Les montagnes méditerranéennes : des paysages de contrainte

Les montagnes sont censées être aussi emblématiques que la mer pour définir la région méditerranéenne. Bordessoule commence son article sur les montagnes méditerranéennes par une citation de Braudel « des montagnes presque partout autour de la mer ». Du point de vue de la surface qu’elles occupent (près d’un tiers de l’Italie, près de la moitié dans les Balkans) les montagnes sont effectivement un fait géographique majeur. Du point de vue du peuplement, les montagnes ont presque toujours été un réservoir d’hommes parce que leurs conditions hydriques et climatiques leur permettaient de développer des systèmes agricoles pauvres mais peuplant, assurant du travail à beaucoup de main d’œuvre et procurant , sinon de la richesse, du moins une nourriture saine et relativement abondante.

Ces montagnes , ces « bons pays »  sont donc, à la fois, des constructions physiques (avec des glissements de terrains, des escarpements, des barres calcaires…) et des constructions sociales, (avec des terrasses, des conflits géopolitiques, des aménagements hydriques…). On parle de « système éco social de mise en valeur peuplant ».

Au cours du XX  siècle, l’aménagement et les bonifications des plaines, les littoralisations de l’industrie ont progressivement (comme l’écrit Bordessoule)  « dévalorisé la montagne , au point qu’elle est devenue nettement moins attirante et même, parfois, répulsive.  Inversion complète des valeurs donc…jusqu’ à une revalorisation actuelle principalement provoquée par le tourisme.

On pourrait donc envisager un plan qui traiterait d’abord des fondements traditionnels de la vie montagnarde, puis aborderait dans une seconde partie les crises  et finirait par une troisième partie consacrée au renouveau actuel.

Je propose ici un plan, inspiré du précédent, mais un peu moins historique : en première partie  j’aborderai la montagne en tant que paysage construit, et donc en tant qu’enjeu d’aménagement.

Ensuite la typologie régionale occupera les deux parties , en différenciant d’une part les montagnes qui sont actuellement encore dominées par des systèmes de peuplement et de mise en valeur hérites  et les montagnes qui ont presque complètement changé de système de mise en valeur.

I – Les montagnes méditerranéennes : des paysages construits par des contraintes  physiques et des évolutions historiques

La ligne directrice de cette partie vient des deux articles (Pitte et Bordessoule) qui abordent la montagne comme « paysage » et l’expliquent ensuite comme un dialogue entre des sociétés principalement rurales et des conditions naturelles . Leveau et al parlent, quant à eux de «  « modes d’émergence et d’évolution du système éco social ».

A : Des paysages entretenus

la montagne est souvent définie comme une combinaison de pente, de dénivelée et d’altitude. En Méditerranée ces trois termes impliquent des techniques paysagères qui sont les terrasses, ,l’étagement des pratiques agricoles et la permanence (ou non ) de l’habitat.

Presque partout la pente est aménagée en terrasses.  (développer : Provence, Liban, Espagne et indiquer l’absence en Sardaigne , trop pastorale, ou en Kabylie,  dont la population est venue de la plaine et n’a pas de tradition de terrasses

L’étagement des pratiques agricoles est une réponse sociale à deux contraintes physiques : l’étagement de la végétation et la disponibilité en eau.  (Pitte décrit , dans les montagnes siliceuses, l’importance de la châtaigneraie) . pour Bethemont le meilleur exemple est en Kabylie : fond de vallée humide et labouré,  parcelles proches du village et cultivées en maraîchage, versants  avec de l’arboriculture, crêtes avec parcours d’élevage dans une garrigue pâturée.

L’altitude implique des contraintes de température, d’enneigement… la réponse sociale passe  par la transhumance , qui déplace les troupeaux pour les mener sur le pâturage qui , à chaque période climatique, est le meilleur. Bordessoules décrit quatre types :  les troupeaux de plaines qui vont en été en montagne  (Provence), les troupeaux de montagne qui passent une partie de l’hiver en plaine (Sardaigne). Les troupeaux de mi pente qui passent l’hiver en plaine , l’été en montagne et ne font guère que traverser leur village deux fois par an (corse) et enfin la transhumance horizontale : on change de montagne ,(comme en Castille). Du point de vue de l’habitat, ces transhumances impliquent des lieux permanents et toute une série d’habitats temporaires. La montagne méditerranéenne comporte donc  des sous régions qui sont largement plus parcourues que peuplées.

B : L’exacerbation des « risques » naturels (et des ressources aussi)

La montagne concentre et amplifie un certain nombre de risques typiquement méditerranéens :

Glissements de terrains. (expliquer le rôle de l’eau) ;éboulement (expliquer les déclenchements sismiques)

Erosion des sols (expliquer RTM) ; crues torrentielles…. Indiquer que les montagnes méditerranéennes peuvent être des volcans actifs (Vésuve et Etna..)

Indiquer de quelles techniques d’aménagement on dispose pour prévenir ou atténuer ces risques : reboisement, barrages, déversoirs de crue, observatoires sismiques et volcaniques.  Décrire, par exemple, la gestion, au quotidien que le département des Alpes Maritimes fait des effondrements, des glissements dans la vallée de la Tinée ou du Var..

Mentionner que ces techniques ne sont pas disponibles partout…

Terminer en disant que la montagne c’est aussi un milieu naturel « positif » avec, en particulier les précipitations qui donnent, soit de l’eau stockable, soit de la neige skiable… la encore tous les pays ne sont pas égaux.

C : Les paysages montagnards et les identités collectives, approche géopolitique.

Développer ici la notion de montagne « refuge » . Bethemont (page 91) prend l’exemple de l a Syrie . Gervais lambony traite du même sujet p126 (avec une carte): Les alaouites , réfugiés dans le djebel Ansarié, les druzes dans le djebel druze : : montagnes pauvres et surpeuplées. Emigration et les montagnards vont travailler dans les plaines pour la bourgeoisie urbaine (et sunnite),comme travailleurs agricoles, portefaix .  Construction progressive d’un profond clivage social entre les deux « classes », clivage qui recouvre évidemment un clivage religieux et un clivage ethnique.  Bethemont  écrit qu’il suffit « d’un contrôle de l’armée suivi d’un coup d’état pour faire de ces minoritaires méprisés les maîtres de la Syrie »

On peut préférer développer la notion en prenant l’exemple de la culture Berbère.

Dans le livre de Gervais Lambony, pages 146-148, Lemarchand explique que , militairement, le conflit en ex Yougoslavie s’est vite ancré dans l’espace en fonction du relief de la montagne :  « les zones de conflit furent, à l’exception de la Slavonie, des régions de collines ou de montagnes ».     il écrit aussi « chaque vallée a pris une coloration spécifique ».  La montagne favorise des modes de conflits territoriaux durables et identitaires.

Enfin il faut aussi mentionner que la montagne c’est parfois un enjeu quant au contrôle de l’eau (reprendre le détail des négociations entre Jordanie et Israël) ou mentionner le Golan.

Conclusion de la partie 1 :  derrière la notion de paysage il y des montagnes qui localisent des  risques et ressources telles qu’elles peuvent entraîner des conflits.  Les exemples précédents  montrent que ,dans le bassin méditerranéen,  les montagnes ne semblent pas tant s’opposer  entre un Nord et un Sud, mais plutôt entre un Ouest, pacifique et aménagé et un Est, conflictuel et appauvri. Dans le détail cette opposition doit être très nuancée car il existe des secteurs montagneux , à l’Ouest, qui sont en crise profonde.   On passe donc à une typologie dans les deux parties suivantes typologie qui ne se fonde pas sur une distinction par pays, mais par massif montagneux, et qui pourra même descendre l’échelle intra massif.  .

II – Les montagnes méditerranéennes : fonctionnements actuels difficiles  pour les  systèmes « peuplant »

L’idée générale de cette partie est d’étudier des montagnes méditerranéennes dans les quelles les héritages, en particulier ceux qui sont liés à des systèmes agricoles peuplant (dixit Bordessoules), fonctionnent actuellement comme des sources de conflits ou des obstacles au développement. Il s’agit essentiellement de montagnes situées au Sud et à l’Est. Cependant de nombreuses « moyennes montagnes »  occidentales sont également dans ce cas.

A : Le relatif déclin des moyennes montagnes dans les pays riches.

La carte de Bethemont, page 94 est très pédagogique : elle expose le cas de l’Emilie Romagne.

B : le nomadisme en montagne : une activité en cours de disparition

voir surtout Bordessoules.

C : les montagnes abandonnées

Les causes de ces poches d’extrême pauvreté montagnarde sont souvent politiques : ce sont des montagnes en guerre. Il s’agit de l’essentiel du territoire albanais, monténégrin et kosovar. On peut y ajouter le Liban druze.

Une bonne analyse géopolitique est faite par Prévélakis  (le monde Méditerranéen, dirigé par Bethemont, chez SEDES chapitre 7, partie 2).

En Algérie l’Aurès est une montagne en cours d’abandon parce que les conditions climatiques (sécheresse presque saharienne) et la pauvreté des sols  empêchent de fabriquer des cultures rentables. Il faut fournir énormément de travail pour des résultats incertains, et les produits ainsi cultivés devraient être vendus trop cher pour espérer avoir beaucoup d’acheteurs. Plus l’agriculture mécanisée se développe dans les montagnes autour d’Alger ( entre Blida et Médéa) plus, en comparaison, les Aurès sont  en retard. On peut, avec cet exemple poser la question d’un déterminisme géographique d’un nouveau genre : comment continuer une activité de production agricole dans un milieu « difficile » quand les cours de ce produit sont fixés à partir des seuils de rentabilités déterminés dans des milieux « faciles »…. ?

III –  Les montagnes méditerranéennes : modernité, richesse et faibles densités

L’idée générale de cette partie est d’étudier des montagnes méditerranéennes dans les quelles  les aménagements modernes créent de la richesse (agricole et touristique en premier lieu, industrielle en second lieu) mais ne provoquent pas de fortes densités.  Ces montagnes sont  presque toutes situées au Nord et à L’Ouest

A : de « riches » moyennes montagnes agricoles, des piémonts intégrés

Les exemples sont nombreux. Au Maroc  des capitaux citadins ( venus de Fès pour une bonne part) ont développé une arboriculture intensive dans la région  de la vallée de l’oued Guigou (Moyen Atlas). On récolte des fruits qui ne sont pas tous typiquement méditerranéens pommes, poires) à cause du climat un peu trop froid en hiver. Mais c’est ce climat qui permet une relative abondance de l’eau…

En Espagne (en Andalousie) la production d’olive est une arboriculture quasiment industrielle, avec emploi de beaucoup  d’herbicides et de  pesticides pour désherber entre les arbres et protéger les récoltes..  A tel point que cette arboriculture est parfois dénoncée comme anti écologique (Région de Ronda).  Néanmoins elle est très rémunératrice des lors qu’elle est verticalement intégrée avec les huileries industrielles…

En France on peut parler des cultures des Alpes de Haute Provence : labours destinés aux plantations de lavandes, céréales (blé dur en particulier), légumineuses en assolement avec du seigle. Par contre, en montagne, quasiment pas d’arboriculture (laissée aux plaines) semblablement, peu de viticulture, laissée aux collines.

Toutes ces mises en valeur agricole ont pour points communs

1) qu’elles ne fixent pas une population abondante. On a même des densités fort basses (inf. à 25h/km2) en Alpes du Sud. Mais  c’est un peu le signe d’une bonne intégration dans le marché agricole européen : partout dans l’UE, les agricultures les plus rentables sont aussi les plus économes en main d’œuvre, et les moins peuplantes (penser à  l’open field champenois) !

2)    que ces activités agricoles sont associé à un tourisme de résidences secondaires et de séjours d’été (pas d’hiver, faute de neige).  Bordessoules parle de montagnes devenues « arrière pays » du littoral.

3) qu’il y a une forte dépendance à l’égard de l’agro alimentaire.

B : la haute montagne méditerranéenne

Vu les conditions climatiques ont est en limite du domaine méditerranéen. Ces hautes montagnes ont un climat franchement montagnard . Leur aridité  (dite « intra alpine » en Briançonnais) est du à leur position d’abri géographique et entraîne des végétations pas du tout méditerranéennes (mélèzes). Néanmoins ce sont des montagnes qui profitent beaucoup de leur image de montagnes méditerranéennes.

On peut mettre presque sur le même plan des massifs comme les Dolomites en Italie et  la Haute Ubaye en France. Une part essentielle de la richesse vient du tourisme, d’été et d’hiver. L’agriculture est peu importante (climat franchement froid, durée de la couverture neigeuse…exiguïté des espaces plans..). L’exploitation de la foret (artificielle, bien sur) est, en revanche, une source réelle de revenus. En France les stations emblématiques sont Isola 2000, Allos, Pra Loup, Valberg…Dans les Dolomites ce serait Cortina d’Ampezzo. L’industrie est inexistante, sauf pour ce qui concerne l’hydro électricité (et l’aluminium) et les scieries.

Les Alpes Juliennes ( à cheval entre l’Italie et la Slovénie) fonctionnent sur le même modèle.

Andorre ajoute à cela son fonctionnement de zone hors taxes.

Conclusion

Les montagnes méditerranéennes représentent une image particulièrement bien construite de milieu  naturel séduisant. Derrière l’image, les situations locales sont contrastées. En règle générale, les espaces montagnards sont assez proches, en niveau de développement, en équipements culturels et touristiques, des littoraux dont ils sont voisins. Ainsi, dans les pays les moins riches les montagnes sont aussi les plus pauvres. Inversement, dans les pays les plus riches, les montagnes peuvent, (avec de forts investissements touristiques de ski) devenir des poches de richesse supplémentaires. Les montagnes semblent ainsi être les révélateurs des situations globales des pays qui les aménagent.

A une échelle plus fine cependant, il existe des îlots de développement spécifiques dans des massifs montagneux restreints : la montagne chrétienne au Liban est riche et se développe de plus en plus vite, en opposition avec les montagnes chiites du Sud. Inversement, le développement important de la Provence n’empêche pas des isolats en profonde déprise, autour de la haute vallée de l’Asse par exemple.

Les montagnes méditerranéennes posent donc un problème de géographie régionale délicat : quels déterminismes (sociaux et physiques) fonctionnent à quelles échelles ? Il semble que la réponse à ce type d’interrogation passe par un analyse minutieuse des particularités propres à chaque massif montagnard, c’est à dire par une géographie régionale très ancrée sur le terrain, quelque peu rétive aux modèles généraux.

Cependant l’évolution constaté correspond, globalement, bien avec les tendances lourdes du développement économique. En ce sens il n’est pas impossible qu’elle soit modélisable.

Biblio

Les sources principales sont:

  • Bethemont ( édition Armand Colin, 2001) surtout les pages 89-96,
  • Les n° de Méditerranée, R.G.L., B.A.G.F.
  • E. Bordessoules , « les montagnes méditerranéennes » et celui de R. Pitte « les paysages méditerranéens ».
  • la Méditerranée sous la direction de M.A Gervais Lambony en particulier les pages 123-126 et 141-152.
  • Leveau, Livet et Provençal (2000), «  reconstruire des temporalités : la vallée des baux, le temps des hommes et le temps de l’environnement » in  les temps de l’environnement , Bertrand et Barrué-Pastor editeurs, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse.
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