Dynamiques de la mondialisation : Processus, acteurs, débats

Étude de cas : un produit mondialisé : le café

Problématique : Par quels processus, selon quelles formes de flux le café est-il introduit dans les courants d’échanges mondialisés ?

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source : http://www.histoirepasapas.com/pages/archives-lycee/terminale-l-es-1/geo.html

1. Un miroir d’un monde partagé entre Nord et Sud

Le café dans le monde : un héritage
• La structure actuelle du marché du café est l’héritière de la première mondialisation, celle mise en place à l’époque coloniale par les puissances européennes. Le café est une plante originaire d’Afrique de l’Est qui a longtemps été cultivée dans la péninsule arabique, d’où le nom d’« arabica » donné à cette variété. Son succès est tel en Europe, par effet de mode, aux xviie et xviiie siècles, que les Européens commencent à la cultiver dans leurs domaines coloniaux : Caraïbes, Brésil, Colombie, Amérique centrale. Au xixe siècle, la plante est aussi cultivée en Afrique de l’Ouest et dans certaines zones de l’Asie du Sud-Est. Une nouvelle variété apparaît également sur le marché, appelée « robusta ».
Les zones de production
• La production actuelle (8,5 millions de tonnes par an, soit une légère baisse entre 2010 et 2011) est le fruit de cette diffusion coloniale et d’évolutions plus récentes. La production de la péninsule arabique est devenue très faible. En Afrique de l’Est, le Kenya ne réalise que 1 % de la production mondiale. Celle-ci se concentre essentiellement en Amérique latine, pour 62 % du total, dont 35 % pour le seul Brésil (en progression de 10 % en quinze ans), premier producteur mondial, suivi par la Colombie, avec 10 %.
Les zones de consommation
• Les zones de consommation sont pour l’essentiel concentrées dans les pays du Nord. Les États de la Triade consomment à eux seuls 70 % du café mondial. Ce sont à la fois les principaux consommateurs et les principaux importateurs, avec une consommation supérieure à 5 kg par an et par habitant.
• On constate également une forte consommation en Amérique latine, qui montre une habitude culturelle causée par l’ancienneté de la production et son ancrage culturel. La progression importante de la consommation au Brésil est aussi un effet de l’émergence économique du pays.
• L’Afrique et l’Asie consomment beaucoup moins de café que les autres continents. La forte production en Asie du Sud-Est, récente, n’est pas liée à des habitudes anciennes de consommation, le thé étant la boisson traditionnelle. Les nouvelles classes moyennes et supérieures tendent toutefois, par imitation de la Triade, à consommer davantage de café.

2. Un marché complexe

La question des cours
• La prise en compte du prix du café est fondamentale pour comprendre la structure du marché. Le choix de cultiver le café en Asie et l’intensification des productions en Amérique latine ont fait augmenter la production deux fois plus vite que la demande : 20 % par an.
• En 2005, les prix ont brusquement chuté et sont aujourd’hui stables. Les pays ayant le plus souffert de ces fluctuations sont ceux d’Afrique, qui ont réduit leur production. Les cours du marché montrent que les États producteurs ne sont pas égaux et que le choix de la mono-exportation est risqué.
• Par ailleurs, les cours sont fixés essentiellement dans les Bourses des pays du Nord et les acheteurs peuvent faire jouer à plein la concurrence, par manque de concertation entre les producteurs.
Les acteurs du marché du café
• La filière du café représente près de 110 millions d’emplois dans le monde. Les acteurs sont nombreux. Les États producteurs reçoivent d’importants revenus grâce à ce secteur. Elle représente dans certains cas jusqu’à 25 % des revenus des exportations.
• Dans la chaîne de production, on trouve tout d’abord 32 millions d’agriculteurs. Il s’agit soit de petits producteurs indépendants, soit de grandes exploitations employant de nombreux salariés, soit de plantations gérées par l’État, comme au Vietnam. Le café doit ensuite être commercialisé, puis torréfié, conditionné, distribué, soit sous la forme de produit brut plus ou moins travaillé (café en grains, moulu…), soit sous la forme de produit prêt à consommer (café au bar ou au restaurant). À cela s’ajoute le marché de l’électroménager spécialisé, avec la vogue récente du café en capsules et des machines automatiques.
• De grandes FTN (Firmes transnationales) originaires des pays du Nord contrôlent ce marché, comme Nestlé (suisse) ou Kraft (américaine). En ce qui concerne la distribution de produits prêts à consommer, certaines entreprises ont mis en place des réseaux de distribution à l’échelle mondiale. C’est le cas de l’entreprise américaine Starbucks, dont les cafés sont implantés dans plus d’une cinquantaine de pays. L’entreprise a fait le choix de s’approvisionner auprès de quelques pays à bas coût et d’ouvrir ses magasins dans les pays de la Triade, au Moyen-Orient et en Asie orientale, ainsi que dans les métropoles émergentes des pays en voie de développement, où le potentiel de croissance est fort.

3. Un atout pour une mondialisation plus équitable ?

Café et développement
• Le café peut ainsi être considéré comme un moyen pour un pays du Sud de chercher une voie vers le développement. Il permet de fournir des emplois agricoles et de valoriser le territoire, à condition que les cours soient assez élevés pour garantir des revenus suffisants.
Pour une approche équitable
• C’est pourquoi des voies alternatives sont recherchées. Elles montrent la volonté d’inscrire le marché du café dans la recherche d’une mondialisation plus juste. À l’échelle locale, cela passe par la constitution de coopératives de petits producteurs, qui peuvent ainsi peser davantage dans les négociations.
• On constate également que le café est un produit phare du commerce équitable. Ce concept est notamment illustré par le label Max Havelaar (du nom d’un roman des années 1860, d’Edouard Douwes Dekker, dénonçant la condition des paysans de l’île de Java). Le café vendu sous ce label permet au paysan producteur d’obtenir une juste rémunération, car Max Havelaar négocie une réduction de la part prélevée par les intermédiaires. Il valorise également la commercialisation de café provenant de pays les plus pauvres et les moins bien intégrés aux flux de la mondialisation. Cependant, le café vendu par les réseaux du commerce équitable représente une faible part du total, pas plus de 5 %.
La nécessité d’une concertation
• Le commerce du café nécessite également une concertation entre les différents acteurs. Une organisation internationale du café existe, regroupant pays exportateurs et importateurs. Elle se réunit à intervalles réguliers pour réguler les productions et les flux, mais son rôle n’est pas d’interférer dans un marché qui doit rester libre.
• Certains pays exportateurs ont fondé en 1993 l’Organisation des pays producteurs de café (OPPC) pour tenter de peser sur les cours, mais sans succès, faute de réelle concertation.

I – Processus de la mondialisation ; fonctionnement et bouleversement du système des échanges

A – Un processus ancien

Si on définit ce processus comme la mise en relation des territoires entre eux, alors on peut sans trop se tromper affirmer qu’il est ancien. Sans remonter très loin cependant, il paraît évident que ce processus a débuté dans sa version moderne avec les grandes découvertes du XVIème s (première mondialisation) puis a été accéléré à partir du  XIXème s (deuxième mondialisation liée à la colonisation). Ce processus est marqué par le formidable essor des transports intercontinentaux (marine à voile, puis à vapeur, navires de plus en plus gros tonnage). Le processus de mondialisation actuel cependant serait né après la Seconde Guerre mondiale au moment de la création du GATT en 1947 et de la libéralisation progressive des échanges.
Dans tout le seconde XXème siècle cela a mené à des « cycles » de libéralisation des échanges. Le dernier, cependant, le « cycle de Doha » (2001) a été un échec dû à l’opposition des pays du Sud d’accepter le protectionnisme des pays du Nord (subventions agricoles notamment) et d’ouvrir leur marché à certains types de produits industriels.
Ce processus est en outre porté par une véritable révolution dans le monde des transports. Aux navires de vrac a succédé une spécialisation maritime (méthanier, pétrolier, porte conteneurs, vraquiers…)  et une standardisation des vaisseaux qui ont permis la conténeurisation . Celle-ci rend les transports à la fois plus sûrs, moins chers et plus performants (roll-on, roll-off, par exemple). Ceci permet aussi des mises en relation de territoires de plus en plus éloignés et renforce considérablement certains lieux, comme les façades portuaires, les hubs (maritimes ou aériens).
Cette révolution des transports est aussi celle de l’information : le développement de la télématique, de la téléphonie mobile, la mise en réseaux (internet), la pose de câbles, de fibres optiques sont autant de facteurs qui tendent à rendre l’information ou les échanges plus rapides, plus fluides.

B – Naissance d’espaces spécialisés et mise en relation des territoires dans le cadre du libéralisme

Le volume des échanges de marchandises a été multiplié par 25 sur les 50 dernières années. Cette formidable croissance, si elle a été portée initialement par les économies des PDEM (30 glorieuses…) est aujourd’hui (depuis l’effondrement du bloc communiste en Europe et l’ouverture de la Chine aux marchés mondiaux) portée par des pays et des économies dits « émergents » dont la croissance est de 6% par an en moyenne (1990-2010). Les flux commerciaux ou de marchandises ne cessent d’augmenter en parallèle de cela (valeur actuelle supérieure à 12000 milliards de dollars).

Tout ce processus a pour conséquence une baisse réelle du coût des transports, à tel point que les FTN ont pu chercher à tirer profit des avantages comparés des différents territoires et espaces reliés entre eux désormais : ces avantages comparés par pays sont ceux des coûts de production, des coûts salariaux, des régulations ou au contraire de l’absence de règles sociales, environnementales etc. et grâce à cette évolution, la division du travail (internationale du travail) a connu un nouvel essor, au point que l’on parle désormais de Nouvelle Division Internationale du Travail (NDIT) qui serait l’un des marqueurs les plus forts de cette nouvelle étape de la mondialisation.

Alors que cette NDIT ne concernait que les industries traditionnelles (délocalisation des industries des première, seconde révolutions industrielles, comme les textile, la sidérurgie, la métallurgie, l’automobile, voire le jouet par exemple), elle concerne aujourd’hui tous les secteurs et toutes les filières des produits mondialisés (voir par exemple le commerce du café, exemple d’un produit mondialisé, ou des appareils électroniques grand public, Ipad, Ipod etc.) et là où les FTN pouvaient se spécialiser par grands domaines de production (établissant ainsi une sorte de concentration verticale), ce sont cette fois les territoires (espaces différents des Etats) qui sont spécialisés dans différentes tâches de production. De fait, ce ne sont plus les ressources, la main d’oeuvre (abondante, peu couteuse, spécialisée…) qui guident les implantations actuelles mais bien des processus économiques, logistique, échappant en grande partie au contrôle des Etats. Les FTN, par cette mise ne concurrence plus ou moins féroce des territoires, renforçant alors leur rôle de principaux acteurs de cette nouvelle étape de la mondialisation.

C’est surtout socialement (et donc politiquement aussi par ricochet) que les conséquences de cette évolution se mesurent et sont aujourd’hui au coeur des débats. Les profits générés par les grandes FTN sont très peu redistribués dans les espaces de production (on peut pour s’en convaincre reprendre les termes du débat concernant un commerce équitable entre Kraft, Sara Lee ou Max Havelaar par exemple), ce qui confine parfois à de l’exploitation de main d’oeuvre sans réelle protection sociale ou politique face aux FTN. En échange d’un maintien de l’emploi caféicole et du développement de la filière, Nestlé avait obtenu du gouvernement mexicain des subventions pour planter du robusta, qui se négocie trois fois moins cher que l’arabica, pour un même travail agricole initial, ce qui revient à diminuer des deux tiers les revenus agricoles au profit de Nestlé. Pour autant, en Amérique du Sud, en Asie  cela a donné naissance à une classe moyenne pour des Etats bien intégrés désormais à la mondialisation (BRICS, E-BRIICAMS).

Ailleurs, les bénéfices pour les consommateurs (baisse des prix, le plus souvent, pour des produits commercialisés en masse)trouvent un écho dans les délocalisations qui ont durement touché la main d’oeuvre des pays industrialisés anciennement, ce qui se mesure avec un chômage désormais bien implanté et chronique.

Notons que ce système nouveau des échanges, basé sur le libéralisme économique ne serait pas complet sans un libéralisme financier. L’augmentation massive des échanges a été accompagnée par une augmentation très grande des flux financiers (capitaux, investissements) et de la capitalisation boursière (multipliée par sept en vingt ans). Or les places boursières où les banques, les assurances, les fonds de pension surtout investissaient ne sont plus uniquement celles du Nord (NYSE, Nasdaq, Euronext, Londres Francfort..). Récemment,  des places comme Shanghai ou Hong Kong, comme la Bovespa (BM&F) de Sao Paulo se sont imposées, témoignant là aussi de la multipolarité désormais acquise. La mondialisation financière témoigne aussi d’une recherche de profits immédiats dans une logique spéculative bien plus que de la volonté de porter des investissements sur le long terme. C’est aspect là est très vivement critiqué et fut plusieurs fois objet de volonté de contrôle de la part des Etats (notamment après la crise de 2008-2011), tant les conséquences sociales pour les populations (Nord d’abord, par ricochet Sud ensuite) sont dévastatrices (banqueroutes, faillites, chômage, choix budgétaires draconiens de la part des Etats, radicalisation de certaines franges de la population – votes extrêmes ou mouvement contestataires violents).

II – Les principaux acteurs des processus de la mondialisation

A – Les acteurs privés de la mondialisation libérale

Les FTN  sont donc les acteurs principaux de cette mondialisation. Leur histoire est d’ailleurs liée à celle de la mondialisation. Dès le XIXème siècle, de grandes firmes dessinaient le monde des échanges (Lipton implanté en Inde, GM possédant des sites de production en dehors des EUA dès les années 1920, même chose pour la Standard Oil…) Aujourd’hui 80000 FTN, rendues très mobiles par leur formidable capacité d’adaptation et une force de contrôle des réseaux de production ou de distribution, assurent les deux tiers des échanges mondiaux. La plupart ont leur siège social dans un pays du Nord mais elles recherchent comme on vient de le voir à tirer profit des avantages des différents espaces mondiaux. La NDIT engendre des flux de plus en plus complexes (qui ne peuvent donc plus se résumer en lieux de conception (au Nord), de consommation (au Nord), de production (au Sud). De fait, plus du tiers des échanges de produits manufacturés se déroule à l’intérieur même des FTN).
A partir des années 2000, des FTN originaires du Sud sont apparues, ce qui rend très discutable la fameuse délimitation Nord/Sud. Si la plupart sont d’origine asiatique (chinoises ou indiennes, mais pas seulement), on assiste aujourd’hui à l’émergence de FTN d’origine sud américaine. Au final, ces FTN du Sud seraient aujourd’hui presque 30% du total des FTN. Or elles redessinent la carte des échanges, notammant en introduisant de puissants flux Sud-Sud : rachat par des entreprises chinoises ou indiennes des actifs du pétrole syrien ou colombien, IDE vers l’Afrique, développement aussi de réseaux illicites et clandestins (armes, drogues, prostitution, pierres précieuses, contrefaçons…) à destination tant du Nord que du Sud.

B- Les États et acteurs publics

Face à ces acteurs majeurs, les États semblent en perte de vitesse. Ils se montrent incapables par exemple de limiter les délocalisations, car de fait le mondialisation se fait dans un cadre économique libéral : le commerce et la concurrence doivent être libres et sans entrave. Ils conservent malgré tout un poids réel. D’une part ce sont les États qui au lendemain de la Seconde Guerre mondiale se sont engagés dans ce processus (FMI, GATT et règles sur le libre-échange, et l’abaissement des tarifs douanier). D’autre part, par leurs politiques, ces Etats tentent malgré tout de donner aux FTN des conditions correctes d’implantation, de développement et d’investissements sur leurs territoires tout en tentant d’offrir à leurs citoyens les conditions du développement social. Ces Etats sont aussi des acteurs qui en se regroupant dans des associations internationales, continentales, régionales, tentent d’accroître leur rôle régulateur (taxes, subventions…). Ces associations d’Etats étant alors multiformes. Entre intégration très poussée (comme l’UE) ou simple zone de libre échange (ALENA) les nuances sont très importantes. Quelques associations du Sud là aussi émergent et deviennent des acteurs réels de la mondialisation, c’est la cas du MERCOSUR, de l’ASEAN par exemple. D’autres en revanche ont un rôle moins accru pour le moment (associations d’Etats africains par exemple).
Des institutions internationales apparaissent aussi comme les garants de cette mondialisation libérale , c’est notamment le cas de l’OMC qui a succédé au GATT. Mais l’OMC n’est pas la seule organisation, loin s’en faut. L’ONU et les agences spécialisées (UNICEF, UNESCO, BIT, OMS, FAO…)  qui en ressortent sont des lieux d’expression, de discussion et de décision importants à l’échelle du monde notamment par le fait que leurs décisions ont vocation à être mondiales.

C – Les citoyens face à la mondialisation

Plus de 50 000 Organisation Non Gouvernementales contribuent à atténuer et à contester les dérives de la mondialisation libérale : aide, assistance, pression, etc. Des associations comme Greenpeace, Oxfam, MSF, Amnisty International sont devenues d’incontournables acteurs. On pourrait également citer les syndicats et les associations qui interviennent dans le débat sur la mondialisation. Partout dans le monde des citoyens estiment que la mondialisation libérale présente des aspects néfastes : ils ne contestent pas la mondialisation mais souhaitent que celle ci soit moins dictée par les règles du libéralisme, on parle alors d’altermondialistes (exemple l’organisation ATTAC, 1998). Ils agissent continuellement, avec parfois des temps forts comme les forums sociaux mondiaux qu’ils organisent au moment des sommets du G8. Bien peu d’alternatives existent en réalité, la plus poussée d’entre elles étant liée au commerce équitable. Ce sont ces mêmes citoyens qui aujourd’hui s’affirment dans des mouvements très médiatisés (occupy wall street, mouvement des indignés…). Or s’ils sont plus ou moins entendus par les gouvernements des Etats, on voit mal aujourd’hui encore leur poids dans les processus de mondialisation.
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