigeants des États membres de ces alliances régionales ambitionnent de créer une vaste zone de libre- échange, regroupant 26 pays africains mais ouverte à d’autres États en dehors du continent. Cette intégration prendra du temps dans la mesure où elle implique des efforts importants pour les pays concernés : libéralisation de leurs marchés, amélioration de la circulation commerciale et surveillance efficace des frontières

B – Une mondialisation subie : maintien d’un continent sous influence ?

1) Une exploitation économique venue de l’extérieur
L’intégration de l’Afrique dans la mondialisation a toujours été dirigée par des puissances extérieures. Dès le VIIe siècle, le trafic d’esclaves est organisé à travers le Sahara et vers l’océan Indien et les caravanes transportent de l’or, de l’ivoire, etc. à travers les routes commerciales débouchant sur le monde musulman. L es Occidentaux développent des routes commerciales atlantiques à partir du XV e siècle et le « commerce triangulaire » se met en place entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. Au XIXe siècle, la colonisation partage l’ensemble du continent africain entre les métropoles européennes, la France et le Royaume-Uni au premier chef. L’exploitation économique de l’Afrique et les échanges qui en résultent sont organisés par les États et les entreprises européennes. De même, après la décolonisation, la plupart des pays africains conservent des liens privilégiés avec leur ancienne métropole et les économies de rentes mises en place pendant la période coloniale sont toujours exploitée s par des compagnies occidentales.
2) Land Grabing: un fléau ou une opportunité ?
land grabing

Les richesses de l’Afrique – pétrole, minerais et terres rares – sont aujourd’hui encore exploitées par des compagnies européennes, nord-américaines, mais également par les puissances émergentes, la Chine en particulier, suivie par l ’Inde – après la « Françafrique », le terme de « Chinafrique » s’est imposé et celui d’ « Indafrique » émerge. Plus récemment, d’autres États comme le Brésil, la Turquie et le Qatar se sont intéressés aux richesses du continent africain. Des compagnies étrangères toujours plus nombreuses sont donc en concurrence pour l’exploitation des ressource s, ce qui entraîne des revenus importants pour les gouvernements des États africains. De même, les terres cultivables africaines sont de plus en plus recherchées par des pays en déficit de terres, qui louent ou achètent des terres aux gouvernements des pays africains – c’est le land grabing. Ainsi, la Chine a acheté récemment plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles à Madagascar. L’Afrique se place juste derrière l’Asie dans les prévisions d’investissement, selon le FMI. Malgré la crise économique mondiale, les investisseur s étrangers, en particulier ceux des pays émergents, considèrent de plus en plus l’Afrique comme une opportunité. Toutefois, là encore, les prévisions d’investissement montrent une répartition très inégale entre les différents États.

3) It’s time for Africa ou comment les convoitises des FTN alimentent les investissements.
En 2011, l’analyse du cabinet Ernst and Young portant sur les perspectives de projets d’IDE en Afrique s’intitule  « It’s time for Africa ». Le continent est enfin convoité par les FTN occidentales ou des États émergents pour la masse de consommateurs potentiels qu’elle représente. Plu s de 30 % de la population du continent appartient désormais à la classe moyenne, ce qui représente plus de 300 millions de personnes dans l’immédiat, mais plus du double à moyen terme C – Relever les défis africains Les défis à relever restent nombreux. C’est vrai notamment dans une perspective de développement durable : faire face à la croissance démographique la plus forte de la planète, maîtriser la croissance urbaine difficile, subvenir aux besoins alimentaires, gérer les questions environnementales ; surmonter les divisions et progresser vers une intégration continentale Le premier défi de l’Afrique est d’améliorer les conditions de vie d’une population jeune et en très forte croissance. Il s’agit pour les gouvernements d’assurer la sécurité physique des habitants, puis leur sécurité alimentaire et sanitaire. L’éducation et l’emploi représentent également des défis importants, dans la me sure où ils conditionnent le développement des États et le niveau de vie des habitants. Pour cela, les pays africains doivent poursuivre dans la voie de la démocratisation , régler les tensions et les violences liées aux problèmes ethniques (RDC), politiques (Kenya, Zimbabwe) ou religieux (Nigeria, Mali), mieux maîtriser les frontières et lutter contre une corruption endémique. Il est impossible de surmonter ces défis si le produit de la manne des richesses naturelles continue d’être confisquée par l’entourage d’autocraties en place au détriment du développement. De même, la stabilisation poli tique est une condition indispensable à l’émergence de certains pays, ce qui est loin d’être acquis dans plusieurs États africains.
Le deuxième défi consiste à sortir de l’économie de rente pour promouvoir le développement d’infrastructures – transports, accès aux services, etc. – et encourager les initiatives de développement locales. Les gouvernements doivent pour cela tenir compte de spécificités africaines, telles qu’une activité plus tournée vers les échanges que vers la production. En cela, l’approfondissement de l’intégration régionale est une nécessité, les organisations régionales existantes n’étant pas pour l ’heure suffisamment efficaces. Dans le domaine agricole, les spécialistes estiment que l’Afrique a besoin d’une révolution verte permettant de parvenir à une meilleure productivité, mais sans nuire à l’environnement. Le troisième défi majeur concerne les enjeux écologiques du développement durable. L’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique entraîne des problèmes environnementaux importants. Pollution des eaux dans le delta du Niger à cause des fuites d’hydrocarbures, déforestation massive due à l’exploitation des minerais, à l’agriculture productiviste et au land grabing, dégradation des sols due à l’utilisation d’OGM, problème de la gestion des déchets dans des villes en pleine croissance anarchique, etc. Pour l’heure, ces questions environnementales semblent mineures au regard des grands problèmes de l’Afrique. Mais elles se poseront avec de plus en plus d’acuité avec le développement rapide de la population, des métropoles et l’augmentation des besoins en termes de consommation.
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